Evgueni Evtouchenko – Babi Yar

Les témoignages et les images des camps de concentration et d’extermination ont marqué notre compréhension de l’Holocauste. C’est la libération de l’un de ces camps, Auschwitz, le 27 janvier 1945, qui a été choisie pour marquer la mémoire de l’Holocauste. A l’Est de l’Europe, sur les « terres de sang » contestées par l’Allemagne et l’URSS à partir de l’été 1941, ce sont surtout les exécutions de masse qui marquent l’entreprise nazie d’extermination des Juifs.

Le massacre de Babi Yar (Babyn Yar) est l’un d’entre eux – le plus meurtrier de cette « Shoah par balles » : en deux jours de la fin septembre 1941, au bord d’un ravin à proximité de Kiev, près de 34 000 Juifs furent mitraillés par le Sonderkommando 4a. Au cours des trois années suivantes, 70 000 autres hommes, femmes et enfants, Juifs, Ukrainiens, Roms, handicapés, prisonniers de guerre, y furent aussi fusillés.

Dès 1943, le poète ukrainien Mykola Bazhan, faisait explicitement référence à ces massacres (mais pas à leurs victimes juives) dans son poème « Babi Yar ». Près de vingt ans plus tard, en 1961, le poète russe Evgueni Evtouchenko consacrait à son tour à ce lieu et aux victimes – et particulièrement ses victimes juives – un poème, portant le même titre et destiné à devenir autrement plus célèbre.

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Quelques mots avec : Martin Daneš, auteur de « Les mots brisés »

Début décembre, je présentais ici ma chronique du roman Les mots brisés, roman tchèque et français sur les dernières (et dramatiques) années de la vie du journaliste et écrivain tchèque Karel Polaček (1892 – 1945), paru en 2020 aux Editions de la Différence. L’auteur de ce roman est Martin Daneš, journaliste, traducteur et écrivain d’origine tchèque, francophone et établi en France depuis de nombreuses années.

Un roman écrit en deux versions parallèles tchèque et française par le même auteur-traducteur, à propos d’un auteur de l’entre-deux-guerres très connu en Tchécoslovaquie puis en Tchéquie, et très peu connu en France ? C’était un mélange suffisamment intriguant, et un résultat suffisamment réussi, pour me donner envie de poser plein de questions à son auteur. C’est ce que j’ai fait courant décembre et je vous invite à écouter l’enregistrement de notre conversation ci-dessous.

Martin Daneš y présente donc Karel Polaček, l’un des auteurs tchèques les plus connus de l’entre-deux-guerres, et évoque quelques-uns de ses romans (notamment Nous étions cinq, son roman posthume disponible en français aux Editions de la Différence) ; il y parle aussi du moment où lui est venue l’idée « d’écrire un roman sur la vie d’un romancier » et de la lente reconstruction des dernières années de la vie de Polaček ; il évoque, enfin, le jeu entre l’imagination et la documentation dans son propre travail d’écriture, ainsi que son travail sur deux langues et sur deux éditions parallèles du livre en Tchéquie – son pays d’origine – et en France – où il vit depuis plusieurs années.

Merci à lui !

 

Passage à l’Est · Quelques mots avec : Martin Daneš, auteur de « Les mots brisés »

« Je ne traduis que les livres qui me plaisent » – Chloé Billon, prix INALCO 2020

La semaine dernière, je diffusais un entretien avec Marie Vrinat-Nikolov et Nathalie Carré, les deux fondatrices du prix INALCO de traduction. Le prix était décerné pour la deuxième fois dimanche dernier, la lauréate étant Chloé Billon pour sa traduction de l’excellent Les turbines du Titanic, de l’auteur croate Robert Perišić (Gaïa, 2019).

Je m’en réjouis car j’ai été impressionnée par toutes les traductions que j’ai lues de Chloé Billon, très travaillées mais avec un résultat extrêmement fluide et qui rend bien le caractère très moderne des textes.

