2021 : le mot de la fin d’année

Dans mon dernier billet, j’ai fait le récapitulatif de mes chroniques des nouvelles publications de cette année : il y en avait quatorze (du tchèque, du roumain, du serbe, du hongrois, du croate, du slovène, de l’anglais, du polonais, du bulgare), issues de mes neuf articles sur les nouvelles publications de l’année.

Mais WordPress me dit que cet article sera le 81: alors, de quoi d’autre cette année de lectures et de chroniques a-t-elle été faite ?

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Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année

Cette année est probablement celle où j’aurai chroniqué le plus de nouvelles traductions – ou rééditions – de livres en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans.

Je n’oublie pas les livres plus anciens ni les explorations dans les fonds inépuisables et pleins de surprises de ma bibliothèque préférée (à Budapest, l’Országos Idegennyelvű Könyvtár, la Bibliothèque Nationale des langues étrangères), cependant c’est agréable de pouvoir aller plus loin, dans la présentation de ces nouvelles publications, que les très brefs résumés que je fais dans mes récapitulatifs mensuels des nouvelles publications.

On s’approche à grands pas de la fin de l’année, c’est l’occasion idéale pour revenir sur ces nouveautés qui ont peut-être déjà été oubliées ou perdues parmi tous les livres publiés au cours de cette année bizarre.

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En direct de Budapest…

Je vous souhaite un joyeux Noël, dans l’idéal rempli de livres et de lectures !

De jour, la librairie Írók boltja ne désemplit pas en cette période de Noël. Budapest, décembre 2021.

Après l’URSS – retour en livres sur 15 * 30 années d’indépendances (2)

Comme je l’évoquais hier dans mon billet de présentation, voici un voyage par les livres dans l’espace de l’ex-URSS.  Pour chaque pays, une ligne de présentation, et deux ou trois livres que j’ai lus (le lien vers ma chronique est dans le titre du livre), que je vais bientôt lire (j’ajouterai le lien), que j’aimerais lire (je mets le lien vers l’éditeur), ou que j’aimerais lire mais qui sont vraiment difficiles d’accès (pas de lien). S’il y un petit accent récurrent sur le contexte historique qu’aborde une bonne partie de ces livres, c’est davantage représentatif de mon intérêt personnel ainsi que de certains choix du marché de la traduction, que d’une obsession des auteurs et autrices de ces pays pour l’histoire avec un grand H.

C’est parti ?

Lituanie

Annexée par l’URSS en 1940 (comme la Lettonie et l’Estonie), la Lituanie est la première des républiques socialistes à déclarer son indépendance de l’URSS, le 11 mars 1990.

>>> Vilnius Poker, de Ričardas Gavelis : « violente ode à la liberté[, s]a publication fit l’effet d’une bombe et fut la catharsis de tout un peuple étouffé par les non-dits de l’occupation soviétique » (Monsieur Toussaint Louverture).

>>> Haïkus de Sibérie, de Jurga Vilé (illustrations : Lina Itagaki), « un roman graphique mêlant narration, collages et haïkus » pour raconter par la voix d’un enfant la Lituanie et la déportation en Sibérie durant la Seconde Guerre mondiale (Editions Sarbacane).

>>> La saga de Youza, de Youozas Baltouchis, le XXè siècle lituanien raconté depuis le pas de porte d’un quasi-ermite vivant au rythme de la nature.


Géorgie

Après ce premier pays balte, c’est dans le Caucase qu’est déclarée la deuxième indépendance, celle de la Géorgie, le 9 avril 1991.

>>> Le malheur, de David Kldiachvili. La Géorgie devient une république socialiste soviétique dès 1921, et est incorporée dans l’URSS l’année suivante. Cette courte pièce de théâtre évoque la vie rurale du début du XXe siècle. J’ai prolongé ma chronique d’une promenade culturelle dans le début du XXe siècle géorgien.

>>> Ténèbres sacrées, de Levan Berdzenichvili, « sans doute le seul livre sur le Goulag qu’il est impossible de lire sans éclater de rire », disent les éditions Noir sur Blanc qui publient le livre le 10 février 2022.

>>> The Pear Field, de Nana Ekvtimishvili. Tbilissi, années 1990, des enfants d’un orphelinat se battent pour vivre. A paraitre en français chez Noir sur Blanc en 2023.


Estonie

A l’été 1991, alors qu’en Crimée et à Moscou se déroule le coup d’état contre Gorbatchev, les mouvements vers l’indépendance s’accélèrent. Le 20 août 1991, l’Estonie déclare à son tour son indépendance. Elle conserve une importante minorité russe.

>>> Le fou du Tzar, de Jaan Kross. Un beau roman historique qui fait revivre une province d’Estonie au XIXe siècle, lorsqu’elle faisait – déjà – partie de l’empire russe.

>>> La beauté de l’histoire, de Viivi Luik. « Aux marges de l’Union soviétique des années 60, dans les pays Baltes, une jeune femme choisit de rester derrière le rideau qui cache les terres promises. » (extrait d’une belle recension dans Le Temps).

>>> Le voyage de Hanumân, d’Andreï Ivanov. L’écrivain russophone s’est inspiré de sa propre expérience pour « raconte[r] l’exil de deux paumés [l’Estonien Johann et l’Indien Hanumân] au Danemark, et leur vie quotidienne dans un camp de réfugiés » (Le Tripode).


Lettonie

Le 21 août 1991, la Lettonie adopte la loi constitutionnelle ré-établissant de facto sa souveraineté, un an et demi après le vote du Conseil Suprême d’Estonie, le 4 mai 1990, pour le rétablissement de l’indépendance.

>>> A l’ombre de la Butte-aux-Coqs, d’Osvalds Zebris : Riga, début du XXe siècle. Rūdolfs, un homme déchiré quant à son rôle dans la petite et la grande Histoire.

>>> Petit déjeuner à minuit est la chronique – tragique, absurde, grotesque – de la déportation en URSS de l’auteur Valentīns Jākobsons, de 1941 à 1955. Editions du Cygne.

