Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année

Cette année est probablement celle où j’aurai chroniqué le plus de nouvelles traductions – ou rééditions – de livres en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans.

Je n’oublie pas les livres plus anciens ni les explorations dans les fonds inépuisables et pleins de surprises de ma bibliothèque préférée (à Budapest, l’Országos Idegennyelvű Könyvtár, la Bibliothèque Nationale des langues étrangères), cependant c’est agréable de pouvoir aller plus loin, dans la présentation de ces nouvelles publications, que les très brefs résumés que je fais dans mes récapitulatifs mensuels des nouvelles publications.

On s’approche à grands pas de la fin de l’année, c’est l’occasion idéale pour revenir sur ces nouveautés qui ont peut-être déjà été oubliées ou perdues parmi tous les livres publiés au cours de cette année bizarre.

J’en profite pour signaler que bon nombre de ces livres m’ont été envoyés par leurs maisons d’éditions, souvent avec le concours de leurs traducteurs et traductrices. Je les en remercie.

Janvier

J’ai commencé en janvier avec un roman qui m’est souvent revenu à l’esprit en cette fin d’année 2021 marquée par la tragédie humaine qui se déroule encore à la frontière polonaise et biélorusse (et à d’autres frontières) : il s’agit de La fatigue du matériau, de Marek Šindelka (traduit du tchèque par Christine Laferrière ; Syrtes, 2021). Que me reste-t-il aujourd’hui de cette lecture ? Le souvenir d’un livre sans visages et pourtant intensément physique et triste, sur deux très jeunes adultes dont la quête d’un avenir meilleur est cruellement compromise par leur expérience de la migration.

>>> ma chronique de La Fatigue du matériau

>>> il y avait deux autres titres autour des thèmes de la migration et de l’exil dans mon récapitulatif de janvier.


Février

Parmi les nouvelles parutions que j’avais notées en février, je n’ai encore rien lu… cependant en lisant autour de Faux poivre de Monika Sznajderman, j’en suis arrivée à Odessa Transfer, qui n’est pas une nouvelle parution depuis longtemps, mais que j’ai lu, qui est un très bon livre, et que je chroniquerai un de ces jours.

>>> pour retrouver les autres livres de février, c’est par ici.


Mars

Mars est toujours un bon mois pour les nouvelles parutions, et cette année, malgré la pandémie, n’a pas dérogé à la règle : il suffit de regarder l’article récapitulatif de ce mois-là. Parmi les nouvelles publications de mars, j’ai profité des mois suivants pour lire et chroniquer :

>>> Le Livre des nombres, de Florina Ilis, un roman fourmillant de noms et d’histoires, reconstruisant et préservant la mémoire de deux familles sur plusieurs générations, tout au long du XXe siècle roumain.

>>> Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega, un roman dur et en fin de compte sans espoir, incarnation à travers son personnage féminin d’années d’oppression et de mensonges dans la Roumanie des années 1980.

>>> Soixante-neuf tiroirs, de Goran Petrović : l’illustration par excellence de la lecture-plaisir et des pouvoirs de l’imagination, avec pour point de départ Belgrade dans les années 1990.

>>> Saleté, de Béla Pintér : une pièce de théâtre qui propose un portrait désenchanté de la Hongrie rurale des années 2000, et que j’avais lue en parallèle avec une pièce touchante et plus ancienne, Le veilleur de pierres.


Avril

En avril, j’avais versé une petite larme sur la taille modeste de la pile que j’avais rassemblée. Mais, comme on sait, quantité ne vaut pas qualité, et la qualité était comme souvent au rendez-vous.

>>> Pour retrouver la liste des dix livres rassemblés en avril, c’est sur ce lien.

Je n’ai pas encore lu les deux Croates qui me faisaient le plus de l’œil – Dubravka Ugrešić (dont j’avais déjà lu Le musée des redditions sans condition) et Slobodan Šnajder – ni les deux Polonais qui rivalisaient avec les Croates pour me faire de l’œil – Hanna Krall (dont j’avais déjà lu l’ouvrage sur le ghetto de Varsovie) et Andrzej Stasiuk (dont j’avais déjà lu L’Est).

