Janvier 2022 : des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans

Pour commencer l’année sur le bon pied, voici la première fournée des nouvelles parutions (ou rééditions) en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans, traduites du polonais, du tchèque, du bulgare, du yiddish, du serbe, de l’albanais, un témoignage du polonais via l’anglais, et un livre d’art !

Les premiers titres datent d’hier, 6 janvier. Il s’agit :

>>> d’une saga féminine autour de trois sœurs en Pologne, dans le second tiers du XXe siècle : Les cœurs endurcis, de Martyna Bunda, est publié aux Editions Noir sur Blanc et traduit du polonais par Caroline Raszka-Dewez. « Dans cette éblouissante évocation de la « dureté » des femmes, aucune idéalisation, aucun violon de mélodrame facile, mais des images inoubliables et un humour merveilleux. Une ode à la sororité, à une forme farouche de solidarité. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.


>>> de personnages féminins également, au milieu du XXe siècle, mais en Bulgarie : Les dévastés, de Théodora Dimova, est publié aux Editions des Syrtes et traduit du bulgare par Marie Vrinat. « Roman choral aux portraits poignants de femmes ordinaires devant un événement extraordinaire : la terrible épuration qui suit l’arrivée au pouvoir des communistes, en 1944, et ses stigmates, » Les dévastés « est aussi celui d’une société dans laquelle la tragédie est longtemps tue au point de devenir un douloureux secret. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.

– Le livre fera l’objet de ma première chronique de l’année, ce dimanche.

– Un autre titre de Théodora Dimova aux Editions des Syrtes : Mères, chroniqué ici.


>>> de la réédition d’un roman déjà trentenaire : L’immortalité, de Milan Kundera, est réédité par Gallimard dans la traduction (tchèque) d’Eva Bloch. Premières lignes : « La dame pouvait avoir soixante, soixante-cinq ans. Je la regardais de ma chaise longue, allongé face à la piscine d’un club de gymnastique au dernier étage d’un immeuble moderne d’où, par d’immenses baies vitrées, on voit Paris tout entier. J’attendais le professeur Avenarius, avec qui j’ai rendez-vous ici de temps en temps pour discuter de choses et d’autres. » Présentation sur le site de l’éditeur.


>>> d’une monographie bilingue (français-anglais) sur un artiste croate émigré du XXe siècle et qui « a laissé derrière lui une œuvre dont la richesse rencontre la complexité du siècle qu’il a traversé », Slavko Kopač. Ombres et matières – Shadows and materials, de Fabrice Flahutez, Pauline Goutain et Roberta Trapani, publié chez Gallimard. Présentation sur le site de l’éditeur d’un ouvrage qu’on peut également feuilleter sur ce lien.


Puis, à partir d’aujourd’hui :

>>> un roman historique d’une écrivaine et peintre d’origine tchèque et établie en France : Un regard bleu, de Lenka Horňákova-Civade, le 7 janvier chez Alma Editeur. « Amsterdam 1656. Alors que Rembrandt voit ses créanciers à sa porte, il croise le regard bleu d’un inconnu dans la foule, qui immédiatement capte son attention. Cet homme, Comenius, est un philosophe et pédagogue tchèque qui a été contraint par la guerre de quitter son pays. Cette première rencontre signe le début d’une amitié insolite et de plusieurs face-à-face passionnés, intimes et inattendus. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.


>>> un recueil de nouvelles issues de la tradition littéraire yiddish et recouvrant près d’un demi-siècle de création : Sous le pont et autres nouvelles, d’Avrom Moshè Fuchs, paraitra le 13 janvier chez Buchet-Chastel dans la traduction (yiddish) de Rachel Ertel. « Considéré comme le meilleur nouvelliste de sa génération, il peuple ses textes de personnages insolites et rares, et s’attache à décrire le quotidien des petites gens, depuis les prostituées d’une Vienne décadente aux pieux paysans de l’arrière-pays galicien. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.


>>> un « roman doux-amer explorant l’histoire européenne de la fin du XXe siècle d’un point de vue à la fois intime et objectif » : La fenêtre russe, de Dragan Velikić, paraitra le 13 janvier chez Agullo dans la traduction (serbe) de Maria Béjanovska. « La Fenêtre russe met en scène deux personnages principaux : Daniel, un chef d’orchestre âgé, fait le bilan de sa vie, de toutes les opportunités loupées, dans une sorte de confession adressée à Rudi Stupar, jeune comédien raté. À la fin des années 90, ce dernier quitte son pays bombardé et dérive à travers l’Europe de petit boulot en petit boulot, s’inventant des vies, composant et décomposant sa propre personnalité dans un effort constant pour réconcilier la réalité de son existence avec ses attentes et la conviction qu’il accomplirait de grandes choses. » Présentation complète sur le site de la traductrice.


