István Örkény – Minimythes

« Un après-midi pluvieux, à l’emplacement du n°14, division 27 du cimetière municipal de Budapest, un obélisque mortuaire de près de trois cent kilos se renversa avec fracas. Aussitôt la tombe s’ouvrit et son occupant, Mme Hajduska née Stéfania Nobel (1827-1848), ressuscita. » Le début de cette histoire, intitulée « rien de neuf », donne le ton de ce recueil d’histoires courtes : fantasque, comique, absurde, un brin grotesque. Des histoires d’un paragraphe alternent avec d’autres de trois ou quatre pages ; après une collection d’avis divers (« Il est interdit de donner à manger au drapeau »), on trouve une page blanche (pour illustrer « des phénomenes inexistants »), une collection de dernières paroles prononcées ou une discussion truffée de jeux de mots entre grains de riz, sur le thème de l’identité. En prime, une annonce pour livre-disques qui plaira à tous les lecteurs en manque de temps :

« Tous les classiques de la littérature mondiale sous forme de

Suppositoires

Proust, Kafka, Joyce et autres auteurs durs à digérer : assimilation complète en vingt minutes par le rectum (brevet hongrois).

Les œuvres complètes de Balzac, au beurre de cacao, en présentation de luxe : le coffret de six suppositoires : 600 forints. »

Certaines histoires poussent les absurdités de la vie courante à leur extrême, telle l’annonce de l’ouverture d’un nouvel atelier par la fabrique de conserves « Lapin à la chasseur » : ce nouvel atelier servira à … retirer les morceaux de lapin de la sauce et à les reconstituer, afin que « les bêtes ainsi rendues à l’existence retrouvent les conditions dont elles jouissaient antérieurement à leur capture, ainsi que tous les droits civiques. » D’autres adoptent un ton plus grinçant pour se moquer à mots couverts des moeurs politiques de l’époque – le pseudo-sondage gallup donne le droit de se dire marxiste, antimarxiste, Agatha Christiste ou éthylique ; la vendeuse de journaux n’a plus celui d’hier ni d’aujourd’hui, mais elle a déjà celui de demain, ou il est déjà écrit ce qui se passera, avec des conséquences à la fois burlesques et funestes pour celui qui l’achètera.

Ces histoires ne sont pas tant des minimythes que des « histoires-minute », reflétant ainsi le titre original de ce recueil d’histoires, Egyperces novellák (histoires d’une minute) : « avec mes récits, économie de temps assurée. Le temps de cuire un œuf, d’attendre un numéro au téléphone, on en a lu un. On peut les avaler assis, debout, dans les rafales, sous la pluie et même dans l’autobus bondé. On peut également les lire en marchant à pied », disait Örkény dans la préface de l’édition hongroise.

C’est un livre qui fait sourire, un peu se gratter la tête, qui se lit d’un trait ou en se savourant petit à petit, en se laissant porter d’une situation cocasse à une autre.

Dommage que ce petit livre ne soit pas facile à trouver, l’édition Gallimard de 1970 n’étant plus commercialisée. La nouvelle édition Corvina ne semble pas facilement accessible en dehors de la Hongrie, mais d’autres titres (« Floralies », « Les Boîtes » et « Le Chat et la souris ») peuvent être trouvés aux éditions Cambourakis.

Né à Budapest en 1912, István Örkény mena une carrière scientifique ainsi qu’une carrière d’auteur prolixe (nouvelles, romans et pieces de théâtre) au cours d’une vie entrecoupée par la déportation dans un camp de travail russe au cours de la seconde Guerre Mondiale, puis par l’interdiction de publier après la révolution hongroise de 1956, et ce jusqu’en 1963. L’édition originale des Minimythes (Egyperces novellák) date de 1968, mais fut souvent enrichie de nouvelles histoires, jusqu’au décès d’Örkény en 1979.

István Örkény, Minimythes, (d’après des textes choisis et adaptés du hongrois par Tibor Tardos, parus chez les éditions Gallimard, 1970). Corvina, 2001.

Avec ces Minimythes, je participe au petit tour d’Europe « Voisins, voisines » organisé par Kathel du blog Lettres Exprès :


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6 commentaires on “István Örkény – Minimythes”

  1. kathel dit :

    Cela semble très original !

  2. Je trouve aussi! Je compte lire davantage d’Örkény dans les semaines/mois à venir.

  3. […] Soeur Gloria ne semble pas figurer parmi ses publications au même rang que ses plus célèbres Minimythes ou La Famille […]

  4. Emma dit :

    Je viens de lire Le chat et la souris et ces histoires ont l’air excellente.
    Je vais voir si je le trouve en français.


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