Août-septembre : à nouveau du nouveau à lire

C’est bientôt la rentrée ! (apparemment). En tout cas, côté livres, c’est certainement déjà la rentrée. Comme d’habitude, la question du nombre – magique ou maudit – des nouvelles publications de cette rentrée littéraire, agite. Les publications en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans ne sont pas – de loin – les principales fautives, mais il y en a quand même une jolie brassée. On trouve par exemple :

En provenance du polonais, le 25 août chez Agullo, Madame Mohr a disparu, de « Maryla Szymiczkowa ». Celui-ci, je l’ai lu dans la traduction anglaise en début d’année et j’étais très contente d’apprendre que sa traduction française était en cours. Maintenant, c’est fait !

Ça se passe à Cracovie/Kraków, à la fin du XIXe : une femme disparait, une autre se trouve une vocation d’Agatha Christie avant l’heure ; il y a plein de snobisme, pas mal d’ironie et une bonne dose d’humour, et c’est le premier d’une longue série de (pastiches de) romans policiers bon enfant avec Zofia Turbotynska dans le rôle de l’enquêteur. Ah, et pourquoi les guillemets pour « Maryla Szymiczkowa » ? La présentation complète du livre et de l’auteur chez Agullo vous dira tout.

Traduction par Marie Furman-Bouvard.


En provenance du polonais (2), le 25 août chez Editions Allia, La peste à Naples, de Gustaw Herling. Ecrivain polonais, dissident émigré durant toute l’après-guerre, Gustaw Herling est principalement connu pour Un monde à part, mémoires de ses années de goulag durant la Seconde Guerre mondiale, dont une première version traduite en anglais, publiée en 1951, servira de base à la traduction française parue en 1985 (Herling est aussi l’auteur de la préface des Souvenirs de Starobielsk, de Jozef Czapski). Après quelques années passées en Angleterre, il s’installe à Naples et y vit jusqu’à son décès en 2000. C’est à Naples aussi – mais Naples sous domination espagnole au XVIIe siècle – qu’il inscrit ce court texte : « documenté, concis et limpide, La peste à Naples est une exploration aussi dérangeante que nécessaire des pathologies du pouvoir. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par l’autrice de la très grande majorité des textes de Herling parus en français, Thérèse Douchy.


En provenance de géorgien, le 25 août chez Robert Laffont, Génération Denim, de Dato Tourachvili. Quelle surprise pour moi de trouver ce livre parmi les nouvelles publications – cela m’a tout de suite ramené quelques années en arrière, dans une librairie-papeterie de Kutaisi où j’avais acheté un exemplaire un peu poussiéreux de la traduction anglaise publiée chez la petite maison d’édition Sulakauri. « Le récit hallucinant d’une génération sacrifiée sur l’autel de la liberté. 1983, la Géorgie est sous le joug de l’URSS. Les restrictions sont légion et s’étendent jusqu’aux vêtements. Interdiction de porter un jean, ennemi juré de la propagande soviétique. C’est dans cette prison à ciel ouvert qu’une nouvelle génération rêve en secret de rejoindre l’Ouest. Avec le denim comme symbole. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Alexander Bainbridge.


En provenance du polonais (3), le 1 septembre chez Noir sur Blanc, Stramer, de Mikołaj Łoziński. « Au début du XXe siècle, Nathan Stramer revient des États-Unis dans sa ville natale de Tarnów, une ville industrielle du sud de la Pologne, où la moitié de la population est juive. Il y rencontre sa femme, Rywka, et devient le père de six enfants que l’on va voir grandir… Cette histoire intime, extrêmement attachante, est interrompue de plus en plus fréquemment par la marche sanglante de l’histoire. Les Stramer peuvent-ils deviner ce qui les attend ? »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Laurence Dyèvre.


En provenance de l’albanais, le 1 septembre chez Zulma, L’hiver de la grande solitude, d’Ismail Kadaré. Après Qui a ramené Doruntine ?, voici le deuxième roman de Kadaré à être republié chez Zulma, une cinquantaine d’années après sa première parution. Comme tant des romans de Kadaré, il prend pour point de départ l’un des épisodes de l’histoire albanaise du XXe siècle : « Réaliste, passionné et saisissant, L’Hiver de la grande solitude est le grand roman de la rupture entre le géant soviétique et la dictature albanaise qui osa émettre une voix discordante. Ismail Kadaré compose une véritable symphonie mêlant aux trajectoires individuelles le vent de la grande Histoire. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Jusuf Vrioni.


