Octobre, J-1: au sujet des prix littéraires

Pour compléter mon article d’hier passant en revue les nouvelles publications à venir en octobre, quelques mots sur les prix littéraires qui m’intéressent pour leur rôle dans la promotion de la littérature étrangère et notamment des livres d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans en traduction.

C’est aujourd’hui la journée mondiale de la traduction. Quelle meilleure occasion pour parler du Prix INALCO-VoVf de la traduction ? Celui-ci récompense en effet « une traduction effectuée en français à partir d’une des 103 langues enseignées à [l’INALCO] et publiée par un éditeur et diffusée en France ». Il s’agit cette année de la deuxième édition du prix, décerné pour la première fois, en 2019, à Maud Mabillard pour sa traduction du russe du roman de Gouzel Iakhina Zouleikha ouvre les yeux (Noir sur Blanc, 2017). J’en avais parlé ici.

Cette année, six titres – et donc six traducteurs et traductrices – ont été retenus. Il s’agit de Le dernier loup de László Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly (Cambourakis, 2019) ; Alors vient la lumière de Léa Goldberg, traduit de l’hébreu par Olivier Bosseau (H&O Editions, 2019) ; Etoiles vagabondes de Sholem Aleykhem, traduit du yiddish par Jean Spector (Le Tripode, 2020) ; Les turbines du Titanic de Robert Perišić, traduit du croate par Chloé Billon (Gaïa, 2019, ma chronique ici) ; Solénoïde de Mircea Cărtărescu, traduit du roumain par Laure Hinckel (Noir sur Blanc, 2019) ; Le nuage et la valse de Ferdinand Peroutka, traduit du tchèque par Hélène Belletto-Sussel (La contre-allée, 2019).

Le prix 2020 sera décerné ce dimanche 4 octobre en clôture du festival VoVf : un festival, et un prix, dont j’aurai l’occasion de reparler très, très bientôt !

Puisque je suis sur le sujet des prix littéraires, un petit clin d’œil au passage :

– au roman de Iulian Ciocan, L’empire de Nistor Polobok (traduit du roumain (Moldavie) par Florica Courriol. Belleville Editions, 2019), présélectionné pour le prix Jean Monnet de la Littérature européenne mais qui n’a pas été retenu dans la dernière sélection. Ma chronique du roman sur ce lien.

– aux livres de Kapka Kassabova, Lisière. Voyage aux confins de l’Europe (traduit de l’anglais par Morgane Saysana. Marchialy, 2020), et de Pavol Rankov, C’est arrivé un premier septembre (traduit du slovaque par Michel Chasteau. Gaïa Editions, 2019), tous deux dans la présélection du Prix du livre européen 2020.

– au roman de Catalin Mihuleac, Les Oxenberg & Les Bernstein (traduit du roumain par Marily Le Nir. Noir sur Blanc, 2020), Prix Transfuge du meilleur roman européen 2020.


Octobre, J-2 : quelques nouveaux livres sur les étagères

Je n’ai pas encore publié toutes les chroniques annoncées dans mon article sur les nouvelles publications de septembre, et voilà qu’arrive déjà octobre et son lot de nouveaux livres !

Sauf exception, cliquer sur les titres ci-dessous vous amènera vers la page de l’éditeur :

J’évoquerai demain le festival VoVf (« Les livres par leurs traducteurs ») qui se déroulera ce week-end : l’une des tables rondes y sera dédiée à Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature 2018, avec la participation de ses traductrices Maryla Laurent, Grazyna Erhard et Margot Carlier. Les Editions Noir sur Blanc publient justement, le 1er octobre, Le tendre narrateur et Histoires bizarroïdes. Tous deux traduits par Maryla Laurent, le premier est un recueil comprenant le discours du Nobel d’Olga Tokarczuk (évoqué ici), et le second un recueil de nouvelles autour de « l’esprit d’enfance, le désir d’immortalité, le délire religieux, mais aussi le transhumanisme, le rapport à la nature, la fragilité de la civilisation », dit l’éditeur.

Toujours aux Editions Noir sur Blanc, mais le 8 octobre, deux textes de et autour de Joseph Czapski. Né en 1896, décédé en 1993, l’officier de réserve polonais fut l’un des rares officiers arrêtés et détenus dans un camp par les Soviétiques au début de la Seconde Guerre mondiale à échapper au massacre de Katyn. Terre inhumaine, publié en traduction française par Maria Adela Bohomolec en 1978 (L’Age d’Homme) et republié ici avec une préface de Timothy Snyder, est le récit par Czapski de sa libération du camp soviétique en 1941 et de ses années de guerre en Pologne, en URSS, en Asie centrale et au Moyen-Orient. Ecrivain (il est aussi l’auteur de Proust contre la déchéance. Libretto, 2012), Joseph Czapski était aussi peintre, et c’est à ce pan de sa vie que s’intéresse Eric Karpeles dans Joseph Czapski. L’art et la vie (traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange).

