En mai, quelques nouvelles lectures ?

Au programme des nouvelles parutions (ou rééditions) de mai, des traductions du polonais, du hongrois et du russe. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu autant de traductions du hongrois d’un coup, alors je commence par celles-là.

Cambourakis continue d’étoffer sa collection hongroise avec le recueil de nouvelles Echec et mat ou Le Gambit hongrois contenant douze nouvelles écrites « au fil d’un siècle et demi ». Leurs auteurs (tous des hommes – à croire qu’il n’y a pas d’écrivaines en Hongrie ?) sont tous très connus en Hongrie, certains le seront beaucoup moins en dehors des frontières du pays : Sándor Márai (dont j’avais par exemple présenté le Journal en conversation avec sa traductrice Catherine Fay), Endre Ady, Gyula Krúdy (présent sur ces pages avec notamment N.N.), Mór Jókai (découvert avec Les Baradlay), Dezső Kosztolányi (dont j’adore les romans Alouette et Anna la douce), Lajos Grendel (dont j’ai déjà chroniqué Les cloches d’Einstein), István Örkény (auteur notamment des sympathiques Minimythes), Jenő Heltai, Frigyes Karinthy (que j’avais accompagné pour un Voyage autour de [s]on crâne), Géza Gárdonyi, Lajos Bíró et Gyula Juhász. Présentation du recueil par l’éditeur ici. Les textes sont traduits du hongrois sous la direction d’András Kányádi, qui signe aussi la préface.

Chez Gallimard, un roman de l’écrivain, dramaturge et scénariste András Forgách, Fils d’espionne, dont la description me fait immanquablement penser au Revu et corrigé de Péter Esterházy, mais écrit autour de la figure de la mère plutôt que du père. Extrait de la présentation de l’éditeur : « Après le décès de sa mère, le narrateur découvre dans les archives des services secrets hongrois qu’elle a joué dans les années 1970-1980 un rôle d’informatrice….Portrait entre ombre et lumière d’une mère autrefois adorée, Fils d’espionne est aussi une passionnante plongée dans l’histoire hongroise du XXe siècle, posant la question de la place des engagements politiques, de la duplicité des êtres et de notre possibilité de connaître vraiment ceux qui nous entourent. » Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Et Zulma réédite, avec les couvertures colorées qui lui sont coutumières, et la présentation d’Emmanuel Carrère, l’Épépé de Ferenc Karinthy. Extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers les mésaventures de Budaï, prisonnier malgré lui d’un univers absurde aux allures de cauchemar éveillé, Épépé nous entraîne dans une cavale entêtée et entêtante, drôle, féroce, aussi inquiétante que jubilatoire. Un roman culte. » Traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy.

Et maintenant, les polonais, avec d’abord un livre classé « essais-documents » chez Noir sur Blanc, Le parti pris des oiseaux de Stanislaw Lubienski. Extrait de la présentation de l’éditeur : « La fascination pour les oiseaux qui accompagne l’auteur depuis son enfance (une maladie qu’il appelle Birding Compulsive Disorder) est devenue un prétexte pour écrire sur l’art, la littérature, l’histoire et le cinéma. De quel oiseau-roi Mitterrand a-t-il voulu faire son dernier repas ? Quel est le lien de l’agent 007 avec l’ornithologie ? À quoi pensaient les oiseaux d’Hitchcock ? Quel effet l’amour de Jonathan Franzen pour les oiseaux a-t-il eu sur sa prose ? Bien entendu, l’auteur ne s’inspire pas uniquement de ses lectures ! C’est un homme de terrain et son texte est nourri de toutes ses expériences dans la nature, mais aussi en ville. » Traduit du polonais par Laurence Dyèvre.

Également chez Noir sur Blanc, mais dans la Collection La Bibliothèque de Dimitri (donc d’abord publié aux éditions L’Âge d’Homme), Messe pour la ville d’Arras, d’Andrzej Szczypiorski. Présentation de l’éditeur : « Au printemps de l’an 1458, Arras fut frappée par la peste et par la famine. En un mois, près d’un cinquième de la population périt. S’ensuivit la sinistre vauderie de 1461, chasse aux sorcières doublée de dévastations et de massacres dans le quartier juif de la ville. Étrange et cruelle folie collective qui fut aveuglément orchestrée par un prêtre fanatique comme un rituel de purification corporelle et spirituelle. Ce récit allégorique, écrit à la première personne, développe une réflexion profonde sur les thèmes de la liberté, de la compromission et de la passivité vis-à-vis des cataclysmes sociaux. » Traduction (revue et corrigée) et préface de François Rosset. D’Andrzej Szczypiorski, je recommande aussi La jolie Madame Seidenman (ma chronique ici).

Enfin, aux éditions Le Bruit du temps, le recueil de Récits d’Odessa d’Isaac Babel. Extrait de présentation de l’éditeur : « Les deux grandes figures de ce livre sont la ville d’Odessa avant et pendant la révolution, et le gangster juif Bénia Krik, un personnage haut en couleur devenu l’emblème de la ville et qui fait désormais si bien partie de son folklore que certaines répliques des récits de Babel sont devenues proverbiales. » Les textes (que l’on retrouve également dans le volume d’Œuvres complètes publié en 2011) comprennent outre les Récits d’Odessa, « six autres récits de la même veine, quatre essais consacrés à Odessa, ainsi que la pièce de théâtre Le Crépuscule et le scénario Bénia Krik, qui mettent en scène les personnages des récits. » Traduit du russe par Sophie Benech. 

Une petite moisson pour le mois qui vient, mais il est très possible que je sois passée à côté de quelques titres (et il y a toujours les nouvelles publications d’avril). Si je devais un choisir juste un, ce serait Fils d’espionne. Et vous ?