Lectures-désorientation #7 : Un premier détour en Afrique

Ça fait longtemps que je n’ai pas fait de billet sur mes lectures d’à-côté du blog ! Ce mois-ci, lectures et billet m’ont été inspirées par la proposition de Jostein de mettre la littérature africaine à l’honneur.

Il y aurait sûrement beaucoup de choses à dire au sujet des similarités et différences entre Europe centrale et Afrique du point de vue de la création littéraire, mais il y a en tout cas un constat de base à faire : les littératures de ces régions ne sont ni aussi lues ni aussi connues qu’elles le méritent. Budapest n’étant pas un endroit idéal pour trouver de la littérature africaine en français (ou dans d’autres langues, d’ailleurs), le plus dur a été de choisir les livres, puis de mettre la main sur des exemplaires à lire.

Deux de mes lectures d’aujourd’hui m’ont été inspirées par le volume de nouvelles Opening Spaces. An Anthology of Contemporary African Women’s Writing, dont j’avais parlé ici. J’avais noté plusieurs noms d’autrices qui m’avaient plu et qui ont aussi écrit des textes plus longs, tous d’abord publiés en anglais mais dont certains sont disponibles en français.

Avec Getting rid of it (1997 ; en français : Une affaire de femmes, Editions Dapper, 2004), de l’écrivaine sud-africaine Lindsey Collen, j’ai pris la direction de la République de Maurice. Avec No Sweetness here (1970), de l’autrice ghanéenne Ama Ata Aidoo, j’ai traversé le continent en diagonale avant d’atterrir dans un pays en pleine décolonisation – je me suis aperçue un peu tard que ce recueil de nouvelles n’est pas traduit en français, cependant on peut lire d’elle Désordres amoureux (Editions Zoé, 2008 ; en anglais : Changes: A love story, 1991, lauréat du Commonwealth Writers’ Prize for Best Book).

Pour ma troisième lecture, retour vers le sud-ouest avec un clin d’œil à Tsitsi Dangarembga, née en Rhodésie du Sud (devenu indépendant sous le nom de Zimbabwe) et son roman Nervous conditions (1988, lauréat du Commonwealth Writers’ Prize ; en français : A fleur de peau, Albin Michel, 1991).

Ce sont trois textes très ancrés dans la réalité des sociétés dont ils tirent leur inspiration. Demain, je continuerai avec trois romans davantage marqués par l’éloignement – dans certains cas l’exil – de leurs auteurs et de leurs personnages.

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Nana Ekvtimishvili – The Pear Field

« Ces gamins sont peut-être des attardés, mais ils savent exactement ce qui se passe »

“Those kids may be backwards, but they know exactly what’s going on”

Après Sanatorium, de Barbara Klicka, voici le deuxième volet de ma séquence autour de livres évoquant des vies « normales » dans des endroits « à part » : The Pear Field (« Le verger de poires ») de l’auteure et cinéaste géorgienne Nana Ekvtimishvili.

Encore une lecture en anglais ? Oui, et la bonne nouvelle est qu’une traduction française de ce roman est prévue aux Editions Noir sur Blanc en 2023 (les extraits sont présentés ici avec mes traductions). Voici déjà un avant-goût de ce roman dur, fort et porté par des personnages qui transcendent leur cadre – ce quartier de Tbilissi, en Géorgie où « il n’y a rien d’intéressant à voir, ni bâtiments historiques, ni fontaines, ni monuments aux plus grandes réalisations de notre société ».

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Barbara Klicka – Sanatorium

Cette chronique constitue le premier volet de ma courte séquence autour du thème des vies « normales » dans des endroits « à part ». Il s’agit du roman Sanatorium, de la poète, dramaturge et romancière polonaise Barbara Klicka, dont l’œuvre « interroge la frontière entre l’intime et le public tout en questionnant le désir et la notion de norme » (éditions Intervalles, 2021).  

Je m’assieds sur le sol froid. Dans tout l’établissement, c’est le seul coin de granito qui ne soit pas recouvert d’un tapis, me dis-je et, aussitôt, j’ai honte. Sans doute du mot « établissement ». C’est ce que dit la dame blonde à la réception, mais aussi les dames à la cantine, ainsi que le personnel soignant, qu’on appelle ici « le personnel soignant », et moi, je me mets à penser avec ces mots-là. Encore pourrait-il m’arriver des choses plus graves. Par exemple, penser à cet endroit-là avec un terme réservé aux établissements qu’on ne peut pas quitter facilement, aux établissements où des corps touchent impunément d’autres corps. Ce qui, dans le sens inverse, ne marcherait absolument pas. Je m’adosse prudemment contre le mur moutarde, j’allonge les jambes devant moi.

