Novembre et ses alentours – quelques nouvelles idées de lecture – (non)fiction, art, photo, gastronomie…

Petite mais variée, voici comment je décrirais la poignée de nouvelles publications que j’ai rassemblée pour ce billet un peu tardif sur les nouvelles publications. Commençons par novembre, avant d’aller voir du côté de ce qui est passé entre les mailles du filet lors des précédents billets.

Récits féministes illustrés de Roumanie

Belleville Éditions, petite maison engagée « hors des sentiers battus », propose ce mois-ci Désobéissantes, recueil illustré de portraits de femmes, écrits par Adina Rosetti, Victoria Patrascu, Iulia Iordan, Laura Grünberg et Cristina Andone et traduit du roumain par Sidonie Mézaize-Milon et Oana Calen.

« À travers des récits pleins de poésie et superbement illustrés par une dizaine d’artistes roumaines, nous est contée une nouvelle vision, plus intime et plus à l’est, de l’histoire de la femme, qu’elle soit artiste, entrepreneuse, exploratrice, qu’elle décide d’écrire ou encore d’escalader l’Everest, toujours en réinventant son destin et sans se soucier de ce que peuvent en penser les hommes, les femmes, la société. »

Présentation complète sur le site de Belleville Éditions.

***

Pays Baltes en texte et en images

L’historien d’art Serge Fauchereau publie chez Flammarion L’Art des Pays Baltes – XIXe-XXe siècles, « un historique complet et abondamment illustré de l’art moderne des Pays Baltes ».

Après une introduction replaçant la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie dans leur contexte historique et notamment celui du développement de consciences nationales spécifiques à chaque pays, l’ouvrage s’intéresse au développement des mouvements artistiques aux XIXe et XXe siècles et de leurs influences jusqu’à la soviétisation des années 1940, présentant également quelques-uns des artistes majeurs.

Parution le 3 novembre. Présentation complète sur le site des Éditions Flammarion.

***

En texte et en images (bis) : New York-in-Donbass

« New York, Ukraine se présente comme un guide d’une ville que vous ne vous attendiez pas à visiter. Loin des clichés sur l’Europe de l’Est, les auteurs nous conduisent à travers la ville [de Novhorodske dans le Donbass], dévoilant des lieux déglingués et surprenants, et une histoire riche de la tradition mennonite des anciens colons allemands. Dans les portraits merveilleusement vivants de Niels Ackermann, dans les interviews drôles ou graves de Sébastien Gobert, le lecteur découvre les répercussions de la guerre sur la vie des habitants. »

Œuvre commune du photographe Niels Ackermann et du journaliste Sébastien Gobert, préfacée par l’écrivain Serhiy Jadan, New York, Ukraine. Guide d’une ville inattendue est – évidemment – publié par les Editions Noir sur Blanc et a paru le 4 novembre.

Présentation complète sur le site de l’éditeur, chez qui l’on retrouve également Looking for Lenin (Noir sur Blanc, 2017), enquête conjointe du photographe et du journaliste sur le rapport de l’Ukraine à son passé soviétique.

***

« Si vous parlez ainsi c’est que vous ne connaissez pas le paysan roumain »

Après Ion (1920, traduction française en 2018), les Éditions Non Lieu publient ce mois-ci dans la traduction de Jean-Louis Courriol La révolte (1932), l’un des chefs d’œuvre de l’écrivain roumain Liviu Rebreanu (1885-1944). Voici la quatrième de couverture dans son intégralité :

« La Révolte est le roman de la jacquerie de 1907 qui vit se soulever les paysans roumains, de Moldavie d’abord puis de Munténie, contre les fermiers (arendasi) et les gros propriétaires terriens, les boïeri. Les paysans révoltés incendièrent les manoirs, pillèrent et violèrent jusqu’à la répression sanglante conduite par l’armée qui fit de nombreux morts.

