Nouvelles publications (1) : Retour sur quelques livres de mars, au format « revue de presse »

Début mars, j’avais publié une liste des nouvelles publications nous venant « de l’Est ». C’était avant que la pandémie vienne chambouler l’ordre des priorités ! Avant de présenter quelques nouveautés de mai et juin, voici un petit retour sur les publications de mars. Je vous propose de retrouver en cliquant sur ce lien la liste que j’avais préparée en mars puis, pour varier les plaisirs, un aperçu des critiques parues dans la presse et sur les blogs au sujet de deux d’entre ces livres, Les vies de Maria, et La fuite extraordinaire de Johannes Ott.

***

Les vies de Maria de Hanna Krall (Noir sur Blanc, traduit du polonais par Margot Carlier).

Ce qu’en dit la maison d’édition : « Cette histoire vraie [d’une Polonaise qui, durant la guerre, accepte, puis refuse, de devenir la marraine d’une fillette juive et ainsi de la sauver de la mort], Hanna Krall l’avait racontée quatre décennies plus tôt au cinéaste Krzysztof Kieślowski, lequel s’en inspira pour réaliser Le Décalogue 8. Mais, aujourd’hui, il importait à l’auteure de revenir à la vérité nue, forcément lacunaire. »

Ecrivant au sujet d’Hanna Krall, écrivaine et reporter, Olivier Favier, pour RFI, ajoute que « [être reporter,] c’est aussi déjouer les conforts de la morale commune et aller, comme elle l’a fait au temps du communisme, vers ce qui peut susciter la gêne, non pour condamner, mais pour amener précisément qui découvre son récit sur la voie d’une identification incommode.

Hanna Krall « est à la Pologne ce que Svetlana Alexievitch est à la Russie », dit Transfuge à propos de l’auteure, en préface d’un entretien disponible en ligne et dont voici un extrait : « Il ne s’agit pas, pour moi, de faire vivre en parallèle les victimes et les bourreaux. Ce qui m’importe, c’est de montrer que le bien et le mal coexistent toujours. Je dois dire qu’avec le temps cette proximité m’intrigue de plus en plus. »

Avec Les vies de Maria, « Hanna Krall se laisse porter par le fil de cette histoire qui la concerne directement, elle le noue avec beaucoup d’autres fils et forme un écheveau indémêlable de voix et de destinées, qui dessine une figure expressive du sort des Juifs en Pologne occupée, et après la libération par l’Armée rouge » dit Jean-Yves Potel dans En attendant Nadeau.

Pour Geneviève Bridel (RTS), « peu importe que l’on retienne ou non les liens ténus entre les innombrables témoins qui livrent leur part de vérité dans « Les vies de Maria ». Les questions d’Hanna Krall, comme des pierres dans l’eau, provoquent des cercles concentriques à la surface sans pour autant révéler ce qui se cache en profondeur ». L’article inclut un entretien avec Margot Carlier, traductrice de la majorité de l’œuvre d’Hanna Krall en français (cliquez sur ce lien pour retrouver à la fin de mon entretien avec Margot Carlier la liste de ses traductions).

 

La fuite extraordinaire de Johannes Ott, de Drago Jančar (Phébus, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye)

Ce que dit la maison d’édition de ce roman paru en 1978 et « devenu culte » : « Un mystérieux inconnu, Johannes Ott, sème le trouble dans une communauté agitée par les hérésies religieuses et menacée par une épidémie de peste toute proche. Rapidement, on finit par se convaincre que l’homme cache quelque chose. Arrêté, torturé, il avoue une emprise démoniaque. Il réussit néanmoins à s’échapper et commence une fuite éperdue dans une Europe centrale médiévale que Drago Jancar restitue ici avec la puissance et l’invention qu’on lui connaît. »

Pour Frédérique Fanchette, écrivant dans Libération, « le livre de Drago Jancar ne peut cependant pas être rangé dans la catégorie des romans historiques, il est clairement une réponse au régime du maréchal Tito. » En effet, ajoute-t-elle, « dans Galjot [titre original slovène du roman], l’arbitraire du pouvoir est omniprésent, celui de l’empereur, celui des institutions judiciaires, celui de l’Inquisition, celui des polices chargées d’endiguer la peste. S’ajoute le grégarisme de la foule, toujours prête à lyncher les «hérétiques» quand les institutions ne condamnent pas assez vite. »

Même constat pour Laurent Pfaadt (hebdoscope) : « Ott serait-il l’hétéronyme de Jancar ? », cet écrivain qui débuta l’écriture de ce roman après avoir été condamné à plusieurs mois de prison pour ‘propagande en faveur de l’ennemi’. Pfaadt continue : « la narration, volontairement elliptique avec ses personnages taiseux ou rongés par les secrets aide grandement à procurer ce sentiment de confusion qui nourrit un récit qui semble devoir éternellement recommencer jusqu’à l’absurde. »