>>> Metal, de Jānis Joņevs : « Dans une Lettonie en transition après l’effondrement de l’Union soviétique, une jeunesse aventureuse s’enflamme pour la culture alternative et le rock metal » (Gaïa).


Ukraine

Le 24 août 1991, la Rada – le Conseil suprême d’Ukraine – déclare à son tour l’indépendance, plus d’un an après avoir déclaré sa souveraineté. Le 1 décembre 1991, la population ukrainienne le confirme avec un référendum : 92,3% des participants se prononcent pour l’indépendance du pays.

>>> Explorations sur le terrain du sexe ukrainien, d’Oksana Zaboujko : « La relation passionnelle que partagent un peintre ukrainien et la narratrice constitue une métaphore de l’Ukraine du XXIe siècle » dans ce roman traduit de l’ukrainien chez Intervalles.

>>> Le pingouin, d’Andreï Kourkov. Premier roman de cet auteur russophone, ce « tableau impitoyable de l’ex-Union soviétique » est aussi le premier d’une longue série à être traduit en français (Liana Levi).

 >>> Pour une nouvelle génération d’écrivains, c’est la guerre de cette dernière décennie avec la Russie qui fournit le matériau de leur œuvre. C’est le cas pour deux autrices qui ne sont pas traduites en français : Haska Shyyan, que j’avais présentée lorsqu’elle avait reçu avec За спиною (« Derrière le dos ») le prix de littérature de l’Union européenne, pour l’Ukraine en 2019 ; et l’historienne Olesya Khromeychuk dont A Loss. The Story of a Dead Soldier Told by his Sister (Columbia University Press) reprend les formes de l’essai et de l’autobiographie pour évoquer les dimensions personnelles et féminines d’un conflit qui s’éternise.


Biélorussie

20 août, 21 août, 24 août… puis 25 août 1991 : ce jour-là, c’est au tour de la Biélorussie de s’ajouter à la liste des pays ayant déclaré leur indépendance.

>>> Svetlana Alexievitch, Sacha Filipenko, Alhierd Baharevič, Artur Klinau, Pavel Priajko, Hanna Krasnapiorka… j’avais consacré tout un article l’année dernière à une promenade dans la littérature (en russe et en biélorussien) traduite en français. Le plus simple est d’aller y jeter un coup d’œil : c’est sur ce lien.


Moldavie

Deux jours après la Biélorussie, la Moldavie : nouvelle déclaration d’indépendance (le 27 août 1991), pour un nouveau cas particulier de trajectoire pré- et post-URSS. Conglomérat de deux provinces ballotées aux XIXe et XXe siècles entre la Roumanie, l’empire russe et la république socialiste soviétique d’Ukraine, la république socialiste soviétique moldave est formée en 1940. Lorsqu’elle déclare son indépendance en 1991, la nouvelle république de Moldavie est déjà en train de perdre le contrôle de la province de Transnistrie, un état qui n’a jamais été reconnu par la communauté internationale.

>>> Le jardin de verre, de Tatiana Ţîbuleac : d’expression roumaine, l’auteure revient dans ce roman sur la vie d’une petite orpheline de Chişinău, la capitale, dans les années 1980 et 1990. En arrière-plan, la question des langues, l’héroïne grandissant entre moldave et russe, alphabet cyrillique et alphabet latin.

>>> Des mille et une façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov. Ce roman loufoque, traduit du russe, met en scène une poignée de personnages prêts à tout pour accéder enfin à une vie prospère, loin de la terre pauvre et boueuse, du chômage et de la corruption de leur pays.


Azerbaïdjan

Le 30 août 1991, l’Azerbaïdjan déclare son indépendance, renouant avec l’expérience républicaine de 1918, interrompue par l’arrivée des troupes soviétiques en 1920. De part et d’autre de cette déclaration de 1991, les tensions ethniques entre Azerbaïdjanais et Arméniens flambent déjà.

>>> Leyli et Medjnun (1908), de Uzeir Hadjibeyov, « retrace l’histoire d’un amour tragique entre deux jeunes gens, sorte de Roméo et Juliette du monde oriental » inspiré d’un poème du même nom du XVIe siècle. Publié aux éditions L’Espace d’un instant dans un volume qui comprend également Köroghlu, opéra inspiré d’une légende épique du XVIe siècle.

>>> Ali et Nino, de Kurban Said, est parfois présenté comme « le » roman de l’Azerbaïdjan, parfois aussi comme « le » roman du Caucase, et plus généralement comme la version régionale de Roméo et Juliette à l’époque de la première indépendance. L’auteur et le livre (Libretto) ont tous deux une histoire curieuse : deux billets à venir à leur sujet.

>>> Jours Caucasiens, de Banine. Publié à Paris en 1945, ce roman revient sur l’enfance dorée de l’auteure à Bakou, de 1905 à son départ définitif de l’Azerbaïdjan vingt ans plus tard.


Kirghizstan

Dernière république socialiste soviétique à déclarer sa souveraineté, en novembre 1991, le Kirghizstan est avec l’Ouzbékistan la première des républiques d’Asie centrale à déclarer son indépendance, le 31 août 1991.

>>> Je n’évoque ici que le dernier des livres de l’écrivain emblématique du Kirghizstan soviétique, Tchinguiz Aïtmatov : Le léopard des neiges – « Les destins croisés d’un léopard des neiges banni de son clan et d’un journaliste indépendant qui ne se reconnaît pas dans la nouvelle vie, dominée par le marché et les oligarques » (Le temps des cerises).