L’intrigue est rythmée par une tension croissante. Le récit met en scène plusieurs personnages, les héros cédant parfois la place à des voix éparses, qui expriment le mécontentement collectif d’Amara, village où Pétré Pétré, le meneur, affronte le seigneur Miron Iuga. Un familier du château, Titou Herdéla, journaliste, alter ego de l’auteur, assiste en observateur attentif au conflit qui oppose les paysans à l’absolutisme du seigneur arrimé au principe héréditaire : les terres appartiennent de tout temps à sa famille, de générations en générations les boyards ont permis à leurs paysans de subsister.

Un roman de feu et de sang dans la Roumanie de l’entre deux guerres en quête de son identité. »

Parution le 15 novembre. Parmi les nombreux romans de Liviu Rebreanu traduits en français, Deux d’un coup, roman policier, roman d’une petite ville de la province roumaine, que j’avais pris plaisir à chroniquer, ici.

***

Voilà pour novembre. Place maintenant aux oubliés des précédentes fournées 

***

Hongrie-Suisse-Hongrie, un « journal de vie »

Publié en septembre chez Livreo-Alphil, Le ciel bleu au fond du puits. Budapest 1947-1956, Suisse 1956-1976, de Bálint-Géza Basilides, né à Budapest en 1944 et établi en Suisse de 1956 jusqu’à son retour en Hongrie en 1999: « Inspiré par la situation hongroise de 1956 et l’exil de réfugiés en Suisse, ce livre raconte les traumatismes subis par un enfant et sa résilience. Le monde des grands est sans pitié. L’enfant ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Dans un pays dévasté par la guerre, dans un régime totalitaire et une famille divisée, il cherche l’affection. Suite à une révolution, à douze ans, avec sa mère et sa sœur, il change de pays.
Ce récit décrit l’apprentissage d’une nouvelle culture, l’adaptation à un autre pays, à l’adolescence et à la vie d’adulte. Par une suite de tableaux brefs, l’auteur nous présente le quotidien d’un passé récent. La vie sans téléphone, sans ordinateur, les bureaux sans électronique, l’imprimerie des typographes et l’arrivée du premier poste de télévision. En quelques lignes, il décrit les bouleversements de la séparation et de l’exil, mais aussi la formidable force de l’optimisme. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.

***

Trente ans, un village, un cycle de nouvelles

Publié en septembre aux Éditions Non Lieu, Paskvelija. Aux quatre vents de Macédoine, figure parmi les premiers écrits de l’écrivain macédonien Živko Čingo (1935-1987), prédatant d’une décennie La grande eau, son seul roman jusqu’ici traduit en français.

Paskvelija, publié en 1961 et traduit du macédonien au français par Bernard Lory, « relève d’un genre littéraire un peu particulier : le cycle de nouvelles dont l’unité est fournie par le temps (les années 1930 à 1960) et le lieu, plus que par des personnages récurrents. On chercherait en vain sur la carte de Macédoine le village de Paskvel ou le canton dont il est le centre, la Paskvelija. Mais les indices géographiques semés dans le texte sont nombreux pour identifier Paskvel à Velgošti, village natal de Živko Čingo. D’où sort de nom étrange ? Paskvil désigne un pamphlet désobligeant et injurieux, généralement anonyme (un pasquin, en français). On peut penser que Čingo a choisi ce nom, comme une façon de désamorcer lui-même l’aspect de critique sociale de ses nouvelles. Le nom s’associe peut-être aussi avec pustelija qui évoque une idée d’abandon, de désolation.
Paskvelija appartient à un genre littéraire qui occupe une place discrète dans la littérature européenne. Dans la littérature française, Les récits de la demi-brigade de Giono présentent ce même genre d’unité spatio-temporelle. Il n’est pas besoin de connaître l’histoire des Balkans pour circuler à travers les nouvelles de Paskvelija. Les faits historiques et politiques n’apparaissent que furtivement, dans l’arrière-plan des nouvelles. En revanche les composantes du paysage de Paskvel, ses jardins, sa rivière, la colline et l’horizon qui s’ouvre sur le lac se retrouvent systématiquement. Le vent est aussi omniprésent, vent tiède de printemps, vent aigre d’hiver, tourmentes épiques. Un temps de l’année est évoqué avec une insistance toute particulière : le passage incertain entre l’hiver et le printemps, le premier redoux, la neige qui fond… Autant d’élément naturels qui font échos aux cœurs des hommes… »

***

« Une rue aussi merveilleuse qu’effrayante »

En octobre, les Éditions de l’Antilope publiaient Smotshè : biographie d’une rue juive de Varsovie, de l’écrivain, traducteur et journaliste littéraire israélien Benny Mer. Je n’ai pas l’intention de trop m’aventurer sur ce blog dans le domaine de la littérature israélienne et/ou traduite de l’hébreu (ici, par Gilles Rozier), mais je ne pouvais pas non plus passer outre ce livre au titre si attrayant.