En provenance du croate, le 7 septembre chez Gaïa, Attraper le lapin, de Lana Bastašić. « Ce qui démarre comme un road trip au cœur des ténèbres de l’Europe prend peu à peu des allures de voyage dans le temps, tandis que (…) deux trentenaires plongent dans le “terrier” de leur histoire commune, revisitent leur amitié fusionnelle, conflictuelle et exhument de douloureux secrets… Lana Bastašić signe un premier roman intense et poignant sur la construction identitaire, la faillibilité de la mémoire et les différentes façons dont deux personnes peuvent se blesser, s’aimer, se décevoir et se méprendre l’une sur l’autre »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Aleksandar Grujičić en collaboration avec Isabelle Liber.


En provenance du macédonien, le 8 septembre chez Gallimard, Mon cher mari, de Rumena Bužarovska. J’ai été contente de voir la parution en français de ce livre, car j’avais déjà eu l’occasion d’en lire quelques passages en anglais – et de voir qu’il existe aussi en hongrois – et j’en avais aimé le ton acerbe. « Tableau à la fois désopilant et terrible des rôles attribués par la société, Mon cher mari renouvelle la fiction féministe en égratignant tout le monde. Sur un fil d’équilibriste entre ironie décapante et tragique de la banalité conjugale, Rumena Bužarovska pointe les limites sociales comme intimes de notre discours sur le couple et interroge de son irrésistible talent chaque rouage du vaste jeu de l’amour et du mariage. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Maria Bejanovska, qui le présente aussi sur son blog.


En provenance du polonais (4), le 9 septembre chez Métailié, Tu sais qui, de Jakub Szamałek. Ce n’est pas tous les jours que l’on trouve des textes « de l’est » chez Métailié ! Cette nouvelle parution montre à nouveau à quel point le polar/roman noir polonais a le vent en poupe, et à quel point le traducteur Kamil Barbarski s’en est fait une spécialité (cf notamment ses traductions de Zygmunt Miłoszewski, mais aussi de Marcin Wroński et de Jakub Zulczyk). « Une jeune journaliste débutante chargée de la rubrique people dans un média sur le Net se lance dans une enquête qui la dépasse très vite. Elle réalise que la vie des stars de la télévision est beaucoup plus effrayante que tout ce qu’elle a pu imaginer. …Des personnages brillants et mystérieux mènent la danse et soulignent la perversité des transformations du système judiciaire polonais. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur et traduction, donc, par Kamil Barbarski.


En provenance du croate (2), le 15 septembre chez Agullo, La femme du deuxième étage, de Jurica Pavičić. Deuxième roman de Pavičić traduit en français après le multi-primé L’eau rouge, « La Femme du deuxième étage est l’anatomie de cette tragédie dans laquelle des gens ordinaires deviennent acteurs de la rubrique faits divers. Ce thriller psychologique tendu éclaire non seulement la façon dont le crime a été commis, mais aussi pourquoi. À la recherche d’une réponse, l’écrivain s’enfonce dans la peau de son héroïne et explore les circonstances qui ont conduit au meurtre. Excellent chroniqueur et critique de la réalité sociale, Pavicic traite des mutations d’une société en transition et de leur impact sur le microcosme d’une famille, sur fond d’images idylliques de la Méditerranée qu’il oppose à celle d’une cruauté difficile à pardonner. » Traduit du croate par Olivier Lannuzel.

(A noter aussi, en provenance du croate (3), le 18 août chez Libretto, la réédition de Miracle à la Combe aux Aspics, d’Ante Tomić – un « road-movie littéraire » pour lequel je n’ai lu jusqu’ici que des avis très enthousiastes).


Une rentrée variée en termes de langues, de sujets et de formats, donc. Qu’est-ce qu’elle vous inspire? Pour ma part, il y aura certainement une chronique du Szymiczkowa, peut-être une également du Tourachvili (un bon complément aux Ténèbres sacrées. Les derniers jours du Goulag, de Levan Berdzenichvili, que j’avais chroniqué en début d’année); le Kadaré m’intéresse évidemment, de même que le Bužarovska, et… je vais m’arrêter là pour le moment.