Le jury du prix rejoint visiblement mon point de vue car, selon lui (d’après Livre Hebdo), Chloé Billon « a su particulièrement bien reproduire la complexité du roman en français, notamment l’oralité du texte, son écriture cinématographique, la diversité des registres et des points de vue et le passage rapide d’un registre à l’autre, les nombreux néologismes, les flux de conscience ».

Je me réjouis aussi du prix parce que non seulement j’ai publié, il y a un mois, ma chronique de Les turbines du Titanic (à retrouver ici), mais aussi parce que j’ai rencontré Chloé Billon par écrans interposés il y a juste deux semaines. Dans l’entretien qui a résulté de notre rencontre, nous avons parlé de son métier de traductrice littéraire, mais aussi et surtout de deux romans publiés au cours des deux dernières années et dont elle a signé la traduction : Les turbines du Titanic et le tout aussi excellent Adios cow-boy, d’Olja Savičević. Elle évoque au passage les dialectes de la côte dalmate (variantes du croate, mâtinées d’italien, « les dialectes sont restés très vivants là-bas ») et les défis de traduction qu’ils représentent, les avantages de traduire des auteurs contemporains, la (les) génération(s) perdue(s) dans l’espace post-yougoslave, sur les spécificités de la littérature croate, et sur ses nouvelles traductions qui paraitront dans les mois à venir.

Pour ma part, j’y mentionne également deux autres de ses traductions récentes, Blue Moon de Damir Karakaš (« un auteur qui travaille avec une écriture extrêmement sobre, pour en dire le plus possible avec le moins de mots possible ») et Le piège Walt Disney de Zoran Ferić (« un maître de l’humour noir tout à fait reconnu en Croatie »), que j’ai chroniqués ici et respectivement.

Pour écouter l’entretien, cliquez sur l’image, l’enregistrement s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.


A écouter ! Le prix INALCO de traduction par ses fondatrices

J’écrivais hier, à propos du festival VoVf et du prix INALCO de traduction que « j’aurai l’occasion d’en reparler très, très bientôt ! » C’est vrai, parce que c’est le sujet de mon billet d’aujourd’hui… et c’est aussi faux parce que, pour en parler, j’ai préféré donner la parole aux deux fondatrices du prix… Retrouvez ci-dessous l’entretien audio que j’ai réalisé avec Marie Vrinat-Nikolov, responsable du master de traduction littéraire de l’INALCO et traductrice littéraire du bulgare au français, et Nathalie Carré, Maître de conférences en langue et littérature swahili à l’INALCO.

Comment et pourquoi ce prix est-il né ? Comment fonctionne un prix de traduction et quels sont les étapes de sélection ? Comment, en particulier, s’assurer de la qualité de la traduction d’un livre au-delà du simple plaisir de lecture ? Et plus généralement, quelle est la place de la traduction dans le paysage littéraire français ? Voilà quelques-unes des questions abordées dans cet entretien. Cliquez sur l’icône, l’enregistrement s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.

Pour en savoir plus…

Sur le festival VoVf (2-4 octobre) : toutes les informations sur leur site. Comme il est a priori possible de suivre le festival à distance cette année, je me suis donné rendez-vous sur mon ordinateur dimanche à 14h, pour la table ronde « Traduire Olga Tokarczuk » avec la participation de ses trois traductrices Margot Carlier, Maryla Laurent et Grazyna Erhard.

Marie Vrinat-Nikolov s’est déjà présentée sur ce blog, c’était en 2014 au cours de ma série sur les traductrices littéraires. En clôture de cet entretien (à retrouver sur ce lien) figure une liste de ses traductions littéraires du bulgare au français, pleine de pépites.

Nathalie Carré traduit aussi : pour retrouver les titres de ses traductions du swahili, et de l’anglais, au français : c’est par ici.

Pour retrouver les six livres de la présélection INALCO : la liste est ici, et aussi .

Et quant à l’auteur néerlandais-marocain cité à la fin : le voilà.