Slawomir Rawicz était également au nombre des officiers polonais faits prisonniers par les Soviétiques au début de la Seconde Guerre mondiale. Les éditions Libretto rééditent (le 15 octobre) A marche forcée. A pied, du cercle polaire à l’Himalaya, « l’incroyable épopée d’un groupe de prisonniers qui n’hésita pas à tenter l’impossible pour atteindre en des conditions extrêmes l’Himalaya et la muraille de Chine », dit l’éditeur. Traduit de l’anglais par Eric Chedaille.

Le 8 octobre, aux Editions de l’Antilope, Histoires des temps passés et à venir, un recueil de six histoires « écrites par l’un des grands auteurs de la littérature yiddish, Y.L. Peretz », dit l’éditeur. Traduit du yiddish par Batia Baum.

Enfin, deux romans traduits du roumain par Florica Courriol : le premier date de 1935, le second de ces premières années du XXIe siècle. Je vous laisse juger d’après les couvertures lequel est lequel. De Mihail Sebastian, j’ai déjà beaucoup apprécié et chroniqué Femmes, ensemble de récits rassemblés autour d’un personnage central et de sa relation avec des femmes qui, chacune à leur tour et de manières différentes, ont marqué sa vie. Dans La ville aux acacias (Mercure de France), Mihail Sebastian s’attache à décrire l’histoire d’une autre, toute jeune, femme, Adriana, et la découverte par cette « ravissante adolescente, élevée au cœur de la bourgeoisie roumaine des années 1920 » de ses premiers émois amoureux. Retrouvez ma chronique sur ce lien.

Autres temps, autres mœurs : sur les bords de la mer Noire et du Danube, entre casemates héritées de la Seconde Guerre mondiale et villages lipovènes, La femme qui a mangé les lèvres de mon père, de Tudor Ganea, part du corps retrouvé sans vie d’un vagabond pour devenir « les Mille et Une Nuits du Danube […] dans un univers où s’affrontent la mélodie sacrée de la Nature et l’apocalypse du béton. » Retrouvez ma chronique sur ce lien.

Je suis d’ores et déjà certaine que quelques uns parmi ces livres seront tôt ou tard présentés sur ce blog. Et vous, êtes-vous tentés?

Addition de dernière minute avec deux livres republiés au format poche :

  • chez 10/18, le 1 octobre : Le Magicien, de Magdalena Parys (d’abord paru chez Agullo): « Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre roman noir et roman historique, entre réalité et fiction. » Traduit du polonais par Margot Carlier et Carolina Raszka-Dewez, lauréat du prix de littérature de l’Union européenne en 2015.
  • Aux Editions Libretto le 1 octobre : Sur les ossements des morts, d’Olga Tokarczuk, roman pour lequel je vais privilégier la description de Baptiste Liger dans L’Express: « Un fascinant polar aux accents poétiques et fantastiques » avec, dans un hameau au coeur des Sudetes, le fascinant personnage de Janina Doucheyko.

Bélarus, fragments littéraires (suite et fin)

Hier, dans mon introduction à cette promenade littéraire sur le territoire bélarusse, j’évoquais l’une des personnes les plus connues du pays : celui de son dirigeant Alexandre Loukachenko. Aujourd’hui, c’est avec un autre nom, de bien moins sinistre réputation, que je vais véritablement commencer cette promenade : Svetlana Alexievitch.

C’est surtout pour ses écrits sur le XXe siècle soviétique que cette journaliste et écrivaine lauréate du prix Nobel de littérature en 2015, s’est fait connaitre et respecter. D’expression russe, née dans l’ancienne République Socialiste Soviétique d’Ukraine, longtemps installée à Minsk où elle est revenue vivre après plusieurs années d’exil dans les années 2000, le parcours de Svetlana Alexievitch et la censure exercée sur ses livres illustrent autant l’histoire politique de l’ex-URSS que celle du Bélarus indépendant : aujourd’hui encore, nombre de ses livres restent inaccessibles au Bélarus.

Se définit-elle comme bélarusse ? Je lui aurais peut-être posé la question si le Festival International du Livre de Budapest, dont elle était l’invitée d’honneur cette année, avait pu avoir lieu. L’actualité m’a de toute manière apporté un élément de réponse de l’engagement de Svetlana Alexievich dans le conseil de coordination de l’opposition bélarusse dans le cadre des élections présidentielles très contestées de début août. Cet engagement lui a valu d’être d’abord sommée de répondre à un comité d’enquête sur les activités du conseil, avant qu’elle n’annonce craindre une tentative d’enlèvement (elle est l’une des rares membres du comité à n’être ni en prison, ni en exil) : une annonce qui a eu pour résultat ahurissant un défilé d’ambassadeurs européens dans son appartement en signe de soutien.

