Odessa-Trieste : Retour sur un itinéraire en quatre livres

La semaine dernière, j’ai publié deux articles sur les nouvelles publications de ces derniers mois : c’est par ici pour deux titres de mars, et par là pour les parutions de mai-juin.

Inspirée en partie par le centenaire du traité de Trianon (par lequel ont été tracées les nouvelles frontières de la partie « Hongrie » de l’empire austro-hongrois), mais aussi par une question que je me pose depuis longtemps, j’ai aussi écrit sur la question des frontières et des identités en Europe centrale, par le prisme des étiquettes que je donne (que nous donnons) aux auteurs et autrices de cette région, et à leurs livres. Je vous invite à le retrouver ici.

Enfin, j’ai publié mercredi dernier la chronique avec laquelle je mettais fin au voyage qui m’a menée d’Odessa à Trieste en compagnie de quatre livres.

Odessa et Trieste, deux villes impériales, deux villes tournées vers la mer : mer Noire pour la première, créée sur la volonté de l’impératrice Catherine II de Russie ; mer Adriatique pour la seconde ville, longtemps unique débouché portuaire de l’empire austro-hongrois.

Par voie maritime (Odessa ne porte-t-elle pas le nom grec d’Ulysse, Odysseos ?), près de 1500 miles nautiques séparent ces deux villes situées de part et d’autre de la péninsule des Balkans. Un voyageur des années 1920 pouvait se rendre de l’une à l’autre en empruntant, au choix, l’Oesterreichischer Lloyd ou la Lloyd Triestino, avec une escale à Constantinople.

Par voie terrestre, c’est un trajet d’environ 1500kms, voire plus de 1725kms si l’on s’arrête en chemin à Focşani, Belgrade et Zagreb comme je l’ai fait.*

Retour en texte et en image sur les quatre livres qui ont justifié ce voyage dans l’espace et dans le temps du XXe siècle :

Première escale : Focşani, en Roumanie. Y grandit, dans les années 1960, un petit garçon qui, aux côtés de son grand-père, découvre l’histoire de la communauté arménienne dont il fait partie. Devenu adulte, il se met lui aussi en quête de cette histoire et en tire un livre : Le Livre des chuchotements. Retrouvez toute ma chronique sur ce lien.

Deuxième escale : Belgrade, en Serbie. C’est-à-dire, Belgrade en Yougoslavie. Ecrit juste avant l’éclatement des guerres de succession yougoslaves, ce roman se déroule dans la capitale occupée et bombardée du Royaume de Yougoslavie. Confiné dans un petit appartement, un ex-étudiant tente de démêler la part de vérité et la part de fantasque dans les récits de son colocataire plus que centenaire. Il en tire un livre : Timor mortis. Retrouvez toute ma chronique sur ce lien.

Troisième escale : Zagreb, en Croatie. C’est-à-dire, Zagreb en Yougoslavie. Publié en 2014, Blue Moon est le récit à la première personne de la vie d’un jeune rockabilly un peu perdu entre ses études abandonnées, son père trop porté sur la violence, et sa copine. C’est la fin des années 1980, son monde ne va pas tarder à imploser pour une raison qui le dépasse complètement : la guerre. Retrouvez toute ma chronique sur ce lien.

Dernière escale : Trieste, en Italie. Une ville qui, lorsqu’elle est transférée du défunt empire austro-hongrois à l’Italie à la fin de la Première Guerre mondiale, se retourne contre sa forte minorité slovène. De cette minorité est issu l’écrivain Boris Pahor, auteur du recueil de nouvelles Arrêt sur le Ponte Vecchio, dans lequel il revient, en quatorze brefs textes, sur son histoire et sur celle d’un XXe siècle à la fois familier et – pour nous – moins connu. Retrouvez toute ma chronique sur ce lien.

– – –

Et maintenant ? Puisque nous sommes à Trieste, je vous propose de rester encore un peu dans la région, entre Trieste et Belgrade, en compagnie d’un auteur contemporain et d’une autrice très récemment décédée, afin d’explorer encore le passé pas si lointain de cette région.

– – –

* en vérité, pour rejoindre Focşani à partir d’Odessa, il est presque inévitable de transiter par la Moldavie. J’aurais alors pu rajouter un cinquième livre à cet itinéraire, par exemple Des mille et une façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov. Après tout, la destination rêvée des personnages de ce roman loufoque n’est-elle pas aussi l’Italie ?


11 commentaires on “Odessa-Trieste : Retour sur un itinéraire en quatre livres”

  1. MarinaSofia dit :

    Ah, je vais chercher Le Livre des chuchotements (en roumain?). Et j’ai bine aime le livre de Lortchenkov – triste, hilaire et vrai…

    • Super, je serai curieuse de ton avis si tu le chroniques – peut-être parmi tes « 20-100-1000 books of summer »??!!
      Eh oui, pour Lortchenkov, j’aurais pu rajouter que le trajet Odessa-(Chisinau)-Trieste-(le reste de l’Italie) est sûrement un vrai trajet pour des milliers d’Ukrainiens, de Moldaves et de Roumains.

      • MarinaSofia dit :

        Je viens de lire le Bruckstein – ca vaut vraiment la peine de lire, je pense (meme si je ne suis pas trop contente avec la traduction)

      • A mon tour je viens de lire ta critique enthousiaste malgré la traduction. Il existe trois de ses livres en français (Le piège et aux nouvelles; La poupée de chiffon; Sur la terre comme au ciel (Destinul lui Yaacov Maghid)), j’opterai peut-être pour cette version française. C’est un auteur à redécouvrir et à lire, en tout cas.

  2. je m’étais amusée comme une folle à la lecture du roman de Lortchenkov, je crois qu’en matière de voyage comme cela en te lisant je ne peux pas m’empêcher même si le parcours n’est pas du tout le même de penser à Elias Canette et à son autobiographie magnifique la langue sauvée et la suite amour d’une patrie, le déplacement forcé, l’apprentissage d’une nouvelle langue toutes choses que l’on retrouve tellement dans les littératures d’Europe centrale

    • En effet, entre Lortchenkov et Canetti les parcours, le style (l’imagination!) etc ne sont pas du tout les mêmes!
      Merci de me rappeler Canetti, je n’ai lu de lui que La langue sauvée, qu’il faudrait que je relise. Avec l’élément juif sépharade qui ramene à une histoire bien plus ancienne et passionnante, via l’empire ottoman, il représente encore une autre manière de percevoir cet espace centre-européen!

  3. Patrice dit :

    Merci pour ce très beau voyage !

  4. […] Odessa-Trieste : Retour sur un itinéraire en quatre livres → […]

  5. […] pour m’emmener en voyage : d’abord à travers l’Europe en général, et aussi d’Odessa à Trieste. […]


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