>>> Cependant, j’ai lu Dora Maar et le Minotaure, de Slavenka Drakulić, et ça a été une de mes lectures les moins satisfaisantes de l’année, pour des raisons que j’ai exposées dans ma chronique de ce livre sur la « passion destructrice » qui lia un temps Picasso et la photographe et peintre Dora Maar.


Mai

Parmi les nouvelles publications – ou rééditions – de mai, je n’en ai encore lu aucune ! Pourtant la liste était intrigante et il y avait (enfin !) des titres hongrois. Jugez par vous-mêmes : la liste est sur ce lien.  


Juin – et juillet – et août

Dès juin, un été calme se profilait au niveau des nouvelles publications, ce qui m’a aussi permis de glisser, dans mon article sur la toute petite poignée de parutions prévues, quelques titres qui m’avaient échappé en mai.

>>> Assez rapidement, j’ai lu le roman de Corina Sabău, Et on entendait les grillons, un roman court, fort, et qui aborde par le biais immédiat d’un personnage féminin central les questions de l’avortement, du contrôle des corps, du poids de la clandestinité, et de la place (limitée) du choix personnel dans un régime dictatorial, en l’occurrence celui de la Roumanie sous Ceauşescu. J’en ai parlé dans une chronique du beau milieu du mois d’août.


Septembre

Après avoir retenu leur souffle pendant tout l’été, les éditeurs grands et petits se sont lâchés avec la rentrée littéraire d’automne. Que nous apportera-t-elle donc ? C’était la question que je posais dans mon article sur les parutions de septembre, en y apportant de nombreux éléments de réponse.

>>> Hongrie (avec un détour au Bénin et en Norvège) ; Slovénie ; Tchéquie ; Balkans des lacs et Balkans des rivières ; Pologne ; bourlingueurs roumains des routes d’Espagne… c’était une rentrée littéraire très variée que j’ai tenté de rassembler dans mon récapitulatif de septembre.

Et moi, qu’ai-je lu parmi ces titres si variés ?

>>> Avec Le vol de Boštjan, j’ai retrouvé l’écriture que j’avais tant appréciée chez le Florjan Lipuš de The errors of Young Tjaž (en français : L’élève Tjaž). Une écriture fragmentée, exigeante, muette et foisonnante, à l’image de son personnage, un enfant traumatisé de la communauté slovène de la Carinthie autrichienne. J’ai présenté ce beau roman dans cette chronique de septembre.

>>> Avec Ton fils Huckleberry Finn, de Bekim Sejranović, je me suis laissé porter par le courant de la rivière Save, de Brčko à Belgrade, et par le courant des pensées de l’auteur, de Brčko à la Norvège. Récit d’une vie, récit d’une errance, récit d’une région, récit d’un amour… Ton fils Huckleberry Finn est un livre riche, méditatif et tout bonnement inclassable.

>>> Dans cette moisson de septembre se trouvait la publication très attendue de L’Echo du lac, de Kapka Kassabova. J’avais pris un petit temps d’avance, avec cette chronique d’avril, pour parler de l’édition anglaise de ce livre de non-fiction, dans lequel l’écriture empreinte de sensibilité et de poésie réussit à la fois à mettre à nu et à estomper les aspérités de l’histoire de la région de lacs qui chevauche la Macédoine du Nord, l’Albanie et la Grèce d’aujourd’hui.

>>> « Des vies ‘normales’ dans des endroits ‘à part’ » : c’était le titre de la petite série que j’inaugurais avec Sanatorium, de Barbara Klicka. Un court récit, porté par le regard malicieux, ironique et défiant que porte la narratrice sur l’univers et les pensionnaires étranges du sanatorium où elle a été envoyée en cure. Une chronique à retrouver sur ce lien.

>>> Avec Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, je découvrais enfin ce premier volet du triptyque d’Angel Wagenstein sur la vie juive d’Europe de l’Est au XXe siècle. Une histoire tragique (celle d’une famille, celle d’une région, celle d’un peuple), mais un livre porté par l’humour juif qui saute de chaque page et par la personnalité savamment naïve de son narrateur.