C’est en lisant une tribune parue ces derniers jours dans Le Monde que j’ai appris l’existence d’un autre écrivain bélarusse contemporain traduit en français. Sacha Filipenko, né en 1984 à Minsk, est publié aux éditions des Syrtes. Si je ne lui avais pas beaucoup prêté attention, c’est parce que l’auteur est établi en Russie depuis de nombreuses années et qu’il est étiqueté « littérature russe » dans le catalogue des Syrtes. C’est pourtant aussi à Minsk que se déroule Croix rouges, son premier roman traduit en français (par Anne-Marie Tassis-Botton ; les Syrtes ont publié cette année un deuxième roman, La Traque, traduit par Raphaëlle Pache). Comme dans les écrits de Svetlana Alexievitch, la guerre et les vies individuelles au cours du tragique XXe siècle soviétique, forment un arrière-plan fort dans ce roman.

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Même si le russe est l’une de deux langues officielles du pays, avec le bélarussien, il prime dans nombre de sphères de la vie publique du pays. Ce pays a toujours eu des liens forts avec la Russie, et auparavant avec l’URSS, et encore auparavant avec la Russie des tsars.

Russe ? Bélarussien ? Vu d’ici, on pourrait croire que les différences sont minimes entre les deux langues, mais il faut faire un bond en arrière dans l’histoire pour comprendre les origines du bélarussien et sa place dans le pays. L’explication qui suit est schématique, car c’est un sujet compliqué, comme toujours quand il s’agit de définir d’une langue et de son importance pour le développement d’une nation. Une partie du territoire actuel, y compris l’actuelle capitale Minsk, a longtemps fait partie de l’empire russe, mais avant cela la Pologne et la Lituanie, dans leurs incarnations historiques (Grand Duché de Lituanie, Union de la Couronne de Pologne et du Grand Duché…) se sont aussi également étendues sur ce territoire. Lublin (actuelle Pologne), Vilnius (actuelle Lituanie) étaient des villes plus développées que Minsk. La présence de nombreux bélarusses en Pologne et en Lituanie (parmi lesquels l’opposante phare de Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa), et inversement la présence d’une minorité polonaise à la frontière occidentale du Bélarus, illustrent l’importance des liens historiques et de la proximité géographique. Nulle surprise donc que la Pologne et la Lituanie soient les deux pays les plus engagés de l’Union européenne contre le régime de Loukachenko. Pour en revenir à l’histoire, ces liens étroits expliquent que le grand poète romantique Adam Mickiewicz, généralement étiqueté comme polonais, né sur le territoire de l’actuel Bélarus, éduqué à Vilnius, orne aussi certains coins de rue de l’ouest du Bélarus. Exilé en Russie, puis en France (il a été professeur au Collège de France), il termine sa vie à Constantinople. Ses Sonnets de Crimée, et Les Aïeux et Pan Tadeusz, ses œuvres maitresses, sont traduites en français chez L’Age d’Homme et Noir sur Blanc.

Si je mentionne Mickiewicz, ce n’est pas pour prétendre qu’il est une figure de la littérature bélarusse, mais plutôt pour illustrer la grande fluidité des frontières de cette partie de l’Europe jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle. C’est aussi pour souligner les différences entre, d’une part, le russe, et d’autre part le bélarussien, celui-là parsemé de mots qui rappellent davantage le polonais. A ma connaissance, peu de livres sont publiés en bélarussien et encore moins traduits en français. La question de la langue est justement au cœur du roman de l’écrivain Alhierd Baharevič (né à Minsk en 1975), Les Enfants d’Alendrier, et publié aux Editions du Ver à Soie en 2018 dans la traduction d’Alena Lapatniova, sous la rédaction de Virginie Symaniec.

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La capitale du Bélarus, Minsk, forme un trait d’union évident entre ces trois écrivains contemporains que sont Svetlana Alexievitch, Sacha Filipenko et Alhierd Baharevič : chacun d’entre eux y est né ou y vit. C’est aussi la ville au cœur de l’ouvrage, illustré de photographies, d’Artur Klinau, Minsk, cité de rêve, traduit du russe par Jacques Duvernet aux Editions Signes et Balises (2015). Cité de rêve, Cité du Soleil : ce ne sont pas les expressions qui me seraient spontanément venues à l’esprit à ma première rencontre, l’année dernière, avec cette ville traversée d’artères démesurées, balayées par le vent glacial de novembre, bordées d’immeubles aux façades écrasantes. Mais ce sont deux parmi les nombreuses expressions qu’utilise l’auteur et architecte Artur Klinau pour parler de la ville où il est né, en 1965, dans son récit à mi-chemin entre guide de voyage et autobiographie. Temps de lecture a consacré une longue et riche chronique à ce livre, et je note également d’après le site de l’auteur que le livre, écrit d’abord pour une maison d’édition allemande, existe tant en traduction russe qu’en traduction biélorussienne.