>>> un ouvrage inédit prenant pour point de départ « un épisode mythique de l’ère stalinienne : l’appel téléphonique de Staline à Boris Pasternak » : Disputes au sommet, d’Ismail Kadaré paraitra le 19 janvier chez Fayard, dans la traduction (albanais) de Tedi Papavrami. Cette conversation, qui « hante Ismail Kadaré depuis ses années de jeunesse, alors qu’il étudie à Moscou et qu’il en entend parler pour la première fois, (…) est le socle de ce nouvel opus qui permet à Kadaré de faire défiler en filigrane les grandes figures littéraires russes, mais aussi albanaises, toutes en proie un jour aux tourments exercés par la machine de la terreur totalitaire. Il met particulièrement en lumière la figure tragique d’Ossip Mandelstam, qui venait juste d’être arrêté, et qui est au centre de cette conversation téléphonique. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.

– on retrouve aussi Pasternak dans un autre roman d’Ismail Kadaré, Le crépuscule des dieux de la steppe, chroniqué ici.


>>> un témoignage de « la Anne Frank polonaise » : Le journal de Renia, de Renia Spiegel, paraitra le 27 janvier chez Pocket avec une postface de sa sœur Elizabeth Bellak et dans la traduction (anglais) de Typhaine Ducellier. « Pologne, 1939. Renia Spiegel a 15 ans. Dans son journal, elle note ses préoccupations d’adolescente (…). Mais au fil des pages et des mois qui passent, les sujets se font plus graves. Pour Renia, qui est juive, et sa famille, les conditions de vie se détériorent. Peu à peu, l’angoisse s’immisce entre les tranches de vie quotidienne. L’étau se resserre et le danger se rapproche. L’horreur finira par rattraper l’adolescente en juillet 1942 lorsque, cachée par la famille de son petit ami, elle sera dénoncée par un voisin. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.


>>> Fin janvier, d’un auteur serbe « devenu le porte-voix d’une jeune génération d’auteurs qui ouvrent leur œuvre à des thèmes sociétaux nouveaux pour leur pays » : Errance, de Filip Grbic, est publié chez Belleville Editions et traduit du serbe par Zivko Vlahovic. « Alcool, drogue, provoc’ et lendemains de soirées pathétiques et violents. Maksim Tumanov est un personnage égaré dans un monde où il ne trouve pas sa place. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.


Et un ouvrage passé inaperçu en décembre :

>>> Une « histoire événementielle de la littérature hongroise, sur une période qui s’étend de l’absolutisme de Joseph II au néoabsolutisme de François- Joseph Ier » : D’Etelka aux sabbataires. Pages choisies de la prose hongroise des Lumières au romantisme est une anthologie bilingue, présentée par András Kányádi et traduite par les étudiants de l’Inalco, publiée aux Editions L’Harmattan. « Mettant l’accent sur la diversité des genres et la qualité des textes, ce livre comble une lacune importante dans la diffusion d’une littérature majeure de l’espace centre-européen, dont la richesse narrative antérieure au XXe siècle est encore trop peu connue des lecteurs français. » Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Rendez-vous début février pour le prochain article sur les nouvelles traductions ! Aviez-vous déjà repéré certains de ces titres ?


23 commentaires on “Janvier 2022 : des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans”

  1. Vincent dit :

    Mon Top 3

    Ismail Kadaré : Disputes au sommet
    Avron Moshe Fuchs : Sous le pont et autres nouvelles
    Théodora Dimova : Les dévastés

    • Pour ma part, je rajouterais à ces trois-là Les coeurs endurcis, La fenêtre russe et aussi le livre sur la littérature hongroise. Slavko Kovac m’intéresse également. Donc ce sera un Top 7 pour moi.

      • Vincent dit :

        Je freine, sinon, c’est trop. Les cœurs endurcis, à voir. Sur la littérature hongroise, c’est trop pointu pour moi.

      • Tout à fait compréhensible!
        Mais je suis aussi d’accord avec le constat que fait la présentation, que « la richesse narrative antérieure au XXe siècle est encore trop peu connue des lecteurs français ». Elle est très peu traduite et, lorsqu’elle est traduite, c’est très confidentiel ou daté, alors qu’il y a des choses intéressantes à découvrir. Qui sait, peut-être cet ouvrage permettra-t-il la traduction intégrale d’une ou deux des oeuvres les plus intéressantes pour un public plus large.

      • Vincent dit :

        Tout à fait d’accord avec vous. Mais j’ai encore beaucoup à lire sur le XXe et XXIe siècle.

  2. Bon, tout me donne très envie ! Merci beaucoup mais alors, j’ai été immédiatement achetée (je le commande tout de suite !!!) « d’une saga féminine autour de trois sœurs en Pologne, dans le second tiers du XXe siècle  »
    C’est certain que cela va me plaire !

