Elias Canetti – Die gerettete Zunge / La langue sauvée

La Bulgarie comme point de départ, et autres histoires de paradis perdu : livre 2/2

Es ist war, daß ich, wie der früheste Mensch, durch die Vertreibung aus dem Paradies erst entstand.

Il est vrai que, comme le tout premier homme, je suis né de l’expulsion du paradis.

Pour cette nouvelle édition des « Feuilles allemandes » organisée par Et si on bouquinait un peu ? et Livr’escapades, je savais que je voulais continuer à explorer le thème de l’allemand comme langue adoptée, plus ou moins en lien avec l’expérience de l’exil – et ce malgré tous les « vrais » auteurs allemands, autrichiens et suisses qu’ils ont rassemblé au cours des deux éditions précédentes … Voici d’ailleurs les liens vers les bilans de la deuxième édition (j’avais contribué L’ingrate venue d’ailleurs, d’Irena Brežná), et de la première édition (j’avais contribué Pigeon, vole, de Melinda Nadj Abonji).

La citation que j’ai mise en ouverture de ce billet est la dernière phrase de La langue sauvée, premier volume de l’autobiographie d’Elias Canetti : l’occasion de cette phrase est la visite que lui fait sa mère pour lui annoncer qu’il va devoir bientôt quitter Zürich, où il est si heureux, pour l’Allemagne. Cette scène se déroule il y a cent ans cette année ; Canetti a seize ans, et a déjà vécu à « Rustschuk » (ancien nom allemand de Roussé/Ruse, en Bulgarie où il est né), en Angleterre (Manchester – c’est là qu’il apprend l’anglais), en Suisse (Lausanne – c’est là qu’il apprend l’allemand), et en Autriche (Vienne – c’est là qu’il utilise son allemand). Canetti passera le reste de sa vie (1905-1994) entre ces différents pays.

Le comité Nobel, qui lui décerne le prix Nobel de littérature en 1981 « pour son œuvre littéraire caractérisée par l’ampleur des perspectives, par la richesse des idées et la puissance artistique », résume ainsi l’écrivain : « on peut dire que la langue allemande est la terre natale de Canetti, et est restée, malgré le nomadisme de sa vie, la langue dans laquelle il a écrit ses œuvres ».

En lisant ici et là autour de Canetti, j’ai été surprise de voir citer si souvent Masse et Puissance et Auto-da-fé (La Tour de Babel) comme ses œuvres majeures car, pour moi, Canetti est avant tout l’auteur de La langue sauvée. Je ne me souviens plus du tout comment il m’était arrivé entre les mains ; en tout cas, j’ai pris énormément de plaisir à le relire, tout en me demandant pourquoi justement j’appréciais tant cette lecture.

Certainement, le fait de lire un allemand si limpide a beaucoup aidé. Tout aussi certainement, l’acuité de la réflexion autour du parcours d’apprentissage de l’auteur, qui ressort de ces pages comme un garçon très éveillé et réceptif aux environnements où il se trouve, m’a paru très attrayante. Et puis, même si d’autres l’ont fait avant lui (Stefan Zweig avec Le Monde d’hier, Sándor Márai avec Les Confessions d’un bourgeois, par exemple), n’est-ce pas un privilège de pouvoir lire avec tant de recul (le livre parait en 1977) une description « vécue » d’une enfance dans l’Europe du début du XXe siècle ?

Rutschuk, an der unteren Donau, wo ich zur Welt kam, war eine wunderbare Stadt für ein Kind, und wenn ich sage, daß sie in Bulgarien liegt, gebe ich eine unzulängliche Vorstellung von ihr, denn es lebten dort Menschen der verschiedensten Herkunft, an einem Tag konnte man sieben oder acht Sprachen hören.

Roussé, sur le Bas-Danube, où je suis né, était une ville merveilleuse pour un enfant, et quand je dis qu’elle se trouve en Bulgarie, j’en donne une idée insuffisante : des gens d’origines très diverses y vivaient et, en une journée, on pouvait entendre sept ou huit langues.

* * *

« … une description d’une enfance dans l’Europe du début du XXe siècle » ? Voilà qui me ramène à ma petite série sur « La Bulgarie comme point de départ, et autres histoires de paradis perdu », dont ce livre est le deuxième volet.