Autour de la ville, il y a la campagne : c’est là, dans une pommeraie en plein hiver, que se déroule La récolte, de Pavel Priajko (né à Minsk en 1975). Portant la mention « traduit du russe (Biélorussie) » et traduit par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec, il s’agit là d’une courte pièce de théâtre, présentée en France à partir de 2011 par la Théâtre National de Syldavie et publiée aux Editions L’Espace d’un instant. On retrouve dans ce texte bien peu optimiste les mésaventures de quatre jeunes gens de la ville partis cueillir des pommes en plein hiver, et dont l’expédition va finir teintée d’une violence sourde et avec la dévastation de la pommeraie. Virginie Symaniec, spécialiste du théâtre biélorussien, et Larissa Guillemet, ont aussi dirigé Une moisson en hiver. Panorama des écritures théâtrales contemporaines de Biélorussie (L’espace d’un instant, 2011), avec des textes de A. Tchas, Timofeï Ilievski, Viktar Jyboul, Dmitri Strotsev, Pavel Rassolko, Andreï Kareline, Nikolaï Roudkovski, Andreï Koureitchik et Pavel Priajko.

Pour conclure cette liste, un bref regard sur un segment aujourd’hui quasiment invisible de la population historique du territoire du Bélarus : Lettres de ma mémoire, publié au printemps aux Editions Ver à Soie, est la traduction en français par Alena Lapatniova sous la rédaction de Virginie Symaniec, du témoignage de Hanna Krasnapiorka. Née en 1925, à Minsk, celle-ci est une adolescente lorsque les troupes nazies envahissent sa ville, peu après la rupture du pacte germano-soviétique. Juive, Hanna est assignée dans le ghetto de Minsk et y vit jusqu’à sa destruction en 1943. Pres de trente ans après, alors que l’Holocauste reste un sujet tabou en URSS, elle rassemble ses souvenirs, les étoffant de témoignages et de journaux intimes, et parvient à publier son livre une dizaine d’années plus tard. Il est ici traduit pour la première fois en français, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Cette poignée de titres et de noms d’auteurs glanés ici et là donne un aperçu de la partie de la littérature du Bélarus qui est traduite en français. C’est en quelque sorte la face émergée de l’iceberg, mais il m’est impossible d’évaluer la taille de l’iceberg, ni de dire s’il existe aussi une production littéraire sur le Bélarus au cours de ses 26 années d’existence sous la présidence d’Alexandre Loukachenko. Le principal souvenir emporté de mes visites en librairie au Bélarus, c’est justement le portrait de Loukachenko, toujours accroché au mur, avec des exemplaires prêts à la vente… Espérons que ces portraits de M. Loukachenko ne seront plus pour longtemps suspendu dans les librairies, ou alors que ce sera simplement comme une simple marchandise offerte à la curiosité des touristes.


Bélarus, fragments littéraires (introduction)

L’automne dernier, des élections parlementaires anticipées se sont déroulées au Bélarus (Biélorussie), ce plat pays coincé entre la Pologne et la Russie, la Lituanie et l’Ukraine et dont on entend généralement peu parler. Hormis quelques rassemblements dans la capitale, Minsk, et dans quelques autres grandes villes (la Brest du fameux traité de Brest-Litovsk, par exemple), ces élections se sont déroulées dans une

Sous un ciel bas d’automne, jour d’élection dans un centre-ville de province

grande apathie, voire même un désintérêt certain, démentant au passage la description de la campagne électorale comme des « bacchanales politiques » par le président du pays, Alexandre Loukachenko. Les résultats officiels ont pris l’allure d’un véritable tour de force : le nouveau parlement – dont le rôle est de toute manière restreint – ne contient aucun député d’opposition.

Cet été, c’était au tour de Loukachenko de se soumettre au vote populaire, pour la sixième élection présidentielle depuis la création de la fonction de président du Bélarus en 1994. La fiche Wikipédia intitulée « Liste des chefs d’Etat de Biélorussie » dit succinctement tout ce qu’il y a à savoir sur ces élections : pour la période 1991-1994, trois hommes se sont succédé comme présidents du Soviet suprême de la République de Biélorussie. Après 1994, seul un nom est donné, celui d’Alexandre Loukachenko avec, d’un côté du tableau Wikipédia, un début de numérotation optimiste (« N° 1 ») et de l’autre une note plus réaliste : « sa présidence devient rapidement autoritaire ».

