Et les enfants dans tout ça ? Trois classiques venus de Hongrie

Après la République tchèque, passons en Hongrie pour un nouvel épisode de ma série sur les albums pour enfants venus d’Europe de l’Est et traduits en français. Si les deux livres tchèques d’hier sont tous récents, on passe avec les trois livres d’aujourd’hui à des grands classiques de la littérature pour enfants, côté auteurs comme illustrateurs.

Les voici, par ordre croissant d’âge de lecture :

L’éléphanteau à pois bleus

Présentation de l’éditeur :

Cette bande dessinée présente vingt petites histoires rigolotes sur l’amitié. A chaque double page, un éléphanteau à pois bleus essaie d’imiter ou d’aider un de ses copains animaux avec plus ou moins de succès : une taupe grognon, un raton laveur un peu trop consciencieux, un papillon farceur, un âne extrêmement têtu, un hérisson qui a de l’idée… Les dessins frais et tout en rondeur de Zsolt Richly se marient parfaitement au texte simple et drôle de Veronika Marék.

Pour initier les plus petits au plaisir de la Bd.

Ecrit par Veronika Marék, illustré par Zsolt Richy, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. Editions La joie de lire, 2015. A partir de 3 ans.

***

Moi, si j’étais grand

Présentation de l’éditeur :

Politiquement incorrects et légèrement subversifs, les textes d’Eva Janikovszky et les dessins de László Réber font mouche et ébranlent nos convictions d’adultes. Leurs livres incroyablement modernes font partie du patrimoine mondial de la littérature jeunesse ; des pépites à consommer sans modération.

C’est bien connu être un enfant c’est pas amusant. « Les grands font ce qu’ils veulent, alors que les enfants doivent faire ce que les grands veulent qu’ils fassent. » Alors si j’étais grand…

Eva Janikovszky se met, avec humour et poésie, à la place de l’enfant qui doit se plier sans cesse à la volonté des adultes. Le scepticisme de l’enfant, sa frustration, et ses rêves une fois qu’il aura atteint l’âge adulte. Un livre sur l’enfance et les rapports enfants-parents parfois emprunts d’incompréhension mutuelle. Eva Janikovszky n’hésite pas à user la toute puissance de l’adulte. Une vision incroyablement avant-gardiste.

Un livre illustré au crayon, avec drôlerie et impertinence par László Réber.

Ecrit par Eva Janikovsky, illustré par László Réber, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. Editions La joie de lire, 2011. A partir de 6 ans.

***

Dom do dom !

Présentation de l’éditeur :

Dom do dom ! est un recueil d’histoires relatant les aventures d’un groupe de personnages assez fantasques : un cheval bleu, un sapin mobile, un colosse, un homme qui ne sait dire que Dom, do, Dom. Tous ces personnages ont été sauvés du monde, un peu cruel à leur égard, par Micamac qui les a emmenés dans une forêt où s’est créée une communauté à la vie mouvementée et joyeuse. Le livre reflète bien le style, très personnel, d’Ervin Lázár qui se caractérise par l’humour, la fantaisie, les jeux de mots et un regard tendre parfois teinté de mélancolie sur le monde.

Ecrit et illustré par Ervin Lázár, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. Editions La joie de lire, 2012. A partir de 9 ans.


Et les enfants dans tout ça ? Des souris et des abeilles venues tout droit de République tchèque

Le premier pays sur lequel je vais m’arrêter pour cette série sur les albums pour enfants venus d’Europe de l’Est et traduits en français est la République tchèque. Je voulais ne présenter qu’un album par pays, mais j’en ai deux sous le coude qui me plaisent autant l’un que l’autre, alors pourquoi ne pas présenter les deux ? Voici donc Ravouka, la souris scientifique, et Abel le roi des abeilles.

Ravouka, la souris scientifique

Présentation de l’éditeur :

Un documentaire ludique et riche en informations pour découvrir la faune, la flore et les lois de la nature

Ravouka écrit une encyclopédie. En observant la nature, elle découvre comment poussent les arbres, ce qu’il y a sous la surface de l’étang. Elle apprend à nommer les animaux, les fleurs…
Le lecteur la suit dans ses explorations et ses expériences.

***

Je vous invite aussi à lire ce que Petite Fleur Loves Books et Li&Je ont pensé de cet album et de cette sympathique souris !

Ecrit et illustré par Tereza Vostradovská, traduit du tchèque par Alžběta Amien. Editions amaterra, 2018. A partir de 4 ans.

Pour en savoir plus sur l’univers visuel de Tereza Vostradovská, rendez-vous aussi sur le site web de cette jeune graphiste tchèque : http://vostradovska.cz/en/animation/hravouka

***

Abel le roi des abeilles. Les mille et un secrets de l’apiculture

Présentation de l’éditeur :

Un documentaire passionnant pour découvrir les secrets de l’apiculture.

