Un marque-page pour deux livres sur l’identité, les langues et l’exil

L’autre jour, je cherchais un marque-page suffisamment petit pour le glisser dans le livre que je lisais. Je suis tombée sur un marque-page que j’avais pris à PesText, l’automne dernier – c’est un nouveau festival littéraire dont la première édition l’année dernière était très orientée vers l’Europe centrale, et vers la traduction. En hongrois et en anglais, le marque-page interpelle d’ailleurs directement les participants en leur demandant : « dans combien de langues vis-tu, toi ? »

Te hány nyelven élsz ?

Ce marque-page, et le festival, nous rappellaient que les langues sont une opportunité, une chance, une ouverture ; elles permettent le passage d’une culture à une autre et, si ce n’est en personne, du moins grâce à la traduction. C’est donc une vision optimiste et cosmopolite des langues pour ce festival, qui s’inscrivait aussi dans la lignée des célébrations des trente ans de la chute du mur de Berlin.

Mais la langue est aussi un marqueur d’appartenance : comment vivre dans une langue autre que la sienne, si c’est une langue qu’on n’a pas choisie, dans une culture qui n’est pas la nôtre ? La langue, les langues peuvent alors devenir l’un des symboles les plus forts, au quotidien, de l’exil et du déracinement. Dans cette Europe centrale d’avant, pendant et après 1989, il y a eu beaucoup d’exil, et beaucoup d’apprentissages d’autres langues et de nouvelles appartenances.

C’est ce qui m’est venu à l’esprit, en glissant ce marque-page dans mon exemplaire du Musée des redditions sans condition de Dubravka Ugrešić, puisque c’est ce livre-là que je lisais. Dans ce livre écrit en croate par une femme établie aux Pays-Bas, il est question d’une femme – l’auteure – qui, ayant quitté sa ville natale, ayant perdu le pays dans lequel elle a grandi, déambule dans d’autres villes et d’autres langues en s’interrogeant sur son passé et sur sa place dans le monde.

Juste avant, je lisais Die undenkbare Fremde (L’ingrate venue d’ailleurs) : ce roman d’inspiration fortement autobiographique, écrit en allemand par Irena Brežná, journaliste et écrivaine née en Tchécoslovaquie et établie en Suisse, aborde de manière encore plus frontale ces questions d’identité, de langues et de cultures.

Ainsi ce marque-page, choisi d’abord pour des raisons pratiques, me permet-il de faire le lien entre mes deux lectures les plus récentes, qui sont aussi l’objet de mes deux chroniques à venir.

J’avais déjà cité Irena Brežná dans mon article sur les Femmes écrivains d’Europe centrale et orientale, et ma chronique du Musée des redditions sans condition sera l’occasion d’y rajouter Dubravka Ugrešić, dans la catégorie des écrivaines contemporaines. Ma chronique de Die undenkbare Fremde  me permettra également de contribuer aux Feuilles allemandes coordonnées par Et si on bouquinait un peu? et Florence.


11 commentaires on “Un marque-page pour deux livres sur l’identité, les langues et l’exil”

  1. Goran dit :

    Deux… Mais j’ai toujours été nul dans l’apprentissage des langues…

  2. Marilyne dit :

    Ce thème de la langue pratiquée, de ce qu’elle implique, m’a toujours intéressée. J’avais lu avec grand intérêt l’essai de Luba Jurgenson  » le lieu de péril  » à ce propos ( possible que ce ne soit pas la première fois que je le cite ).

  3. Patrice dit :

    Oh, je sens venir une très belle contribution pour les Feuilles allemandes. Merci !

  4. Emma dit :

    C’est une question qui te concerne personnellement, n’est-ce pas.

    Pour info, en décembre, mon Book Club a choisi La guerre des salamandres de Karel Čapek. Tu l’as déjà lu?

    • Oui, mais seulement pour le côté « langues/identité », et heureusement pas pour le côté « exil »!
      De Čapek, je n’ai lu que les Lettres d’Angleterre. J’ai encore beaucoup à découvrir. Je lirais bien La guerre des salamandres avec vous mais je vais devoir me contenter de lire ta chronique quand tu la publieras.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s