EUPL 2019 : Trois romans lituaniens et une lauréate, Daina Opolskaitė

Je présentais hier et avant-hier les lauréates hongroise et ukrainienne du Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL). Comme la Hongrie, la Lituanie participait pour la quatrième fois : après les trois lauréates en 2009 (Laura Sintija Černiauskaitė pour son roman « Respirer dans le marbre »), en 2012 (Giedra Radvilavičiūtė pour son recueil de nouvelles « Ce soir je vais dormir du côté du mur ») et en 2015 (Undinė Radzevičiūtė pour son roman « Poissons et dragons »), c’est à nouveau à une auteure, Daina Opolskaitė, qu’est décerné cette année le prix.

Née en 1979 à Vilkaviškis au sud-ouest de la Lituanie, Daina Opolskaitė a fait des études de philologie et enseigne actuellement dans un lycée de sa ville natale. Auteure d’une trentaine de nouvelles, essais et recensions, Opolskaitė s’est vu décerner le prix de l’Union des Ecrivains de Lituanie en 2000 pour son premier livre (Drožlės), le prix de la Littérature pour Enfants en 2016 (elle est également l’auteur de romans pour adolescents), et son roman Ir vienąkart, Riči a été nommé Livre de l’année en 2017. Son recueil de nouvelles Dienų piramidės a été publié à Vilnius chez Tyto alba en 2019.

Deux autres romans étaient en compétition pour ce prix 2019 en Lituanie : Ši mtmečių melancholija de Mindaugas Jonas Urbonas (Vilnius : Lietuvos rašytojų sąjungos leidykla, 2017) et Stasys Šaltoka : vieneri metai de Gabija Grušaitė (Vilnius : LAPAS, 2017).

La philosophe, musicologue et activiste Daiva Tamošaitytė, présidente du jury lituanien pour le Prix de Littérature de l’Union européenne (auquel prenait également part la traductrice française Marielle Vitureau), a répondu à mes questions. Lire la suite »


EUPL 2019 : Trois romans hongrois et une lauréate, Réka Mán-Várhegyi

Après la présentation hier de la lauréate du Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL) pour l’Ukraine, place aujourd’hui à la Hongrie, qui participait pour la quatrième fois à ce prix initié en 2009.

Après Noémi Szécsi en 2009 (pour « Le Communiste Monte-Cristo »), Viktor Horváth en 2012 (pour « Miroir turc ») et Edina Szvoren en 2015 (pour son recueil de nouvelles Nincs, és ne is legyen), c’est à Réka Mán-Várhegyi qu’a été décerné ce prix cette année.

Née en 1979 dans la communauté hongroise près de Târgu Mureş en Roumanie, elle s’est installée en Hongrie après la chute du régime communiste et vit actuellement à Budapest. Travaillant pour une maison d’édition pour enfants depuis plusieurs années, elle publie un premier recueil de textes (« Tristesse dans le quartier Auróra ») en 2013 et reçoit alors le prix JAKkendő de l’association littéraire József Attila Kör auquel s’ajoute l’année dernière un autre prix prestigieux, le Prix Tibor Déry. Elle est également l’auteur de plusieurs livres pour enfants et jeunes adultes. Son roman Mágneshegy (« Colline Magnétique »), publié en 2018 et en partie développé à partir d’une des nouvelles de son recueil de 2013, brosse le portrait de trois jeunes universitaires à Budapest au tournant du millénaire, chacun essayant d’échapper à sa propre réalité.

Les deux autres livres en lice étaient Léleknyavalyák, avagy az öngyilkolás és egyéb elveszejtő szerek természetéről (« Les maladies de l’âme, ou de la nature du suicide et d’autres moyens de destruction ») de Róbert Milbacher, et Luther kutyái (« Les chiens de Luther), de László Szilasi, les trois romans étant parus chez Magvető en 2018.

Endre Szkárosi, président de la Société des Ecrivains Hongrois ainsi que du jury hongrois pour le Prix de Littérature de l’Union européenne (dont faisait également partie la traductrice française Joëlle Dufeuilly), a répondu à mes questions. Lire la suite »


EUPL 2019: Trois romans ukrainiens et une lauréate, Haska Shyyan

J’inaugure aujourd’hui ma série sur les romans lauréats du Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL) avec l’Ukraine, qui faisait pour la première fois cette année partie des pays participant à ce prix décerné par rotation aux pays membres de l’Union européenne.