Octobre

Le flot des nouvelles publications s’est prolongé en octobre : j’en ai relevé neuf – des traductions du polonais, du bulgare, du serbe, du roumain – en m’amusant du fait que c’était une liste 100% masculine. On approche de la fin d’année, le temps devient plus limité pour chroniquer ces nouvelles parutions… J’en ai quand même lu trois, et chroniqué une :

>>> Après son passage par les lointaines contrées galiciennes du Pentateuque, Angel Wagenstein ramenait ses lecteurs chez lui, à Plovdiv en Bulgarie, avec le deuxième volet de son triptyque : Abraham le poivrot, loin de Tolède. J’y ai retrouvé – et présenté dans ma chronique – le ton facétieux de l’auteur, un ton cependant un peu plus empreint ici de la mélancolie de son personnage principal, confronté à ses souvenirs d’une ville autrefois multi-ethnique et forte en couleurs, et désormais rongée par la corruption et l’héritage de quarante années de communisme.


Novembre

Et nous voilà déjà en novembre, avec un dernier billet mensuel sur les nouvelles publications : il y avait de l’art, de la photo, de la gastronomie, de la littérature… c’était il n’y a pas très longtemps alors vous vous en souvenez peut-être. Sinon, la liste est toujours là et prête à être consultée. Parmi tous les titres (dont certains étaient des rattrapages des mois précédents), j’ai lu le premier dans la foulée : il s’agit de :

>>> Désobéissantes, un recueil roumain de récits, courts et accompagnés de belles illustrations, mettant à l’honneur les femmes – des femmes individuelles, des femmes en groupe, des femmes d’hier et des femmes d’aujourd’hui, et des femmes encore suffisamment jeunes pour être aussi celles de demain. Je ne l’ai pas mentionné dans ma chronique (qui se trouve ici), mais Désobéissantes est ma dernière chronique de livre pour l’année 2021, et c’est une conclusion très apte, tant la littérature roumaine contemporaine écrite (et, incidemment, traduite) par des femmes, a été un élément récurrent de cette année (je parle de Florina Ilis, Alina Nelega et Corina Sabău).


Et nous ! Et nous ! Et nous !

Ah oui, j’ai une petite pile de livres à côté de moi qui demande à être mentionnés. Ils ont tous été publiés cette année, certains ont été lus mais ils attendent encore tous d’être chroniqués. Les voilà :

De Matei Calinescu : La vie et les opinions de Zacharias Lichter

De Guéorgui Gospodinov : Le pays du passé

De Witold Szabłowski : Les ours dansants

De Saul Bellow et Norman Manea : Avant de s’en aller, une conversation

De Dumitru Crudu : Moi, j’ai tué Hitler

De Liviu Rebreanu : La révolte

De Stefan Zweig : Dostoïevski

De Corina Ciocârlie : Europe Zigzag

De Sándor Márai : Journal. Les années d’exil 1949-1967


En conclusion

Un long billet avec beaucoup de livres et beaucoup de langues d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans – il manque plusieurs pays (les baltes, notamment) mais c’est tout de même un aperçu plutôt rassurant de la diversité et de la qualité des traductions d’œuvres de fiction et de non-fiction (essais, récits) en provenance de cette région.

L’année 2022 se profile déjà et promet de belles découvertes ou redécouvertes. C’est bientôt parti pour une nouvelle année de récapitulatifs mensuels des nouvelles parutions « de l’Est ».


13 commentaires on “Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année”

  1. Vincent dit :

    Merci pour votre blog. Un caverne d’Ali Baba. Nombre de mes lectures y ont été puisées. Trop nombreuses pour être citées.

    Je viens de terminer « Guéorgui Gospodinov : Le pays du passé ». Très bon. Et « Saul Bellow et Norman Manea : Avant de s’en aller, une conversation » est dans les tuyaux.

    • Merci à vous pour votre retour! C’est exactement le genre de réaction qui justifie l’existence de ce blog.
      On a de la chance d’etre servis par des traducteurs et traductrices talentueux et qui permettent d’avoir accès à une littérature généralement de grande qualité mais souvent pas suffisamment connue.