« Entre les deux guerres, les Juifs représentent environ un tiers de la population de Varsovie. Benny Mer choisit de les faire revivre à travers la visite guidée d’une des rues les plus pauvres du quartier juif de la ville, la rue Smocza (Smotshè en yiddish). Pour cela, il s’est plongé dans la presse yiddish, ses annonces, les faits divers, les fragments littéraires…
Les personnages rencontrés – souvent des petites gens, tailleurs, vendeuses au marché… – sont une source essentielle pour l’auteur. Il tente alors de retrouver ce qu’ils sont devenus après 1939 et parvient parfois à retracer qui a été enfermé dans le ghetto, qui y est mort, qui y a combattu durant l’insurrection, etc. »

Présentation complète sur le site des Éditions de l’Antilope. La citation que j’ai utilisée pour le titre de ce paragraphe vient de l’excellent article de Jean-Yves Potel dans En attendant Nadeau, à lire ici.

***

C’est arrivé un premier octobre

Egalement en octobre, Gaïa Éditions republie avec une nouvelle couverture C’est arrivé un premier septembre, de l’écrivain slovaque Pavol Rankov (d’abord publié chez Gaïa en 2019). Traduit par Michel Chasteau, lauréat 2009 du Prix de littérature de l’Union européenne, puis lauréat 2020 du Prix du livre européen, C’est arrivé un premier septembre est « l’histoire intime des trois jeunes garçons, puis des trois hommes, [et] incarne les remous de la grande Histoire de 1938 à 1968 ». Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Gaïa Éditions, ou sur le blog d’Eva et Patrice ou encore sur celui de La Barmaid aux lettres, qui en avaient fait une lecture commune le … premier septembre dernier.  

stop

Enfin, au cas où tout cet éparpillement géographique vous aurait ouvert l’appétit…

Il y a quelques mois, on m’avait suggéré d’agrémenter mes chroniques de livres d’un aperçu de la cuisine hongroise. Il faudra encore patienter pour ça, mais en attendant voici un livre dont j’ai été contente de voir qu’il a été traduit en français (par ???) en septembre, chez Hachette Cuisine :

Red Sands, de Caroline Eden, propose « un voyage culinaire à travers les steppes de l’Asie centrale ». « Dans son périple à travers l’Asie centrale, Caroline Eden utilise la cuisine comme fil rouge pour offrir une vision très personnelle de cette région méconnue bordée par l’Iran et l’Afghanistan, reliant l’Europe et l’est de l’Asie, la Russie et la Chine. 
Dans les mosquées au fond des grottes du désert, les salles de mariage débordant de luxe et de bruit, dans les étonnantes forêts de noyers, les hôtels destinés aux héros du programme spatial soviétique ou les salles à manger fatiguées des sanatoriums délabrés, nous faisons la connaissance des personnages fascinants de ce livre. Ce sont des cuisiniers et des poètes, des entrepreneurs et des historiens, des jardiniers et des pêcheurs du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Tout cela nous amène, certes, bien loin de mes contrées habituelles, mais je le mentionne aussi parce que Caroline Eden est l’auteure d’un autre beau livre, sur le pourtour de la mer Noire, une région (et un univers culinaire) que j’apprécie particulièrement : Black Sea « est le récit d’un voyage gastronomique délimité par Odessa en Ukraine et Trabzon, dans l’est de la Turquie : deux villes mythiques façonnées par leur position sur la mer Noire. Au centre, se trouve Istanbul et sa cuisine, peut-être la meilleure au monde, reliée à la mer Noire par le détroit du Bosphore. … Méticuleusement documenté et riche de témoignages aussi inattendus que fascinants, Black Sea ne ressemble à aucun autre livre de cuisine. »

stop

On m’a dit que Noël approchait… Quels livres aimeriez-vous offrir ou recevoir ?