Parmi les trois romans ukrainiens présélectionnés (За спиною (« Derrière le dos ») de Haska Shyyan, Дім для Дома (« Den for Dom ») de Victoria Amelina et Чормет (« Blackmet ») de Markiyan Kamysh), c’est à Haska Shyyan qu’a été décerné le prix pour l’Ukraine, pour son roman publié cette année par l’éditeur Fabula de Kiev.

Haska Shyyan, auteure, traductrice, photographe et co-propriétaire d’une librairie, est née à Lviv en 1980 mais habite dorénavant à Kiev. Déjà auteure en 2012 d’une traduction littéraire (Lights out in Wonderland, de DBC Pierre), elle publie en 2014 un premier roman, inspiré d’un séjour à l’hôpital et qui lui vaut d’être inclus dans la première sélection pour le Prix du livre de l’année ukrainien de la BBC.

Le jury ukrainien, composé de Oleksandra Koval, Ola Hnatiuk, Ostap Slyvynsky et Iryna Slavinska­­, était présidé par l’écrivain et président du PEN Ukraine Andreï Kourkov (bien connu en France de par ses nombreux romans traduits aux Editions Liana Levi: Le Pingouin, Le jardinier d’Otchakov…). L’écrivain, poète et professeur de littérature polonaise Ostap Slyvynsky (également natif de Kiev et membre du PEN Ukraine) a répondu à mes questions. Lire la suite »


Le cru 2019 du Prix de Littérature de l’Union européenne, trois questions par trois questions

J’ai eu l’occasion récemment de vous parler du Prix de Littérature de l’Union européenne, ce prix qui vise à mettre en lumière la création littéraire actuelle des pays membres de l’Union européenne, et à encourager les traductions entre les langues des pays membres.

Je vous avais par exemple listé les différents romans d’Europe centrale et orientale lauréats du prix et traduits en français ; je vous avais présenté Edina Szvoren, lauréate hongroise en 2015 ; et j’étais revenue sur les échanges qu’avaient eu plusieurs lauréat.e.s du prix lors du Festival International du Livre de Budapest l’année dernière.

Les lauréats et lauréates du Prix 2019 ont été annoncés tout récemment (pour la France : Au grand lavoir, de Sophie Daull, dont l’éditeur Philippe Rey donne une présentation plus qu’intrigante), et j’aimerais vous présenter ceux de « l’Est » de l’Union européenne. Mais comment parler de livres et d’auteurs qui n’ont – pratiquement par définition – pas encore été traduits, que ce soit en français ou dans d’autres langues ?

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Je me suis donc tournée vers les présidents et présidentes de chacun des jurys nationaux, pour leur poser les mêmes trois questions sur les romans présélectionnés, sur les romans primés, et sur le prix lui-même.

Leurs réponses sont à découvrir à partir de demain !


Actualité du mercredi : en librairie au mois de juin

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Une petite poignée de nouvelles (re)parutions au mois de juin :

Les Editions des Syrtes republient en poche Dernière nuit d’amour, première nuit de guerre, de Camil Petrescu (traduit du roumain par Laure Hinckel) : « Sur fond de Première Guerre mondiale, le jeune Stefan vit une histoire d’amour passionnelle avec Ella, qui deviendra ensuite sa femme. Leurs relations évoluent et un jeu de passion folle et de jalousie s’installe. Chaque geste d’Ella devient un cataclysme dans la conscience du narrateur. Il vit son ultime nuit d’amour dans les méandres de la jalousie et commence alors la première nuit de guerre. »

Chez Actes Sud, ce seront sept Nouvelles triestines (traduites de l’italien par Marguerite Pozzoli), rédigées par Giorgio Pressburger, écrivain triestin né à Budapest mais installé en Italie après la révolution de 1956 : « pour saisir l’âme fragmentaire de cette ville-frontière, Giorgio Pressburger a délaissé les monuments célèbres, leur préférant des quartiers moins connus et des personnages à la fois obscurs et emblématiques ».

Chez Belleville Editions : L’empire de Nistor Polobok. Portrait fêlé d’une Moldavie corrompue, de Iulian Ciocan (traduit du roumain par Florica Ciodaru-Courriol). Le sous-titre est assez révélateur et j’y rajoute aussi quelques mots-clés du dossier de présentation de l’auteur et du livre : « humour ravageur », « pots-de vin », « musique folkorique », « cartomancienne tzigane »…

Chez Gallimard, L’enfant du Danube de János Székely, roman…fleuve (864 pages en version poche) dans lequel l’auteur, à travers le personnage d’un enfant abandonné à la naissance, « raconte son adolescence douloureuse dans cette Hongrie pittoresque de l’entre-deux-guerres, au temps du chômage et du fascisme, au rythme des csardas, dans un déchaînement de sensualité, de misère, de luxe et d’étrange veulerie ». Traduit de l’anglais par Sylvie Viollis.

