1500kms à la ronde : retour sur un mois de mars presque complètement hongrois

En me repenchant, fin décembre dernier, sur l’année écoulée, je m’étais rendu compte que, sur 34 chroniques d’œuvres de fiction d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, seules deux étaient traduites du hongrois. Un comble, pour un blog basé à Budapest et bénéficiant d’une grande facilité d’accès à la littérature traduite du hongrois (l’absence relative de nouvelles traductions ces derniers temps, par comparaison avec d’autres langues de la région telles que le roumain et le croate, a certainement joué).

Pourtant, il y a tout simplement beaucoup de littérature hongroise à découvrir, avec des œuvres bien plus riches et variées qu’on ne pourrait croire en se basant sur les auteurs les plus connus en France (c’est-à-dire, probablement, Sándor Márai et Imre Kertész). En 2014, j’avais déjà réalisé un « petit guide de la Hongrie en douze chapitres », présentant douze romans couvrant un très long XXe siècle, de 1869 à 2001. Au total, alors que je m’achemine doucement vers le dixième anniversaire de ce blog, je comptais au 1er mars une cinquantaine de titres traduits du hongrois ou étroitement liés à la Hongrie présentés ici.

A quelques rares exceptions près, ce sont des titres du XXe siècle, mais ils sont tellement variés en termes de sujets, de forme et de style que je ne vais pas m’aventurer à chercher les points communs entre ces cinquante et quelques titres.

Depuis le 1er mars, huit titres sont venus s’y rajouter et pour ces titres-là il y a quelques points communs. On est, par exemple, loin des ors de l’aristocratie austro-hongroise, et même loin du confort matériel et/ou intellectuel de la bourgeoisie ou des intellectuels de l’entre-deux-guerres. Ce sera plutôt le monde ouvrier, le monde des villages et des petites villes.

Qui dit monde ouvrier, monde rural, dit aussi souvent émigration (surtout dans la première moitié du siècle, pour des raisons économiques). Ainsi, soit par le cadre, soit par la trajectoire de l’auteur, ces livres nous emmènent parfois aussi loin de Budapest et de la Hongrie. Retour sur ces huit livres :

Mon premier livre, La rue du chat-qui-pêche, de Yolande Foldes (Földes Jolán), nous a emmenés à 1500km de Budapest, à Paris, où une sympathique famille d’émigrés hongrois issue du monde des ouvriers qualifiés et des petites villes de province, tente de s’implanter dans les années 1920 et 1930.

Yolande Foldes, La rue du chat-qui-pêche (A halászó macska uccája, 1936). Version française de Denise van Moppes, 1937. Rééditions en 1957 et 1992. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Mon deuxième livre, L’enfant du Danube, de János Székely, nous a fait suivre les 17 premières années d’un jeune campagnard de l’entre-deux-guerres, monté à Budapest pour y échapper à la misère paysanne et apprendre à survivre dans celle de la grande ville. Le roman est autant un réquisitoire contre l’injustice politique et économique des années Horthy, qu’un roman d’apprentissage semi-autobiographique porté par une voix de conteur fougueuse.

János Székely, L’enfant du Danube (Kisértés). Traduit de l’anglais par Sylvie Viollis. Gallimard 1950, 2019 ; Syrtes 2000. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Souvenirs de Budapest des années 1930 à 1950, rassemblés dans les années 1980 à Trieste, les Histoires du Huitième District des frères Pressburger nous ont plongés dans l’univers juif et commerçant d’un quartier de Budapest, tel que perçu par un narrateur enfant et par le miroir légèrement déformant de son imagination.

Giorgio et Nicola Pressburger, Histoires du Huitième District (Storie dell’ottavo distretto, 1986). Traduit de l’italien par Hélène Leroy. Verdier, 1989. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Un saut de plusieurs décennies nous a amenés dans le monde ouvrier de l’Est de la Hongrie, peu de temps après 1989, avec Tout est loin, de Sándor Tar. L’auteur y donne un aperçu de quatre vies d’hommes, à la fois profondément solitaires et liés par l’habitude de leur communauté de sort.

Sándor Tar, Tout est loin (Minden messze van, 1995). Traduction du hongrois par Patricia Moncorgé. Actes Sud, 1996. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Tout semble lointain, aussi, dans mon 5e livre, Hier, d’Agota Kristof. Le personnage, au caractère ambigu, s’est éloigné de son enfance, de son pays d’origine, de ses compatriotes, de sa langue et finalement de lui-même. Seul l’apparition de Line le ramènera, un temps, vers lui-même.

Agota Kristof, Hier. Seuil, 1995. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Un billet pour les 6e et 7e livres, les deux pièces de théâtre Le veilleur de pierres, de János Háy et Saleté, de Béla Pintér, qui mettent en scène les habitants de la Hongrie rurale d’aujourd’hui (celle d’après 1989). Quoique très différentes par le style et les intentions, les deux pièces parlent aussi de maux d’aujourd’hui et de toujours, autour de la différence, de l’exclusion, des relations humaines.

János Háy, Le veilleur de pierres (A Gézagyerek, Debrecen, 2001). Traduit du hongrois par Françoise Bougeard. Editions L’espace d’un instant, 2010. Béla Pintér, Saleté (Szutyok, Budapest, 2010). Traduit du hongrois par Françoise Bougeard. Editions L’espace d’un instant, 2021. Deux chroniques à retrouver sur ce lien.

Le dernier livre n’a de commun avec les autres que sa langue et son atmosphère dénuée d’optimisme. La visite de l’Archevêque, d’Ádám Bodor, n’est pas une description d’un milieu social mais celle, inspirée d’un lieu et d’une époque (la Roumanie des années Ceauşescu), d’un monde à part fait d’attente et de mensonges.

Ádám Bodor, La visite de l’Archevêque (Az érsek látogatása, 1999). Traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach. Robert Laffont, 2001. Une chronique à retrouver sur ce lien.

 


17 commentaires on “1500kms à la ronde : retour sur un mois de mars presque complètement hongrois”

  1. Encore une fois merci beaucoup pour ces « chroniques hongroises » ! Que d’auteurs et de livres nous restent à découvrir !

  2. Goran dit :

    J’ai lu beaucoup moins de livres hongrois que toi, mais pour l’instant celui que j’ai préféré c’est « Les confessions d’un bourgeois »…

  3. Goran dit :

    J’oubliais, j’adore Geza Csath, il me semble qu’on en parle pas beaucoup de cet écrivain…

  4. Marilyne dit :

    Bientôt le dixième anniversaire de ce blog, belle longévité, toujours intéressant. Ce billet sur la littérature hongroise me rappelle mon projet de relire Sandor Marai et Imre Kertész, tu as raison, certainement les plus connus-traduits en France.

  5. Patrice dit :

    C’est un joli panorama de lectures hongroises que tu nous suggères et qui ne sont pas souvent les plus connues. Je profite de ce billet pour te remercier de tes nombreuses participations à notre mois thématique, durant lequel tu as mis en valeur ces livres hongrois.


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