Alina Nelega – Comme si de rien n’était

Deuxième épisode de ma séquence autour du thème « écrire/effacer, se souvenir/oublier » dans la littérature roumaine d’après 1989.

***

… elle ne refusera plus d’écrire des recensions dithyrambiques et des éditosriaux enthousiastes, elle écrira tout ce qu’on voudra pourvu qu’elle obtienne le bonus AEC qu’on accorde aux étudiants qui ont des activités dans l’Association des étudiants communistes – et après ça ira, elle oubliera tout, ça ira, ça ira, ça ira. Elle oubliera. Elle est apaisante cette idée, elle lui donne des forces, avec le temps elle effacera tout de sa mémoire, elle reprendra tout à zéro mais là il lui fait faire ce qu’il faut, se répète-t-elle en s’enveloppant dans la serviette courte et effilochée.

Par son existence, le roman d’Alina Nelega est une illustration de la force de l’expérience et de la pensée humaines, même lorsque celles-ci ont été soumises à un régime qui a cherché à les anéantir. Publié en 2019, Comme si de rien n’était prend pour cadre la Roumanie du beau milieu de « L’Époque d’Or », qualificatif qui parait aujourd’hui cruellement ironique mais qui était celui choisi par Ceausescu pour la période inaugurée avec son arrivée au pouvoir en 1965.

Le roman débute à la toute fin des années 1970 et se déroule sur une dizaine d’années. Bien que le livre se termine en 1989, et que les premiers frémissements qui mèneront à la chute brutale de Ceausescu sont seulement évoqués, ces événements n’entrent quasiment pas en ligne de compte pour le développement du roman et de ses personnages : ce roman ne fait pas partie de la catégorie des livres rédempteurs, dans lesquels la période d’ouverture après Ceausescu apporterait une forme de justice (collective ou individuelle) après les maux endurés. Non, Comme si de rien n’était est un roman dur et en fin de compte sans espoir, incarnation à travers le personnage de Cristina d’années d’oppression et de mensonges.

Pour Cristina, les événements de 1989 arrivent de toute manière trop tard. Le roman débute en 1979 : elle est lycéenne, fille unique d’un officier « qui habite la ville » et d’une professeure de roumain. Elle prépare son bac – filière mathématiques-physique – mais, contrairement aux autres, elle veut entrer en fac de lettres.

… les vrais communistes de demain, ils peuvent être sûrs, n’est-ce pas, que s’ils respectent le cadre tracé ils auront un avenir lumineux, une vie merveilleuse, il leur faudra juste suivre infailliblement la ligne tracée par lecamaradebienaimé – et par le Parti. Ces mots reviennent sans cesse, à la manière d’un mantra. Sans faute et dans cet ordre-là.

Sa meilleure amie et voisine de classe, Nana, issue d’un milieu plus favorisé, se prépare elle aussi à s’éloigner de la voie toute tracée. C’est le théâtre qui l’intéresse. Pour Cristina, Nana est bien plus qu’une meilleure amie : les deux sont attirées l’une par l’autre. Elles le savent, mais n’ont pas encore les mots pour le dire. Les dix années de vie du roman se dérouleront sous la double emprise de cette attraction et de son caractère inavouable.

Dès le premier chapitre, le ton est donné : vivant et parfois même joueur dans l’utilisation des mots, parfois elliptique lorsqu’il s’agit d’évoquer des faits. Intitulé « ode à une urne grecque », ce premier chapitre parle par exemple d’inspection par un camarade représentant du pouvoir communiste, d’une revue interdite trouvée en plein cours, de bruits étranges émanant du bureau du directeur, et de la fille « égarée, hébétée » et aux yeux rougis qui en sort. Ce n’est que bien plus tard, au détour d’une phrase, qu’arrivera la confirmation de ce qui s’est passé ce jour-là dans le bureau du directeur.

Derrière la promesse d’avenir lumineux faite aux étudiants par ce camarade inspecteur, se dresse une réalité sordide faite de pouvoir et d’humiliations, qui fera partie de la vie de Cristina tout au long du roman, dix années durant lesquelles Cristina coche – en apparence – toutes les bonnes cases : les études, la fac, le mariage, la maternité, le travail. C’est pourtant une vie qui ressemble en fait à un parcours du combattant, tant physique que moral. Le quotidien de cette « époque d’or » – fait de pénuries, de files d’attente, de passe-droits, de combines pour se procurer un logement, un poste ou des produits de base – est une illustration constante du décalage indéniable (mais inavouable) entre le mythe officiel et la réalité.