C’est à Roussé qu’Elias Canetti vit ses six premières années, dans une famille commerçante séfarade dont l’histoire et la trajectoire embrassent l’Europe avant de la traverser en diagonale : expulsée (comme celle d’Abraham le poivrot) d’Espagne au temps des « Rois catholiques », invitée sur ses terres par le sultan ottoman, établie un temps à Adrianople (aujourd’hui Edirne) d’où viennent les grands-parents paternels de Canetti, installée à Roussé (qui devient bulgare en 1878), éduquée (pour la génération des parents Canetti) dans l’empire austro-hongrois – Kronstadt (aujourd’hui Braşov en Roumanie) et Vienne – , étendue professionnellement à travers l’Europe centrale et jusqu’à Manchester où vivent les oncles maternels, et dont l’avenir (du moins en ce qui concerne l’éducation d’Elias et de ses deux petits frères) se situe dans l’espace germanophone du centre de l’Europe

La première cinquantaine de pages qu’occupe Roussé dans La langue sauvée est, pour Canetti, la description de sa petite enfance, avec ses relations familiales, ses maladies, ses petites et grandes tragédies, et son exotisme (la nourrice roumaine, les récits de loups sur le Danube gelé, les Tsiganes allant de porte à porte chaque vendredi…). Mais ce souvenir de l’enfance est aussi marqué par le jugement que portent ses parents sur la ville où ils vivent dans la maison du grand-père : cette ville, qu’il faut quatre jours en bateau pour l’atteindre de Vienne, leur parait « zu eng und zu orientalisch », trop exiguë et trop orientale.

Alles was ich später erlebt habe, war in Rustschuk schon einmal geschehen. Die übrige Welt hieß dort Europa, und wenn jemand die Donau hinauf nach Wien fuhr, sagte man, er fährt nach Europa, Europa begann dort, wo das türkische Reich einmal geendet hatte.

Tout ce que j’ai vécu par la suite s’était déjà produit à Roussé. Le reste du monde s’appelait Europe, et si quelqu’un remontait le Danube jusqu’à Vienne, on disait qu’il allait en Europe ; l’Europe commençait là où l’empire turc avait pris fin.

Pour les parents Canetti, avides de musique et de théâtre viennois, le savoir et la culture, et plus généralement l’Europe, ne se trouvent pas en Bulgarie.

Saisissant la première occasion de quitter et la ville, et l’emprise du grand-père paternel, ils partent pour l’Angleterre. C’est, pour Elias l’époque de l’apprentissage de l’anglais, qui remplace petit à petit l’espagnol familial (les parents gardent l’allemand pour leurs conversations d’adultes), et surtout l’époque où lui arrive « une chose solennelle et palpitante, qui déterminera tout le reste de ma vie » :

Der Vater brachte ein Buch für mich nach Hause.

Le père apporta à la maison un livre pour moi.

Les Mille et une Nuits, les Contes de Grimm, Robinson Crusoé, Les Voyages de Gulliver, Shakespeare, Don Quichotte, Dante (« je me demande comment il était possible d’adapter Dante pour des enfants ») … la série de livres illustrés instaure les bases de la culture européenne mais reste cependant incomplète : en 1912, alors que vient d’éclater la guerre des Balkans, le père meurt soudainement.

Rien ne retient plus la mère à Manchester ; tout l’appelle à Vienne, qui reste pour elle le centre du monde. C’est là qu’elle s’installe, avec ses trois fils, en 1913. Ils y vivent les débuts de la guerre : Canetti, qui dans le parc voisin est connu comme l’un des « garçonnets anglais », découvre avec désarroi la facilité avec laquelle les gens se font happer par les discours nationalistes. Un peu plus tard, il se frotte pour la première fois à l’antisémitisme, qu’il retrouvera ensuite en Suisse.

Quittant en 1916 une ville déjà très marquée par les pénuries de la guerre, la famille s’installe à Zurich, d’abord ensemble puis, lorsque la mère tombe malade, chacun de leur côté, les petits frères à Lausanne, l’aîné à Zurich, la mère dans un sanatorium. Ce sont ces années centre-européennes qui forment la majeure partie du récit, mais Canetti note aussi qu’il ne les aurait pas vécues de la même manière sans les années, fondatrices pour son imagination, de son enfance à Roussé.

Surtout, dans le développement de Canetti, il y a les quelques mois passés à Lausanne, alors qu’il a huit ans : en route pour Vienne, sa mère a décidé d’y passer l’été et de lui enseigner l’allemand. Ces pages où Canetti, après plusieurs décennies, revient sur son apprentissage de la langue, m’étaient restées en mémoire après ma première lecture et, en les relisant, je comprends bien pourquoi. La méthode qu’applique sa mère est psychologiquement brutale et Elias, qui craint plus que tout de s’attirer le mépris de sa mère, fournit des efforts démesurés pour être à la hauteur.

« Nous avons passé trois mois à Lausanne, et je pense parfois qu’il n’y a pas eu dans ma vie d’autre période aussi importante », écrit-il avant d’ajouter que là, « sous l’influence de la mère, j’avais connu une deuxième naissance, celle-ci à la langue allemande, et que, au cours des convulsions de cette naissance, avait vu jour une passion qui m’avait lié à cette langue et à ma mère. »

Sans ces deux passions, qui, au fond, étaient une seule et même passion, le cours ultérieur de ma vie aurait été incompréhensible et dénué de sens.

