Nora Ikstena – Mātes Piens (Le lait de la mère)

Deuxième épisode de mon programme de mars sur les voix contemporaines féminines de la littérature de l’Est, Mātes Piens est un roman letton qui n’est pas encore traduit en français. Je l’ai lu en anglais : Soviet Milk, traduit du letton par Margita Gailitis, Peirene Press, 2018.

Vers la fin de Mātes Piens, l’une des deux narratrices se souvient de l’explosion de Tchernobyl. C’était au printemps de son avant-dernière année scolaire, des jeunes s’étaient portés volontaires pour se rendre sur le site, et le fils de sa professeure principale n’en était jamais revenu.

Cet événement n’est qu’un détail de ce roman, mais il m’a tout de suite fait penser à Le jardin de verre de Tatiana Ţîbuleac, où la narratrice mentionne aussi Tchernobyl (« une broutille », dit-elle). D’autres détails partagés par les deux romans sont venus s’ajouter à cette coïncidence au fil de ma lecture : dans la Chişinău moldave du Jardin de verre, on conduit les mêmes Jiguli que dans la Riga lettonne de Mātes Piens ; on rêve de Leningrad, de la Neva et de ses ponts ; on prend (ou non) des vacances sur le littoral de la mer Noire ; on participe avec la classe aux travaux du kolkhoze ; on voit le nom de Gorbatchev se frayer son chemin dans les conversations du quotidien.

1500 kilomètres séparent les capitales de ces deux pays aujourd’hui indépendants, mais cette accumulation de détails dans ces deux romans publiés entre 2015 et 2018 nous ramènent à la même réalité, celle des dernières années de l’extrême nord-ouest et sud-ouest de l’URSS. Lire la suite »