Kama entretient un rapport particulier avec les sanatoriums. Malade depuis l’enfance, elle y a passé de longues périodes évoquées dans quelques chapitres insérés dans le corps principal du roman. A 33 ans, elle y retourne pour « toute la saison », envoyée par une commission de la sécurité sociale polonaise.

– C’est le ZUS qui m’envoie. Pour que je puisse continuer à toucher la pseudo-pension qui m’a été accordée après l’opération, je dois passer par une rééducation règlementaire. Et un médecin réglementaire doit l’attester, dans un établissement public. C’est une sorte d’extra à cette pseudo-pension, dis-je. Si je ne venais pas ici, ils me retireraient mon allocation.

– A juste titre, dit Beata sur un ton dont il résulte clairement que ce serait à juste titre.

Le choix du cadre est presqu’aussi soigné que s’il s’agissait d’un roman détective mené entièrement dans un espace en huis-clos : nous arrivons dans ce sanatorium de Ciechocinek avec Kama à la première page et, à la dernière, 120e page de ce mince roman, nous nous apprêtons à le quitter avec elle ; par ailleurs, faire de Kama une curiste sous contrainte administrative permet à l’auteure d’évacuer la question de qui est Kama, lorsqu’elle n’est pas en cure. Ainsi, hormis quelques références à un frère, à un ex-mari, et à un appartement exigu, Kama nous apparait comme sortie de l’ouate, dénuée de tout bagage hormis la valise trop lourde qu’elle traîne à son arrivée, et son expérience de la vie en sanatorium qui façonne sa personnalité.

C’est sur cette personnalité, sur ce regard mêlant ironie malicieuse, gaucherie et défiance, que repose Sanatorium. En surface, il ne s’y passe pas grand-chose : repas en commun, traitements selon le programme établi, promenades occasionnelles en ville. Ce que Kama commente – ce qui intéresse l’auteure – c’est l’étrangeté de cet univers clos, et les normes, rituels et hiérarchies qui s’y sont générées et que « personnel soignant » et curistes s’imposent. C’est peut-être là aussi que les chapitres sur l’expérience d’enfance de Kama au sanatorium apportent leur sens au roman : qu’il s’agisse d’enfants dirigés par des adultes, ou d’adultes dirigés par des adultes, on y vit cette même perte de contrôle sur son rythme quotidien et sur les personnes qu’il faut côtoyer, cette même instauration de règles régies par une logique entièrement institutionnelle (ou parfois simplement arbitraire), cette même vulnérabilité du corps et de l’esprit.

Est-ce que je devrais l’appeler par son petit nom, Mariuszek, quand je pense à lui ? Est-ce que c’est ce qu’il faudrait faire ? Je dois mettre ce café en perspective, me dis-je, il faut prévoir toutes les variantes de mouvements dans ce petit jeu, il faut tout envisager.

Heureusement, Kama ne se laisse pas désarçonner par tout ça – nous le savons parce que tout le roman est à la première personne, au fil de ses pensées et de ses commentaires sur ses stratégies pour faire face à telle ou telle situation potentiellement désagréable. Surtout, elle, et à travers elle sa créatrice Barbara Klicka, sont des fines observatrices des conversations – saugrenues, égoïstes, mesquines, solitaires – , ce qui apporte une dimension tout à fait savoureuse à ce personnage et à notre séjour, avec elle, dans ce Sanatorium. L’épisode du petit-déjeuner autour des œufs durs, et du duel silencieux entre Kama et ses deux congénères beaucoup plus âgées, m’a paru particulièrement drôle et bien mené.  

Elle s’arrête, me tend la main.

– Beata, enchantée. Comme tu avais l’air plus jeune que moi, j’ai pensé que tu deviendrais mon amie. Tu vas voir, les amies plus jeunes, ici, c’est quelque chose de très précieux.

Je pense : je ne vais pas m’enfuir, j’ai une grosse valise. Je pense : On m’a interdit de courir. Je pense : Ma seule certitude, c’est qu’elle sait de quoi elle parle, alors puisqu’elle sait, tends-lui la main et présente-toi poliment.