Ouzbékistan

Depuis la déclaration d’indépendance du 31 août 1991, le 1 septembre est célébré comme fête de l’indépendance. Après le décès en 2016 de son dernier dirigeant soviétique et premier dirigeant post-soviétique, Islam Karimov, le pays s’ouvre au monde et joue notamment sur un héritage culturel impressionnant. Une illustration : le tout nouvel aéroport de Samarcande, en forme de…

>>> L’écrivain Hamid Ismaïlov est expulsé d’Ouzbékistan peu après la déclaration d’indépendance du pays. En français, ses Contes du chemin de fer sont traduits du russe (Sabine Wespieser Editeur) ; en anglais, son merveilleux roman The Devil’s Dance est traduit de l’ouzbek (Tilted Axis Press). Dans les deux cas : billets à venir.

La revue Jentayu me signale également que l’on retrouve deux textes de Hamid Ismaïlov dans la revue : dans le numéro 5 (un extrait de son roman ‘Manaschi’, accompagné d’un entretien) et dans le numéro 9 (un extrait de son roman ‘The Devil’s Dance’, là encore avec un entretien).

>>> La revue Jentayu – Nouvelles Voix d’Asie a publié en français un entretien avec l’auteure Vika Osadtchenko sur les littératures de langue ouzbèke et de langue russe en Ouzbékistan, et un autre entretien avec l’auteur d’expression russe Yevguéni Abdoullaïev sur Tachkent et la littérature d’Ouzbékistan (ces entretiens en accès libre sur le site s’accompagnent aussi de textes de ces deux auteurs, traduits en français et disponibles dans les pages de la revue papier ou ebook).


Tadjikistan

Le Tadjikistan est peut-être le pays qui me force le plus à reconnaitre que c’est une erreur de vouloir répliquer partout la formule « un pays – une (ou deux) langues – une ou deux œuvres de fiction ». Par ailleurs, que sais-je du pays ? Pas grand-chose. Une situation géographique qui le rapproche autant des frontières de l’Afghanistan et du Xinjiang chinois que de l’Ouzbékistan et du Kirghizstan ; le partage entre ces deux derniers pays et le Tadjikistan d’un territoire – la vallée de Ferghana – contesté et à forte minorité ouzbèke dans la partie tadjike ; un territoire montagneux et pourtant lieu de passage multiséculaire ; une langue indo-iranienne qui la distingue de ses voisins turcophones ; un pays à l’islamisme enraciné mais sous contrôle du régime autoritaire…  un pays, d’ailleurs, qui proclame son indépendance de l’URSS le 9 septembre 1991.

>>> Parmi les quelques noms que l’on retrouve par-ci par-là, celui de Sadriddin Aini, né bien avant l’émergence du Tadjikistan comme état (soviétique ou autre), ou d’ailleurs de l’Ouzbékistan (il nait en 1878 sur le territoire de l’actuel Ouzbékistan). Cet article en anglais le replace dans son contexte : recevant une éducation musulmane traditionnelle dans l’alphabet arabo-persan, il se tourne d’abord vers la poésie puis, ayant rejoint très tôt le mouvement révolutionnaire, il finit par s’inscrire dans le courant du réalisme socialiste. Jusqu’à son décès en 1954, il est l’une des principales personnalités de la vie culturelle et scientifique du Tadjikistan au sein de l’URSS. Par ses publications, il promeut un développement tadjike de la littérature (qui passe par ailleurs par plusieurs alphabets successifs – arabe, puis latin à partir de 1928, puis cyrillique à partir de 1940 ; après la chute de l’URSS, le Tadjikistan réintroduit l’alphabet arabo-persan). De Sadriddin Aini, il existe deux livres en français : Boukhara (texte autobiographique sur la période des émirs de Boukhara, publié par Gallimard en 1956 – c’est le deuxième volume de la collection « Littérature soviétique » dirigée par Aragon), et La mort de l’usurier, un recueil de nouvelles publié l’année suivante par Les Editeurs Réunis (une maison appartenant au PCF).

>>> Plus récent, et plus facile d’accès, Zahhâk, le roi serpent, de Vladimir Medvedev : « Tadjikistan, années 1990. Au lendemain de l’effondrement de l’URSS, la guerre civile plonge le pays dans le chaos (…) Sept narrateurs prennent tour à tour la parole. Tous sont forcés de remettre en question leur univers dans cette période de bouleversements » (Editions Noir sur Blanc).


Arménie

Le 23 septembre 1991, c’est au tour du Conseil suprême de la RSS d’Arménie de déclarer l’indépendance du pays, deux jours après un référendum sur l’indépendance et un peu plus d’un an après une déclaration du parlement allant dans le même sens. Voici trois livres très différents pour un pays, un peuple et une histoire aux multiples facettes.

>>> L’Enchaîné (1918), de Levon Shant, un « jeu théâtral du Moyen Age arménien » avec en son centre la ville fortifiée d’Ani ; une traduction de l’arménien publiée aux éditions L’Espace d’un instant.

>>> Et du ciel tombèrent trois pommes, de Narinai Abgaryan, auteure d’origine arménienne et traduite du russe. « Le point de départ de ce roman sincère et délicat est un village situé au sommet des montagnes arméniennes », mais le roman semble difficile à trouver en français, et n’apparait plus au catalogue de la maison d’édition Macha qui l’a publié en 2016.

>>> Le livre des chuchotements, de Varujan Vosganian : un auteur contemporain dont la famille s’est établie en Roumanie après le génocide arménien. Traduit du roumain, ce roman fourmillant fait s’entrecroiser l’histoire des Arméniens et celle de la Roumanie au XXe siècle.


Turkménistan

Le Turkménistan est parmi les derniers à déclarer son indépendance, le 27 octobre 1991, après une série d’étapes similaires à celle de l’Arménie. Il est aussi l’illustration par excellence de la nécessité de dissocier chute de l’URSS, indépendance et démocratisation : le Turkménistan est l’un des pays les plus fermés au monde malgré un degré d’assouplissement au cours des quinze dernières années. Comment faire vivre une littérature dans un pays où la liberté de penser est sévèrement réprimée ?

