Après l’URSS – retour en livres sur 15 * 30 années d’indépendances (1)

Chers compatriotes, concitoyens. En raison de la situation qui s’est créée avec la formation de la Communauté des États indépendants, je mets fin à mes fonctions de président de l’URSS…

Le 25 décembre 1991, à 19 heures à Moscou, Gorbatchev prononçait à la télévision le discours dans lequel il annonçait quitter sa fonction de président de l’URSS. Cette ultime séquence de son long bras de fer avec les soviétiques conservateurs pour préserver les dynamiques de la perestroïka, puis de son bras de fer avec Boris Eltsine pour préserver l’intégrité de l’Union face à l’éclatement que représentait déjà la création de la Communauté des Etats indépendants, dure une petite dizaine de minutes. Le lendemain, le drapeau rouge était abaissé du sommet de Kremlin pour être remplacé par le drapeau tricolore de 1917.

Que Gorbatchev allait devoir démissionner en cette fin d’année 1991 était quasiment certain. Mais quand ? Dans le dernier chapitre de son livre The Last Empire – the final days of the Soviet Union, l’historien Serhii Plokhy décrit quasiment au jour le jour, parfois heure par heure, les dures tractations entre Gorbatchev et Eltsine pour le transfert du pouvoir, l’impatience de Eltsine pour avancer ce transfert d’abord prévu pour la toute fin de décembre, le discours que préparent les conseillers de Gorbatchev pour le 23 décembre et qui est repoussé au 25 au soir, l’accord entre les deux dirigeants selon lequel Gorbatchev quitterait ses bureaux du Kremlin le 29, deux jours avant le retrait du drapeau soviétique le 31 décembre. Plokhy décrit aussi la fureur de Eltsine lorsqu’il s’aperçoit que Gorbatchev ne le cite pas dans son discours, et qui ordonne que le drapeau soviétique soit immédiatement abaissé. Il décrit, enfin, les discussions au sein de l’administration américaine, en cette journée du 25 où « l’Ouest » fête Noël, sur la réponse à donner à cette démission attendue et dorénavant confirmée. Un premier projet d’allocution télévisée devait souligner la coopération égale des deux géants pour mettre fin à la guerre froide. L’allocation télévisée que prononcera finalement George H.W. Bush, au soir du 25 décembre heure de Washington, présente le discours de Gorbatchev aux auditeurs américains comme la « victoire » unilatérale des Etats-Unis sur l’URSS dans la guerre qui a soufflé le chaud et le froid sur la planète pendant toute l’après-guerre.

Le coup d’état raté d’août 1991, et le conflit entre Eltsine et Gorbatchev, font partie de mes tous premiers, et vraiment très nébuleux, souvenirs des informations retransmises par les journaux télévisés, et je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé ensuite (et certainement aucun souvenir du 25 décembre 1991).

Sur Passage à l’Est !, la majorité des pays dont je parle habituellement n’a pas fait partie de l’URSS, mais son existence a déterminé leur trajectoire d’après-guerre, jusqu’à (et après) la chute du mur et le processus de « transition » « démocratique » qui s’est ensuivi.

Je voulais marquer l’occasion en proposant un tour d’horizon de la littérature des anciens états de l’URSS. Ce sera demain, 22 décembre, 99e anniversaire de la signature du traité constituant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques et 30e anniversaire de la déclaration d’Alma-Ata, par laquelle 11 présidents des 15 Etats de l’(ex-)URSS reprennent l’accord tripartite de Belovej/Minsk et dissolvent ce même traité de 1922.

>>> le tour d’horizon est en ligne ! C’est sur ce lien.

Curieusement, l’anniversaire de la dissolution de l’URSS (quelle que soit la date choisie pour marquer cet événement – il y en a plusieurs) ne coïncide pas avec les anniversaires d’indépendance des anciens états membres de l’URSS : le 16 décembre, le Kazakhstan avait été la dernière république socialiste soviétique à déclarer son indépendance, 19 mois après la première déclaration, celle de la Lituanie. C’est dans l’ordre de la proclamation de leur indépendance que je les présenterai, tout en sachant qu’il n’est pas possible de réduire à une poignée de dates la complexité des développements politiques et juridiques qui ont mené à la fin de l’URSS comme acteur de la sphère internationale, ni la catastrophe sociale, économique et ethnique rencontrée par la majorité des nouveaux pays indépendants.

Et vous, quels sont vos souvenirs liés à la dissolution de l’URSS ? Quels bons ouvrages en français sur les dernières années de l’URSS me conseillez-vous ? Et quelles sont vos suggestions de littérature de l’URSS, et des pays qui ont (ré-)établi leur indépendance après 1991 ?