Pour en revenir aux « bacchanales politiques », c’est surtout après l’annonce des résultats officiels (falsifiés) des élections présidentielles du 9 août qu’elles ont explosé, en forme de rejet massif du président et du régime qu’il incarne depuis un quart de siècle, à coup d’élections truquées. Malgré le climat d’intimidation et de brutalité instauré par les forces de sécurité du régime, les manifestations se succèdent chaque week-end depuis un mois et demi, rassemblant des dizaines voire des centaines de milliers de personnes descendues pacifiquement et courageusement dans la rue, à Minsk et en province. Cette semaine, alors que Loukachenko vient de prêter serment dans le plus grand secret et sans qu’aucun Etat démocratique ait reconnu les résultats des élections, le nombre d’arrestations arbitraires est évalué à plus de 12 000 (pour un peu moins de 10 millions d’habitants). Candidats d’opposition et leurs équipes, journalistes, ouvrier.e.s, étudiant.e.s et personnes âgées, simples passant.e.s, toutes les

Officiellement, le Bélarus a deux langues, mais le bélarusse est souvent relégué au second rang. Ici, un contre-exemple.

tranches de la population sont représentées parmi ces nouveaux prisonniers politiques. Mais les manifestants ne baissent pas les bras, alors qu’au-dessus de leurs têtes les voisins russes et européens du pays font encore leurs calculs pour définir leur posture face à ce nouveau défi géopolitique.

De tous les pays d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans dont je parle sur ce blog, le Bélarus est le plus énigmatique au niveau littéraire. Le manque de liberté – politique, économique, culturelle – et d’ouverture – notamment à l’Ouest – y est certainement pour quelque chose. Mais le Bélarus est, aussi, un pays très récent et dont les symboles identitaires et linguistiques sont encore contestés.

J’ai passé plusieurs semaines au Bélarus l’année dernière, justement au moment des élections parlementaires, et c’est par solidarité avec les manifestants que je vous proposerai demain des fragments littéraires sur ce pays fort mal connu. Mon objectif n’est absolument pas d’être exhaustive – je suis de toute manière mal placée pour prétendre à l’exhaustivité – , mais plutôt de rassembler les bribes de connaissances que j’ai accumulées ici et là, surtout en ce qui concerne la littérature traduite en français.

Rendez-vous donc dès demain pour une brève promenade dans la littérature du Bélarus !


Timothée Demeillers – Demain la brume

L’autre jour, je prenais un café avec une amie. Il faisait beau, l’ombre commençait à gagner notre coin de rue, nous avions épuisé le sujet du coronavirus et, je ne sais pas pourquoi, nous avons commencé à parler des guerres en Yougoslavie. C., un peu plus âgée que moi, m’a parlé de l’effet que ces guerres avaient eu sur ses choix professionnels. En 1991, lorsque la Slovénie a déclaré son indépendance, elle finissait le lycée dans un petit village autrichien. Voisine de la Slovénie, l’Autriche s’est retrouvée aux premières loges lorsque l’armée yougoslave et les toutes nouvelles forces slovènes se sont disputé le contrôle des postes-frontières, et plus encore lorsque des avions de l’armée yougoslave ont pénétré l’espace aérien autrichien. Plus tard, lorsque le conflit entre, d’une part, la Serbie et, d’autre part, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, s’est intensifié, l’Autriche s’est aussi retrouvée parmi les premiers pays à accueillir les nouveaux réfugiés. La proximité du conflit, la mise en danger du territoire autrichien, tout cela a marqué son esprit d’adolescente. Bien que plus éloignés, beaucoup de Francais.es ont sûrement aussi été marqués par les images de massacres et de bombardements d’il y a à peine trente ans, et par l’égrenage de noms de lieux devenus maudits – Vukovar, Srebrenica, Sarajevo…

Vukovar, c’est justement là, juste après le siège de cette ville des bords du Danube, que se termine Demain la brume, le troisième roman de Timothée Demeillers, jeune (1984) écrivain français dont je n’ai découvert l’existence qu’en recevant cet été des éditions Asphalte un exemplaire du livre paru avec la rentrée littéraire de septembre. Si l’on peut voir le roman comme l’expression d’un phénomène social – la curiosité qui reste importante pour le dernier conflit armé (avant l’incursion russe en Ukraine) à s’être déroulé en Europe  –, on y lit aussi et surtout le portrait d’une tranche de société – les jeunes adolescents et adultes – qui sont parmi les plus vulnérables dans les situations de guerre : vulnérables, parce que plus démunis face aux discours propagandistes, et aussi parce qu’ils porteront les séquelles du conflit à travers toute leur vie d’adulte. Pour faire ce portrait, Timothée Demeillers a l’habileté de se reposer sur le matériau qu’il connait le mieux – l’adolescence française, la vie des villes de province dans la France des années 1990 – et de jouer sur le contraste avec les années-charnière de l’éclatement de la Yougoslavie, afin de mieux éclairer son propos. Ainsi, le roman alterne-t-il les récits-réminiscences plus ou moins étoffés de plusieurs adolescents, Katia, Damir, Nada et Jimmy, et d’extraits de journal d’une quatrième adolescente, Sonja.