>>> L’écrivain et opposant Ak Welsapar fournit un élément de réponse par sa trajectoire personnelle d’exil : en Russie dès 1993, puis en Suède depuis 1994. La revue Jentayu – Nouvelles Voix d’Asie lui a consacré un entretien en français (en accès libre sur le site, et accompagné d’un texte de l’auteur, traduit en français et disponible dans les pages de la revue papier ou ebook). Il écrit en turkmène, en russe et en suédois ; et trois de ses livres sont traduits en anglais, par exemple The Tale of Aypi, qui retrace l’histoire d’un groupe de pêcheurs menacé de perdre leur village ancestral sur les bords de la mer Caspienne (Glagoslav Publications).


Kazakhstan

Un pays immense. Une population ethniquement très variée et dominée par une importante minorité russophone. La quatrième puissance nucléaire de l’URSS. Le Kazakhstan est, 1990-1991, la république socialiste soviétique dont les dirigeants voient avec le moins d’enthousiasme la dislocation de l’URSS, et est la dernière à adopter une déclaration d’indépendance, le 16 décembre 1991. Son dirigeant d’alors devient le premier dirigeant du Kazakhstan indépendant. Quelques jours après cette déclaration d’indépendance, le Kazakhstan reçoit dans sa capitale les dirigeants des républiques slaves et d’Asie centrale. Ils y adoptent la déclaration d’Alma-Ata, élargissant à huit nouveaux états de l’ex-URSS les accords de Belovej (ou Minsk) mettant fin à l’existence de l’URSS comme sujet du droit international, et lui donnant une sorte de successeur, la Communauté des Etats Indépendants.

>>> En fouillant dans la collection « Littératures soviétiques » que j’ai mentionnée pour le Tadjikistan, j’ai trouvé deux autres titres traduits ou adaptés du kazakh (avec l’aide du russe) : La jeunesse d’Abaï, de Moukhtar Aouezov (« Il y a cent ans, en pleine Asie Centrale, la vie nomade des Kazakhs, dans la société de clans où règne encore la polygamie. Un enfant qui sera un grand poète, dans le milieu féroce des siens, s’éveille à l’amour, aux sentiments humains… », Gallimard) et Les cendres de l’été, d’Abdéjamil Nourpéissov (premier volume d’une « trilogie qui peint la vie des peuples des bords de la mer d’Aral de 1914 à la guerre civile », Gallimard).

>>> Le péché de Cholpane, de Magzhan Zhumabayev (1893 – 1938), une nouvelle sur la vie et la relation à la maternité d’une jeune femme nouvellement mariée, est accessible en français dans son intégralité sur le site des éditions Kapaz.


… et la Russie ?

Des quinze nouveaux Etats de l’ex-URSS, il ne me reste plus qu’à aborder le plus central, et le plus difficile. Comment séparer la Russie de l’URSS ? C’était – avec la question de la nature de l’URSS – l’enjeu majeur du conflit qui oppose Gorbatchev et Eltsine, surtout à partir de lélection de ce dernier, par le parlement de la RSS russe, au poste de président de la République de Russie, en mai 1990 – une légitimité électorale que n’a pas Gorbatchev et qui sera un argument de poids pour Eltsine au cours des mois suivants.

Et que dire de sa littérature ? Avant, durant et après l’URSS, c’est certainement celle qui est la plus connue et la mieux traduite en français. Est-ce que ça a du sens d’en faire un florilège en trois livres ? En dix livres ?

A priori non, mais je me lance quand même : d’Andreï Platonov, Tchevengour, roman – dès son écriture en 1929 – des revers sombres de « l’utopie » communiste (Robert Laffont) ; de Vassili Choukchine (1929-1974), un auteur présenté « comme le plus important des dereventchikis, ces écrivains russes qui donnent du terroir une vision forte, parfois empreinte de fantastique », Post-Scriptum et autres nouvelles (L’Instant Même) ; de Viktor Pélévine, Homo Zapiens (Génération « P »), un roman psychédélique et quasi-contemporain sur la Russie des années 1990 (Seuil).


Pour terminer…

Une URSS, 15 Etats nouvellement indépendants… et une explosion de territoires qui réclament à leur tour l’autonomie, l’indépendance, la souveraineté, un statut spécial…

Je n’en cite qu’un, l’Abkhazie, nichée entre la Géorgie, la Russie et la mer Noire, et je le cite seulement pour pouvoir parler de ce regard curieux, irrévérent, ironique sur l’Abkhazie d’avant et pendant l’URSS, que porte un auteur d’expression russe sur sa région d’origine : il s’agit de Sandro de Tchéguem, de Fazil Iskander.

C’est ma dernière mention pour aujourd’hui du fait qu’il s’agit là encore d’un billet à venir !

Je mets fin ici à ce long périple dans une région immense et diverse à tant de titres.

Dites-moi s’il vous a donné des idées ou rappelé des souvenirs !


Après l’URSS – retour en livres sur 15 * 30 années d’indépendances (1)

Chers compatriotes, concitoyens. En raison de la situation qui s’est créée avec la formation de la Communauté des États indépendants, je mets fin à mes fonctions de président de l’URSS…

Le 25 décembre 1991, à 19 heures à Moscou, Gorbatchev prononçait à la télévision le discours dans lequel il annonçait quitter sa fonction de président de l’URSS. Cette ultime séquence de son long bras de fer avec les soviétiques conservateurs pour préserver les dynamiques de la perestroïka, puis de son bras de fer avec Boris Eltsine pour préserver l’intégrité de l’Union face à l’éclatement que représentait déjà la création de la Communauté des Etats indépendants, dure une petite dizaine de minutes. Le lendemain, le drapeau rouge était abaissé du sommet de Kremlin pour être remplacé par le drapeau tricolore de 1917.