  2. Marilyne dit :

    Oui, beaucoup de livres, de tentations. Et le mois de mars va venir vite. J’ai déjà une pile ( dans laquelle il y a notamment Les Soixante neuf tiroirs, je me demande si je vais attendre, mais j’entends aussi Et nous, et nous ! ), et une liste. Je me souviens avoir noté Odessa transfert, j’attends donc gentiment ta chronique.

    • Je crois que Les soixante-neuf tiroirs est une lecture parfaite pour commencer l’année. Pour moi ça a été un tel plaisir de lecture! Les autres livres pourront attendre un tout petit peu…?! Quoiqu’il en soit, je guette ta chronique.

  3. Quel bel édito de fin d’année riche comme ce blog, curieux de nous faire découvrir des pans de la littérature qui parfois nous sont un rien cachés
    je ne peux pas tout lire évidement mais vos articles m’ont conforté dans ma lecture à l’est que j’entretiens depuis mon plus jeune âge suite à de la curiosité
    J’aurai plaisir à vous retrouver pour les lectures autour de l’Holocauste ce qui est un pan de la littérature qui me tient très à coeur
    Belles fêtes de fin d’année et bon début à vous pour cette année de blog que je vous souhaite aussi riche que 2021

    • Merci Dominique! Il y aura une deuxième partie de bilan demain – peut-être l’occasion d’autres découvertes.
      Je vous souhaite également une belle année de lectures et, j’espère, un renouveau d’engouement pour votre blog. Je suis en tout cas contente de savoir que nous nous retrouverons au plus tard fin janvier pour nos lectures autour de l’Holocauste. Savoir que vous avez apprécié Sonnenschein et Goetz et Meyer (par exemple) après les avoir découverts ici, est l’une de mes satisfactions de cette année de blog.

  4. keisha dit :

    Une littérature que je découvre très timidement, et je suis tributaire des biblis et des traducteurs. Je viens ’emprunter en bibli Les douze chaises (Ilf et petrov). j’ai déjà du polonais et du hongrois…
    Merci pour les bonnes idées.

    • Il y a beaucoup de choses à découvrir dans ce domaine: vraiment beaucoup! J’espère que vous avez accès à des bibliothèques bien fournies, et que mon blog continuera à être une source d’idées et de découvertes.
      En général, je me tiens à distance de la littérature russe sur ce blog, car il y a déja tant à présenter entre l’albanais, le bulgare, le croate, le hongrois, le letton, le lituanien, le polonais, le roumain, le serbe, le slovaque, le slovène, le tchèque, l’ukrainien et j’en ai sûrement oublié… Mais j’ai déja entendu parler de ce Ilf et Petrov (chez Pativore, je crois) et ce livre m’attire également.

  5. […] Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année → […]

  6. keisha41 dit :

    Aucun rapport mais ce matin j’ai vu apparaitre un billet chez Goran (je n’avais pas enlevé son nom de ma liste, sorte d’hommage…)
    Wordpress n’a pas hésité à piquer le nom, on dirait
    https://deslivresetdesfilms.com/

    • J’ai moi aussi reçu un ou deux billets provenant de son url mais qui n’a sinon rien à voir avec Goran. J’imagine que, comme Goran n’est plus là pour payer le nom de domaine, WordPress l’a remis en vente. La personne qui l’a racheté n’a pas fait preuve de beaucoup d’imagination avec le titre et le sous-titre.
      Ce qui est plus embêtant, c’est que tous les anciens liens vers son blog redirigent maintenant vers ce nouveau blog. Il y a une astuce (qui permet de retrouver tous ses anciens billets), qui est de passer par ce site d’archivage internet: https://web.archive.org/web/*/deslivresetdesfilms.com/* Je vais mettre mes liens à jour.

  7. keisha41 dit :

    Hé oui, on a perdu ainsi les billets de Goran! Merci pour le lien.
    J’ai laissé un commentaire sur ce blog, qui prévoit de parler de livres , de films et de séries. la petite chouette en haut à droite est toujours là.


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