Barbara Klicka, Sanatorium (Zdrój, 2019). Traduit du polonais par Nathalie Le Marchand. Editions Intervalles, 2021.

Avec cette chronique, je participe à l’excellente initiative « Voisins voisines » consistant à mettre un coup de projecteur sur la littérature européenne contemporaine.

La chronique suivante nous emmènera à Tbilissi en Géorgie, dans un quartier où « il n’y a rien d’intéressant à voir, ni bâtiments historiques, ni fontaines, ni monuments aux plus grandes réalisations de notre société ».


Des vies normales dans des endroits à part ?

Tout récemment, j’ai lu deux courts romans qui viennent d’horizons différents – l’un traduit du polonais, l’autre du géorgien – mais entre lesquels j’ai vu beaucoup de similarités : romans récents (2015 et 2019 dans leur langue d’origine), d’autrices dont c’est le premier roman même si elles sont par ailleurs déjà bien établies dans leurs carrières littéraire ou artistique… Surtout, ce sont des romans qui se passent dans des endroits particuliers, à la marge de la vie « normale » et qui pourtant font partie du « normal » des personnes qui y passent des périodes plus ou moins longues.

Je vous les présente l’un après l’autre, à partir de demain.


Angel Wagenstein – Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac

Et c’est ici, mon frère, que débutent les difficultés de mon récit, qui renoncera désormais à ses habituelles vignettes, pizzicati et caprices, et sinuera, tel nos routes poussiéreuses et monotones, à travers les étendues pré-carpathiques, tantôt montant, tantôt descendant, et ainsi jusqu’à la ligne d’horizon, sans jamais longer nul précipice ni apercevoir aucun sommet vertigineux.

Cet été, en chroniquant les Contes hassidiques d’I.L. Peretz, j’avais entre autres choses noté que pratiquement tous ces contes de la fin du XIXe et du début du XXe se passent au sein de communautés juives établies aux confins de l’Ukraine, de la Pologne, de la Lituanie et de la Biélorussie d’aujourd’hui.

Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac se déroule dans le même espace car, comme Isaac Blumenfeld, le narrateur et personnage principal, aime à le rappeler, il vient de « Kolodetz, près Drogobytch », une ville dotée d’une unique rue,

… ce genre de petite ville qu’on appelle en polonais miasteczko, et que, pour notre part, nous nommions shtetl.

Il serait peut-être resté toute sa vie dans cette ville de Galicie, à distance raisonnable de Lemberg/Lvov, travaillant comme tailleur dans l’atelier de couture hérité de son père, s’il n’était pas né avec le turbulent XXe siècle : une période, et une région, éminemment hostiles aux populations juives et c’est pourquoi Le Pentateuque porte le sous-titre révélateur « Sur la vie d’Isaac Jacob Blumenfeld à travers deux guerres mondiales, trois camps de concentration et cinq patries ».

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De l’Estonie à Jérusalem en passant par Paris et l’Afghanistan – Quelques questions à l’écrivain Tiit Aleksejev

Il y a quelques jours, j’ai proposé une chronique de Le pèlerinage : dans ce roman historique, l’écrivain estonien Tiit Aleksejev fait revivre la première croisade (1096-1099) à travers le personnage d’un de ses participants, l’énigmatique Dieter.

Intriguée par ce roman, le premier d’une trilogie, j’ai posé quelques questions à son auteur. Voici ses réponses, traduites de l’anglais. Notre entretien date de la fin du mois d’août, alors que l’armée américaine et ses alliés terminaient leur retraite précipitée d’Afghanistan : c’est une actualité qui a coloré certaines questions et réponses.

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[Roman historique] Véra Moutaftchiéva – Le prince errant

L’affaire Djem échauffa l’atmosphère du Vieux Monde ; on mit en œuvre des moyens inouïs, on engagea des intérêts énormes. La personne de Djem (en fait, bien peu savaient à quoi ressemblait cette personne, et nul ne voyait en elle un homme doué de vie, avec son destin, sa volonté et ses intentions) devint une sorte de possession commune.

(Seconde déposition de John Kendall, turcopolier de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, relative aux années 1485-1487)

Le début de Le pèlerinage, chroniqué récemment, coïncide avec le déroulement de la deuxième croisade, en 1148. Comme la première, comme les autres qui les suivront, cette deuxième croisade n’aura pas de succès durables : Jérusalem reprise aux « infidèles » en 1099 reste sous le contrôle des rois de Jérusalem, mais seulement jusqu’en 1187 lorsqu’elle tombe aux mains de la dynastie musulmane des Ayyoubides. En 1453, c’est au tour de Constantinople, capitale de l’empire byzantin, de passer sous contrôle musulman, cette fois-ci sous la forme de l’empire ottoman.