Que Gorbatchev allait devoir démissionner en cette fin d’année 1991 était quasiment certain. Mais quand ? Dans le dernier chapitre de son livre The Last Empire – the final days of the Soviet Union, l’historien Serhii Plokhy décrit quasiment au jour le jour, parfois heure par heure, les dures tractations entre Gorbatchev et Eltsine pour le transfert du pouvoir, l’impatience de Eltsine pour avancer ce transfert d’abord prévu pour la toute fin de décembre, le discours que préparent les conseillers de Gorbatchev pour le 23 décembre et qui est repoussé au 25 au soir, l’accord entre les deux dirigeants selon lequel Gorbatchev quitterait ses bureaux du Kremlin le 29, deux jours avant le retrait du drapeau soviétique le 31 décembre. Plokhy décrit aussi la fureur de Eltsine lorsqu’il s’aperçoit que Gorbatchev ne le cite pas dans son discours, et qui ordonne que le drapeau soviétique soit immédiatement abaissé. Il décrit, enfin, les discussions au sein de l’administration américaine, en cette journée du 25 où « l’Ouest » fête Noël, sur la réponse à donner à cette démission attendue et dorénavant confirmée. Un premier projet d’allocution télévisée devait souligner la coopération égale des deux géants pour mettre fin à la guerre froide. L’allocation télévisée que prononcera finalement George H.W. Bush, au soir du 25 décembre heure de Washington, présente le discours de Gorbatchev aux auditeurs américains comme la « victoire » unilatérale des Etats-Unis sur l’URSS dans la guerre qui a soufflé le chaud et le froid sur la planète pendant toute l’après-guerre.

Le coup d’état raté d’août 1991, et le conflit entre Eltsine et Gorbatchev, font partie de mes tous premiers, et vraiment très nébuleux, souvenirs des informations retransmises par les journaux télévisés, et je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé ensuite (et certainement aucun souvenir du 25 décembre 1991).

Sur Passage à l’Est !, la majorité des pays dont je parle habituellement n’a pas fait partie de l’URSS, mais son existence a déterminé leur trajectoire d’après-guerre, jusqu’à (et après) la chute du mur et le processus de « transition » « démocratique » qui s’est ensuivi.

Je voulais marquer l’occasion en proposant un tour d’horizon de la littérature des anciens états de l’URSS. Ce sera demain, 22 décembre, 99e anniversaire de la signature du traité constituant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques et 30e anniversaire de la déclaration d’Alma-Ata, par laquelle 11 présidents des 15 Etats de l’(ex-)URSS reprennent l’accord tripartite de Belovej/Minsk et dissolvent ce même traité de 1922.

>>> le tour d’horizon est en ligne ! C’est sur ce lien.

Curieusement, l’anniversaire de la dissolution de l’URSS (quelle que soit la date choisie pour marquer cet événement – il y en a plusieurs) ne coïncide pas avec les anniversaires d’indépendance des anciens états membres de l’URSS : le 16 décembre, le Kazakhstan avait été la dernière république socialiste soviétique à déclarer son indépendance, 19 mois après la première déclaration, celle de la Lituanie. C’est dans l’ordre de la proclamation de leur indépendance que je les présenterai, tout en sachant qu’il n’est pas possible de réduire à une poignée de dates la complexité des développements politiques et juridiques qui ont mené à la fin de l’URSS comme acteur de la sphère internationale, ni la catastrophe sociale, économique et ethnique rencontrée par la majorité des nouveaux pays indépendants.

Et vous, quels sont vos souvenirs liés à la dissolution de l’URSS ? Quels bons ouvrages en français sur les dernières années de l’URSS me conseillez-vous ? Et quelles sont vos suggestions de littérature de l’URSS, et des pays qui ont (ré-)établi leur indépendance après 1991 ?


Désobéissantes, « portraits de femmes qui ont brillé », en Roumanie et au-delà

Quand j’ai feuilleté pour la première fois ces Désobéissantes après l’avoir reçu de Belleville éditions il y a quelques semaines, c’est d’abord la sélection des profils rassemblés que j’ai regardée. Ce livre propose en effet, sur environ 170 pages illustrées, environ 80 portraits, individuels ou collectifs, dont le point commun – hormis d’être celui de femmes – est que ce sont ceux de femmes « libres, indociles et indépendantes ».

D’autres parleraient d’héroïnes, d’insoumises ou de précurseuses (le site 1001 héroïnes les rapproche aussi des Culottées de Pénélope Bagieu) ; les cinq autrices roumaines, connues pour leur travail dans la littérature jeunesse et regroupées en un collectif féministe, ont préféré le mot Nesupusele, traduit ici par Désobéissantes.

Ce sont donc environ 80 portraits, sous la forme d’histoires « imaginées à partir de faits réels documentés ». Qui sont ces femmes ? La plupart porte des noms qui ne nous diront pas grand-chose, et qui ne parleront peut-être pas non plus à la grande majorité de la population roumaine si elle venait à avoir le livre entre les mains. C’est justement le point de départ du livre et de la réflexion des autrices autour de ce qui fait la réussite et la célébrité au fil du temps.

Laura Colţofean-Arizancu, Virginia Andreescu-Haret, Cristina Liberis, ou encore Calypso C. Botez, pour ne citer au hasard que quatre parmi elles : la première, née en 1989, est archéologue ; la seconde (1894-1962) a été la première femme de Roumanie à être diplômée en architecture ; la troisième (née en 1968) a longtemps été correspondante spéciale en zone de conflit pour la télévision roumaine ; et la quatrième (1880-1933) était professeur de philosophie, conseillère municipale, écrivaine et militante pour les droits des femmes. Pour chacune, les autrices de Désobéissantes proposent un très court texte qui pose un ton et une atmosphère, et qui met en lumière une facette de leur personnalité, de leurs réalisations, de leurs vies, ou encore des traces qu’elles ont laissées.