Apprendre à reconnaître les différentes races d’abeilles, à repérer une reine dans sa ruche, comprendre la danse des abeilles, le cycle de vie d’une ouvrière ou encore les secrets d’une bonne récolte de miel : autant d’informations passionnantes contenues dans ce beau-livre documentaire richement illustré et très complet qui explique les coulisses de l’apiculture dans ses moindres détails !

Ecrit par Aneta Františka Holasová, traduit du tchèque par Eurydice Antolin. Glénat Jeunesse, 2019. Pour tous les âges.


Et les enfants dans tout ça ?

Depuis 8 ½ ans que j’ai commencé à tenir ce blog, j’ai présenté des livres et des auteur-e-s d’une vingtaine de pays différents, couvrant une période allant de 1869 à aujourd’hui, et des genres allant du récit de voyage au roman en passant par le roman noir, la nouvelle, les mémoires et (d’un peu plus loin) la BD. Mais il me manquait un élément clé de la littérature d’Europe centrale et orientale, auquel je n’ai pensé que récemment : la littérature pour enfants !

Je ne connais pas assez cette littérature pour pouvoir donner un panorama de ce qui existe en V.O. dans chacun de ces pays, mais il suffit de dire que certains livres – parfois de nombreux livres – sont traduits en français, ce qui est un signe indubitable qu’il existe un vivier conséquent dans les pays d’origine. Un autre signe de qualité est que beaucoup de ces livres sont traduits par des traducteurs et traductrices reconnus pour leur travail de traduction de littérature pour adultes : Lydia Waleryszak pour le polonais, Joëlle Dufeuilly pour le hongrois, Eurydice Antolin pour le tchèque ou encore Jean Pascal Ollivry pour l’estonien, pour ne donner que quelques exemples.

A partir d’aujourd’hui, jour de la Saint Nicolas, je vais donc vous présenter quelques titres de pays aussi variés que la Lettonie, la République tchèque ou la Bulgarie. On y parlera sciences, amitié, animaux et bêtises, pour enfants d’environ 4 ans et plus.

Qui a dit que Noël approche ?


Melinda Nadj Abonji – Tauben fliegen auf / Pigeon, vole

Dans une petite ville suisse, un couple venu d’ailleurs reprend un café-restaurant qu’ils tiennent avec leurs deux filles. Leur vie est réglée par le travail et l’espoir que celui-ci mènera vers une vie meilleure, sinon pour les parents, du moins pour leurs filles. Mais la guerre éclate dans leur pays d’origine qui se fissure sur des lignes ethniques, menaçant la vie de leurs proches restés là-bas. En Suisse, les parents gardent profil bas, espérant que leur propre statut ne sera pas remis en cause par une société qui risque de perdre patience face à l’afflux des réfugiés.

Ce couple, ce sont les Kocsis, et c’est par la voix de leur fille Ildikó que nous est contée l’histoire de cette famille hongroise de Voïvodine.

***

Comme Ildikó Kocsis, l’auteure Melinda Nadj Abonji est née au nord de la Yougoslavie, une région qui avait été hongroise et fait dorénavant partie de la Serbie (c’est la même Voïvodine qui donne son cadre aux romans de langue hongroise de Nándor Gion (comme Le Soldat à la fleur) et de Dezső Kosztolányi (Alouette), ainsi qu’à ceux du serbe Alexandre Tišma). Comme Ildikó Kocsis, Melinda Nadj Abonji a suivi ses parents lorsqu’ils se sont installés en Suisse au début des années 1970, et c’est en allemand qu’elle écrit : d’abord Im Schaufenster im Frühling en 2004, puis Tauben fliegen auf en 2010 (traduit en français en 2012 sous le titre Pigeon, vole), roman qui lui vaut d’obtenir le Deutscher Buchpreis et le Prix suisse du livre la même année. Lire la suite »


Actualités du samedi : sur les étagères ces dernières semaines

Voici quelques-uns des titres parus ces dernières semaines en français dans le domaine de la littérature d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans : comme en octobre, c’est une moisson petite en quantité, mais sans aucun doute grande en qualité.

 

Ayant apprécié l’humour des Lettres d’Angleterre du journaliste tchèque Karel Capek (1924, retrouvez mon article ici), j’ai vu avec plaisir que ses Lettres d’Italie sont aussi parues récemment aux Editions La Baconnière (traduction par Laurent Vallance) de même que, en octobre aux Editions du Sonneur, son Voyage vers le Nord (traduit par Benoît Meunier).

Toujours en octobre, trois livres on ne peut plus différents les uns des autres :

Les éditions Sillage rééditent Le Pont aux trois arches d’Ismail Kadaré (traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni) : « au sein d’un Moyen Âge rêvé les yeux ouverts, c’est le récit terriblement lucide de l’impuissance et de la crédulité des hommes face aux pouvoirs qui les broient. ».

La même maison d’édition publie également une sélection des Lettres à ses disciples argentins de l’écrivain polonais exilé Witold Gombrowicz (traduction de l’espagnol par Mikaël Gómez Guthart) : « témoignage unique sur l’homme, ses liens avec sa patrie d’adoption, son rapport à son œuvre (…) elles offrent un point de vue nouveau sur l’un des auteurs les plus inclassables du XXe siècle ».