    • Quelle rapidité! Heureusement que tu me remercies quand même pour cette nouvelle tentation.
      J’étais justement en train de me dire ce matin qu’il y a pas mal de livres (contemporains) qui mettent en scène des trios, ou des quatuors, de femmes (dans Les dévastés, ce sont 3+1 femmes) pour parler d’Histoire. J’ai commencé à me creuser la tête pour identifier des équivalents masculins mais je cherche encore.

      • Vincent dit :

        C’est vrai, alors que des duos me viennent à l’esprit. C’est une idée de chronique non ?

      • Tout à fait! Je garde l’idée sous le coude pour un peu plus tard. A quels duos pensez-vous?

      • Vincent dit :

        Pour les duos, je pense à

        – Mysliwski Wieslaw : L’art d’écosser les haricots
        – Szabo Magda : La porte
        – Kassak Lajos : Vagabondages
        – Slavonika Olga : La locomotive des sœurs Tcherepanov

        Je poste là, car je n’arrive pas à poster sur votre dernier message

      • Merci pour cette réponse et ces idées. Je vais devoir affiner mon concept de duos et de trios, car je pensais plutôt à des livres où ce sont des liens familiaux (soeurs, grand-mères-mères-filles et/ou tantes) plutôt que d’amitié (comme c’est le cas dans Vagabondages) ou d’emploi (La porte), qui soit font avancer l’action, soit fournissent la base du livre. Je n’ai pas encore lu ce Mysliwski, ce sera peut-être pour bientôt!

      • Totalement d’accord avec Vincent : c’est une excellente idée de chronique !

        C’est vrai qu’en lisant ton article je me suis dit que plusieurs se rapprochaient, je viens justement de terminer Le livre des Reines de Joumana Haddad : 4 femmes pour parler des conflits au Moyen-Orient…
        La formule semble en effet fonctionner (surtout sur moi ? ahah)

      • D’accord, d’accord, mais ce ne sera pas pour tout de suite! J’ai un programme chargé (cf avant-dernier billet)!

  3. Marilyne dit :

    Kadaré prioritaire ! J’ai croisé hier  » les coeurs endurcis « , je me suis contentée de noter ( sage pour une fois ! ), j’ajoute à la liste  » Un regard bleu « . Je vais essayer de voir/feuilleter ce livre Gallimard, sur Slakvo Kopac, rien que l’image en couverture m’appelle ;-). ( misère, j’ai lu l’Immortalité il y a une éternité, mon souvenir est très flou ).

    • C’est vrai que l’image de couverture est intrigante; je me demande à quoi ressemble l’oeuvre dans son intégralité.
      Pour L’Immortalité, la présentation chez Gallimard (la table des matières) ne t’aidera pas beaucoup à t’en souvenir bien qu’elle soit – elle aussi – intrigante.
      Je suppose que Les coeurs sont suffisamment endurcis pour ne pas te vouloir d’être passée outre – pour le moment.

  4. Marilyne dit :

    L’anecdote du jour : depuis la lecture de ton billet, ce nom de Slakvo Kopac me trotte en tête, je me demandais pourquoi, d’où je pouvais le connaître. Et bien, voilà, il a été proche de Jean Dubuffet, au point d’être le conservateur de la Colllection d’art Brut. Je travaille sur l’art brut en ce moment… j’aurai pu/dû réagir plus vite ! Un indispensable donc 🙂

  5. nathalie dit :

    J’ai vu Les dévastés dans l’infolettre des Syrthes (oui, à cause de toi, j’ai des abonnements de ce genre) et je me doutais que tu en parlerais !
    J’ai l’impression que les éditeurs sortent de terre des nouvellistes yiddish tous les 3 4 matins, c’est un puits sans fond. Bon, j’ai noté celui-ci.
    Y a un truc avec Pasternak non ? Pocket publie Nos secrets trop bien gardés de Lara Prescott. Je ne sais pas ce que ça vaut, ça a l’air très mélodramatique avec des femmes inoubliables (mais j’ai vu un documentaire sur le sujet, qui a l’air effectivement propice au roman).

    • Bingo!
      Quel cynisme, dans ton commentaire! Il y a peut-être un petit effet de mode yiddish, ou alors est-ce simplement parce qu’il y en a beaucoup plus que ce à quoi on était habitué jusqu’ici? Et pour Pasternak… n’est-ce pas plutôt – dans le cas de Lara Prescott – une histoire de vouloir revisiter chaque épisode historique par le prisme de « toutes les femmes éclipsées par les hommes, oubliées par l’Histoire » (je cite la 4e de couv). Je doute qu’on puisse accuser Kadaré de s’inscrire dans ce mouvement!

  6. Vero dit :

    Merci pour cet éclairage côté Est sur la rentrée littéraire : j’ai noté quelques titres, notamment Les Dévastés ou Les coeurs endurcis.

  7. […] article a été publié dans le cadre des lectures communes autour de l’Holocauste proposées par Passage à l’Est! et Patrice de Et si on bouquinait un peu ? à partir du « 27 janvier, jour de commémoration de […]


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