Lectures-désorientation #4 : une lectrice sous influence

Derrière Passage à l’Est !, il y a une lectrice qui lit plus que la moyenne de littérature centre- et est-européenne, mais qui ne lit pas que de la littérature centre- et est-européenne. Je vous propose ici un aperçu des autres horizons qui font mon paysage de lectrice.

Pour ce quatrième épisode, voici quatre livres dont la lecture m’a été inspirée par les blogs ou la presse : The Archivist, de Martha Cooley ; Les fous de Bassan, d’Anne Hébert ; La femme au petit renard, de Violette Leduc ; et Neige, d’Orhan Pamuk. Lire la suite »


Jaan Kross – Le fou du Tzar

Voici le troisième et dernier épisode de ma série d’été sur les romans historiques d’Europe centrale et de l’Est. L’excellent Katarina, le paon et le jésuite nous a fait traverser l’Europe centrale du XVIIIe siècle. Felix Austria nous a emmenés dans la Galicie de l’année 1900, et j’étais moins enthousiaste.

Avec Le fou du Tzar, c’est dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Estonie, au début du XIXe siècle, que je vous propose de m’accompagner. J’avais décrit le roman historique comme une « lecture plaisir » : ce roman en est une excellente illustration. Lire la suite »


Sofia Andrukhovych – Felix Austria

Voici, après l’excellent Katarina, le paon et le jésuite, le deuxième épisode de ma série d’été consacrée au roman historique sous ses différentes formes. Felix Austria nous emmène dans la Galicie multiethnique du tout début du XXe siècle.

Je suis toujours à l’écoute de vos suggestions de romans historiques venant d’Europe centrale de l’Est et des Balkans (hors Russie et pays germanophones). Pour en savoir plus, c’est par ici. Lire la suite »


Drago Jančar – Katarina, le paon et le jésuite

Pour ce premier épisode de ma série d’été consacrée aux romans historiques, voici Katarina, le paon et le jésuite, un petit pavé très réussi qui nous emmène dans l’Europe et l’Amérique latine du XVIIIe siècle, en compagnie d’un mélange de pèlerins, de Jésuites et d’armées impériales moins improbable qu’il n’en a l’air.

Je suis toujours à l’écoute de vos suggestions de romans historiques venant d’Europe centrale de l’Est et des Balkans (hors Russie et pays germanophones). Pour en savoir plus, c’est par ici. Lire la suite »


Quelques romans historiques pour l’été (+ appel à suggestions !)

Ces derniers temps, l’Histoire avec un grand « H » a été très présente dans les romans que j’ai lus : surtout l’histoire du XXe siècle, dont la noirceur a davantage marqué l’Europe de l’Est et des Balkans que l’Europe de l’Ouest. Pourtant des livres aussi différents que Sonnenschein de Daša Drndić et Le livre des chuchotements de Varujan Vosganian ne sont pas des romans qu’on peut qualifier d’ « historiques », à mon avis.

Pourquoi ? En y réfléchissant, je me suis dit que c’est parce que dans le mélange d’histoire et de fiction qui fait ces romans, les faits et événements de l’Histoire forment un arrière-plan essentiel, sans lequel les personnages ne peuvent pas exister. Il y a un propos (la mémoire, la culpabilité, la perte…), qui est indissociable de cet arrière-plan. Dans le cas de Le livre des chuchotements, c’est aussi parce que le livre est, de bout en bout, un témoignage personnel et familial, qui pourrait passer pour de la fiction mais qui n’en est en fait pas.

Les grands romans historiques français ou d’ailleurs – ceux d’Alexandre Dumas, de Walter Scott, d’Umberto Eco par exemple – fournissent une autre piste : on tourne facilement les pages de ces (souvent gros) romans, parce qu’il y a un souffle épique, parce qu’on est transporté dans une histoire ancienne où c’est finalement le romanesque qui prime, une histoire où même les événements les plus lugubres sont trop lointains pour nous toucher personnellement.

Pourtant, on peut se demander si les auteurs de ces romans historiques sont toujours guidés par le plaisir de leurs lecteurs (et celui de l’argent gagné grâce à eux) ? Peut-être est-ce parfois pour eux une manière de s’évader de leur environnement matériel ou politique ou, au contraire, peut-être leurs livres sont-ils une manière déguisée de commenter leur actualité, tout en passant au travers des mailles de la censure ?

