Elle approche à grands pas, que nous apportera-t-elle donc ?

Je parle de la rentrée littéraire, bien sûr. J’ai passé au peigne fin les nouvelles publications des semaines à venir afin d’en extraire ce qui m’intéressait le plus – les livres de, ou sur, l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici donc une poignée de livres, traduits du bulgare, du croate, du hongrois, du polonais, du roumain, du slovène, du tchèque … et aussi de l’anglais, du russe et de l’allemand.

C’est par ces derniers que je vais commencer, même si cela m’entraîne sur des terrains un peu à la marge de cette partie d’Europe qui fait habituellement l’objet de ce blog.

J’ai d’abord croisé l’auteure géorgienne et allemande Nino Haratischwili sur les réseaux sociaux allemands puis anglais, où La huitième vie (pour Brilka) faisait fondre les cœurs les uns après les autres, avec ce roman-pavé inventant, sur six générations et tout un continent, l’histoire romanesque et tragi-comique d’une famille géorgienne au XXe siècle. D’abord publié aux Editions Piranha, le roman sort en poche chez Gallimard le 19 août (traduit de l’allemand par Barbara Fontaine et Monique Rival). Présentation complète sur le site de l’éditeur. A la même date et de la même autrice, les Editions Belfond publient Le chat, le général et la corneille, « récit de violence, passion et culpabilité inextricablement lié à l’histoire de l’Europe contemporaine », « puissante fresque menée tambour battant » et qui « débute par une nuit de décembre 1994, durant la première guerre de Tchétchénie » (traduit de l’allemand par Rose Labourie). Présentation complète sur le site de l’éditeur. Cela fait donc trois livres de Nino Haratischwili disponibles en français, le troisième étant Mon doux jumeau, « exploration sans concession de toutes les formes de dévastation provoquées par les conflits – ceux que se livrent les peuples comme les individus, au sein de la famille ou du couple » (traduit par Dominique Venard, Libella-Maren Sell, 2015).

Je continue en faisant un petit saut du Caucase, à la Volga, avec Les enfants de la Volga, deuxième roman de Gouzel Iakhina et deuxième à paraître en français après le très apprécié Zouleikha ouvre les yeux. Nous y restons au bord de la Volga, dans les années 1920-1930, mais cette fois parmi les descendants des Allemands venus s’installer en Russie au XVIIIe siècle. « Après la mort de [sa femme] Klara, Bach s’éloigne du monde et perd l’usage de la parole. Tout en élevant l’enfant, il écrit des contes, qui de manière étrange et parfois tragique s’incarnent dans la réalité à Gnadenthal. Un autre enfant fait alors son apparition à la ferme : Vasska, un orphelin vagabond qui bouleversera la vie d’Anntche et Bach… » Traduit du russe par Maud Mabillard, et parution prévue le 19 août également. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Toujours le 19 août : d’Árpád Kún, le roman Nord Bonheur, publié aux Editions Viviane Hamy. Né en Hongrie, spécialiste de littérature française et établi en Norvège, Árpád Kún prend l’Afrique et la Norvège pour cadre de son premier roman, et pour protagoniste un certain Aimé Billon, « né au Bénin d’un père franco-vietnamien et de la fille d’un ancien fonctionnaire devenu puissant sorcier vaudou ». « Nord bonheur est un conte contemporain foisonnant de récits et d’humour, que l’auteur tisse autour de nous à la manière d’un griot. C’est aussi l’histoire d’un homme qui, « après une vie entière sans chez soi, rentre enfin chez lui, vers l’inconnu ». » Traduit du hongrois par Chantal Philippe. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Le 24 août, aux Editions Do, une publication que j’attends avec impatience et curiosité : Le vol de Boštjan, de Florjan Lipuš. De cet auteur issu de la communauté slovène de la Carinthie autrichienne, j’avais lu L’élève Tjaž (1972), ce brillant roman à la prose exigeante et fragmentée, disponible en français dans une traduction réalisée à partir de la version allemande. C’est à partir de l’original slovène qu’Andrée Lück Gaye et Marieta Novak Kaizer ont traduit Le vol de Boštjan, roman daté de 2003. Situé « dans un village de Carinthie, au fond d’une vallée isolée, au pied des montagnes » au milieu du XXe siècle, « Le vol de Boštjan est le roman d’une enfance et d’une jeunesse marquées de façon indélébile par la perte ». Présentation complète et premières pages sur le site de l’éditeur.