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24 commentaires on “Août-septembre : à nouveau du nouveau à lire”

  1. celui qui me fait pleinement de l’oeil c’est Stramer que j’ai immédiatement noté puis ensuite c’est Herling que je lis depuis longtemps en particulier son journal que j’apprécie beaucoup et bien entendu un Monde à part

    • Je ne saurais pas trop dire pourquoi, mais le Stramer ne m’attire pas plus que ça. Est-ce la présentation de l’éditeur qui t’ay a intéressé ou en as-tu entendu parler autre part? Par contre, Herling m’intéresse – je n’ai encore rien lu de lui et j’apprécie toujours l’idée de prendre le passé pour parler du présent.

  2. Nathalie dit :

    Tu sais, il y a un petit enfer spécial, pas très chaud, mais quand même un peu, pour les gens qui publient des chroniques simplement pour donner envie des livres… Pour le moment, comme Dominique, peut-être Stramer, si c’est attachant. On verra pour les autres, notamment Kadaré.

  3. Marilyne dit :

    J’avais repéré aussi la réédition du Kadaré ( noté pour ma prochaine revue de presse ). Je l’ai déjà dans l’édition Bouquins que je n’étais offerte, il faut vraiment que je me décide à le lire !

    • J’ai évidemment pensé à toi en écrivant que le Kadaré m’intéressait, étant certaine qu’il en serait de même pour toi. Mais il faut d’abord que je m’occupe de Doruntine avant de penser à lire un autre Kadaré.

      • Marilyne dit :

        Alors, je vais prendre prétexte que je t’attends pour la lecture de ce Kadaré.

      • Dois-je comprendre que tu es contente de faire une pause avec Kadaré, ou au contraire qu’il faut que je me dépêche ? Je serais d’accord aussi avec la deuxième option, mais je ne peux me dépêcher que lentement!

      • Marilyne dit :

        Ni l’un ni l’autre. Je suis patiente, je sais qu’il sera lu et que ce sera encore plus intéressant en lecture partagée avec toi. Ce sera quand tu veux ( ce n’est pas comme si je n’avais rien d’autre à lire… )

      • Je me doute en effet que tu as beaucoup à lire et c’est une bonne chose. Je n’oublie pas cette idée de faire une nouvelle lecture partagée autour de Kadaré – de toute manière, tu es désormais associée à Kadaré dans mon esprit!

  4. kathel dit :

    Merci pour toutes ces idées sur lesquelles je reviendrai tranquillement, mais j’ai d’ores et déjà un petit a priori positif pour le Kadaré et La femme du deuxième étage.

  5. Patrice dit :

    J’aime beaucoup ce rendez-vous que tu nous offres :-). Je suis très intéressé par Tourachvili et Lozinski. Je suis impressionné par la vague de livres traduit du polonais, c’est assez remarquable. Eva avait lu « L’eau rouge » et elle a sur sa pile « La femme du deuxième étage » ; on aura donc l’occasion de parler de ces sorties prochainement sur notre blog.

    • Je suis contente que ce rendez-vous soit apprécié! Penses-tu être suffisamment intéressé par Tourachvili pour sauter le pas?
      Je suis d’accord avec toi concernant la littérature polonaise et je suis contente qu’elle ait le vent en poupe en français – ce qui n’est que justifié étant donné sa richesse et sa diversité, passées et présentes. D’ailleurs, je prévois encore de faire une série polonaise bientôt (je voulais en fait la faire au printemps).
      J’attends donc de chez vous une chronique sur le Pavicic no. 2. Je me pencherais bien moi aussi sur cet auteur, mais c’est comme toujours une question de temps et de choix à faire.

  6. allylit dit :

    Je me suis notée plein de titres mais j’essaie de résister afin de vider un peu ma PAL 😉

  7. […] Août-septembre : à nouveau du nouveau à lire → […]

  8. Doudou Matous dit :

    Bonjour, ce roman était déjà dans ma liste de lectures de la rentrée et ce billet me donne encore plus envie de le lire.

  9. […] liste des nouvelles publications en provenance « de l’Est » de la rentrée littéraire 2022 était déjà longue… et pourtant il lui manquait plusieurs titres ! Voici donc un […]

  10. […] lue mais, pour cette chronique, j’ai relu le livre dans la traduction française, publiée fin août par Agullo qui m’en ont gentiment fait parvenir un […]


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