Bonnes lectures !


Actualité du mercredi : « je ne décris pas la réalité mais mon imagination »

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

En attendant le programme complet du festival Etonnants Voyageurs, je me suis rappelé que c’est à Andrzej Stasiuk qu’avait été décerné l’année dernière le Prix Nicolas Bouvier du festival pour L’Est, (Actes Sud, 2017, traduit par Margot Carlier), récit d’un voyage de la Pologne à la Chine par ce « gamin de la ville » devenu écrivain et [étonnant] voyageur.

La remise du prix avait donné lieu à une discussion intéressante quoiqu’un brin laborieuse par moments, avec le plaisir d’entendre Andrzej Stasiuk s’exprimer dans sa langue natale, une présentation vraiment alléchante du livre par Christine Jordis, et un échange plutôt amusant autour de la question « comment arrivez-vous à faire des livres sur rien, mais à chaque fois différents ? ». Je vous invite à l’écouter ici.

Un petit retour sur le livre ansi que sur son Sur la route de Babadag aussi dans Le courrier des Balkans.

Cette année, c’est à Emmanuel Ruben que sera décerné le prix pour Sur la route du Danube, livre-fleuve entre récit d’arpentage à contre-courant du Danube et histoire complexe de l’Europe (Editions Rivages, 2019).


Actualité du mercredi : où les auteur.e.s contemporain.e.s voyagent vers vous

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Une fois n’est pas coutume, je commence ce petit tour d’horizon de l’actualité littéraire d’Europe centrale avec la Suisse, où s’ouvre ce vendredi Bibliotopia, festival des littératures autour du monde. Organisé par et dans la Fondation Jan Michalski pour l’Ecriture et la Littérature (à Montricher), le festival a invité une quinzaine d’écrivains et écrivaines pour débattre de la littérature comme prise de risque, et du rôle de l’écrivain au cœur du contemporain. Parmi les invités, des voix d’Europe de l’Est qui commencent à être bien connues : l’écrivain et journaliste ukrainien Andreï Kourkov (Le pingouin) et le poète, romancier, essayiste, traducteur et journaliste polonais Jacek Dehnel (Saturne, Krivoklat), par exemple, ou encore l’écrivaine d’origine roumaine et établie en Suisse Raluca Antonescu (L’Inondation), et aussi l’écrivain et avocat franco-britannique Philippe Sands (Retour à Lemberg), sans compter d’autres voix internationales de la littérature telles que Jonathan Coe, Juan Gabriel Vásquez, Aminatta Forna et Mikhaïl Chichkine. Le programme complet sur le site de la Fondation.

La Suisse est trop loin ? Le programme de ce week-end est déjà bouclé ? Pas de problème :

  • Du 21 au 24 mai, l’auteur polonais Wojciech Chmielarz sera en tournée à l’occasion de la parution toute récente de son polar La Colombienne: il fera escale à Toulouse (Médiathèque José Cabanis le 21 mai à 18h), Sucy-en-Brie (Librairie L’Oiseau moqueur le 22 mai à 18h), Compiègne (Librairie des Signes à 18h30) et Paris (Librairie Les Guetteurs de vent le 24 mai à 19h). Les détails de ces rencontres sont à retrouver ici.
  • Le 27 mai, ce sera au tour d’une autre auteure publiée chez Agullo, Magdalena Parys, de participer à une rencontre littéraire à Paris (Fondation de l’Allemagne – Maison Heinrich Heine, à 19h30) autour de son polar Le magicien.

Et pour ceux et celles qui préfèrent leur littérature sous forme déambulatoire, le 18e arrondissement de Paris organise le 25 mai à partir de 18h sa 7e Nuit de la littérature. Au programme, 17 auteur.e.s étrangers, certains publié.e.s, d’autres pas, mais tous accompagné.e.s de comédien.ne.s et/ou traducteurs/traductrices : côté Europe centrale/orientale, c’est l’occasion de (re)découvrir des voix de Bulgarie (Velina Minkoff, dont Le Grand Leader doit venir nous voir est publié chez Actes Sud), d’Estonie (Kairi Look, dont Les punaises de l’aéroport font de la résistance est publié aux Editions Le Verger des Hespérides), de Hongrie (János Terey, dont deux des nouvelles du recueil « La traversée de Budapest » ont été publiées dans la revue Chroniques du ça et là), de Lituanie (Kristijonas Donelaitis, dont Les Saisons, première pièce de fiction classique en langue lithuanienne, est publié dans la collection Classiques Garnier), de Tchéquie (Bianca Bellova, dont Nami est publié chez Mirobole), de Pologne (Justyna Bargielska, dont le recueil Nudelman est paru en avril aux Editions LansKine).