Après la mort du père, la mère fait en effet de son fils son premier partenaire émotionnel et intellectuel : débute une période de lectures du soir en tête à tête, où les premiers livres anglais, et les livres de voyages d’exploration qui leur ont succédé, sont remplacés par des pièces de théâtre – « Schiller en allemand et Shakespeare en anglais ». Fanny, la bonne, finit par démissionner, exaspérée de voir ces lectures tardives, et pour elle incompréhensibles, grignoter sur le temps de sommeil d’Elias.

Pour l’enfant, ces lectures deviennent un rituel incontournable et la jalousie envers tout ce qui empêche ces lectures (surtout lorsqu’il s’agit d’hommes) est terrible.

* * *

A la publication de ce premier volume autobiographique en 1977, Canetti était déjà l’auteur de quelques pièces de théâtre, de son unique roman, et de Masse und Macht (Masse et Puissance), son grand travail d’anthropologie, tous écrits en allemand. A la lecture de La langue sauvée, ce choix de langue peut paraitre une évidence : à partir de ses huit ans, il fait toute sa scolarité et ses études universitaires en allemand, avant de s’installer à Vienne, où il abandonne la chimie pour se consacrer à l’écriture.

Mais, que cela importe pour lui ou non, Canetti est juif, et il quitte en 1938 Vienne pour Londres, où il restera jusque dans les années 1970 (ensuite, il partagera son temps entre Londres et Zurich). Cet article revient longuement sur la relation qu’entretient l’écrivain avec l’allemand, sur son choix d’écrire dans une langue qui n’était pas au départ la sienne, et qui n’est pas non plus celle du pays dans lequel il s’est installé (alors qu’il parle aussi très bien anglais) : c’est un choix personnel, un choix politique contre la volonté nazie de s’approprier la langue, et surtout un choix de l’esprit, parce que l’allemand lui semble être la langue dans laquelle il peut exprimer sa pensée de la manière la plus juste et la plus claire.

Pour l’Elias des années viennoises et suisses, ce genre de questionnement n’est pas encore à l’ordre du jour, bien que Canetti l’écrivain s’interroge sur les mécanismes de la mémoire et sur le fait que tant de ses souvenirs de Roussé et de Manchester lui soient restés avec des mots allemands, alors qu’il ne parlait pas encore la langue. Pour l’adolescent, l’anglais reste important, notamment avec Dickens, qu’il lit avec ferveur. Mais c’est sinon en allemand (un allemand « pur » et préservé du dialecte zurichois) que se déroule son apprentissage intellectuel. D’abord, avec les livres : il adore Dickens, déteste Walter Scott, débat de Wedekind avec ses amis, méprise Gottfried Keller qu’il voit seulement comme une célébrité locale ; sa mère découvre Strindberg avec passion (et l’interdit à son fils), étudie Barbusse, rejette Zweig dont elle a lu le Jérémie qui vient de paraitre (« Il parle pour ne rien dire ! On voit bien qu’il n’a rien vécu lui-même », dit-elle). Ensuite, il y a l’école : il y découvre les Grecs anciens, réfléchit sur leurs combats pour leur liberté au même moment qu’il étudie la longue histoire d’indépendance et de démocratie de la Suisse et en voit le contraste avec le régime impérial de l’Autriche-Hongrie. Encore habité par le souvenir de son long séjour heureux en Angleterre, et par son dédain envers les chants patriotiques qu’il devait chanter au début de chaque début de classe à Vienne, il tire la conclusion qu’il préfère être pacifiste. Il suit en cela l’exemple de sa mère, qui lui montre aussi, un jour, Lénine au café. Il n’en saisit pas encore l’importance.

Ainsi, bon élève, agréablement logé dans un pensionnat pour filles où il est libre de ses mouvements, peu inquiété par ses frères installés dans une autre ville, relié à sa mère par de fréquents envois de lettres, et surtout plongé dans ses découvertes culturelles, il est heureux.

L’arrivée de sa mère, en mai 1921, les reproches méprisants qu’elle lui fait sur son amour des idées, et sa décision de l’envoyer terminer ses études dans une Allemagne qui vient de perdre la guerre, sont pour Canetti une claque énorme qui brise toutes ses illusions. C’est ainsi, avec cette expulsion inattendue du paradis suisse, que se termine ce premier volume de son autobiographie.

Il est suivi par Le Flambeau dans l’oreille – Histoire d’une vie (1980), qui couvre la période 1921-1931, de Jeux de regards – Histoire d’une vie 1931-1937, (1985), et de Les Années anglaises, publié en 2003, bien après son décès en 1994. Les éditions Albin Michel ont publié en français les quatre tomes de son autobiographie (traduits par Bernard Kreiss, Michel Demet et Walter Weideli) ainsi que la grande majorité de ses autres œuvres (les citations en français sont mes traductions).