C’est donc à des kilomètres de la frontière serbo-croate que débute le roman, dans la petite ville de Nevers (« Nevers et son insupportable quiétude »). Katia, lycéenne, punk, n’a rien à voir avec la Yougoslavie, et continuera tout au long du roman à n’avoir quasiment rien à voir avec la Yougoslavie : ce qui l’intéresse, c’est son rejet du « monde de cons » qui l’entoure (« à une époque tout aussi naze »), son avenir de poétesse punk, et Pierre-Yves, dont elle est tombée raide dingue après une manifestation « en ce mois de novembre 1990 ».

Au fond, je ne savais pas grand-chose sur quoi que ce soit mais ça n’avait aucune importance.

« Ici » : c’est le nom de tous les chapitres de Katia, contrastant avec le « Là-bas » qui, à Hvar, à Zagreb et à Vukovar, rassemble Damir, sa cousine Nada et leur copain Jimmy. Damir, « Yougoslave convaincu », « de père serbe et de mère croate » et Jimmy, fils de diplomate, sont à l’orée de la gloire : grâce à leur première composition, Fuck you Yu, ils s’apprêtent à lancer leur groupe des Bâtards Célestes dans le monde du rock yougoslave. Fuck you Yu, c’est un peu comme une expression plus policée de l’anti-systémisme et de la rébellion adolescente de Katia, à deux détails près. Là où la posture qu’adopte Katia n’a de conséquences que pour elle, les cousins yougoslaves se retrouvent face à la censure. Plus grave, d’hymne à la jeunesse et la liberté, la chanson est détournée en chant nationaliste juste au moment où les discours croates et serbes (mais surtout croates dans ce roman) se durcissent avant, bientôt, d’être suivies d’actes.

« Tu sais, Damir, parfois les gens changent, et pas toujours comme on s’y attend. »

« Là-bas », les voix de Damir, Nada et Jimmy vont diverger à mesure que chacun est poussé dans un camp ou dans l’autre. Le camp serbe pour l’un, le camp croate pour l’autre, l’exil pour le troisième : la répartition des rôles pourrait être très classique. Pourtant, tout en s’identifiant à chacun d’eux pour retranscrire leurs choix, leurs motivations et les pressions qui pèsent sur eux, et en laissant à chacun de ses personnages une part d’insondable, Timothée Demeillers évite des schémas trop attendus.

Demeillers s’abstient de montrer une préférence pour l’un ou pour l’autre, mais le plus énigmatique de tous reste le personnage de Pierre-Yves. Il est le seul à ne pas avoir de voix propre dans le roman, et pourtant il est le seul à relier « Ici » – dans sa relation avec Katia, et « Là-bas » – dans son engagement auprès des miliciens croates, peut-être similaire à celui des Occidentaux partis lutter avec ou contre Daesh il y a quelques années. Son personnage est inspiré d’un Français (le blog L’or des livres évoque l’histoire de ce Jean-Michel Nicollier), mais c’est surtout son rôle au sein du roman qui m’a intéressé. Seul élément faisant un lien à la fois ténu et fort entre deux mondes qui, sinon, ignorent tout l’un de l’autre, mais en même temps élément dont tant la personnalité que les actes restent inexplicables, il rassemble par son absence intrigante toutes les couches du mille-feuille de ce roman.

Je lis très rarement la littérature française ultra-contemporaine, et j’ai aussi apprécié ce roman (notamment sa première partie) parce qu’il contient tant de repères qui sont (étaient) également les miens : France Info, les trains Corail et les RER, les cartes téléphoniques prépayées et les noms d’hommes politiques d’un autre temps, qui émaillent le quotidien de Katia. N’étant ni croate, ni serbe, ni yougoslave, mon expérience de la Croatie est irrémédiablement celle d’une étrangère, et je ne peux donc pas dire si Demeillers rend avec autant de succès et de véracité la texture de la vie dans la Croatie d’avant la guerre. Cette qualité d’évocation m’a cependant paru moins présente dans la dernière partie sur la descente dans l’enfer de la bataille pour Vukovar (un épisode dont on suppose que l’auteur n’a heureusement pas d’expérience directe), où l’accent est mis sur l’évolution des personnages dans le contexte du conflit. Le personnage de Nada, si gentil à ses débuts (du moins tel qu’évoqué dans les souvenirs de Damir), devient si sévère, si absorbée par son nouvel entourage nationaliste, et cela si rapidement, que j’avais du mal à m’imaginer qu’il s’agissait de la même fille de même pas vingt ans. C’est un peu dommage, car Damir, Jimmy, Katia et même Sonja, à travers les quelques extraits de son journal, paraissent bien plus complets, avec leurs failles, leurs forces, leurs hésitations.

J’ai fait référence à la chronique du livre chez L’or des livres, mais Demain la brume semble avoir déjà bénéficié d’une couverture médiatique assez étoffée, notamment sur les blogs : chez Charybde27Garoupe, Quatre sans quatre, Aires Libres et tout récemment La page qui marque, par exemple, avec des avis complémentaires et généralement très positifs.

