Mihail Sebastian – La ville aux acacias

En écrivant La ville aux acacias, Mihail Sebastian voulait-il faire d’Adriana une héroïne unique, ou Adriana est-elle au contraire le condensé de centaines ou de milliers de toutes jeunes filles de la bourgeoisie provinciale de la Roumanie de l’entre-deux-guerres ? Et sous les traits de quelle héroïne littéraire faudrait-il se représenter Adriana, une fois passé le mariage qui clôt presque le roman ? Ce sont les questions que je me suis posées en relisant, pour ma série sur les auteurs classiques, ce roman paru en 1935 et publié il y a quelques semaines par Mercure de France, dans la traduction de Florica Courriol.

Ce beau texte, empli de poésie, oscille entre la langueur d’une vie a priori vouée à être sage, les émois sans conséquences d’une adolescente qui s’éveille à l’amour, et ceux plus risqués d’une sensualité qui se découvre et s’affirme avec toutes les conséquences qu’elle comporte. Lire la suite »


Laza Lazarević – Au puits. Scènes de la vie serbe

Les éditions Ginkgo ont récemment publié un recueil de nouvelles, Au puits, de l’auteur serbe le plus ancien que j’ai pu lire jusqu’ici. C’est avec ce livre et cet auteur – une belle découverte – que je commence ma série sur les auteurs classiques d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans à redécouvrir.

Laza Lazarević, né en 1851 à l’ouest de la Serbie et décédé prématurément à Belgrade en 1891, est l’auteur de neuf nouvelles dont cinq sont rassemblées dans le présent volume.

Ces cinq « scènes de la vie serbe » (pour citer le sous-titre du recueil) sont autant d’instantanés de la Serbie de son temps et surtout de la Serbie rurale dans les années précédant l’écriture de ces nouvelles (1879-1882). Ce sont aussi cinq textes d’une grande qualité d’écriture avec une grande souplesse dans le style, la construction et surtout la voix du narrateur. Lire la suite »


Redécouvrir les classiques

On ne présente plus ce coin de table française

Qui n’a pas, quelque part sur sa liste de lectures idéales, au moins un écrivain « classique », pioché quelque part dans la longue liste de noms qui s’étale entre Rabelais et Aragon, Mary Shelley et Virginia Woolf, ou Goethe et Thomas Mann ? Qu’on la pose en France, en Allemagne, en Roumanie ou en Pologne, la question recevra probablement une réponse similaire : tous ces noms sont connus, ils font partie du « canon » autant littéraire que scolaire.

J’ai souvent été frappée par les connaissances en littérature européenne des lecteurs et lectrices de l’« Est » de l’Europe, qui ont souvent lu et étudié à l’école (avec ou sans plaisir) les œuvres et les auteurs qui, en France, au Royaume-Uni ou en Allemagne, font partie de notre culture. Nous – à l’« Ouest » – ne leur rendons pas la pareille, ou très peu.

Hormis quelques exceptions bien traduites (Sándor Márai, Jaroslav Hašek et son brave soldat Švejk, Ivo Andrić et son Pont sur la Drina, Henryk Sienkiewicz…) mais dont la prééminence ne reflète pas la diversité des perspectives et des styles de leur pays et de leur époque, il n’est pas si courant de trouver des traductions en français des auteurs classiques hongrois, bulgares, serbes ou estoniens, que ce soit en librairie, dans la presse ou dans les cursus scolaires. Si l’on reformule la question au féminin, cela devient quasiment une cause perdue. Lire la suite »