Un beau jour, quand l’attente sera terminée, elle boira du café toute la sainte journée, la casserole à café restera du matin au soir sur le gaz et elle fonctionnera même la nuit, la maison baignera dans ces arômes fruités, un peu amers, et dans l’odeur des cigarettes américaines, elle ne fumera que des Kent et des Marlboro, même si elles se consument vite, on a à peine le temps d’inhaler quelques fumées, mais leur goût sucré, apaisant, et la brûlure au cerveau elle ne les sentira qu’au moment où elle tapotera sur sa machine à écrire la nuit…

Ce quotidien morne et précaire se double d’une grande vulnérabilité : vulnérabilité en tant que personne qui peut à tout moment être soumise à des pressions, vulnérabilité en tant que femme à un âge et dans une société où le corps féminin est trop souvent considéré comme un objet (à imaginer, regarder, palper ou éventuellement violer), et vulnérabilité en tant que lesbienne dans un pays où « l’homosexualité relève du pénal ». Nous savons, aujourd’hui, l’ampleur du pouvoir du régime de Ceausescu sur l’individu ; dans Comme si de rien n’était, il s’incarne notamment par le pouvoir d’un « sécuriste », « un type en jean Lee et lunettes de soleil très fancy », dénommé Popa Traian, sur cette jeune femme qui ne le connait pas mais dont il a le pouvoir d’exploiter tous les secrets.

Lors de la première apparition de Popa Traian dans la vie de Cristina, c’est à nouveau l’ellipse qui est choisie pour évoquer les conséquences de cette rencontre. A nouveau également, ce n’est que bien plus tard qu’est levé le doute sur ces conséquences, sur le mensonge sur lequel repose tout un pan de la vie de Cristina et qui mènera à une séparation irrémédiable entre les deux femmes.

La deuxième apparition de Popa Traian dans la vie de Cristina sera l’occasion d’une deuxième violence, envers l’un des refuges les plus intimes de la jeune femme : ses écrits. Écrire est pour Cristina une évidence et une nécessité, à partir du « cahier jaune à spirale, à couverture cartonnée », dans lequel elle tâtonne pour trouver les mots pour décrire ce qu’elle ressent pour Nana, et jusqu’aux textes qu’elle écrit sur sa vieille machine à écrire. Cristina aspire cependant à autre chose qu’aux manières d’écrire que lui propose la société qui l’entoure : écrire pour plaire en suivant les codes idéologiques de la littérature officielle, écrire pour plaider pour l’obtention d’un meilleur logement, écrire pour dénoncer… Alors elle hésite, opte un moment pour l’oubli, pour « tout effacer de sa mémoire » même si elle sait qu’il n’est pas possible d’oublier.

…elle ne les sentira qu’au moment où elle tapotera sur sa machine à écrire la nuit, à la lumière chaude d’une lampe à abat-jour brodé et alors personne ne lui reprochera de faire du bruit, personne ne lui fera peur en lui disant que la milice se déplace la nuit pour écouter aux portes. Et les histoires sortiront d’elles par vagues, par bonds comme ceux des loups…

Bien plus tard, restée seule un soir au « Centre d’animation de culture populaire et des manifestations artistiques de masses « Cântarea României » du Comité départemental du Parti » où elle a été affectée avec le statut d’« activiste », elle renoue avec le plaisir de la lecture, grâce à la découverte dans la salle de lecture de la bibliothèque voisine d’un livre « tout neuf » bien que paru il y a déjà vingt ans, et qui « n’avait jamais été lu et pas mis à l’index par erreur ». A la lecture suit l’écriture. Sans préméditation, dans le bâtiment déserté, « purement et simplement comme si elle chevauchait une énorme vague, sans aucun projet, elle écrit » et se sent revivre. Mais cela ne sera qu’un dernier ressaut, avant le conte en forme d’allégorie morale qui clôt le livre et, avec lui, la vie de Cristina.

Tu es une innocente, dit-il, tu ne te rends pas bien compte de ce qui se passe autour de toi. Tu es ici mais on dirait que tu es ailleurs, dans un autre monde.

Tout au long du roman, l’écriture nerveuse, rapide et fluide, épouse particulièrement le personnage de Cristina, même si Nana et son frère Radu prennent parfois le premier rôle. Parce que l’auteure écrit du point de vue de ce que Cristina peut voir et savoir, ne dévoilant donc jamais un regard extérieur ou ultérieur à cette période 1979-1989, l’expérience de lecture est inexorablement directe. Ce sentiment d’immédiateté pour les lecteurs est renforcé par l’écriture du récit au présent. Bien qu’il soit quasiment toujours écrit à la troisième personne, le récit colle tellement aux pensées, aux impressions et au langage de Cristina qu’il se lit comme un livre écrit à la première personne mais retranscrit à la troisième. L’immédiateté se double alors de l’impression dérangeante que Cristina n’est que spectatrice de sa propre vie, incapable d’endosser vraiment le rôle qui lui a été imposé.Cette distance envers ce qui lui arrive est maintenue même lorsque, dans les dialogues formels, quelqu’un s’adresse directement à Cristina en la tutoyant : c’est presque toujours une Cristina à la troisième personne qui répond, parfois à haute voix, parfois dans une narration indirecte estompant la différence entre réponse à haute voix ou simplement dans les pensées de Cristina (peut-être n’est-elle pas sûre non plus d’avoir répondu ou seulement pensé sa réponse).

