Très sages vagabondages

Après un bref arrêt aux côtés de quelques femmes écrivaines d’Europe centrale et orientale, ma prochaine thématique me ramène à une forme d’écriture qui reste très masculine : la littérature de voyage. La région contenue entre la mer Baltique à l’Adriatique et la mer Noire, et entre l’Allemagne et la Russie, s’y prête bien.

J’ai présenté sur ce blog Les racleurs de vent, récit de la traversée par un Irlandais féru de culture et musique tsigane, Walter Starkie, de la Hongrie et de la Transylvanie de la fin des années 1920. Quelques années après, c’était au tour de Patrick Leigh Fermor de parcourir le centre de l’Europe, à pied et à cheval, donnant lieu bien des décennies plus tard à Between the woods and the water (Entre fleuve et forêt dans la traduction française). Nicolas Bouvier traverse la Yougoslavie dans L’Usage du monde ; dans Danube, le Triestin Claudio Magris descend un fleuve, qu’Emmanuel Ruben remonte ensuite à vélo dans Sur la route du Danube, alors que Laurent Geslin et Jean-Arnault Dérens privilégient l’approche maritime en cabotant sur l’Adriatique, l’Egée et la mer Noire avec Là où se mêlent les eaux, des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins.

Les femmes ne sont pas tout à fait absentes de ce regard occidental sur cette Europe centrale, de Rebecca West avec son Agneau noir et Faucon gris : Un voyage à travers la Yougoslavie (publié en 1941), ou plus récemment l’écrivaine d’origine bulgare Kapka Kassabova avec Lisière, qui l’amène à la frontière de la Bulgarie avec la Turquie et la Grèce.

Mais ces routes terrestres et fluviales ne s’utilisent pas qu’à sens unique, et ne sont donc pas l’apanage des voyageurs-écrivains venus de l’Ouest. Nombreux sont les voyageurs de tout poil à être partis du cœur de l’Europe pour aller voir par ici ou par-là, selon l’envie, l’occasion ou la nécessité. J’en ai déjà mentionné quelques-uns ici, qu’ils soient des voyageurs-journalistes occasionnels comme le tchèque Karel Capek (Lettres d’Angleterre, par exemple), des voyageurs-reporters chevronnés comme le polonais Ryszard Kapuscinski (Imperium, par exemple), des voyageurs-écrivains d’après-coup comme le hongrois François/Ferenc Fejtö et son Voyage sentimental. Mais il y en a encore d’autres, et c’est de ceux-là que je vais parler dans les jours à venir.

***

Un petit récapitulatif – cliquez sur les liens ci-dessous pour retrouver mes chroniques :

Lajos Kassák, Vagabondages

Márton Szepsi Csombor, Europica varietas

Andrzej Stasiuk, L’Est

Mariusz Wilk, Le journal d’un loup

Paolo Rumiz, Aux frontières de l’Europe

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11 commentaires on “Très sages vagabondages”

  1. Patrice dit :

    Excellente idée, merci pour ces suggestions de lecture. J’ai lu récemment une chronique sur le livre de Kapka Kassabova qui s’annonce passionnant. Bien qu’il ne traite pas que de « l’est », je ne résiste pas au plaisir d’évoquer également le « Voyage d’un Européen » de Geert Mak, que j’aimerais tant relire. Dans une thématique proche de Kassabova, « Lisières d’Europe », publié au moment de l’adhésion à l’UE de nombreux pays d’Europe Central, m’avait également beaucoup plu.

    • Je te rejoins quant au « Voyage d’un Européen » même si, comme tu le mentionnes, le livre restait celui d’un Européen très occidental. Je ne connaissais pas ce « Lisières d’Europe », et je te suis d’autant plus reconnaissante de l’avoir mentionné qu’il est dans une des bibliothèques ici. Encore un titre à ajouter à ma liste!

  2. […] livre est le deuxième que je chronique pour ma série sur la littérature de voyage. Malheureusement, il n’est pas traduit en français. J’ai lu la traduction anglaise, préparée […]

  3. […] les deux premières étapes de ma série sur la littérature de voyage, nous sommes partis à pied de Hongrie pour nous diriger vers l’ouest et découvrir d’abord […]

  4. […] pour prolonger le voyage sur ce blog, rendez-vous mercredi pour la prochaine étape, toujours à l’Est mais sous des latitudes très […]

  5. […] Journal d’un loup est « presque l’antithèse d’un voyage », pourquoi l’inclure dans ma série sur les livres-vagabondages ? D’abord parce que, de cette table de travail où est placé le paquet de feuilles blanches de […]

  6. […] arrivons à la cinquième et dernière étape de ma série sur la littérature de voyage. Pour celle-ci, on abandonne l’est-vers-l’ouest de Lajos Kassák et de Márton Szepsi Csombor […]

  7. […] en quatre livres. Odessa, c’est le point de départ de ce trajet car c’est là que se terminait ma série sur la littérature de voyage, et Trieste le point d’arrivée parce que c’est là qu’habite l’auteur du dernier livre de […]


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