Certaines de ces femmes portent des noms qu’on retrouve dans l’histoire ou la littérature : Cantacuzino, Brătianu, Brâncoveanu… , mais seulement parce que leurs pères, frères, maris ou fils ont été des princes, « des Premiers ministres, des ministres, des chefs de parti, des maires. » Cette petite liste est tirée du paragraphe biographique qui clôt « Ceux qui restent », l’histoire d’un fragment de la vie de Sabina Cantacuzino (1863-1944), « militante dans le domaine de la santé, des arts et de l’éducation. » Devenue Cantacuzino par mariage, elle venait de la famille Brătianu ; la page suivante est justement intitulée « Les blouses d’Elisa » et évoque la vie d’Elisa Brătianu (1870-1957), femme fort investie dans la vie des arts populaires. Elle était née Ştirbey, et même si je ne l’ai pas trouvé en relisant le livre, je ne serais pas surprise qu’on retrouve ce nom autre part dans ce livre.

Désobéissantes n’est cependant pas un extrait du bottin mondain roumain : on retrouve aussi des portraits collectifs portant seulement le nom d’un groupe de femmes sinon anonymes : « les sage-femmes », « les migrantes » (« les mères qui partent travailler dans d’autres pays »), « les gustistes » (« un groupe de jeunes femmes membres de l’Ecole de Sociologie de Bucarest, …. reconnu[e] internationalement dans la période d’entre-guerre pour ses résultats obtenus suite à des études de la vie de village et de la culture populaire roumaine »), ou encore « les femmes au foyer » (un extrait du texte : « Nous, nous croyions que l’Histoire se faisait seulement par des batailles, mais la prof s’est mise à nous expliquer que les guerres n’ont pu avoir lieu que parce que, depuis que le monde est monde, les femmes ont fait et élevé les enfants, ont cuisiné, lavé, repassé, balayé, passé l’aspirateur, fait la poussière, arrosé les fleurs, cousu les chaussettes trouées et fait des bocaux de cornichons l’automne »).

Voici aussi l’illustration de « 2 heures et 3 minutes », texte de Laura Grünberg sur Simona Halep, illustré par Maria Surducan (détail)

Parmi tous les noms, certains auront certainement franchi la barrière du temps, de la géographie et du genre : Nadia Comăneci la gymnaste est là, de même que Herta Müller l’écrivaine ; les mélomanes reconnaitront peut-être Clara Haskil la pianiste, et en profiteront pour découvrir l’artiste de musique populaire Maria Tănase (je ne résiste pas au plaisir de mettre une illustration musicale). Pour ma part, j’ai aussi retrouvé avec plaisir Hortensia Papadat-Bengescu (auteure, entre autres, de Le Concert de Bach, publié en 1927 et que j’ai chroniqué ici), et la poète Ana Blandiana, ainsi que l’écrivaine Ana Novac qui aura toute sa place dans les prochaines lectures communes autour de l’Holocauste. Autre dimension que j’ai appréciée, dans une région où les frontières et l’existence de différents groupes ethniques est encore un sujet qui peut fâcher, a été la diversité ethnique des portraits proposés, avec une majorité roumaine mais aussi des minorités allemande, hongroise, aroumaine, rom… à l’image de la population du pays.

Visiblement, le choix des femmes à inclure, parmi toutes celles qui le mériteraient, n’a pas toujours été évident : le livre y fait une illusion amusante lorsque Laura Grünberg évoque le personnage de « la princesse Alexandrina Cantacuzino, philanthrope et diplomate roumaine » à travers la description d’une « réunion de rédaction » à laquelle participent les cinq autrices du livre. Faut-il inclure cette figure, personnalité du mouvement des femmes de Roumanie mais aussi connue pour sa proximité avec le mouvement fasciste de la Garde de fer durant la Seconde Guerre mondiale ? Ce sera « oui », avec cette histoire qui répond en même temps un peu « non ».

Et voici Monica Lovinescu, l’héroïne de « Des voix dans l’ombre », texte de Victoria Pătrascu illustré par Ágnes Keszeg (détail)

Même si l’on retrouve parfois des liens – des noms, des lieux – entre ces histoires, elles sont principalement à lire pour elles-mêmes, par ordre d’apparition ou en picorant par-ci par-là, on peut aussi simplement se laisser porter par le plaisir des images : l’aspect visuel est très important et est le fruit du travail d’une douzaine d’illustratrices aux styles très divers. Ce sont des images tour à tour poétiques, vibrantes, enfantines, dynamiques, rêveuses. Elles échangent avec l’histoire, jouant souvent avec le temps pour présenter deux périodes de la vie de la femme représentée, ou sa vie de l’époque et son héritage aujourd’hui. De page en page, on peut aussi apprendre à reconnaître le style particulier à chaque illustratrice : Iulia Ignat – et son style très fin pour représenter l’artiste botaniste Angiolina Santocono, Ana Novac ou encore l’ancienne enfant-détenue Ruxandra Berindei et sa mère la détenue politique Ioana Berindei – et Zelmira Szabó – et son jeu avec les formes et les textures sur le papier – sont parmi mes préférées.

En Roumanie, les autrices de ce livre (deux volumes dans l’édition d’origine) l’ont accompagné d’ateliers de discussion auprès d’un public plutôt jeune. Dans les autres pays de cette région que j’aime couvrir ici, ce ne serait pas une mauvaise chose d’avoir accès à un livre similaire pour mieux connaître le passé, enrichir l’avenir, et apporter un peu de diversité parmi les noms des hommes célèbres qui ont « fait » l’Histoire, la politique, les sciences, la culture et les noms de rues.

Pour poursuivre (ou préparer) la découverte, une émission intéressante en français autour du livre, de son titre, de ses autrices, sur Radio România Internaţional, sur ce lien.

Désobéissantes, recueil illustré de portraits de femmes, est écrit par Adina Rosetti, Victoria Patrascu, Iulia Iordan, Laura Grünberg et Cristina Andone et traduit du roumain par Sidonie Mézaize-Milon et Oana Calen. Belleville Editions, 2021.


27 janvier – 3 février – lectures communes autour de l’Holocauste (édition 2022)

Au début de cette année, je m’étais associée avec Patrice de Et si on bouquinait ? pour vous proposer une semaine de lectures communes autour de l’Holocauste.