… l’autre lui dit t’es pas d’ici toi ? Non, je suis de Transylvanie répond-elle, ah d’accord, reprend l’autre et c’est comment là-bas ? Ça va, dit-elle – Comment ça, tu veux dire qu’on trouve de tout ?

Par-delà le gâchis de cette vie si prometteuse dans cette société si rongée par la méfiance et l’injustice, le roman dresse aussi un portrait d’une région spécifique. Comme dans Le livre des nombres de Florina Ilis (que j’ai chroniqué ici), le roman se déroule en Transylvanie ; Bucarest est une ville lointaine et inconnue. Ce caractère transylvain, et surtout la présence importante de la population hongroise, se retrouve dans toute la texture du roman : le personnage de Béla, notamment, introduit de nombreux mots, phrases et références hongrois que Cristina, ayant grandi dans ce milieu multiculturel, reconnait aussi. Les Hongrois semblent un peu mieux lotis grâce à leurs accès à des produits de consommation plus attrayants ; de même, l’attribution d’un poste et d’un logement à Cristina dépend aussi de la politique centrale (oscillant entre apaisement et répression) envers les régions où la population hongroise est plus importante : détails qui, de mon côté de la frontière et ayant lu plusieurs romans hongrois sur cette période transylvaine, m’ont paru intéressants.

Ces années sombres de la Roumanie de Ceausescu reviennent en effet régulièrement dans la littérature hongroise récente. Avec Le roi blanc (Gallimard, 2009, chroniqué ici) puis avec Le bûcher (Gallimard, 2018; chroniqué ici), l’écrivain hongrois d’origine transylvaine György Dragomán, né comme Alina Nelega à Târgu Mures, revenait à travers le personnage d’un garçon, puis d’une jeune fille sur cette période qu’il a connue enfant. Andrea Tompa, également écrivaine hongroise d’origine transylvaine et née comme Dragomán au début des années 1970, a pris pour narratrice une adolescente pour son roman A hohér háza (« La maison du bourreau », 2015, non traduit) dans lequel elle revient sur la vie d’une famille hongroise de Roumanie dans les années 1970 et 1980. Avec Comme si de rien n’était, je découvre l’autre facette de cette littérature, celle des Roumains qui vivent à côté de ces Hongrois à la langue, aux références et aux allégeances si différentes. Dans tous les cas, le style et/ou la construction rendent la lecture très intéressante, mais pour un contenu qui n’a rien de réjouissant.

Et n’oubliez pas de remercier tous les jours le conducatorbienaimé, sa camaradedevie, le particommunisteroumain, la patrielaplusbelledumonde, remerciez aussi en vous inclinant vers l’est, matin, midi et soir. Celui qui ne remerciera pas sera sévèrement puni.

Alina Nelega, Comme si de rien n’était (ca şi cum nimic nu s-ar fi întâmplat, 2019). Traduit du roumain par Florica Courriol. Editions des femmes, 2021.

Retrouvez deux autres belles chroniques du livre sur Litterama et sur L’Or des livres.

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Curieuse d’en savoir davantage sur la réception de Comme si de rien n’était en Roumanie, j’ai posé la question à la traductrice Florica Courriol, qui a eu la gentillesse de m’envoyer les réflexions suivantes, qui complètent la préface très intéressante du livre :

La littérature roumaine a la réputation d’être pudique, et les écrivains roumains ont été, généralement, assez réticents à aborder la sexualité prohibée, comme le remarquait Angelo Mitchievici dans un article de 2010, la liberté des mœurs étant considérée comme l’apanage d’autres civilisations venues en contact avec la culture roumaine (turque ou grecque, Sapho oblige !) Et il donne l’exemple le plus notoire, celui de Geo Bogza qui a été emprisonné dans les années 30 pour un poème légèrement pervers.