En tout cas, le roman historique est en général pour moi encore plus que d’habitude une lecture-plaisir, et je ne suis sûrement pas la seule à en mettre tout en haut de la pile (avec les livres autour du voyage) lorsqu’arrivent les vacances d’été. C’est ce qui est au programme pour mes trois chroniques à venir : Katarina, le paon et le jésuite de Drago Jančar, Felix Austria de Sofia Andrukhovych, et Le fou du tzar de Jaan Kross. Un roman slovène, un ukrainien et un estonien, publiés entre 1978 et 2014, et qui nous emmènent respectivement au XVIIIe, au tournant du XXe, et au XIXe siècles.

On trouve déjà quelques romans historiques sur mon blog :

Dans Le Passage de Vénus, de Róbert Hász, par exemple, on suit le Jésuite János Sajnovics au cours de son voyage dans une Europe du XVIIIe siècle déchirée par les rivalités religieuses et politiques. Il accompagne un scientifique de renom, Maximilianus Hell, dans l’île nordique de Vardø, où ils ont été dépêchés par Marie Thérèse afin d’observer « le passage de Vénus » devant le Soleil, qui doit permettre de calculer la distance entre la Terre et le Ciel. (Traduit du hongrois par Chantal Philippe. Viviane Hamy, 2016. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Dans La Pyramide, d’Ismail Kadaré, c’est l’Egypte des Pharaons qui fournit l’arrière-plan avec ce roman sur la construction d’une pyramide derrière lequel se cache un discours sur les stratégies des régimes totalitaires pour contrôler leurs populations et leurs ressources. (Traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni. Fayard, 1992. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Dans Moi, Anne Comnène, de Vera Moutaftchiéva, nous voilà au cœur de l’empire byzantin, aux XIe et XIIe siècles, aux côtés d’une vraie femme de pouvoir, femme de lettres, et fille d’empereur (dont elle a fait l’histoire apologique dans l’Alexiade). Au sein du palais comme en dehors, les conflits sont nombreux, qu’ils portent sur les questions de succession ou qu’il s’agisse de faire face aux armées ottomanes et aux croisés. (Traduit du bulgare par Marie Vrinat. Sofia : Gutenberg, 2007. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Et vous, comment définissez-vous le roman historique ? Avez-vous des romans historiques d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans (hors Russie et pays germanophones) à recommander ?


Danilo Kiš – Jardin, cendre

Je n’avais pas prévu de lire Jardin, cendre si tôt. L’été dernier, j’avais pensé le mettre à mon programme, quand j’avais commencé à dévider ma pelote « Europe centrale, années trente » avec Sándor Márai, puis François Fejtö et enfin Miroslav Krleža. Danilo Kiš appartient à une autre génération que ces trois écrivains déjà actifs durant l’entre-deux-guerres, puisqu’il est né en 1935. Mais j’avais pensé à lui parce que, comme le peintre Petar Dobrović, ami de Krleža, que François Fejtö avait rencontré près de Dubrovnik lors de son Voyage sentimental, et comme Krleža lui-même, Danilo Kiš vivait dans un espace « yougoslave » où la frontière linguistique et culturelle avec la Hongrie était encore assez poreuse. Ainsi cet écrivain né (comme Dezső Kosztolányi 50 ans auparavant) à Subotica, décédé à Paris en 1989, et décrit parfois comme serbe, parfois comme yougoslave, parlait-il hongrois comme son père juif d’expression hongroise.

C’est autre chose qui m’a poussé, cette fois-ci, à sortir le livre de l’étagère où je l’avais posé après l’avoir acheté il y a deux ans. Ou plutôt c’est un autre nom, celui d’Edouard Sam, un nom que j’ai mentionné dans ma chronique de Sonnenschein, de Daša Drndić, ce « roman documentaire » où personnages réels et fictifs se succèdent pour faire un portrait sans concessions de l’Europe du XXe siècle nazi. Personnage réel, ou personnage fictif, que cet Edouard Sam, inspecteur des chemins de fer ? Un peu des deux, car l’Edouard Sam de Daša Drndić est aussi celui qui traverse les pages du roman de Danilo Kiš, lui-même fortement inspiré du père de l’auteur. Lire la suite »