  • A lire : mon article sur l’excellent Cosmos de Witold Gombrowicz.

Quant aux éditions La Baconnière, elles s’intéressent aussi à Svetlana Alexievitch, avec la parution de Svetlana Alexievitch: la littérature au-delà de la littérature, recueil rassemblant deux textes inédits de l’auteure (traduction du russe par Maud Mabillard) ainsi que de plusieurs textes critiques par Jean-Philippe Jaccard, Nathalie Piégay, Claudia Pieralli, Annick Morard, Wladimir Berelowitch, Tiphaine Samoyault et Daniel de Roulet, s’intéressant à la dimension littéraire de l’œuvre de l’écrivaine et journaliste, prix Nobel de Littérature 2015.

En septembre, les éditions Intervalles publiaient Le biscuit national de Zuska Kepplová (traduit du slovaque par Nicolas Guy), étude « comme dans L’Auberge espagnole » d’une génération née après la chute du mur, et partagée entre rêve européen et nostalgie du foyer.

Revenons vers novembre, avec les deux romans suivants :

Chez Cambourakis, un Krúdy inédit (traduit du hongrois par François Giraud), Le Château français : « Ce récit construit à la manière d’une grande comédie aux multiples personnages retrace, dans une petite ville hongroise, les péripéties amoureuses d’un Sindbad toujours prompt à relever des défis. »

  • Deux autres titres pour découvrir Gyula Krúdy : N.N. ; Pirouette.

Aux Editions Noir sur Blanc (collection Notabilia), Tout ce que je sais du temps de Goran Petrović (traduit du serbe par Gojko Lukic) : « Les quatre romans de Goran Petrović que l’on peut lire en français** sont tous portés par un souffle épique. Le choix de nouvelles présenté dans Tout ce que je sais du temps donne à voir un autre aspect de son univers narratif, plus intime, autobiographique, autofictionnel. »

(** Soixante-neuf tiroirs, Le Rocher, 2003 ; Le Siège de l’église Saint-Sauveur, Seuil, 2006 ; Sous un ciel qui s’écaille, Les Allusifs, 2010 ; Atlas des reflets célestes, Noir sur Blanc, 2015).

Et je m’arrête là, car je n’ai encore rien trouvé pour décembre.


Zoran Ferić – Le piège Walt Disney

Les Editions de l’Eclisse sont, à ma connaissance, toutes petites et toutes récentes. C’est au hasard d’un échange avec leur co-fondatrice Laura Karayatov que j’ai appris leur existence, et celle de leur plus récente parution, la deuxième au catalogue après un roman sur la culture du vélo, Les étoiles brilleront dimanche, de Benjamin Coissard (un troisième titre, L’évangile selon Nick Cave, d’Arthur-Louis Cingualte, est prévu pour février prochain). J’aurais pu l’interroger sur l’éclectisme de son catalogue, mais je vais ici me contenter de parler du recueil de nouvelles qu’elle m’a gentiment fait parvenir.

Le nom de Zoran Ferić ne parlera probablement qu’à une minorité de lecteurs francophones – et c’est normal car il s’agit là de son premier livre à paraître en français – mais il est bien connu en Croatie où, nous dit la traductrice Chloé Billon dans son introduction, il « a souvent défrayé la chronique » par son humour (« noir et grinçant ») ainsi que par son traitement (« singulier et sans fard ») de la sexualité, entre autres thèmes. Après avoir publié des nouvelles dans des journaux pendant une douzaine d’années, Zoran Ferić a publié son premier recueil de nouvelles, Le piège Walt Disney, en Croatie en 1996 (il est également professeur de littérature et préside l’Association des écrivains croates).

Que rajouter à ces éléments biographiques, sinon que j’espère que l’originalité de ce premier recueil lui permettra d’être mieux connu en France ? Lire la suite »


Actualité du mercredi: le prix Nobel de littérature d’Olga Tokarczuk

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

« Cărtărescu sera-t-il l’un des deux lauréats du Nobel de littérature, comme aiment à le prédire certains ? Ou sera-ce un autre auteur d’Europe centrale, les hongrois László Krasznahorkai ou Péter Nádas, ou la polonaise Olga Tokarczuk, ou l’albanais Ismail Kadaré, dont les noms circulent aussi ? Ou aucun d’entre eux ? »

La réponse est tombée jeudi dernier : ce n’est pas Cărtărescu, ni Krasznahorkai, ni Nádas, ni Kadaré, ni l’écrivaine d’origine croate Dubravka Ugrešić, ni la romancière russe Ludmila Oulitskaïa, ni même Haruki Murakami, César Aira ou Ngugi wa Thiong’o, au grand dam de ceux qui avaient pris au pied de la lettre l’annonce du comité de sélection du Nobel de littérature que le choix serait, cette année, moins eurocentré. Lire la suite »