Magda Szabó – La Ballade d’Iza

Magda Szabó : un nom apparemment incontournable lorsqu’on aime les livres et qu’on vit en Hongrie, d’autant que Szabó est peut-être l’un des auteurs modernes les plus traduits du hongrois. Son livre le plus connu, La Porte, est sorti en grand écran en début d’année avec une actrice anglaise fort respectée, Helen Mirren, et István Szabó, un metteur en scène hongrois qui ne l’est pas moins.

Quelqu’un ayant dû avoir la même idée que moi en empruntant La Porte que je voulais lire, je me suis rabattue sur La Ballade d’Iza et bien m’en a pris tellement j’ai été totalement captivée par la bulle de temps créée dans ce livre au style empreint de nostalgie, triste, mais au ton si juste.

L’Iza du titre francais, c’est la Pilate du titre hongrois. Jeune médecin respecté dans la Hongrie de 1960, elle se dévoue – à ses parents, à ses patients – sûre d’elle même, confiante que la décision qu’elle prend sera toujours pour le bien de ceux concernés, habituée d’ailleurs à ce qu’on lui fasse confiance.

Ainsi, lorsque son père décède d’un cancer dans un petit hôpital de province, elle revient de Budapest et prend les choses en main. Sa mère ira se reposer une semaine dans un établissement thermal, Iza triera meubles et affaires et vendra la maison, et sa mère viendra s’installer dans la chambre d’ami du petit appartement moderne à Budapest.

En deuil d’un compagnon de toute une vie, la perspective de vivre avec sa fille et de s’occuper de son petit ménage est comme une lueur d’espoir pour Madame Szöcs. Elle réfléchit à l’aménagement de ses bibelots et des souvenirs de son mari, aux petits plats qu’elle mitonnera pour sa fille, à la joie qu’elle aura de la reconnaissance que celle-ci lui portera.

« Ce serait comme s’ils habitaient là-bas tous les deux, Vince et elle, chez leur fille ; peut-être pourrait-elle dialoguer avec sa canne, son verre à bord épais, le pot en fer-blanc où, au plus fort de l’hiver, il mettait à chauffer l’eau pour sa barbe sur la grille du poêle. Secrètement, elle espérait que tout serait sauvé. »

Mais l’arrivée à Budapest sonne le désenchantement. Seuls peu d’effets ont trouvé leur place chez Iza, Iza qui a une femme de ménage, qui ne veut pas que sa mère cuisine, range ou fasse les courses. « Au fond, c’était fini » pour Ilona Szöcs et, enjointe de se reposer, la vieille femme se meurt à petit feu. Seul le retour à la vieille maison de province permettra une délivrance bien amère.

Si le cadre est celui du manque de compréhension entre la fille, qui s’acharne à ne pas comprendre les besoins de sa mère, et la mère qui peine à s’adapter au monde moderne ou elle a été propulsée à la mort de son mari, le fond, lui, est plutôt l’expression des pensées de la dame âgée, qui voit le temps passer entre présent et souvenirs. A ses côtés, c’est tout une vie que nous voyons s’esquisser, à la fois banale et marquée par l’Histoire. C’est aussi celle de Vince, le mari humble et rieur, d’Iza, petite fille devenue grande et toujours si sérieuse, d’Antal, le gendre tant aimé et dont Vince et Ilona Szöcs n’ont jamais compris la décision de divorcer d’Iza. Le thème – poignant – du retour sur une longue vie à l’aube de la mort est traité ici avec une délicatesse infinie, bien servie par de beaux portraits des personnages, par un style sobre et par la traduction (hormis celle du titre que je ne peux m’empêcher de trouver fort anodin dans sa version francaise).

Assise le temps d’un après-midi ensoleillé sous l’un des nombreux châtaigners de Budapest, je me suis facilement laissée emporter dans l’atmosphère un peu désuète, un peu demi-teinte mais terriblement humaine de ce roman.

 

La vie de Magda Szabó s’étend sur presque tout le 20e siècle, de sa naissance à l’est de la Hongrie en 1917 à son décès en 2007 alors qu’elle travaillait au deuxième volume de ses mémoires. Entre temps, elle est d’abord enseignante, puis, après son licenciement par les autorités communistes en 1949, écrivain. Son œuvre lui vaut d’être reconnue dès 1959 : le prix Attila József qui lui est décerné inaugure alors une série de prix prestigieux, hongrois ainsi qu’européens, y compris le prix Femina étranger et le prix du meilleur roman européen. Si les Hongrois connaissent bien Abigail (1970), l’histoire d’une écolière durant la seconde guerre mondiale reprise à la télévision et au théâtre, ce sont La Porte (1987) et Rue Katalin (1969) qui sont ses œuvres les plus connues à l’étranger.

Magda Szabó, La Ballade d’Iza (Pilátus, 1963), trad. du hongrois par Tibor Tardös. Éditions Vivianne Hamy, 2005.

Voilà une nouvelle contribution pour la catégorie Hongrie du tour d’horizon européen « Voisins Voisines » chez Anne.

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6 commentaires on “Magda Szabó – La Ballade d’Iza”

  1. Anne dit :

    Lire un livre là où son action se passe, cela a beaucoup de charme… au-delà de celui que tu as ressenti à la lecture !

  2. En ce moment, c’est vrai pour tous les livres hongrois que je lis!

  3. […] La Ballade d’Isa, de Magda Sabo : lu par Passage à l’Est […]

  4. […] pas été autant enthousiasmée que je pensais l’être et que je l’avais été par La Ballade d’Iza. Paradoxalement, cette déception m’a donné envie de voir le film, par curiosité quant à […]

  5. Hignard Marie dit :

    C’est à la deuxième lecture que j’ai pu apprécier ce livre , la rencontre de Lydia et de Vince est magnifique , tout est tellement beau!


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