Les premières pages de Le prince errant se déroulent en 1481, trente ans après ce clou enfoncé dans le cercueil des croisades, et les dernières pages, en 1499. Comme dans Le pèlerinage, on y trouve imbriqués « l’Orient » et « l’Occident », deux termes qui s’avèrent recouvrir des réalités bien plus hétérogènes. Autre parallèle entre le roman estonien (2010) et Le prince errant, roman bulgare de 1967 : le jeu avec les voix et les narrateurs, chacun des deux romans prenant le contre-pied des chroniques officielles afin de faire entrer en scène des voix mineures ou dont l’Histoire n’a pas toujours retenu le nom.

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Tiit Aleksejev – Le pèlerinage

Un homme, à la toute fin du XIe siècle, quitte le sud de la France pour Jérusalem, traversant les Balkans puis l’Anatolie que se disputent Croisés, Byzantins et Seldjoukides. 400 plus tard, un autre homme quitte ses terres natales dans l’Empire ottoman et trouve un bref refuge à Rhodes : un refuge qui se transforme en captivité en France puis à Rome.

Deux hommes, deux siècles, deux trajectoires opposées – ce sont les (très) grandes lignes de deux romans parus l’un en 2010, l’autre en 1966, qui ne se sont probablement jamais croisés mais qui parlent tous deux, à leur manière, des rencontres entre « l’Orient » et « l’Occident ».

Le premier roman, Le pèlerinage, est celui de l’écrivain contemporain estonien Tiit Aleksejev. Il débute en 1148, dans le « Monastère Notre-Dame de Boscodon, en Provence », et est narré par Dieter, « jardinier dans un couvent situé à deux jours de marche de Montpellier, sur des terres données à la sainte Eglise par le comte Guillaume de Montmiral. » Dès la première ligne, on apprend de sa bouche qu’il a été « quelqu’un d’autre, naguère, mais [que] cet autre ne veut plus rien dire ».

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Actualités du mois d’octobre (2) : rattrapages, et festival avec prix

Après mon récapitulatif des nouvelles publications d’octobre, voici un petit retour sur quelques titres qui m’avaient échappé :

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Actualités du mois d’octobre (1) : les nouvelles publications

Une petite sélection – 100% masculine – des nouvelles publications du mois d’octobre : des livres traduits du polonais, du bulgare, du serbe et du roumain. C’est parti ?

WIESŁAW

De Wiesław Myśliwski, les lecteurs et lectrices français.es se souviennent peut-être du « drôle de roman philosophique » L’art d’écosser les haricots, reçu avec tant d’enthousiasme à sa parution en français chez Actes Sud en 2010. Lui a succédé, en 2016, La dernière partie, roman empreint de « philosophie, poésie et ironie » et c’est maintenant au tour de L’Horizon, « grand roman qui a marqué des générations de Polonais ». Margot Carlier est la traductrice de ces trois romans et plutôt que de vous copier un extrait de la présentation de l’éditeur, je préfère lui laisser la parole pour vous communiquer son enthousiasme :

Enfin, il est là ! « L’Horizon » du grand auteur polonais, Wiesław Myśliwski, sera disponible en librairie le 6 octobre. Je me souviens encore de l’émotion ressentie à la lecture de ce merveilleux roman. Il m’a captivée, transportée… Il fallait absolument le traduire en français. J’ai mis dix ans pour trouver un éditeur. Dix longues années à chercher, écrire, arpenter les couloirs des maisons d’édition (j’exagère à peine). Dix ans, c’est le temps qu’il faut à Myśliwski pour écrire un livre. Le temps qui s’est écoulé entre « L’Horizon » (1997) et « L’Art d’écosser les haricots » (2007), les deux romans qui ont emporté le prix Nikê, la plus prestigieuse récompense littéraire polonaise. Du reste, Wiesław Myśliwski est le seul – avec Olga Tokarczuk – à avoir été primé deux fois.

Voici quand même le lien vers la présentation de l’éditeur. En librairie le 6 octobre.