21 commentaires on “Elias Canetti – Die gerettete Zunge / La langue sauvée”

  1. MarinaSofia dit :

    Un de mes livres préférés, comme enfant avec plusieurs langues…

    • En effet. Il va falloir commencer à penser à écrire tes mémoires! Je regrette juste qu’il ne parle pas un peu plus du ladino, de sa place dans sa vie et celle de sa famille. Cela me fait penser que je devrais aussi lire sa correspondance avec son frère.

  2. courriol dit :

    TRès instructif et fort bien résumé ! Brovo !

  3. keisha41 dit :

    Ah Canetti! je devrai bien relire La langue sauvée, lu au siècle dernier, jamais oublié. J’avais aussi démarré Masse et puissance… Merci de la piqure de rappel!

    • Masse et puissance, ça doit être une lecture d’un autre ordre? Pour moi, ce sera d’abord le reste de son autobiographie, sa correspondance, son livre sur Marrakech… et Masse et puissance ensuite (tout un programme).

  4. j’ai tellement aimé ce livre, les souvenirs d’enfance qui m’ont totalement enchanté, je les avais lu mais lorsque ma fille qui faisait des études d’allemand m’a sollicité pour vérifier sa traduction du texte de Canetti, j’ai replongé et je l’ai relu et plus apprécié encore
    Par contre les suivants m’ont moins plu mais bon c’est subjectif

    • Ca ne me surprend pas, j’imagine qu’il y a une certaine féerie et une insouciance dans cette enfance (malgré les leçons d’allemand et les prétendants barbus) qui doit être absente de sa vie ultérieure. Mais les volumes suivants sont probablement des documents intéressants sur son époque?

  5. J’aime cette notion de la langue comme outil politique. Le cheminement de Canetti vers l’appropriation de « la langue de l’ennemi » qu’il fait progressivement, et profondément, sienne est fascinant. Je note cette autobiographie.
    Merci pour la participation.

    • Oui, et ça n’est pas vrai que pour l’allemand, par exemple avec la dimension (anti)coloniale du français et de l’anglais dans d’autres parties du monde.
      Pour Canetti, je précise que son apprentissage de l’allemand (1916) prédate de beaucoup la notion d’ « ennemi/Hitler ». Pour lui, c’est d’abord la langue de ses parents, et à travers eux la langue de la culture. Il faudra que je lise les volumes suivants pour voir ce qu’il dit de l’évolution de son approche à l’allemand!

  6. Nathalie dit :

    Pfiou quel billet ! Très beau.
    J’ai beaucoup entendu parler de l’auteur mais sans jamais l’avoir lu bien sûr. Merci pour cette belle piqûre de rappel.
    Ce que tu dis sur la langue allemande me fait penser à Kertész. Il écrivait en hongrois mais vivait de ses traductions de l’allemand, un choix remarquable vu sa biographie.

    • Cette question de la langue après l’Holocauste est récurrente dans l’espace germanophone, n’est ce pas? Je pense à Paul Celan, par exemple. Je crois que c’est George Steiner qui parlait du « paradoxe brutal » d’une même culture qui a donné naissance à Beethoven, Rilke, Schubert, et au nazisme et aux camps.

  7. Lu à plusieurs reprises, la dernière fois quand nous sommes allées en Bulgarie, mais il faudrait que je le relise. Il ne me déçoit jamais. Malheureusement mon allemand du lycée est si rouillé que je le lis en traduction.

  8. […] Elias Canetti – Die gerettete Zunge / La langue sauvée → […]

  9. Vincent dit :

    Juste lu le classique « Auto-da-fé ». Mais, son autobiographie viendra un de ces jours.

  10. Emma dit :

    Je n’ai jamais lu Canetti mais ce premier tome de sa biographie a l’air passionnant, comme l’époque à laquelle il se situe.

    C’est une question très mystérieuse, ces écrivains qui n’écrivent pas dans leur langue maternelle et choisissent une autre langue pour s’exprimer.

    • Surtout pour un écrivain d’une famille juive et qui a dû quitter l’Autriche dans les années 1930. Ce serait intéressant de comparer le raisonnement avec celui d’un autre type d’écrivains, ceux par exemple d’Afrique qui utilisent l’anglais ou le français plutôt que la (ou les) langue(s) de leur maison ou ethnie.

  11. […] fois, un mois dédié à la littérature en langue allemande. J’y ai contribué une relecture de La langue sauvée, d’Elias Canetti : un superbe souvenir d’une enfance européenne, multilingue et […]


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