Du nouveau chez les libraires

Voilà trop longtemps que je n’ai pas fait de liste récapitulative des nouvelles publications : ce n’est pas faute de parutions, au contraire, elles se sont accumulées pendant ces derniers mois. Il y en a, une fois de plus, pour tous les goûts : certaines sont tournées vers le passé, d’autres résolument vers l’avenir, elles vont du polonais au roumain en passant par l’allemand et le serbe, des livres d’histoire aux romans historiques, de Prague des années 1930 à Shanghai des années 1930, de la Hanse du XVIè siècle à la Russie presque contemporaine. De quoi se promener et remplir ses étagères…

Commençons donc par un coup d’œil vers ces derniers mois :

BatorEn août sortait, aux éditions Noir sur Blanc, Le Mont-de-sable de Joanna Bator, traduit du polonais par Caroline Raszka-Dewez, « à la fois une saga familiale et un panorama de l’histoire sociale de la République populaire de Pologne » autour de trois générations de femmes polonaises.

Toujours en août, mais aux Editions des équateurs, Grazyna Jagielska publiait Amour de pierre (traduit du polonais par Anna Smolar), roman autobiographique de la femme d’un grand reporter de guerre, sur la femme d’un grand reporter de guerre.

Septembre apportait un bel éventail de parutions retraçant une histoire encore proche,

Prodanoviccelle des années 1990 dans Ça pourrait bien être votre jour de chance, de Mileta Prodanovic (traduit du serbe par Chloé Billon pour Éditions Intervalles), « vision originale et sans concession de la politique internationale du temps de la guerre en ex-Yougoslavie » avec en guest star une chienne douée de parole,

celle du Prague de la première moitié du XXè siècle, avec la réédition chez Cambourakis de Vivre, de Milena Jesenska (traduit du tchèque par Claudia Ancelot), muse et traductrice de Franz Kafka,

– celle d’un autre protagoniste de la vie culturelle tchèque du XXè siècle, avec les traductions par Erika Abrams chez Fissile Éditions de Chronique du corps qui me quitte et de La Lyre noire de l’artiste Jiri Kolar,Horel

et celle de l’empire Habsbourg et de la Hongrie de la même période, au travers de la biographie de l’admiral-régent Horthy, par l’historienne Catherine Horel, aux éditions Perrin.

Encore un peu d’histoire en octobre, cette fois avec la parution chez Grasset du Rideau de fer. L’Europe de l’Est écrasée 1944-1956 d’Anne Applebaum (traduit de l’anglais par P.E. Dauzat), historienne qui s’était auparavant penchée sur le système du goulag et décrit ici la « soviétisation » de la Pologne, la Hongrie et l’Allemagne de l’Est.

Chez Cambourakis, une nouvelle réédition, celle de La Vallée de la Sinistra d’Adam Bodor (traduit du hongrois par Emilie Molnos Malaguti), excellent livre dont j’avais déjà eu l’occasion de parler ici.

Les Editions du sonneur apportaient une autre touche hongroise à la rentrée littéraire avec Tous sports confondus de Frigyes Karinthy (traduit par Cécile A. Holdban), recueil « incisif et jubilatoire » mais non dénué d’une « subtile moralité » sur … le sport, et ceux qui le font.

CV_BABEL_Histoire de mon pigeonnier_11-9.inddEnfin, les éditions Le Bruit du temps faisaient ressortir celui de l’enfance avec Histoire de mon pigeonnier (traduit du russe par Sophie Benech), « tentative de reconstitution » du livre qu’Isaac Babel aurait peut-être publié s’il n’avait été arrêté en mai 1939.

Après Babel en octobre, Le bruit du temps re-publiait en novembre La fin d’un roman de famille (traduit du hongrois pour Plon en 1991 par Georges Kassai), premier roman de Péter Nádas : avec seulement 208 pages, une manière moins intimidante que par ses Histoires parallèles d’entrer dans l’univers d’un auteur phare contemporain hongrois.

Autre auteur phare hongrois, mais d’une époque révolue, Sándor Márai, dont Albin Michel publiait en novembre Ce que j’ai voulu taire, continuation des mémoires entrepris dans ses Confessions d’un bourgeois (traduit par Catherine Fay).