STANISŁAW

Stanisław ou, en bon français, « Stanislas » : il s’agit bien sûr de M. Lem, incontournable auteur pour qui aime la science-fiction. Décédé en 2005, il aurait eu 100 ans ce mois-ci et c’est pour célébrer ce centenaire qu’Actes Sud publie Les aventures du pilote Pirx, inédit en français jusqu’ici. Ces « aventures d’un pilote spatial hors du commun, dont les missions extraterrestres sont marquées du sceau de la catastrophe » montrent « toute l’étendue du génie de son auteur et révèle[nt] enfin au public français les tribulations drolatiques et philosophiques de l’un des personnages les plus attachants de l’histoire de la science-fiction ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du polonais par Charles Zaremba, en librairie le 6 octobre.

A signaler également, la réédition chez Actes Sud ce mois-ci de ce qui est sans doute le roman le plus connu de Stanislas Lem, Solaris (« Stanislas Lem sonde les profondeurs de l’esprit humain comme il explore les mystères de l’univers. Et nous offre un huis clos à la fois haletant et effrayant » ; trad. Jean-Michel Jasienko) ainsi que de Le congrès de futurologie (« satire spéculative hallucinante sur l’avenir de nos sociétés et notre rapport au réel » ; trad. Dominique Sila et Anna Labedzka).

GUÉORGUI

Guéorgui Gospodinov est probablement l’écrivain bulgare contemporain le plus reconnu en dehors des frontières de son pays. La langue française, notamment, est bien servie grâce aux traductions de Marie Vrinat-Nikolov, depuis Un roman naturel (en français chez Phébus en 2002 puis Intervalles en 2017), jusqu’à Tous nos corps (en français : Intervalles 2020), « histoires ultra-courtes » que j’avais chroniquées ici en début d’année.

Gallimard publie maintenant Le pays du passé, « roman éclatant d’inventivité » dans lequel « le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. En librairie le 7 octobre.

BRANIMIR

Depuis la traduction en français par Jean Descat de son deuxième roman, La bouche pleine de terre, en 1975, l’écrivain serbe d’origine monténégrine Branimir Šćepanović (1937-2020) était fidèlement publié par les éditions L’Âge d’homme : La mort de monsieur Golouja et autres nouvelles en 1978, Le rachat en 1981, L’été de la honte en 2008. C’est dans la lignée de cette maison d’édition fondée par Vladimir Dimitrijević que Noir sur Blanc publie, dans la collection « La bibliothèque de Dimitri », quinze nouvelles inédites rassemblées sous le titre Une mer blanche et silencieuse : « Maître du récit court, de la narration condensée riche en symboles, Šćepanović, tel un prophète de l’Ancien Testament, révèle à l’homme sa nature tragique et risible au travers de fables allégoriques. ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Jean Descat et Marko Despot, et en librairie le 14 octobre.

Goran et Patrice avaient chroniqué avec enthousiasme La bouche pleine de terre en ouverture du Mois de l’Europe de l’Est l’année dernière, ici et .

ZYGMUNT

Le nouveau thriller époustouflant par la star du roman policier polonais !

Que rajouter à cette première phrase de présentation, par Fleuve éditions, du dernier opus de Zygmunt Miłoszewski ? Inestimable, qui se déroule entre Varsovie, Saint Pétersbourg et Paris, est « un roman qui mêle science, découverte médicale et enjeux économiques au cœur d’un sujet d’actualité ». Un mélange séduisant et visiblement détonnant, pour un livre qui s’est semble-t-il vendu en « 2 millions d’exemplaires dans le monde ». Zygmunt Miłoszewski était d’abord apparu en français avec son personnage du procureur Teodore Szacki dans Les impliqués (2013) et Un fond de vérité (2014) aux éditions Mirobole (avec leurs couvertures si distinctives, reprises par Pocket), puis aux éditions Fleuve avec La rage (2016). Dans Inavouable (2017, ce dernier également en version audio), Szacki laisse la place à de nouveaux héros, qui sont ceux également d’Inestimable : rendez-vous sur le site de l’éditeur pour une présentation plus complète.

Traduit du polonais par Kamil Barbarski. En librairie le 14 octobre.

MILORAD

Présenter L’exemplaire unique de Milorad Pavić, c’est autant évoquer le dernier roman traduit d’un auteur serbe prolifique et espiègle, que souhaiter la bienvenue à une nouvelle maison d’édition, Les monts métallifères.

