Quelques romans historiques pour l’été (+ appel à suggestions !)

Ces derniers temps, l’Histoire avec un grand « H » a été très présente dans les romans que j’ai lus : surtout l’histoire du XXe siècle, dont la noirceur a davantage marqué l’Europe de l’Est et des Balkans que l’Europe de l’Ouest. Pourtant des livres aussi différents que Sonnenschein de Daša Drndić et Le livre des chuchotements de Varujan Vosganian ne sont pas des romans qu’on peut qualifier d’ « historiques », à mon avis.

Pourquoi ? En y réfléchissant, je me suis dit que c’est parce que dans le mélange d’histoire et de fiction qui fait ces romans, les faits et événements de l’Histoire forment un arrière-plan essentiel, sans lequel les personnages ne peuvent pas exister. Il y a un propos (la mémoire, la culpabilité, la perte…), qui est indissociable de cet arrière-plan. Dans le cas de Le livre des chuchotements, c’est aussi parce que le livre est, de bout en bout, un témoignage personnel et familial, qui pourrait passer pour de la fiction mais qui n’en est en fait pas.

Les grands romans historiques français ou d’ailleurs – ceux d’Alexandre Dumas, de Walter Scott, d’Umberto Eco par exemple – fournissent une autre piste : on tourne facilement les pages de ces (souvent gros) romans, parce qu’il y a un souffle épique, parce qu’on est transporté dans une histoire ancienne où c’est finalement le romanesque qui prime, une histoire où même les événements les plus lugubres sont trop lointains pour nous toucher personnellement.

Pourtant, on peut se demander si les auteurs de ces romans historiques sont toujours guidés par le plaisir de leurs lecteurs (et celui de l’argent gagné grâce à eux) ? Peut-être est-ce parfois pour eux une manière de s’évader de leur environnement matériel ou politique ou, au contraire, peut-être leurs livres sont-ils une manière déguisée de commenter leur actualité, tout en passant au travers des mailles de la censure ?

En tout cas, le roman historique est en général pour moi encore plus que d’habitude une lecture-plaisir, et je ne suis sûrement pas la seule à en mettre tout en haut de la pile (avec les livres autour du voyage) lorsqu’arrivent les vacances d’été. C’est ce qui est au programme pour mes trois chroniques à venir : Katarina, le paon et le jésuite de Drago Jančar, Felix Austria de Sofia Andrukhovych, et Le fou du tzar de Jaan Kross. Un roman slovène, un ukrainien et un estonien, publiés entre 1978 et 2014, et qui nous emmènent respectivement au XVIIIe, au tournant du XXe, et au XIXe siècles.

On trouve déjà quelques romans historiques sur mon blog :

Dans Le Passage de Vénus, de Róbert Hász, par exemple, on suit le Jésuite János Sajnovics au cours de son voyage dans une Europe du XVIIIe siècle déchirée par les rivalités religieuses et politiques. Il accompagne un scientifique de renom, Maximilianus Hell, dans l’île nordique de Vardø, où ils ont été dépêchés par Marie Thérèse afin d’observer « le passage de Vénus » devant le Soleil, qui doit permettre de calculer la distance entre la Terre et le Ciel. (Traduit du hongrois par Chantal Philippe. Viviane Hamy, 2016. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Dans La Pyramide, d’Ismail Kadaré, c’est l’Egypte des Pharaons qui fournit l’arrière-plan avec ce roman sur la construction d’une pyramide derrière lequel se cache un discours sur les stratégies des régimes totalitaires pour contrôler leurs populations et leurs ressources. (Traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni. Fayard, 1992. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Dans Moi, Anne Comnène, de Vera Moutaftchiéva, nous voilà au cœur de l’empire byzantin, aux XIe et XIIe siècles, aux côtés d’une vraie femme de pouvoir, femme de lettres, et fille d’empereur (dont elle a fait l’histoire apologique dans l’Alexiade). Au sein du palais comme en dehors, les conflits sont nombreux, qu’ils portent sur les questions de succession ou qu’il s’agisse de faire face aux armées ottomanes et aux croisés. (Traduit du bulgare par Marie Vrinat. Sofia : Gutenberg, 2007. Retrouvez ma chronique sur ce lien).

Et vous, comment définissez-vous le roman historique ? Avez-vous des romans historiques d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans (hors Russie et pays germanophones) à recommander ?