Novembre était aussi l’occasion de deux autres ré-éditions, celles de

Ballade pour Georg Henig, de Victor Paskov (traduit du bulgare par Marie Vrinat) aux éditions de l’Aube, histoire d’art et d’amitié dont j’aurai l’occasion de reparler ici,Perutz

– et Le maître du jugement dernier de Leo Perutz (traduction de l’allemand par Jean-Claude Capèle, aux Éditions Zulma) décrit comme une enquête fantastique par un exact contemporain de Kafka.

Le titre du roman de Ioan Popa aux Editions Non Lieu, Esclaves sur Uranus (traduit du roumain par Florica Coidaru-Courriol), pourrait donner l’impression qu’il s’agit d’un livre futuriste : d’une manière tordue ça l’est, puisque l’auteur y fait le portrait des camps de travail de la Roumanie communiste et plus particulièrement de celui que représentait l’élaboration de l’immense Maison du Peuple, dont l’érection devait symboliser la gloire du communisme à la Nicolae Ceaucescu.

Enfin (pour novembre), aux éditions L’Age d’homme, Récits du treizième mois, collections des œuvres complètes (hors correspondance) de Bruno Schulz, traduit du polonais par Alain Van Crugten.

Je n’ai rien noté pour décembre, passons-en donc directement à la nouvelle année, avec, pêle-mêle :

KertészL’ultime auberge, d’Imre Kertész (Actes Sud, traduit du hongrois par Charles Zaremba et Natalia Zaremba-Huszvai), « œuvre autofictionelle sublime et poignante » d’un homme-écrivain atteint par la maladie.

Le glaive du bourreau, d’Indrek Hargla (Gaïa, traduit de l’estonien par Jean Pascal Ollivry), polar médiéval inspiré par les univers de la Hanse et de l’ordre Teutonique.

La fabrique d’absolu de Karel Capek (La Baconnière, traduit du tchèque par Jirina et Jean Danes), « représentant original du roman utopique » par un autre contemporain de Kafka, à l’humour ravageur.

Peut-être Esther de Katja Petrowskaja (Seuil, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine), « quête des origines » avec pour point de départ l’histoire complexe et tourmentée d’une famille juive de Kiev au XXè siècle. WAGENSTEIN-Adieu-Shanghai-300dpi

Adieu Shanghai d’Angel Wagenstein (Galaade, traduit du bulgare (?) par Krasimir Kavaldjiev), réédition d’un roman à la fois historique et d’espionnage sur la communauté exilée juive de Shanghai à l’époque du IIIè Reich.

Journal d’un gardien d’hôpital d’Oleg Pavlov (Noir sur Blanc, traduit du russe par Anne-Marie Tatsis-Botton) qui, fidèle au titre, décrit le quotidien d’un hôpital moscovite des années 1990, s’arrêtant aussi sur « la profonde crise économique, sociale et morale » de la Russie après la chute de l’URSS.

Encore aux éditions Noir sur Blanc, Perversion, de Yuri Andrukhovych (traduit de l’ukrainien par Maria Malanchuk), surnaturel version underground ukrainien sur fond des canaux de Venise.

fondveriteerecouvUn fond de vérité, de Zygmunt Miloszewski (traduit du polonais par Kamil Barbarski), un « polar sans concession, qui plonge au cœur de la société et l’histoire polonaise), bien dans la ligne éditoriale de Mirobole éditions.

Le collectionneur de sons d’Anton Holban (traduit du roumain par Gabrielle Danoux), sélection de nouvelles pour une première traduction en français de cet auteur du début du XXè siècle.

Les Vies parallèles, de Florina Ilis (Editions des Syrtes, traduit du roumain par Marily Le Nir) retrace aussi bien celle du poète roumain Mihai Eminescu que (en parallèle) ce que la postérité a fait jusqu’ici des mystères de ce grand poète de la deuxième moitié du XIXè siècle, mort fou. Une énorme « fantaisie biographique » dont j’aurai aussi l’occasion de reparler ici.