Publicité

18 commentaires on “Novembre et ses alentours – quelques nouvelles idées de lecture – (non)fiction, art, photo, gastronomie…”

  1. Marilyne dit :

    Bon, j’ai décidé d’être sage cette fin d’année ( voeux pieux…) mais j’avoue que j’ai très envie de feuilleter L’art des pays baltes !

  2. Vincent dit :

    Toujours alléchant !

  3. worldcinecat dit :

    C’est arrivé un premier septembre est un roman emprunté par hasard dans une bibliothèque et qui m’a profondément marqué. J’espérais un jour sa sortie en poche, c’est chose faite, je l’ai donc acheté en poche pour l’offrir, mais il lui manque la merveilleuse photo de couverture de l’édition d’origine ! Je suis étonnée que ce roman n’ait pas eu plus d’échos dans les blogs tant je l’ai lu avec un plaisir immense.

    • Vive les découvertes heureuses dans les bibliothèques! Je trouve la nouvelle couverture également sympathique, quoiqu’évidemment moins sobre que la précédente. Je ne l’ai pas encore lu pour ma part, mais ça viendra!

  4. […] Novembre et ses alentours – quelques nouvelles idées de lecture – (non)fiction, art, photo, gas… → […]

  5. Olala qu’as tu fait à ma PAL ?
    J’adore les éditions Belleville, je vais très vite acheter Désobéissantes ainsi que l’art des Pays Balte (je regrette juste qu’il n’y ait pas d’art contemporain dans le livre)
    New York, Ukraine, Paskvelija et une rue juive à Varsovie me font également de l’oeil…

    • Mais une PAL, ça se nourrit!
      J’aime bien le fait que le livre sur l’art des pays baltes s’intéresse justement à cette période plus ancienne pour la mettre davantage en valeur, mais c’est vrai qu’il n’y a pas l’air d’avoir grand chose sur l’art contemporain.
      Moi, je dois être bon public – tous ces livres m’intéressent!

      • Ils sont fascinants c’est certain ! Je suis ravie que tu me fasses découvrir sur cette période également, mais je trouve dommage que les critiques ne mélangent pas plus les périodes 🙂 Mais ça, ça vaut pour tous les arts, pas seulement ceux des pays baltes ! hihi

  6. A_girl_from_earth dit :

    Ce blog est très inspirant pour les lectures des pays de l’Est et alentours, voire au-delà ! Je reviendrai y piocher des idées, je lis assez peu de littérature de ces contrées, faute de bonnes recommandations.

  7. nathalie dit :

    Niels Ackermann connaît bien la région. J’avais vu l’exposition Looking for Lenine à Arles, très intéressante, mais son livre L’Ange blanc sur la ville construite pour abriter les ouvriers travaillant sur le site de Tchernobyl est très fort, très réussi. Je lui fais plutôt confiance pour le Donbass.
    Sinon les vents de Macédoine et la rue juive de Varsovie me parlent bien. Mais surtout les deux livres de cuisine !!! Malgré leurs titres nuls, le contenu me fait saliver.

    • Je lui fais moi aussi confiance, même sans avoir vu d’exposition. As-tu des étagères « spécial cuisine »? Et – question très sérieuse – as-tu suffisamment de place pour de nouvelles acquisitions?

      • Nathalie dit :

        Les livres de cuisine (y compris certains plus historiques) sont dans la cuisine. Normalement il reste de la place dans la mesure où il me reste une étagère à installer. Là ils sont un peu entassés les pauvres…

  8. Patrice dit :

    Je me laisserais bien tenter par La Révolte !

  9. […] c’était il n’y a pas très longtemps alors vous vous en souvenez peut-être. Sinon, la liste est toujours là et prête à être consultée. Parmi tous les titres (dont certains étaient des rattrapages des […]


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s