Le 26 août, aux Editions Agullo, Le saut d’Aaron, de Magdaléna Platzová. Roman « inspiré de l’histoire réelle de Friedl Dicker-Brandeis, qui enseigna l’art aux enfants dans le camp de concentration de Terezín », cette « fresque couvrant un siècle d’histoire de l’Europe centrale aborde avec force ce qu’il en coûte de se jeter dans l’inconnu afin d’oser s’affirmer en tant qu’individu et artiste ».  Traduit du tchèque par Barbora Faure. Présentation complète et premières pages sur le site de l’éditeur

Le premier septembre, aux Editions Marchialy, L’Echo du lac. Dans ce récit de « voyage dans une région brisée par le pouvoir où cohabitaient autrefois peuples, langues et religions », Kapka Kassabova « se rend aux sources de son histoire maternelle, les lacs d’Ohrid et Prespa, les deux plus anciens lacs d’Europe ». Plus encore qu’avec son excellent Lisière (Marchialy, 2020), « Kapka Kassabova jongle [dans L’Echo du lac] avec les registres et mêle habilement récits familiaux, légendes locales et faits historiques pour mener une réflexion à la fois intime et universelle sur l’identité, celle dont nous héritons et celle que nous façonnons. » Traduit de l’anglais par Morgane Saysana. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Ce faisant, le passé prend des allures d’accordéon, accueillant parfois des récits extraordinairement proches dans le temps, se distendant parfois pour en inclure d’autres venus des tréfonds des mémoires familiales.

–Retrouvez également ici ma chronique de L’Echo du lac.

Le 2 septembre, les Editions Noir sur Blanc opèrent une forme de retour aux origines d’Olga Tokarczuk, en ajoutant à leur catalogue une nouvelle traduction de son troisième roman, Maison de jour, maison de nuit (1998). « Empreint d’une imagination débordante, ce roman d’Olga Tokarczuk est l’épopée d’un tout petit lieu, avec ses habitants uniques, merveilleux, dont Marek Marek, le bon à rien, qui se soûle à mort pour ne plus sentir l’énorme oiseau dans sa poitrine, un professeur de latin qui redoute de se changer en loup-garou, et surtout Marta, perruquière fantasque, qui amorce et tisse les histoires… » Traduit du polonais par Maryla Laurent. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Le 8 septembre, aux Editions Autrement, réédition du roman d’Angel Wagenstein Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac. De cet auteur bulgare, je connais surtout Adieu Shanghai (L’Esprit des Péninsules 2004, Galaade 2015), roman d’espionnage ayant en son cœur la communauté des rescapés juifs allemands et autrichiens de Shanghai, ville alors sous contrôle japonais. Dans Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac « tragédie écrite sur le ton de la comédie, un roman à pleurer de rire, de tristesse, de rage », c’est aussi d’un représentant d’une communauté juive européenne du XXe siècle qu’il s’agit : « Isaac Blumenfeld, petit tailleur juif de Galicie orientale, change de nationalité comme de chemise. Pourtant, il ne quitte jamais son village (…) Tour à tour persécuté par les nazis puis victime du pouvoir communiste, Isaac ne devra son salut qu’à un humour jubilatoire, corrosif et désespéré. » Traduit du bulgare par Eric Naulleau et Veronika Nentcheva. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Le 10 septembre, aux Editions Intervalles, Ton fils Huckleberry Finn, de Bekim Sejranović. Décrit comme « l’écrivain bosnien le plus doué de sa génération », Bekim Sejranović devait prendre part à la Comédie du Livre dédiée à la Croatie l’année dernière. Il est cependant décédé brutalement en mai dernier, sans avoir pu voir son livre traduit en français : « Déclaration d’amour immature à une rivière fantasmée et à un pays disparu, récit expérimental et hallucinatoire d’un documentaire en train de se déliter, réflexion sur l’exil et sur les malentendus intergénérationnels, Ton fils Huckleberry Finn embarque son lecteur dans un voyage à l’ironie douce-amère. » Traduit du croate par Chloé Billon. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Le 15 septembre, les Editions Inculte s’emparent elles aussi du thème du voyage-méditation avec Le livre de toutes les intentions, de Marin Mălaicu-Hondrari : « Le narrateur du Livre de toutes les intentions a quitté sa Roumanie natale pour bourlinguer sur les routes d’Espagne et du Portugal, animé par une double obsession : écrire un livre en une nuit et rassembler dans ses pages la vie de tous les grands écrivains suicidés. … Dans ce bref récit d’une liberté explosive, Marin Malaicu-Hondrari réussit à mêler road-trip et méditation, amour de la poésie et excès de café, composant de façon inattendue une sorte de galerie à la fois loufoque et érudite des grands suicidés de la littérature, accompagné par une musique endiablée, celle du « tacatacatac ininterrompu des touches » de sa machine à écrire et rêver. » Traduit du roumain par Laure Hinckel. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Et, le 17 septembre, aux Editions Intervalles, Sanatorium de Barbara Klicka, « poète, dramaturge et romancière polonaise née en 1981 [dont l’] œuvre interroge la frontière entre l’intime et le public tout en questionnant le désir et la notion de norme. » « Une jeune Polonaise quitte la capitale pour suivre une cure thermale obligatoire en province dans un centre public. Là, il lui faut trouver sa place auprès des habitués et apprivoiser les codes d’un microcosme déroutant. C’est par un ton malicieux et un humour à toute épreuve que la curiste va déjouer les pièges et percer les secrets de ce sanatorium, où son séjour prend parfois des allures de parcours de l’absurde. » Traduction par Nathalie Le Marchand. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Une belle moisson de titres, de langues, de styles et de sujets, qui nourrira certaines de mes chroniques à venir. Et vous, quels titres vous tentent ?  