Voila qui nous amène enfin à ce mois déjà bien engagé de février, avec pour commencer deux nouveaux romans roumains fraîchement publiés :Agopian

Sara de Stefan Agopian (traduit du roumain par Laure Hinckel pour Jacqueline Chambon/Actes Sud), rencontre d’un jeune homme nommé Tobie (accompagné d’un ange nommé Raphaël) avec une femme nommée Sara, dans la Transylvanie multiculturelle du XVIIIè siècle, débouchant sur une « critique sociale » dans un style « plein de fantaisie » mais qui s’était heurté à la censure communiste avant sa parution en Roumanie en 1987.

Et Les autres histoires d’amour de Lucian Dan Teodorovici (traduit du roumain par Laure Hinckel pour les éditions Gaïa) – « des questions plus que des réponses, esquissées avec humour et délicatesse pour dresser le portrait d’un seul homme, viril (parfois), beau (si vous voulez), et fragile (à coup sûr) ».

bobkowskiNotes de voyage d’un Cosmopolonais d’Andrzej Bobkowski (traduit du polonais par Laurence Dyèvre) aux éditions Noir sur Blanc, « à la fois journal intellectuel et série de reportages du quotidien » par un observateur de la France et du Nouveau Monde entre 1947 et 1961.

D’un autre écrivain-observateur-voyageur polonais, Un vague sentiment de perte (traduit du polonais par Margot Carlier chez Actes Sud), dans lequel Andrzej Stasiuk rend hommage à quelques unes des personnes qui peuplent sa mémoire.

Après Le maître du jugement dernier évoqué plus haut, Zulma rajoutera jeudi à son catalogue Leo Perutz La troisième balle (traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle), premier roman dudit Perutz, « labyrinthe baroque et savamment construit » avec pour cadre le Mexique au temps de Charles Quint.

Après ça, un peu d’histoire sérieuse avec, aux Ateliers Henry Dougier, Les Lituaniens de Marielle Vitureau, rétrospective par une correspondante de RFI de l’histoire de ce peuple fier « d’être toujours présent sur la carte du monde en dépit des vicissitudes de l’histoire. »

Pour finir, un roman paru en francais il y a déjà presque deux ans mais qui vaut sûrement la peine d’être mentionné quelque part, Balerina, Balerina, de Mirko Sosic (traduit du slovène par Zdenka Stimac pour les Editions franco-slovènes) : le regard innocent d’une enfant handicapée mentale sur son entourage, Slovènes dans les environs italiens de Trieste dans les années 1960.

Edit du 17/2: Claude me signale que La véritable histoire de Matías Braun, écrit par Isabel Alba, traduit de l’espagnol par Michelle Ortuno, publié aux Editions La Contre-Allée, débute avec la révolution hongroise de 1919.

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10 commentaires on “Du nouveau chez les libraires”

  1. WordsAndPeace dit :

    liste impressionnante. L’estonien m’attire, polar médiéval!

  2. CG dit :

    Merci pour toutes ces suggestions de lecture… beaucoup de découvertes en perspective !

  3. Claude dit :

    Merci beaucoup, il y a des choses qui m’attirent bien. à bientôt, claude

  4. cecile83 dit :

    Je ne sais pas si tu as vu mais Monsieur Toussaint Louverture annonce Vilnius Poker de Ricardas Gavelis (Lituanie). Il l’annonce depuis 2 ans mais là, il y a une date le 19 février et une couverture ! Balerina, balerina m’intéresse bien !

    • Merci! Je ne connaissais ni Monsieur Toussaint Louverture ni Vilnius Poker. Par contre je vois la couverture (et le résumé, ca parait super) mais je ne vois pas la date du 19 février sur leur site. Je le note donc mais je vais attendre un peu de voir ce qu’il en est avant de le rajouter a la liste.

  5. Emma dit :

    Oh la la, c’est pas bon pour la PAL tout ça. Il y a plein de titres attirants là-dedans, merci beaucoup pour la liste.

    Je viens de commencer Je dénonce l’humanité de Frigyes Karinthy, j’adore.


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