Vous aviez été nombreux – et surtout nombreuses – à nous rejoindre et à lire ou relire des témoignages incontournables, des romans récents, des livres d’enquête, des textes venus des quatre coins d’Europe.

Vous nous aviez demandé si nous ferions une nouvelle édition, et nous avions répondu OUI : non seulement pour continuer à partager nos découvertes et nos émotions autour de nos lectures, mais aussi pour continuer à contribuer à la mémoire de l’Holocauste, alors que les survivants – juifs, mais aussi tziganes, handicapé.e.s, opposant.e.s politiques, homosexuels, prisonniers de guerre… – sont chaque année moins nombreux.

Comme cette année, l’édition 2022 des lectures communes autour de l’Holocauste débutera le 27 janvier, jour de commémoration de la libération du camp d’Auschwitz en 1945, et date de la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Elle durera jusqu’au 3 février.

Pour participer, il suffit de partager votre lecture sur votre blog, ou sur les réseaux sociaux, du 27 janvier au 3 février, et de nous le signaler par mail ou dans les commentaires sous cet article, pour qu’on puisse l’intégrer dans la liste de vos lectures que nous publierons après le 3 février.

Si vous cherchez un peu d’inspiration, si vous voulez revenir aux témoignages fondateurs, découvrir des réécritures contemporaines, ou explorer différentes facettes géographiques de l’Holocauste, nous vous conseillons de vous tourner vers notre première liste de suggestions, ou de suivre les liens dans notre billet récapitulatif (chez moi ou chez Et si on bouquinait ?) pour retrouver les avis sur les livres chroniqués par les participant.e.s de l’édition 2021. Si vous avez déjà des découvertes plus récentes à conseiller, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires.

Nous organisons également une lecture commune le 29 janvier autour du livre Maille à maille, de Simone Righetti, qui traite non seulement de l’Holocauste, mais aussi du handicap. A ce titre, cette lecture s’inscrira également dans le projet de lecture thématique « Autour du handicap » proposé par Et si on bouquinait et Book’Ing.

On se donne rendez-vous à partir du 27 janvier, pour ces nouvelles lectures communes autour de l’Holocauste ?


Quelques mots… autour du théâtre, avec Dominique Dolmieu (Editions L’Espace d’un instant)

Nous sommes en marge de la littérature, puisque nous publions du théâtre, en marge du théâtre, puisque nous travaillons sur des traductions, en marge des traductions, puisque nous ne travaillons pas sur des langues anglo-saxonnes, ni celles de nos voisins immédiats…

« Nous », ce sont la Maison d’Europe et d’Orient (M.E.O.), le théâtre national de Syldavie, et Eurodram, ancien comité de lecture devenu réseau européen de traduction théâtrale. Mais, ajoute Dominique Dolmieu, ce sont bien les Editions L’Espace d’un instant qui sont à présent au cœur de leur travail, avec leur catalogue de plus de 300 textes, de plus de 250 auteurs, regroupés en une centaine de livres.

>>> Retrouvez ici mes chroniques de La Récolte (traduit du russe (Biélorussie)) ; Le veilleur de pierre, et Saleté (traduits du hongrois).

Si j’ai voulu présenter cette petite maison d’édition, facette pour moi la plus visible d’un ensemble plus généralement associé aux arts de la scène, c’est parce qu’elle est ma principale source de pièces de théâtre en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans en traduction française. Depuis mes deux chroniques récentes de pièces représentant cent ans d’écriture théâtrale géorgienne, je peux aussi ajouter le Caucase à l’espace géographique que j’aime présenter ici et que les Editions L’Espace d’un instant contribuent à couvrir.

>>> Retrouvez ici mes chroniques de cinq pièces de théâtre géorgiennes : Le malheur ; et quatre pièces contemporaines.

Voici donc le dernier épisode de ma série d’entretiens « quelques mots avec… », ici avec Dominique Dolmieu, metteur en scène et co-fondateur avec Céline Barcq de la Maison d’Europe et d’Orient et du réseau Eurodram.

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Lectures-désorientation #9 – cinq sœurs dans l’Himalaya, et trois sœurs à Oman

Je les appelle des lectures-désorientation parce qu’elles me font partir loin de l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans dont j’ai l’habitude ici, mais je pourrais aussi les appeler des lectures-tentation, parce qu’elles me viennent d’autres personnes actives sur la blogosphère et qui savent me tenter avec leurs découvertes et suggestions. Voici deux livres (tous deux lus en anglais, tous deux disponibles en français) pour ce troisième et dernier billet « désorientation » de cette année : Narcisse noir, de Rumer Godden, et Les Corps célestes, de Jokha Alharthi.

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Version livres : un petit tour dans (et autour de) la Bulgarie

Juste comme ça, de mémoire, combien d’auteurs bulgares sait-on citer ? De mon côté, pas beaucoup ! Ils sont pourtant plus nombreux qu’on ne pourrait le penser à être traduits en français.

A l’été 2014, j’avais réalisé un entretien avec Marie Vrinat-Nikolov autour de son parcours de traductrice littéraire du bulgare (qu’elle mène de front avec une carrière universitaire bien remplie). La phrase ci-dessus faisait partie de mon introduction. Sept ans après, je me suis un peu améliorée. Pourtant, quand je regarde la bibliographie (non-exhaustive et plus très à jour) des traductions littéraires de Marie Vrinat-Nikolov, que j’avais mise à la fin de notre entretien, je me dis que j’ai encore du chemin à faire.

Voici en tout cas un aperçu des ressources liée à la Bulgarie, déjà (ou bientôt) disponibles sur Passage à l’Est ! : des livres traduits du bulgare, mais aussi des livres traduits de l’anglais, ou en anglais ; des livres de Bulgarie, des livres sur la Bulgarie, des livres qui partent de Bulgarie pour nous emmener autre part. Des livres sur les espaces et les contextes dans lesquels s’inscrit la Bulgarie. Beaucoup de fiction, pas (encore) de poésie, et un peu de non-fiction (histoire, voyages…).