Actualité du mercredi : un coup d’œil chez nos voisins

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

L’année dernière au Festival International du Livre de Budapest, j’avais découvert l’existence du Prix de littérature de l’Union européenne : inauguré en 2009 et financé par le programme Europe Créative de la Commission européenne, il vise à montrer la diversité de la création littéraire contemporaine en Europe, en récompensant des auteurs plutôt en début de carrière, et en encourageant les traductions. Bref, plutôt une bonne choses à mes yeux.

Le principe est simple : parmi les 36 pays participants (membres de l’Union européenne + Islande, Norvège, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Géorgie, Moldavie, Ukraine, Tunisie, Arménie et Kosovo), 12 pays sont sélectionnés par rotation chaque année. Pour chaque pays, un jury national prépare une présélection avant d’annoncer le ou la lauréat.e de leur pays. Les pays participants cette année sont : l’Autriche, la Finlande, la France, la Géorgie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l’Ukraine et le Royaume-Uni.

Le résultat : chaque année, douze auteur.e.s sont mis en avant au niveau européen et deviennent un peu mieux connus en dehors de leurs frontières grâce aux traductions. En tout cas, c’est l’objectif, mais je ne suis pas sûre que les résultats en termes de visibilité soient encore tout à fait à la hauteur des espérances.

Plutôt que de détailler la liste des livres et auteurs présélectionnés cette année (la liste a été annoncée jeudi dernier et est consultable en suivant ce lien), je me suis dit que je vous ferais une autre liste, celle des auteurs d’Europe centrale et des Balkans lauréats du prix depuis 2009 et pour lesquels il existe des traductions en français. Les voilà, aussi tentants les uns que les autres:

De Macédoine : La Liste de Freud, de Goce Smilevski (Belfond, 2013, traduit par Harita Wybrands) revient sur un épisode méconnu de la vie de Sigmund Freud – son départ pour l’Angleterre en 1938 et la liste qu’il dressa alors des personnes qui l’accompagneraient, ou non. (Lauréat 2010).

De Pologne : Pension de famille, de Piotr Paziński (Gallimard, 2016, traduit par Jean-Yves Erhel), « élégie d’un monde englouti » et « puissant témoignage de la troisième génération après la Shoah, et un livre bouleversant sur la transmission d’une mémoire » (Lauréat 2012).

Et aussi : Le Magicien, de Magdalena Parys (Agullo Editions, 2019, traduit par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez) : « Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre “noir” et roman historique, qui entremêle habilement réalité et fiction. » (Lauréate 2015).

De Roumanie : La vie commence vendredi, d’Ioana Pârvulescu (Seuil, 2016, traduit par Marily Le Nir), voyage dans le temps mêlant historique, fantastique et policier dans Bucarest de la fin XIXe siècle (Lauréate 2013).

Et aussi: Théodose le Petit, de Răzvan Rădulescu (Zulma, 2016, traduit par Philippe Loubière), « satire très sérieusement loufoque du pouvoir et de ses aléas » (Lauréat 2010).

Du Monténégro : La tête pleine de joies, d’Ognjen Spahić (Gaïa, 2016, traduit par Alain Cappon), recueil de nouvelles dans lesquelles « l’écrivain commente le processus de création littéraire, à deux pas de la folie » (Lauréat 2014).

De Lettonie : Metal, de Jānis Joņevs (Gaïa, 2016, traduit par Nicolas Auzonneau), suit le destin de Janis et de sa bande : « Dans une Lettonie en transition après l’effondrement de l’Union soviétique, une jeunesse aventureuse s’enflamme pour la culture alternative et le rock metal » (Lauréat 2014).

De Slovaquie : Scènes de la vie de M., de Svetlana Žuchová (Le Ver à Soie, 2019, traduit par Diana Jamborova Lemay) : roman de la perte et du deuil, et de la reconstruction de soi, entre Vienne et Bratislava (Lauréate 2015).