L’homosexualité a été, à plus forte raison, un sujet tabou sous le communisme, les écrivains roumains ont gardé une réelle réticence à aborder ce thème. Depuis la démocratisation du pays et – espérons-le –  de la société roumaine, quelques critiques très sérieux, conscients de la chose ont abordé de manière plus ou moins approfondie le sujet, comme l’universitaire Adriana Babeţi dans Dandysmul. O istorie (2004) et Amazoanele. O poveste (Les Amazones. Une histoire, 2013) ou Andrei Oişteanu dans Sexualitate şi societate. Istorie, religie şi literatură (2016) publié chez Polirom – qui est aussi la maison d’édition d’Alina Nelega.

Si quelques écrivains hommes ont osé traiter les relations gay mais de manière oblique, par un des personnages secondaires ici et là ou dans les pages d’un journal d’auteur (comme l’a fait Ion Negoitescu qui s’est exilé en Allemagne) les amours saphiques n’ont fait l’objet que de très rares traitements littéraires. Quelques balbutiements dans le 3e volume du cycle La Medeleni de Ionel Teodoreanu ou chez Mircea Eliade (Domnişoara Christina).

Le concert de Bach, deuxieme volet du cycle Hallipa d’Hortensia Papadat-Bengescu. Ma chronique ici.

Une scène d’amour entre deux femmes est suggérée chez Hortensia Papadat-Bengescu, quasi-contemporaine de Proust dans « Les jeunes filles en cheveux » (premier volet du cycle Hallipa). Un vrai roman qui met en scène la relation amoureuse entre deux femmes est celui de Cecilia Ştefănescu, Legături bolnăvicioase (Liaisons maladives, publié chez Phébus, traduit par Laure Hinckel) ; l’auteure décrit l’attraction sexuelle entre deux jeunes filles de nos jours – sous l’œil curieux des autres – et dont elles ressortent mûries. Le mérite en revient à Cecilia Stefànescu d’avoir réussi à « normaliser » le regard du public au moins. Une autre femme qui aborde le sujet de l’homosexualité est Dora Pavel avec un roman d’une structure très complexe, Do Not Cross (2013) mais qui parle de l’amour d’un jeune homme gay.

Alina Nelega est vraiment la première à affronter le sujet avec une détermination et une force qui ne seront pas égalées de sitôt. La critique roumaine l’a compris et lui a fait un accueil formidable, avec des articles dans les meilleures revues littéraires. Ainsi dans  «Apostrof » – la revue que dirige Marta Petreu  – Iulian Boldea souligne « la valeur de témoignage, grâce à une écriture alerte, expressive » ; dans «  România literarà », le jeune Marius Mihet déplace l’attention sur un problème plus général : « la vraie question du roman est le phallocentrisme » et parle de psychologie et sentiments féminins déboussolés.

Doris Mironescu relève dans la revue « Dilema Veche » « la force revendicative d’un livre très réussi » sur le thème du communisme « traité soit de manière allégorique, soit pathétique, en tout cas mal traité !) auquel Nelega ajoute celui de la féminité à un moment facilité par le mainstream littéraire du féminisme grâce à une romancière de la taille de Olga Tokarczuk. »

Les femmes critiques ont évidemment accordé une attention toute particulière à ce roman, « fort et sans complaisances » (Sanda Cordos sur la 4e couverture), y compris Elena Vlădăreanu et Carmen Musat dans le journal « Observator Cultural » qui a décerné au roman d’Alina Nelega son prix, un des prix littéraires roumains les plus cotés. Carmen Musat, universitaire, critique et rédactrice en chef d’ « Observator Cultural » voit en Cristina « la figure féminine la plus forte et la plus surprenante de la littérature roumaine des trente dernières années. Curieuse et insoumise, Cristina entre en conflit avec les autorités communistes, refusant systématiquement les règles absurdes des représentants de l’État totalitaire. Cristina expérimente diverses formes de liberté – y compris celle d’aimer une autre femme… Alina Nelega réalise surtout l’anatomie d’une mystification au niveau social (car qu’est-ce le communisme, sinon une grave et énorme mystification de la réalité ?) »


7 commentaires on “Alina Nelega – Comme si de rien n’était”

  1. […] est le récit bien plus sombre d’une vie de jeune femme dans les années 1979-1989 : c’est Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega. Et le troisième est un roman sur le pouvoir et sur ses limites : c’est Le […]

  2. nathalie dit :

    Après un billet aussi fouillé et complet, je ne peux que noter le nom de ce roman. On a encore tellement à découvrir.

  3. […] Alina Nelega – Comme si de rien n’était → […]

  4. […] mon père, de Tudor Ganea (mon article ici), et de Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (mon article ici), Florica Courriol continue de nous faire parvenir en français la littérature roumaine […]

  5. […] Comme si de rien n’était, l’héroine d’Alina Nelega se retrouve un jour en mauvaise posture : rentrée chez elle […]

  6. […]             Une chronique à retrouver sur ce lien […]


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