Bélarus, fragments littéraires (introduction)

L’automne dernier, des élections parlementaires anticipées se sont déroulées au Bélarus (Biélorussie), ce plat pays coincé entre la Pologne et la Russie, la Lituanie et l’Ukraine et dont on entend généralement peu parler. Hormis quelques rassemblements dans la capitale, Minsk, et dans quelques autres grandes villes (la Brest du fameux traité de Brest-Litovsk, par exemple), ces élections se sont déroulées dans une

Sous un ciel bas d’automne, jour d’élection dans un centre-ville de province

grande apathie, voire même un désintérêt certain, démentant au passage la description de la campagne électorale comme des « bacchanales politiques » par le président du pays, Alexandre Loukachenko. Les résultats officiels ont pris l’allure d’un véritable tour de force : le nouveau parlement – dont le rôle est de toute manière restreint – ne contient aucun député d’opposition.

Cet été, c’était au tour de Loukachenko de se soumettre au vote populaire, pour la sixième élection présidentielle depuis la création de la fonction de président du Bélarus en 1994. La fiche Wikipédia intitulée « Liste des chefs d’Etat de Biélorussie » dit succinctement tout ce qu’il y a à savoir sur ces élections : pour la période 1991-1994, trois hommes se sont succédé comme présidents du Soviet suprême de la République de Biélorussie. Après 1994, seul un nom est donné, celui d’Alexandre Loukachenko avec, d’un côté du tableau Wikipédia, un début de numérotation optimiste (« N° 1 ») et de l’autre une note plus réaliste : « sa présidence devient rapidement autoritaire ».

Pour en revenir aux « bacchanales politiques », c’est surtout après l’annonce des résultats officiels (falsifiés) des élections présidentielles du 9 août qu’elles ont explosé, en forme de rejet massif du président et du régime qu’il incarne depuis un quart de siècle, à coup d’élections truquées. Malgré le climat d’intimidation et de brutalité instauré par les forces de sécurité du régime, les manifestations se succèdent chaque week-end depuis un mois et demi, rassemblant des dizaines voire des centaines de milliers de personnes descendues pacifiquement et courageusement dans la rue, à Minsk et en province. Cette semaine, alors que Loukachenko vient de prêter serment dans le plus grand secret et sans qu’aucun Etat démocratique ait reconnu les résultats des élections, le nombre d’arrestations arbitraires est évalué à plus de 12 000 (pour un peu moins de 10 millions d’habitants). Candidats d’opposition et leurs équipes, journalistes, ouvrier.e.s, étudiant.e.s et personnes âgées, simples passant.e.s, toutes les

Officiellement, le Bélarus a deux langues, mais le bélarusse est souvent relégué au second rang. Ici, un contre-exemple.

tranches de la population sont représentées parmi ces nouveaux prisonniers politiques. Mais les manifestants ne baissent pas les bras, alors qu’au-dessus de leurs têtes les voisins russes et européens du pays font encore leurs calculs pour définir leur posture face à ce nouveau défi géopolitique.

De tous les pays d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans dont je parle sur ce blog, le Bélarus est le plus énigmatique au niveau littéraire. Le manque de liberté – politique, économique, culturelle – et d’ouverture – notamment à l’Ouest – y est certainement pour quelque chose. Mais le Bélarus est, aussi, un pays très récent et dont les symboles identitaires et linguistiques sont encore contestés.

J’ai passé plusieurs semaines au Bélarus l’année dernière, justement au moment des élections parlementaires, et c’est par solidarité avec les manifestants que je vous proposerai demain des fragments littéraires sur ce pays fort mal connu. Mon objectif n’est absolument pas d’être exhaustive – je suis de toute manière mal placée pour prétendre à l’exhaustivité – , mais plutôt de rassembler les bribes de connaissances que j’ai accumulées ici et là, surtout en ce qui concerne la littérature traduite en français.

Rendez-vous donc dès demain pour une brève promenade dans la littérature du Bélarus !