Et aussi : Cafe Hyène, de Jana Beňová (Le Ver à Soie, 2015, traduit par Diana Jamborova Lemay), « mosaique atypique d’observations, de perceptions, de réflexions et de souvenirs » autour d’Elza, de son amie Rebeka et de leurs deux compagnons, Ian et premierseptembre_0Elfman. (Lauréate 2012).

Et aussi : C’est arrivé un premier septembre, de Pavol Rankov (Gaïa Editions, 2019, traduit par Michel Chasteau) : à partir du 1er septembre 1938, « l’histoire intime [de] trois jeunes garçons, puis [de] trois hommes, incarne les remous de la grande Histoire jusqu’en 1968 » (Lauréat 2009).

D’Autriche : Un jour j’ai dû marcher dans l’herbe tendre, de Carolina Schutti (Le Ver à Soie, 2018, traduit par Jacques Duvernet) : « Un village dans l’ombre et une tante qui ne parle pas du passé : c’est dans ce monde que, du jour au lendemain, Maïa se retrouve plongée. Avec la mort prématurée de sa mère biélorussienne, c’est aussi sa langue qui se perd. » (Lauréate 2015).

Du Monténégro : Arcueil, d’Aleksandar Becanovic (éditions Do, 2019, traduit par Alain Cappon), relecture sous plusieurs perspectives du scandale de « l’affaire Arcueil », impliquant un certain marquis de Sade (Lauréat 2017).

D’Estonie : Le pèlerinage, de Tiit Aleksejev (éditions Intervalles, 2018, traduit par Jean Pascal Ollivry). « Le vieux jardinier d’un couvent du sud de la France évoque sa jeunesse passée puis son départ pour Jérusalem au sein de la première croisade. » (Lauréat 2010)

De République tchèque : Nami, de Bianca Bellova (Mirobole, 2018, traduit par Christine Laferrière), « l’histoire d’un jeune garçon qui grandit sur les rives d’un lac en train de s’assécher, quelque part au bout du monde… » (Lauréate 2017).


Actualité du mercredi : quelques livres à découvrir en mai

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Les éditions Agullo sortent demain (2 mai) La Colombienne, du journaliste et auteur polonais Wojciech Chmierlaz : « Avec ce troisième opus, Chmielarz se penche sur la délinquance en col blanc, nouveau défi pour des forces de police sous-payées, gangrenées par la corruption et les préjugés. » Retrouvez aussi, dans la collection Agullo Noir, l’inspecteur Mortka dans La Ferme aux poupées et Pyromane.

Le 8 mai, Gaïa Editions ou plutôt l’écrivain croate Robert Perišić nous emmènent en Bosnie-Herzégovine, avec Les turbines du Titanic : « Dans cette confrontation du monde ouvrier à celui de la finance moderne, l’usine devient corps et l’œuvre produite frôle l’œuvre d’art. De la débâcle naît un roman poétique et politique, drôle et captivant. »

Robert Laffont republie le 16 mai Rencontres et visites, recueil de nouvelles d’un Bohumil Hrabal alors aux débuts de sa carrière de raconteur d’histoires : « Le Hrabal des années d’après-guerre, d’avant le régime communiste et sa censure – avec laquelle il a dû, par la suite, de son propre aveu, ruser pour continuer à écrire. »

Le 30 mai, c’est un livre d’hommages à l’écrivain slovène Boris Pahor qui sort, sous la direction de Guy Fontaine, aux Editions Pierre Guillaume de Roux : Et si c’était à refaire – chemins de Boris Pahor rassemble, avec trois nouvelles de Boris Pahor, plusieurs contributions autour de l’écrivain par Guy Fontaine, René de Ceccatty, Claudio Magris ou encore Stéphane Hessel.

Et un petit coup d’œil en arrière pour terminer : les éditions Inculte ont publié en avril Banquet en Blithuanie de Miroslav Krleža, « chef d’œuvre de la littérature yougoslave » publié pour la première fois en 1939 et décrivant, « à travers le personnage de Baroutanski, la pente étrangement douce qui mène à la dictature » en Blithuanie, pays imaginaire d’Europe centrale.

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Actualité du mercredi : et le prix du livre de l’année va à…

Chaque mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Cette fois-ci, je vous propose un petit coup d’œil sur les prix littéraires d’un pays d’Europe centrale, la République tchèque. L’occasion m’est fournie par l’annonce, il y a dix jours au Théâtre National de Prague, des lauréats d’un des plus grands prix littéraires tchèques : Magnesia Litera.