Je me réjouis de cette visibilité pour le livre et son auteur, mais je verse aussi une petite larme pour les romans étrangers de la rentrée littéraire, tels qu’Adios cow-boy de l’auteure croate Olja Savičević, pour lesquels je tarde à voir le même engouement alors qu’ils le méritent tout autant !

Avec cette chronique de Demain la brume, je termine ma courte série sur la littérature récente de et autour de la Croatie, qui avait justement commencé avec Adios cow-boy avant d’enchaîner sur Les turbines du Titanic (de Robert Perišić), deux excellents romans – et écrivains – croates contemporains récemment traduits en français.

Timothée Demeillers, Demain la brume. Asphalte, 2020.


Robert Perišić – Les turbines du Titanic

Attendre, attendre l’arrivée miraculeuse des investisseurs… La politique se limite à ça ici.

Ce serait pas une arnaque, des fois … intervint Skender.

On n’est pas venus ici pour déconner, dit Oleg. C’est pas exactement la porte à côté.

La ville de N. a la triple distinction d’être décrite comme un « trou paumé » par ceux qui y vivent et ceux qui y passent, d’appartenir à une aire géographique caractérisée entre autres par le fait qu’on y boit de la rakija, et d’être la ville au cœur de ce roman contemporain, cynique et drôle, sensible et très réussi.

La ville de N. est devenue encore plus un « trou paumé » depuis l’arrêt de l’usine locale de turbines pour centrales électriques, mais elle va se retrouver de manière inattendue au centre d’une toile qui va la relier tant aux régimes sous embargo du Moyen-Orient qu’aux galeries d’art branché londoniennes. Les araignées qui tissent cette toile, ce sont d’abord Oleg et Nikola, deux cousins aux intentions pas du tout nettes : pour exécuter une commande clandestine par un Colonel hors-la-loi de turbines vieux modèle, il leur faut remettre en marche cette usine après de longues années d’inaction, avec l’aide d’ex-ingénieurs au chômage recrutés devant le petit magasin d’alimentation générale du coin. Ce plan assez barré va plutôt bien marcher, jusqu’à ce qu’il se heurte à un gros hic de dimension internationale, l’auteur laissant le soin à ses lecteurs de chercher les ressemblances avec des événements réels de ces dix dernières années.

La première partie – la plus longue – s’intitule « Inventaire industriel ». Autant que l’histoire d’une usine qui se remet en marche dans une ville où il ne s’est pas passé grand-chose depuis longtemps, c’est bien d’un inventaire des personnages et des destinées qui, à N., vont se retrouver embarqués dans l’histoire d’Oleg et de Nikola, qu’il s’agit. Parmi eux, on trouve d’abord Sobotka, l’ingénieur un temps comparé à Walesa pour avoir mené une grève dans les années 1980, et aussi parce qu’il en avait la moustache. C’était l’époque du socialisme mais cette époque a pris fin, ici comme dans beaucoup d’autres endroits, sauf qu’à N. et ses alentours cette période s’est terminée avec une guerre qui a laissé Sobotka non seulement sans emploi, mais aussi sans famille. L’arrivée d’Oleg et de Nikola, leur proposition d’investissement, est comme un cadeau tombé du ciel et ramassé avec certes un peu de méfiance, mais ramassé quand même. C’est vrai aussi pour les acolytes de Sobotka comme Branoš, ou encore Erol. Ces derniers sont beaucoup plus jeunes mais ils ont aussi leur passé et, peut-être encore plus que pour Sobotka, ce passé est marqué par la guerre – là aussi, Perišić suggère plutôt qu’il n’écrit en toutes lettres de quel pays, et de quelle guerre il s’agit.

Perišić a beaucoup d’empathie pour ses personnages, le genre de personnes auxquels, dans la « vraie vie », on ne ferait peut-être pas beaucoup attention parce qu’ils n’ont plus vraiment de rôle dans la société. Ils portent sur leurs épaules le poids non seulement du chômage, mais aussi de n’avoir pas su quitter leur ville quand il était encore temps. Outre le portrait que fait Perišić de chacun de ses personnages pris au piège d’une réalité qui s’est effondrée autour d’eux, j’ai apprécié la manière très lisse de l’auteur de passer la balle d’un personnage à un autre, de nous donner le temps de faire connaissance avec leur histoire et d’en faire entrer de nouveaux dans la ronde, tout en gardant l’œil sur le développement de l’affaire des turbines.

Même Oleg et Nikola dans leur rôle de trafiquants, sont dépeints avec leurs failles – surtout Nikola, moins compétent que son cousin pour ce qui est de s’insérer dans le monde « fric – business – classe affaires » des gagnants douteux de la transition post-socialiste.