L’épidémie de peste, qui forme l’arrière-plan de la fuite de Johannes Ott (et donne l’image de couverture du livre en français) résonnera bien sûr auprès des lecteurs d’aujourd’hui : Angèle Paoli (Terres de femmes) voit dans « les événements décrits dans ce récit, et les réactions que ces derniers suscitent […] comme un miroir de la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui. »

Cependant, pour Mes Maux de Vie, « L’épidémie de peste n’y est pas le thème central ». Pour lui, il y a « trois thèmes majeurs dans cette fresque si envoûtante : le pouvoir et l’ordre, la révolte et le désordre, et les bouleversements de l’histoire », trois thèmes qu’il creuse dans une chronique longue et fouillée, en deux parties (à retrouver ici pour la première partie et ici pour la deuxième).

La fuite extraordinaire de Johannes Ott est la dernière traduction d’un roman de Drago Jančar par sa traductrice Andrée Lück-Gaye : cliquez sur ce lien pour retrouver à la fin de mon entretien avec elle la liste de ses traductions d’auteurs slovènes.


16 commentaires on “Nouvelles publications (1) : Retour sur quelques livres de mars, au format « revue de presse »”

  1. Je viens justement d’acheter le recueil de nouvelles L’élève de Joyce de Drago Jancar, peut-être que je me laisserai tenter par ce titre

  2. Guy Gilbert dit :

    Je n »ai lu auccun des livres que vous présentez depuis que je vous connais, mais vos chroniques suscitent mon intérêt. dommage qu’il n’y ait pas trop d’auteurs bulgares ou grecs, mais enfin, vous faites déjà beaucoup. Chok Merci

    • Bonjour, je suis ravie d’apprendre que mes chroniques vous intéressent, mais un peu déçue qu’elles ne vous aient pas jusqu’ici incité à franchir le pas! Pour les auteurs bulgares, il n’y en a en effet pas beaucoup sur mon blog (un peu plus si vous regardez du côté des autrices, cependant). Et pour les Grecs, il n’y en pas parce que j’ai fait le choix de ne pas les inclure. Merci de votre passage.

  3. […] dernière, j’ai publié deux articles sur les nouvelles publications de ces derniers mois : c’est par ici pour deux titres de mars, et par là pour les parutions de […]

  4. Patrice dit :

    Une fois passée notre lecture commune, je continuerai bien la découverte de cet autre titre de Drago Jancar. J’imagine qu’il se passe au 14ème siècle, non ? Toujours passionnant de voir les interprétations différentes qu’un livre peut susciter 🙂

    • L’épidémie de peste et la mention des hérésies religieuses me ferait aussi penser au XIVe siecle, mais les chroniques que j’ai lues évoquent le XVIIe. Donc: il faut lire le livre pour avoir la réponse!

      • Patrice dit :

        Le souci (ou plutôt plaisir), c’est qu’on a envie de lire beaucoup de livres avec ton blog !

      • Le souci (ou plutôt plaisir), c’est que j’ai envie de présenter beaucoup de livres sur ce blog!

      • Guy Gilbert dit :

        Si vous pouviez parler de Gueorgui Gospodinov, auteur bulgare, et Konstantin Pavlov, poète bulgare lui aussi. Gospodinov a écrit, entre autre « Physique de le mélancolie et Pavlov « Souvenir de la peur » (que l’on trouve dans un petit livre publié aux presses de l’INALCO (cahiers de poésie bilingues), « Satires » ….

      • De Gospodinov, je parlerai de « L’alphabet des femmes » avant de sa « Physique de la mélancolie », mais son tour viendra. Merci pour la référence à ce « Souvenir de la peur », que je ne connaissais pas.

      • Guy Gilbert dit :

        Ce petit livret, paru aux presses de l’Inalco « Souvenir de la peur » est une petite merveille. On ne peut passer à côté. Ce serait trop trop dommage. Bien sûr, c’estr encore plus beau en bulgare, ça va de soi

  5. […] sur les rayons de ma bibliothèque depuis quatre ou cinq mois, mais c’est un article de Passage à l’Est au sujet de la dernière traduction en français de son roman La fuite extraordinaire de Johannes […]

  6. […] d’avoir sur mes étagères un autre roman de Jančar, La fuite extraordinaire de Johannes Ott, dont j’avais déjà un peu parlé ici et dont je reparlerai sûrement dans les semaines à […]

  7. […] Ott est disponible depuis 2020 en français dans la traduction d’Andrée Lück Gaye. Retrouvez ici ma revue de presse de quelques articles publiés à sa sortie et, ici, mon entretien avec Andrée Lück Gaye en […]


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