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Un peu d’histoire d’abord : le prix a été fondé en 2002 et récompense « le meilleur livre de l’année précédente » avec aujourd’hui 11 catégories incluant la fiction, la poésie, le journalisme, la littérature pour enfants, la non-fiction, la traduction, un premier roman, le prix des lecteurs, un succès de publication, un blog, et last but not least le « livre de l’année ».

hodiny-0x400-c-defaultLa lauréate du prix Magnesia Litera du livre de l’année est Radka Denemarková pour son roman Hodiny z olova (« Heures de plomb »), roman inspiré – comme sa belle couverture le signale aussi – des voyages de l’auteure en Chine. Au fil de ses 752 pages, le roman fait s’entrecroiser les destins d’hommes et de femmes partis en Chine afin de faire face à différentes situations de crises personnelles.

Radka Denemarková est tout à fait inconnue au bataillon des auteurs traduits en français, et pourtant elle est visiblement une personnalité littéraire de premier plan en République tchèque. Auteure de plusieurs romans, pièces de théâtre, essais et traductions, elle reçoit cette année pour la quatrième fois un prix Magnesia Litera : en 2007 pour son roman Peníze od Hitlera (« L’argent de Hitler ») qui suit l’itinéraire d’une jeune juive allemande tchèque prise dans les remous de la Tchécoslovaquie d’après-guerre ; en 2009 pour son roman documentaire Smrt, nebudeš se báti aneb Příběh Petra Lébla (« Mort, tu ne craindras point, ou l’histoire de Petr Lébl ») sur le directeur de théâtre, acteur et metteur en scène Petr Lébl ; et en 2011 pour sa traduction de La bascule du souffle de Herta Müller.Sobre_El dinero de hitler_def.pdf

Elle est traduite dans de nombreuses langues, à commencer par celles de pays « ex-communistes » : hongrois, polonais, slovène, moldave, bulgare, macédonien, serve, croate… et aussi en allemand, et un peu en anglais, en italien, en espagnol, en suédois, et même en chinois !

Pour les curieux, je me suis amusée à faire la liste des auteur.e.s lauréat.e.s du prix Magnesia Litera du livre de l’année traduits en français :

  • Bianca Bellová (2017) : Nami (Mirobole)
  • Daniela Hrodová (2016) : avec Cité Dolente, Les chrysalides, Théta, Le royaume d’Olsany (Laffont)
  • Michal Ajvaz (2012) : L’autre île (Ed. du Panama), L’autre ville, L’âge d’or (Mirobole)
  • Et aussi, de manière surprenante, le moldave Petru Cimpoeşu (2007) pour son roman Siméon l’ascenseurite (Gingko)

Il est trop tôt pour savoir quel sera l’effet de ce prix sur les ventes du dernier roman de Radka Denemarková (toujours un bon critère pour mesurer l’impact d’un prix), mais les équipes de Magnesia Litera m’ont gentiment indiqué les chiffres des ventes des deux derniers lauréats du « livre de l’année » : celui d’Erik Tabery en 2018 est passé de 18 000 avant l’annonce du prix, à 45 000, et celui de Bianca Bellová de 1500 à 9500. Ils précisent aussi que, dans le marché tchèque, des ventes supérieures à 10 000 font d’un livre un « bestseller ».

rupnikPour en revenir à cette année, notons aussi que dans la catégorie journalisme, le prix revient cette année au politologue français d’origine tchèque Jacques Rupnik, pour Střední Evropa je jako pták s očima vzadu (« L’Europe centrale est comme un oiseau avec les yeux à l’arrière »), recueil de textes écrits en français, anglais et tchèque au cours des vingt dernières années.nemirovska

Evidemment, je me suis intéressée aux traductions primées: cette année, c’est la traductrice de Le livre de la mer ou L’art de pêcher un requin géant à bord d’un canot pneumatique sur une vaste mer au fil de quatre saisons du norvégien Morten A. Stroksnes (aussi en français chez Gallimard et Folio) qui a recu ce prix, mais l’ont précédé les traducteurs et traductrices de Louis-Ferdinand Céline (Guignol’s Band, en 2003) et Irène Némirovsky (Suite française, en 2012), ainsi que Mario Vargas Llosa, Hugo Claus, Orhan Pamuk, Sándor Márai, David Lodge, Péter Eszterhazy, Joanna Bator et – pour en revenir à Radka Denemarková, de Herta Müller.