Danilo Kiš – Jardin, cendre

Je n’avais pas prévu de lire Jardin, cendre si tôt. L’été dernier, j’avais pensé le mettre à mon programme, quand j’avais commencé à dévider ma pelote « Europe centrale, années trente » avec Sándor Márai, puis François Fejtö et enfin Miroslav Krleža. Danilo Kiš appartient à une autre génération que ces trois écrivains déjà actifs durant l’entre-deux-guerres, puisqu’il est né en 1935. Mais j’avais pensé à lui parce que, comme le peintre Petar Dobrović, ami de Krleža, que François Fejtö avait rencontré près de Dubrovnik lors de son Voyage sentimental, et comme Krleža lui-même, Danilo Kiš vivait dans un espace « yougoslave » où la frontière linguistique et culturelle avec la Hongrie était encore assez poreuse. Ainsi cet écrivain né (comme Dezső Kosztolányi 50 ans auparavant) à Subotica, décédé à Paris en 1989, et décrit parfois comme serbe, parfois comme yougoslave, parlait-il hongrois comme son père juif d’expression hongroise.

C’est autre chose qui m’a poussé, cette fois-ci, à sortir le livre de l’étagère où je l’avais posé après l’avoir acheté il y a deux ans. Ou plutôt c’est un autre nom, celui d’Edouard Sam, un nom que j’ai mentionné dans ma chronique de Sonnenschein, de Daša Drndić, ce « roman documentaire » où personnages réels et fictifs se succèdent pour faire un portrait sans concessions de l’Europe du XXe siècle nazi. Personnage réel, ou personnage fictif, que cet Edouard Sam, inspecteur des chemins de fer ? Un peu des deux, car l’Edouard Sam de Daša Drndić est aussi celui qui traverse les pages du roman de Danilo Kiš, lui-même fortement inspiré du père de l’auteur. Lire la suite »