Et voilà, j’ai tombé le masque, tout est révélé au grand jour – je suis juste un mensonge de plus qu’on leur a fait gober. C’était dur d’être planté là, comme un étranger, et j’avais honte. De quel droit suis-je ici, de quel droit est-ce que je parle ? J’ai cru qu’ils allaient me mettre en pièces, ou alors, c’est le coupable en moi qui l’a pensé.

Les femmes sont moins nombreuses, mais elles ne sont pas en reste dans ce roman. Si elles s’avancent en catimini pour prendre leur place dans la première partie, c’est surtout dans la deuxième et la troisième (« Les turbines du Titanic » et « London calling ») qu’on les voit déployer pleinement leurs ressources. Šeila et Nedra, cabossées à leur manière, et Lipša la plus battante, sont aussi des facettes de la société que dépeint Perišić, une société où l’on a le choix entre la nostalgie d’un système socialiste disparu et le capitalisme sauvage où tout est à acheter pour ceux qui en ont les moyens et l’ambition.

Vendues aux uns comme un investissement capitaliste, aux autres comme un retour à l’utopie auto-gestionnaire, l’histoire des turbines et de l’usine de la ville de N. prend dans ses dernières pages un nouveau et surprenant virage, comme si les cartes des destinées distribuées avant l’entrée en scène d’Oleg et de Nikola étaient rebattues et redistribuées après la disparition d’Oleg, pour le meilleur et pour le pire.

Les turbines du Titanic figure parmi les six titres retenus pour le Prix Inalco de la traduction qui sera remis lors du festival Vo-Vf le 4 octobre (les cinq autres titres sont listés ici). Ce sera la deuxième édition du prix, qui avait été décerné l’année dernière à Maud Mabillard pour sa traduction de Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina (traduit du russe). Le prix de la traduction Inalco est en effet « destiné à mettre en avant la qualité du travail d’un traducteur ou d’une traductrice ainsi que la richesse de littératures parfois encore peu connues du grand public » (d’après le site). Au risque de me répéter car j’avais déjà écrit la même chose en conclusion de ma chronique d’Adios cow-boy, Chloé Billon (qui m’a envoyé cet exemplaire du livre) nous livre ici encore une belle traduction toute en fluidité, qui sert parfaitement ce roman profond et surprenant sur une société à la fois fragile et endurante.

  • Retrouvez ici [clic] mon entretien avec Chloé Billon, lauréate du deuxième Prix Inalco de la traduction!
  • Et retrouvez ici [clic] mon entretien avec Marie Vrinat-Nikolov et Nathalie Carré, fondatrices du Prix Inalco!

Les turbines du Titanic est le deuxième roman de Robert Perišić (après Naš čovjek na terenu, traduit en anglais sous le titre Our man in Iraq), mais son premier à être traduit en français et pour ma part je sais que je serai au premier rang des lectrices si jamais ce premier roman est traduit en français. Les turbines du Titanic est, après Adios cow-boy, le deuxième livre que je présente dans ma petite série sur la littérature croate d’aujourd’hui. Le troisième et dernier livre est lui aussi d’un auteur très contemporain, mais apportera un changement de perspective car il s’agit d’un roman français, sur l’éclatement de la Yougoslavie : Demain la brume, de Timothée Demeillers.

Robert Perišić, Les turbines du Titanic (Područje bez signala, Sandorf 2014). Traduit du croate par Chloé Billon. Gaïa Editions, 2019.


Olja Savičević – Adios cow-boy

Parmi les autres graffitis que je trouve dignes d’intérêt, il y en a un en haut, près de la voie ferrée, dans la maisonnette qui était autrefois une salle d’attente, et sert à présent de chiottes – de toilettes publiques sauvages. C’est le dessin d’un jeune cow-boy à taches de rousseur, souriant, qui chevauche un vieux Zico, 50 cm³, vers le coucher du soleil. En dessous, il est écrit : DANIJEL R I P LA-BAS S’EN VONT LES COW-BOYS.

Dans un entretien pour Café Babel en 2011, Olja Savičević reconnaissait que Adios cow-boy n’était pas le genre de livre sur lequel les agences de tourisme croates pourraient vouloir se reposer : « le roman souligne la disproportion entre [la] vie paradisiaque [du sud de la Croatie] et la vie des résidents permanents, qui tient plutôt de l’enfer sur terre », dit-elle avant d’ajouter que « ceux qui s’intéressent vraiment à la Croatie et à l’Europe de l’Est méridionale ne trouveront pas la vérité dans les guides touristiques ou les média dominants. Ils la trouveront dans les livres. »

Adios cow-boy est, en effet, le roman d’une vérité croate – celle d’une vie d’aujourd’hui vécue dans l’envers du décor touristique – en même temps qu’il est un adieu tendre et vivement coloré à un frère, à des souvenirs communs et à une enfance qui n’a pas rempli ses promesses. Lire la suite »