Dans la bibliothèque des écrivains : Dubravka Ugrešić

Les titres de sa bibliothèque nous apportent aujourd’hui de précieux renseignements sur ce qu’on publiait et traduisait en ces années de l’après-guerre. Maman, en effet, achetait avec assiduité tous les rares livres nouveaux qui sortaient à cette époque.

C’est ainsi que nous avons ensemble formé notre goût. Nous avions du mal à décider quel était notre roman préféré parmi Le Souffle de la montagne et Pas d’issue de Trygve Gulbranssen, Les Fous du roi de Robert Penn Warren, Printemps mortel de Lajos Zilahy, Moulin Rouge de Pierre La Mure, Rebecca de Daphné du Maurier, La Peau de chagrin de Balzac, Armance de Stendhal, L’Égoïste de George Meredith, Le Chapelier et son château de Cronin, La Vie de Marianne de Marivaux, J’accuse de Zola, Léviathan de Julien Green, Joseph Andrews de Fielding ou Les Aventures de Monsieur Pickwick de Dickens…

Maman avait acheté en 1951 Melanctha, une des Trois Vies de Gertrude Stein, mais je crois qu’elle ne l’a jamais lu. Elle en avait fait l’emplette car elle aimait les romans portant en titre un nom de femme : Anna Karénine, Madame Bovary, Carrie, Armance, Rebecca, Lucy Crown… Ces livres lui promettaient d’avance une destinée à laquelle elle pourrait s’identifier, une héroïne dont elle pourrait comparer la vie à la sienne. Parfois, dans un livre, ce qu’elle aimait, c’était le titre : il en allait ainsi du Fort comme la mort de Guy de Maupassant.

Pourtant, il n’y eut qu’un seul roman que nous appréciâmes vraiment au même point : Tess d’Urberville de Thomas Hardy, acheté en 1954.

Dubravka Ugrešić, Le musée des redditions sans condition (Muzej bezuvjetne predaje, 1997, 1998). Traduit du croate par Mireille Robin. Christian Bourgois éditeur, 2020.


6 commentaires on “Dans la bibliothèque des écrivains : Dubravka Ugrešić”

  1. nathalie dit :

    Deux fois en deux jours que je vois Tess mises à l’honneur… Faut vraiment que je me décide à le lire !
    Toujours intéressant de voir comment se constituent les petites et grandes bibliothèques, au gré des hasards, des possibilités et des envies.

    • J’ajoute ma voix à celle de Dubravka Ugrešić, de sa mère, et de l’autre personne qui a mis Tess à l’honneur, car c’est un roman superbe d’un très grand écrivain. Je n’avais pas du tout aimé Les Dukay, de Lajos Zilahy, il va falloir que je tente ce Printemps mortel qui leur a tant plu.

  2. Patrice dit :

    Une belle liste de suggestion de lecture. Le livre de Lajos Zilahy, Printemps mortel, m’attire beaucoup !

    • C’est intéressant de voir les livres qui ont « survécu » jusqu’à nous, et ceux que nous avons oubliés. D’après le résumé, Printemps mortel serait intéressant à lire en parallèle avec la Trilogie transylvaine de Bánffy. Je devrais relire Les Dukay pour retrouver pourquoi j’avais si peu aimé!

      • Patrice dit :

        Oui, c’est une bonne remarque. Alors que le Goncourt vient d’être attribué cette semaine, je me demandais justement pourquoi certains titres sont tombés en désuétude. J’ai fait l’acquisition récemment des premiers tomes des Boussardel de Philippe Hériat par exemple, qui était le lauréat en 1939, et qui avait pourtant eu beaucoup de succès et aujourd’hui il est impossible de trouver ce livre à part chez les bouquinistes. Ah, cette trilogie que j’ai sur ma liste depuis si longtemps…

      • Je vais regarder qui est ce Hériat que je ne connais pas! Fouiller dans les archives des prix fait émerger de bonnes surprises – mais seulement pour les livres/auteurs primés après la création des prix littéraires, n’est-ce pas?
        Tu as un grand plaisir de lecture devant toi si tu n’as pas encore lu Bánffy. Quelle histoire, quel style, et quel condensé de nostalgie!


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