« Notre lecteur idéal ne viendra pas chercher dans nos livres un type d’œuvres particulier, mais il acceptera à chaque fois de se lancer dans une aventure nouvelle », écrivent les deux fondateurs. Avec L’exemplaire unique, cette aventure nouvelle prend la forme d’un « polar onirique qui ne cesse de brouiller les pistes et d’abolir les frontières (entre homme et femme, rêve et ­réalité, vie et mort, passé et avenir) ». « Nous [y] suivons tour à tour les destinées d’un chanteur d’opéra, celle de sa femme, la magni­fique Markezina Lempicka, et de son amant. On y croise aussi un assassin lanceur de couteaux, un magnat aux ongles arrachés, un lévrier géant, Pouchkine, une irrésistible danseuse de tango, des morts qui convoquent les vivants… Et, comme toujours chez Pavić, le Diable n’est jamais loin. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Maria Béjanovska. En librairie le 14 octobre.

ANGEL

De l’écrivain bulgare Angel Wagenstein, les éditions Autrement viennent de publier Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, « premier volume d’une trilogie évoquant le destin des Juifs d’Europe » au travers tout d’abord du parcours d’Isaac Blumenfeld, petit tailleur juif vivant dans un shtetl de Galicie orientale au début du XXe siècle (chronique à venir). Après Le Pentateuque vient Abraham le poivrot, loin de Tolède, « évocation nostalgique d’une Bulgarie révolue et description cruelle d’un pays miné par la corruption, (…) Abraham le Poivrot est avant tout une ode drôle et délicate à ces Balkans d’un autre temps où les religions et les peuples se côtoyaient pour le meilleur et pour le pire, où les langues et les cultures s’entremêlaient, s’influençaient, où le lieu dans lequel on vit était plus important que celui d’où l’on vient. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du bulgare par Eric Naulleau et Veronika Nentcheva. En librairie le 20 octobre.

WITOLD

Alors que j’étais en Bulgarie il y a quelques semaines, je suis passée à plusieurs reprises près du parc des ours dansants de Belitsa : en soi, l’idée d’un centre créé pour abriter d’anciens ours dansants de Bulgarie, de Serbie et d’Albanie était suffisamment inhabituelle pour que je m’en souvienne, mais il s’agit en plus d’un centre co-géré avec la fondation Brigitte Bardot, ce qui fait que je ne suis pas prête de l’oublier. Avec Les ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté, le journaliste polonais Witold Szabłowski prend le sujet de ces ours élevés pour divertir, et généralement maltraités, comme point de départ à une réflexion plus générale sur la liberté, et surtout sur la difficulté de retrouver la liberté. « De Sofia à Tirana et de Belgrade jusqu’à Gori, la ville natale de Staline, en passant par Athènes, Londres et Cuba, Szabłowski interroge des femmes et des hommes sur la difficile transition de leur pays vers la démocratie et l’économie de marché ». Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Traduit du polonais par Véronique Patte. En librairie le 21 octobre.

(Szabłowski est aussi l’auteur de « Comment nourrir un dictateur. Saddam Hussein, Idi Amin, Enver Hoxha, Fidel Castro and Pol Pot vus par leurs chefs » (non traduit en français), fruit de trois années d’entretiens réalisés avec les chefs cuisiniers (et cuisinières) de personnalités qui ne comptent pas parmi les plus glorieuses du XXe siècle… Intéressant, non ?)

NORMAN (et SAUL)

Traduit à quatre mains par Florica Courriol (du roumain) et Marie-France Courriol (de l’anglais), Avant de s’en aller est un livre de dialogues entre deux géants de la littérature du XXe siècle : Norman Manea (1936- ) – écrivain roumain établi aux Etats-Unis, et l’écrivain nord-américain Saul Bellow (1915-2005), prix Nobel de littérature en 1976.

« Enregistré à Boston en 1999, cet entretien … traverse le XXe siècle. Les deux écrivains évoquent la vie et le travail de Bellow, les origines juives de Russie de ses parents, forcés de fuir le régime tsariste et d’émigrer au Canada, à sa vie américaine à Chicago…. C’est aussi une discussion sur le grand roman contemporain, sur la littérature juive-américaine dont Saul Bellow a été l’un des créateurs, sur ses rapports avec les autres écrivains, Isaac Singer et Philip Roth en tête ».

Publié aux éditions La Baconnière (la notice du livre n’est pas encore disponible), en librairie le 28 octobre.

Et vous, qu’aviez-vous noté de votre côté ?

Dans mon prochain article, une petite session de rattrapage des nouvelles publications, et un regard vers un festival littéraire.