Dorota Masłowska – Polococktail Party

Pour ce dernier épisode de ma série sur les autrices contemporaines d’Europe de l’Est, me voilà de retour sur les bords de la Baltique, cette fois dans une petite ville de Pologne au tout début des années 2000. En toile de fond, l’animosité contre les Russes, qui culmine avec la « journée sans Russkoffs », donne une certaine couleur locale, mais le personnage principal pourrait venir de partout : il est jeune, il est désœuvré, il n’a pas beaucoup d’avenir ; son univers est composé de filles, de drogue, et d’une vision un peu tordue du monde. Lire la suite »


Agata Tomažič – Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse

C’est dans le numéro 56 de Translittérature que j’ai appris que la traduction d’un recueil de nouvelles d’une femme slovène était en cours – la première traduction en français d’une autrice slovène* ! Bien sûr, ma curiosité s’en est retrouvé attisée, et a pu être satisfaite très rapidement grâce à la réception à point nommé d’un exemplaire du livre, envoyé par Belleville éditions. Pour mon troisième épisode de cette série consacrée aux autrices contemporaines d’Europe centrale et de l’Est, voici donc Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse d’Agata Tomažič, traduit par Stéphane Baldeck et qui est paru au début du mois.**

Le recueil porte le sous-titre « Histoires slovènes délicieusement ordinaires » et c’est avec le mot « ordinaire » que je vais commencer. Parce que, qu’y a-t-il d’ordinaire chez Miha Jakončič, ce répugnant personnage de la première nouvelle intitulée « Le roi grenouille » ? A première vue, oui, il est bien ordinaire dans sa vulgarité, son ostentation, son mépris de tous les gens qui l’entourent. Seulement, il y a cette mouche qui lui tourne autour au restaurant, et qu’il finit par happer sans que les autres convives s’en aperçoivent.

Elle disparut en un clin d’œil.

Evidemment, il est plutôt curieux qu’un homme jeune, en bonne santé, à qui l’image qu’il projette importe beaucoup, gobe une mouche en plein dîner d’affaires ; mais ce ne sera pas le seul élément curieux de cette nouvelle courte, saugrenue et qui semble pouvoir se lire sans arrière-pensée. Lire la suite »


Nora Ikstena – Mātes Piens (Le lait de la mère)

Deuxième épisode de mon programme de mars sur les voix contemporaines féminines de la littérature de l’Est, Mātes Piens est un roman letton qui n’est pas encore traduit en français. Je l’ai lu en anglais : Soviet Milk, traduit du letton par Margita Gailitis, Peirene Press, 2018.

Vers la fin de Mātes Piens, l’une des deux narratrices se souvient de l’explosion de Tchernobyl. C’était au printemps de son avant-dernière année scolaire, des jeunes s’étaient portés volontaires pour se rendre sur le site, et le fils de sa professeure principale n’en était jamais revenu.

Cet événement n’est qu’un détail de ce roman, mais il m’a tout de suite fait penser à Le jardin de verre de Tatiana Ţîbuleac, où la narratrice mentionne aussi Tchernobyl (« une broutille », dit-elle). D’autres détails partagés par les deux romans sont venus s’ajouter à cette coïncidence au fil de ma lecture : dans la Chişinău moldave du Jardin de verre, on conduit les mêmes Jiguli que dans la Riga lettonne de Mātes Piens ; on rêve de Leningrad, de la Neva et de ses ponts ; on prend (ou non) des vacances sur le littoral de la mer Noire ; on participe avec la classe aux travaux du kolkhoze ; on voit le nom de Gorbatchev se frayer son chemin dans les conversations du quotidien.

1500 kilomètres séparent les capitales de ces deux pays aujourd’hui indépendants, mais cette accumulation de détails dans ces deux romans publiés entre 2015 et 2018 nous ramènent à la même réalité, celle des dernières années de l’extrême nord-ouest et sud-ouest de l’URSS. Lire la suite »


Tatiana Ţîbuleac – Le jardin de verre

Aucun autre matin n’a ressemblé à celui-là, le premier, quand je me suis réveillée.

Quand j’avais écrit sur L’été où maman a eu les yeux verts, premier roman de l’auteure d’origine moldave et d’expression roumaine Tatiana Ţîbuleac à paraître en français, je m’étais réjouie de lire un roman « de l’Est » mais qui ne se sentait pas obligé d’être ancré « dans l’Est ».

Changement de cap avec Le jardin de verre, son deuxième roman, dans lequel la Moldavie joue un rôle qui ne se limite pas à être celui d’un cadre géographique et historique en arrière-plan. Cependant Le jardin de verre, c’est aussi et d’abord, comme dans L’été où maman a eu les yeux verts, des thématiques universelles et intemporelles : l’enfance, les marques qu’elle laisse sur la personnalité de l’adulte, et la relation aux parents, surtout quand, comme pour l’héroïne Lastotchka, on ne les a jamais connus. En somme, c’est un livre sur l’identité, pris dans un sens très large, et le contexte moldave y ajoute une dimension supplémentaire très forte : la langue, si importante pour se penser et s’exprimer, et en même temps si déstabilisante quand, comme pour Lastotchka, il faut en changer et vivre entre deux étiquettes linguistiques.

Ласточка, m’a-t-elle appelée, et c’est le nom qu’elle a employé désormais.

Lire la suite »


Femmes écrivains d’Europe centrale et orientale, version mars 2020

L’année dernière, j’avais placé le mois de mars sur ce blog sous le signe de la littérature écrite par les femmes écrivains d’Europe centrale et orientale. En présentant cette initiative (à retrouver sur ce lien), j’avais découpé ce vaste sujet en quatre catégories d’écrivaines « précurseuses », «modernes», « contemporaines », en rajoutant aussi une catégorie thématique sur le « reportage » et une autre sur «exil et adoption ». J’avais commencé en présentant quelques-uns des livres de ces « précurseuses » : Julia Székely, Hortensia Papadat Bengescu, Zofia Nałkowska (toutes trois traduites en français) … Cette année, je vais regarder par l’autre bout de la lorgnette en présentant surtout des voix contemporaines, venues de quatre coins d’Europe de l’Est.

Parmi elles, trois sont disponibles en français. La quatrième, quoique bien connue dans son pays, n’est pas à ma connaissance encore traduite en français.

Quatre pays, quatre femmes, quatre romans : voilà mon programme pour le mois de mars et par conséquent aussi pour le Mois de l’Europe de l’Est, excellente initiative menée par Goran, et Patrice et Eva et à laquelle je vais prendre part avec plaisir pour la troisième année consécutive.

Rendez-vous ici dès cet après-midi!

***

Mes chroniques de ces quatre livres sont à retrouver en cliquant sur les liens ci-dessous :


En mars, encore de nouvelles parutions !

Le mois de mars verra, comme chaque mois, son lot de nouvelles publications d’auteurs et autrices « de l’Est » en français. En voici un aperçu (sauf indication contraire, les liens mènent vers les sites des maisons d’édition) : Lire la suite »