Damir Karakaš – Blue Moon

Après Focşani et Belgrade, mon troisième arrêt sur le trajet Odessa-Trieste est, sans surprise, Zagreb. Souvenez-vous que je vous ai proposé ce trajet uniquement pour « raccompagner » Paolo Rumiz chez lui à Trieste, à la fin de son périple « aux frontières de l’Europe ».

A Odessa, sur les bords de la mer Noire, Rumiz décrit comment, sous « une lune en forme de ballon de rugby » flottent vers lui « les notes de Blue Moon » : une référence qui m’a tout de suite fait penser que le livre de Damir Karakaš m’attendait sur mes étagères. Le livre d’aujourd’hui a aussi un lien avec le livre précédent de mon « trajet » : là où le Timor mortis de Selenić prenait fin avec le tout-début de la Yougoslavie d’après-guerre, c’est avec le début de la fin de cette période que se termine le Blue Moon de Karakaš avec, à nouveau en arrière-plan, l’épineux sujet des relations entre Serbes et Croates.

En surface, les narrateurs de ces deux livres ne pourraient être plus différents – par leur éducation, leur milieu familial, leur personnalité – et pourtant ne sont-ils pas également dépassés par le monde dans lequel ils vivent ? Lire la suite »


Slobodan Selenić – Timor mortis

Nous voici au deuxième arrêt sur la route qui, d’Odessa, doit nous mener à Trieste en compagnie de quatre livres. Le premier, Le Livre des chuchotements, de Varujan Vosganian, nous a fait nous poser brièvement à Focşani en Roumanie avant de voler vers la Turquie ottomane et l’Arménie soviétique, guidés par des Arméniens du XXe siècle. Le récit était porté par un narrateur doublé d’un écrivain, dont le rôle était principalement de coucher sur le papier les histoires de ses aïeuls. Ainsi Le Livre des chuchotements était-il aussi le livre de l’écriture du Livre des chuchotements. La même forme – d’un livre récit d’une époque en même temps que réflexion sur sa propre écriture – caractérise Timor mortis, superbe roman où s’entremêlent l’isolement de la guerre et l’ouverture qui découle de la réflexion sur le passé. Lire la suite »


Varujan Vosganian – Le Livre des chuchotements

Samedi dernier, je vous ai proposé de vous joindre à moi pour rallier Trieste à partir d’Odessa, en quatre livres. Odessa, c’est le point de départ de ce trajet car c’est là que se terminait ma série sur la littérature de voyage, et Trieste le point d’arrivée parce que c’est là qu’habite l’auteur du dernier livre de voyage chroniqué. Je reconnais volontiers que le prétexte est vraiment très léger, et pourtant il y a un peu de logique dans la séquence de livres que je vous présente aujourd’hui et dans les prochains billets. Avec le premier, Le Livre de chuchotements, j’ai retrouvé cette idée de « lente décoloration qui ignorait les frontières » dont parlait Paolo Rumiz à propos des peuples dont la simple existence, tout au long de la frontière extérieure de l’Europe, défie les concepts d’états nations et de frontières. Après d’Odessa, nous voici maintenant en Roumanie, et en même temps, nous voici beaucoup plus loin.

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Cette histoire que nous appelons Le Livre des chuchotements n’est pas mon histoire. Elle a commencé bien avant l’époque de mon enfance, quand on parlait tout bas. Elle a commencé bien avant de devenir un livre. Et elle n’a pas commencé dans la ville de Focşani, celle de mon enfance, mais à Sivas, à Diarbekir, à Bitlis, à Adana et dans la région de Cilicie, à Van, à Trébizonde, dans tous les vilayets de l’Anatolie orientale, où naquirent les Arméniens de mon enfance et qui font partie des héros de ce livre.

De l’Espagne à la Russie et de la Norvège à la Grèce, des dizaines de milliers de Stolpersteine, petits pavés recouverts d’une plaque en laiton portant la mention « ici habitait » suivie d’un nom et de dates, commémorent les victimes du nazisme. Majoritairement juives, mais aussi issues des communautés Rom et Sinti, dissidentes, homosexuelles, handicapées, riches ou pauvres, illustres ou non, hommes ou femmes, ces personnes sont toutes commémorées selon le principe que nommer, c’est une manière de ne pas oublier.

Sous ses dehors de roman familial, écrit avec le langage et la liberté de structure d’une œuvre de fiction, c’est cette même démarche de mémoire qui anime Varujan Vosganian dans Le Livre des chuchotements. L’auteur y fait, ici et là, des parallèles avec l’histoire des Juifs européens du XXe siècle, mais l’histoire qu’il veut écrire pour la préserver est celle des Arméniens : une histoire qu’il raconte au plus près des individus qui l’ont vécue, à commencer par sa propre famille. Lire la suite »


Embarquement pour Trieste, voie Blog

Il y a une dizaine de jours, j’avais quitté l’écrivain-voyageur Paolo Rumiz à Odessa, au terme d’un long périple le long des « frontières de l’Europe ». Il s’apprêtait à embarquer pour Istanbul et, de là, à rejoindre sa ville natale, Trieste, en passant par les Balkans, « suivant à contresens le trajet de l’Orient-Express ».

Moi, je vous propose dans les jours à venir un autre trajet Odessa-Trieste, bien plus direct même s’il nous fera passer par la Roumanie, la Serbie, la Croatie et la Slovénie avec quatre livres pour tout bagage.

Rendez-vous mercredi pour l’embarquement.


Lectures-désorientation #3 : Xiao Hong, Theodore Fontane, Pat Barker et Guy de Maupassant

Derrière Passage à l’Est !, il y a une lectrice qui lit plus que la moyenne de littérature centre- et est-européenne, mais qui ne lit pas que de la littérature centre- et est-européenne. Je vous propose ici un aperçu des autres horizons qui font mon paysage de lectrice.

Dans ce troisième épisode : Ma Bo’le’s Second Life, de Xiao Hong ; Frau Jenny Treibel, de Theodore Fontane ; The Regeneration Trilogy, de Pat Barker ; et Le Horla, de Guy de Maupassant. Lire la suite »


TransLittérature : nouvelle plongée dans le monde des traducteurs littéraires « de l’Est »

La revue TransLittérature vient de publier son dernier numéro, qui comprend la deuxième partie du dossier « Quoi de neuf à l’Est ? », dont j’avais présenté la passionnante première partie sur le blog, ici.

« En raison des circonstances, » comme l’écrit le comité de rédaction, l’intégralité du numéro est disponible en ligne en attendant le format imprimé habituel, et je vous invite à y jeter un coup d’œil, car on y trouve à nouveau toutes sortes de bonnes choses. Lire la suite »