En regardant ma liste, je me fais une réflexion : c’est une sélection très représentative des auteurs contemporains disponibles en français, et en même temps tellement disparate par ses auteurs, ses thèmes, ses périodes, que je ne sais pas trop si je peux en tirer des conclusions sur « la littérature bulgare ». J’ai quand même organisé mes livres par thèmes que je vous laisse découvrir :

Le passé à portée de main

Victor Paskov – Ballade pour Georg Henig

Dans un quartier populaire de Sofia, dans les années 1950, l’amitié entre un enfant bulgare et un vieux luthier tchèque porteur de valeurs d’un autre temps.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Angel Wagenstein – Abraham le poivrot, loin de Tolède

De retour à Plovdiv, sa ville natale, un homme se souvient de son grand-père et de son enfance dans une ville multi-ethnique, dans l’immédiat après-guerre.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Théodora Dimova – Les Dévastés.

« Trois femmes se retrouvent, un matin de février 1945, au bord de la fosse commune dans laquelle ont été jetés les corps des hommes qu’elles aimaient, et dont les destins se sont croisés dans une même cellule. » (Présentation de l’éditeur ; parution le 6 janvier 2022).

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Guéorgui Gospodinov – Le Pays du passé

« Dans un roman éclatant d’inventivité, le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs. » (Présentation de l’éditeur).

>>> Une chronique à venir.


Un passé encore plus loin du présent

Vera Moutaftchiéva – Moi, Anne Comnène

Dans un récit ingénieux entremêlant plusieurs voix de femmes, Moutaftchiéva propose un retour vivant et espiègle sur la vie d’Anne Comnène, femme de pouvoir, femme de lettres et fille d’empereur, dans les XI et XIIe siècles byzantins.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Vera Moutaftchiéva – Le prince errant

Un roman historique, dynamique et intéressant, sur la rencontre humaine et politique entre les « Orient » et les « Occident » de la fin du XVe siècle, à la suite de Djem, fils de sultan.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Représenter le présent

Théodora Dimova – Mères

Jusqu’au dernier chapitre, brutal, de ce roman percutant, on pourrait presque lire Mères comme une succession de nouvelles parallèles, chacune le portrait d’une famille de la Bulgarie ordinaire du début des années 2000, à Sofia, un soir de Coupe de monde de football.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


L’intemporel (ou l’ultra-présent) ?

Guéorgui Gospodinov – Tous nos corps

Il y a tout juste une centaine de microfictions dans ce recueil, court, aéré, parfois silencieusement lumineux. Il y a aussi tout autant de points d’entrée : une lettre à Salinger, une femme âgée en Bretagne, une libellule verte, un homme H.H. et un poète Y.Y., un monastère franciscain, un Doberman, un chauffeur bulgare, un gingko biloba new-yorkais, pour n’en citer que quelques-uns.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Guéorgui Gospodinov – L’Alphabet des femmes

« C’est peut-être le jeu qui donne le ton aux récits de L’Alphabet des femmes : jeu avec les noms, jeu avec les mots, leur saveur, leur délice, jeu avec l’histoire, jeu avec le lecteur, jeu avec soi, pour finir… Derrière le jeu percent les premières impressions du monde où se mêlent destin personnel et destin d’un peuple et où la dérision et l’humour masquent difficilement le tragique ». (Préface de Marie Vrinat).

>>> Une chronique à venir.


Un pied ici, un pied là-bas

Angel Wagenstein – Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac

Le tailleur galicien Isaac Blumenfeld vient de « Kolodetz, près Drogobytch », une ville dotée d’une unique rue, « … ce genre de petite ville qu’on appelle en polonais miasteczko, et que, pour notre part, nous nommions shtetl. » Son histoire est tragique – c’est celle du XXe siècle – mais elle est portée ici par l’humour et la fausse naïveté du narrateur.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Elias Canetti – La langue sauvée

L’écrivain et prix Nobel de littérature revient, dans ce premier volume autobiographique, sur ses 16 premières années, de sa naissance en 1905 dans l’ancienne ville ottomane et désormais bulgare, de Roussé. Un apprentissage fascinant du monde des langues, et du centre de l’Europe au début du XXe siècle.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Kapka Kassabova – Lisière

De retour dans son pays natal, la poète et écrivaine d’origine bulgare se rend à la frontière de la Bulgarie, de la Turquie et de la Grèce. Ponctués de portraits individuels et imprégné de l’atmosphère des montagnes et de la plaine, son récit mystique et absorbant questionne le passé, le présent et l’avenir de cette zone de confluences.

>>> une chronique à venir ; celle de son livre suivant, L’Echo du lac, est déjà en ligne sur ce lien


Witold Szabłowski – Les Ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté

Bulgarie, années 2010. Le journaliste polonais Witold Szabłowski arpente les villages, à la recherche des anciens dresseurs d’ours, dont les bêtes ont été regroupées dans une réserve pour animaux sauvages. Sa quête, qui forme la première partie du livre, l’amène à interroger la notion de liberté telle qu’elle est vécue dans l’ancien espace communiste, et au-delà.

>>> Retrouvez ici ma chronique.


Hors catégorie

Marco Schöller – This Unknown Land. How Geographers, Pharmacists, Novelists, Plant Hunters, War Correspondents, Engineers, Medical Men & Tourists Discovered & Experiences Nineteenth-Century Bulgaria

Le titre en dit suffisamment long sur le contenu du livre ! Celui-ci est un peu sec de style, mais truffé de personnages intéressants d’ « explorateurs » et de passants occidentaux et d’informations sur l’évolution du regard qu’ils portent sur un pays en devenir, ainsi que sur ses mœurs, ses routes, sa flore et sa faune.

>>> Une chronique à venir.


Je n’ai mis ici que des auteurs contemporains ou quasi-contemporains, car je prévois de consacrer l’année prochaine un autre billet à la littérature bulgare, avec un focus sur les auteurs plus anciens.

Et vous, que me conseillez-vous ?