Février-juin, un A à T des nouvelles publications (+ quelques actualités)

Mon dernier récapitulatif des nouvelles publications date de février et, depuis, les livres ont continué à sortir et à s’empiler. Il est plus que temps de faire un retour sur les nouvelles parutions – ou rééditions – de ces quatre derniers mois, n’est-ce pas ?

Voici donc une vingtaine de titres, organisés par langue d’origine – une douzaine – de l’albanais du Kosovo au polonais de la Pologne, du roumain (et de l’allemand) de Roumanie au tchèque de Tchéquie, en passant par le français pour parler d’Europe. Principalement du neuf mais aussi un peu du vieux ; de la fiction, de la poésie, des gros et des petits romans, des œuvres complètes… Et puis trois actualités littéraires pour terminer.

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Profession : historienne, ethnographe, « espionnes » (3)

Voici enfin la suite et fin de ma chronique de A spy in the archives. A memoir of Cold War Russia, de Sheila Fitzpatrick, et de My life as a spy. Investigations in a secret police file, de Katherine Verdery : deux autobiographies de chercheuses anglo-saxonnes, toutes plongées « de l’autre côté du rideau » durant la Guerre froide, et toutes deux accusées d’espionnage par les autorités des pays dans lesquels elles font leurs recherches. Dans ce billet, je proposais une présentation générale des deux livres et, dans celui-ci, j’évoquais surtout le livre (passionnant) de l’historienne Sheila Fitzpatrick et ses tribulations dans les archives – et la vie intellectuelle – moscovites dans les années 1960. Le billet d’aujourd’hui nous amène dans la Roumanie des années 1970, puis 1980 (et aussi 2000 et 2010) avec le livre plus exigeant de l’ethnographe et anthropologue américaine Katherine Verdery.

Trois ans après la fin du livre de Sheila Fitzpatrick, en juillet 1973, Katherine Verdery, alors titulaire d’une bourse doctorale, arrive pour son premier séjour en Roumanie. Sur le plan international, le contexte est différent des années de stagnation de l’ère Brejnev, et de la crise de 1968, que connait Fitzpatrick à Moscou. Lorsque Verdery arrive, écrit-elle, « la Roumanie était le seul pays où il était relativement facile de faire de la recherche de terrain » et les relations entre la Roumanie et les pays occidentaux étaient encore relativement ouvertes. Son livre, My life as a spy, couvre cette première période de recherche ainsi que les suivantes, jusqu’à sa dernière visite en Roumanie dans les années 1980. Elle y trouve alors un pays en prise avec une vraie paranoïa envers les espions occidentaux, paranoïa qui n’a été qu’augmentée par l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis, par le lancement des Star Wars, par le renouveau de la rhétorique de guerre froide, et par le discours explicitement anticommuniste du nouveau président. Elle retrouve également un pays dont les dirigeants (également paranoïaques) sont profondément opposés aux élans réformistes de Gorbatchev en URSS, en plus d’être aux commandes d’une économie en chute libre. Quelles seront les conséquences, pour Verdery et ses liens professionnels et amicaux avec la Roumanie, de cette direction de fermeture que prend le pays ? 

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Ivo Andrić – Omer pacha Latas

La quatrième de couverture présente les personnages d’Omer pacha Latas comme les figures d’un échiquier – la reine, le fou, la tour, les soldats… En repensant à ma lecture, je me suis rendu compte que j’y voyais plutôt un de ces grands tableaux des siècles passés, présentant un grand thème – un paysage, un passage de la Bible, une bataille entre deux armées – mais dont l’intérêt réside en fait dans les détails nichés sur les routes et dans les maisons.

Le grand thème, ici, serait l’arrivée en Bosnie d’Omer pacha Latas et de son armée, « un grand événement non seulement pour Sarajevo mais pour toute la Bosnie ». C’est au mois d’avril d’une année dont on apprend plus tard qu’il s’agit de celle de 1850 qu’arrive ce séraskier du sultan, « le « mouchir » (maréchal) Omer pacha.

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