10 commentaires on “Elle approche à grands pas, que nous apportera-t-elle donc ?”

  1. nathalie dit :

    Oh la la ! J’ai à peine eu le temps de lire quelques livres de mes étagères et il est déjà question de rentrée littéraire. Tous les ans, c’est pareil, c’est incompréhensible.
    Je note qu’il y a de grandes saga familiales et européennes, mais j’avais repéré pour ma part les public de Noir sur blanc (Gouzel Iakhina et Olga Tokarczuk). Je me souviens de ton billet sur L’Echo du lac. Curieuse d’en savoir plus sur Florjan Lipuš qui me parle et sur Ton fils Huckleberry Finn, mais j’avoue que le livre sur les Juifs de Shanghaï m’intrigue, j’irai peut-être y voir.
    Heureusement, l’été est loin d’être fini.

  2. Merci ! Ils m inspirent tous !!!!

  3. Marilyne dit :

    Évidemment, j’avais noté les parutions Noir sur Blanc ainsi que L’écho de lac, je garde un grand souvenir de ma lecture de Lisière ( noté par ici grâce à tes billets nouvelles parutions ). Le saut d’aaron est en tête de liste sur mon carnet !

    • Alors encore de belles lectures en perspective! J’ai beaucoup aimé L’Echo du lac, plus poétique, plus personnel (familial) que Lisière et je suis curieuse de lire d’autres avis dessus – y compris le tien! Ayant lu les premières pages du Saut d’Aaron, je dois dire que je suis très tentée moi aussi. Je suis contente que mes billets sur les nouvelles parutions t’aient aidé à allonger ta liste de tentations.

  4. uneviedevantsoi dit :

    J’avais repéré le Tokarczuk, j’ai tellement aimé les personnages de Sur les ossements des morts! Le mot de l’éditeur promet tout un petit monde attachant.
    Je note Sanatorium, merci !

    • La présentation du Tokarczuk me fait beaucoup penser à son autre roman, « Dieu, les hommes et les anges », qui est un petit bijou. Quant à Sanatorium, j’en ai lu les premières pages et j’aime beaucoup le ton!

  5. Patrice dit :

    Jolie liste ! On a sur nos étagères « La huitième vie » qui avait eu beaucoup de succès à sa sortie en Allemagne et mais aussi « Le saut d’Aaron » que je prévois de lire bientôt. Je ne sais pas encore si je lirai ce livre de Gouzel Iakhina, mais j’ai déjà noté son prochain, Convoi pour Samarcande (non encore traduit), mais qui a déjà l’objet d’un article alléchant dans Le Monde.


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