Bekim Sejranović – Ton fils Huckleberry Finn

Lauréat, avec Nigdje, ni otkuda (Nulle part et de nulle part), du prix Meša Selimović pour le meilleur nouveau roman issu de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de Serbie et du Monténégro, l’écrivain Bekim Sejranović devait, avec Ton fils Huckleberry Finn, rejoindre l’année dernière le rang des écrivains contemporains post-yougoslaves traduits en français. Le temps et la pandémie ont joué au livre et à son auteur l’un de leurs mauvais tours, causant le report de la publication du livre alors que l’auteur lui-même décédait en mai dernier. C’est donc un livre orphelin que publient aujourd’hui les éditions Intervalles, description ironiquement apte pour ce récit où la relation au père absent est si importante.

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Slavenka Drakulić – Dora Maar et le Minotaure

Oui, aujourd’hui, j’en suis tout à fait certaine : ce qui m’a attirée dans la photographie, c’est la possibilité de décider. Mais si telle est la vérité, comment se fait-il que j’aie laissé tomber à la première occasion ? Pourquoi y ai-je renoncé ?

J’ai trouvé mon expérience de lecture de ce livre vraiment étrange, presque déroutante. De bout en bout, l’auteure de ce texte de fiction, Slavenka Drakulić, le présente comme la tentative d’une femme, Dora Maar, pour « enfin regarder [s]a vie avec une distance émotionnelle et temporelle ». Ces notes prises dans « un mystérieux cahier rédigé en croate » sont considérées – écrit Slavenka Drakulić la préfacière de son propre roman – comme « le point de départ à une autobiographie ». D’emblée, l’écrivaine mystifie donc ses lecteurs, en donnant à son roman la forme d’un texte autobiographique, supposément mis à la disposition de Slavenka Drakulić après le décès de son auteure (Drakulić l’écrivaine se présente alors comme S.D., éditrice du texte), mais un texte autobiographique fictionnel écrit au nom d’une personne qui a réellement existé.

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(Auto)portraits de femmes

Parmi mes lectures récentes, une m’a emmenée dans la Roumanie des années Ceauşescu, l’autre dans le Paris des années 1930 et 1940. Malgré tout ce qui sépare ces deux romans, il y avait un élément qui les a rapprochés dans mon esprit : tous deux sont des portraits de femmes à la fois fortes et vulnérables, situés de part et d’autre de la frontière entre fiction et réalité, mais tous deux rédigés à la première personne.

Il s’agit de Dora Maar et le Minotaure, de Slavenka Drakulić (Editions Charleston, 2021) et de Et on entendait les grillons, de Corina Sabău (Belleville Editions, 2021), deux romans qui feront l’objet de mes prochaines chroniques.


Dubravka Ugrešić – Le musée des redditions sans condition

Dans un essai publié récemment par la revue Asymptote, l’écrivaine Dubravka Ugrešić méditait sur la question du bonheur. « Le mot bonheur ne fait partie de mon vocabulaire, et la question de savoir si je suis heureuse ou non est une question que je ne me suis pas posée depuis une trentaine d’années », écrit-elle avant d’évoquer plutôt son désarroi face à l’ « empire de stupidité » qui s’est installé dans son monde depuis un quart de siècle.

L’intervalle entre cette « trentaine d’années » et ce « quart de siècle » est l’intervalle de temps durant lequel s’est déroulée la majeure partie de la désintégration de la Yougoslavie. Cette entité, elle en était depuis longtemps l’une des critiques, mais elle s’est également opposée publiquement à la montée en puissance de discours nationalistes qui ont accompagné cette désintégration et encouragé la guerre.

Les événements historiques et personnels, du début des combats en 1991, à la campagne de « chasse aux sorcières » menée contre elle et d’autres écrivaines croates par la presse et qui la pousse à quitter sa Croatie natale en 1993, à son installation en 1996 à Amsterdam où elle vit encore, correspondent aussi aux dates de composition de Le musée des redditions sans condition, 1991-1996. Hormis quelques passages plus faciles à placer, tels que celui où elle évoque le siège de Sarajevo, il faudrait bien connaître la vie de Dubravka Ugrešić – et passer outre son avertissement concernant « la question de savoir si ce roman est autobiographique » – pour y retracer les circonstances historiques de l’écriture de ce livre. Lire la suite »


Robert Perišić – Les turbines du Titanic

Attendre, attendre l’arrivée miraculeuse des investisseurs… La politique se limite à ça ici.

Ce serait pas une arnaque, des fois … intervint Skender.

On n’est pas venus ici pour déconner, dit Oleg. C’est pas exactement la porte à côté.

La ville de N. a la triple distinction d’être décrite comme un « trou paumé » par ceux qui y vivent et ceux qui y passent, d’appartenir à une aire géographique caractérisée entre autres par le fait qu’on y boit de la rakija, et d’être la ville au cœur de ce roman contemporain, cynique et drôle, sensible et très réussi.

La ville de N. est devenue encore plus un « trou paumé » depuis l’arrêt de l’usine locale de turbines pour centrales électriques, mais elle va se retrouver de manière inattendue au centre d’une toile qui va la relier tant aux régimes sous embargo du Moyen-Orient qu’aux galeries d’art branché londoniennes. Les araignées qui tissent cette toile, ce sont d’abord Oleg et Nikola, deux cousins aux intentions pas du tout nettes : pour exécuter une commande clandestine par un Colonel hors-la-loi de turbines vieux modèle, il leur faut remettre en marche cette usine après de longues années d’inaction, avec l’aide d’ex-ingénieurs au chômage recrutés devant le petit magasin d’alimentation générale du coin. Ce plan assez barré va plutôt bien marcher, jusqu’à ce qu’il se heurte à un gros hic de dimension internationale, l’auteur laissant le soin à ses lecteurs de chercher les ressemblances avec des événements réels de ces dix dernières années.

La première partie – la plus longue – s’intitule « Inventaire industriel ». Autant que l’histoire d’une usine qui se remet en marche dans une ville où il ne s’est pas passé grand-chose depuis longtemps, c’est bien d’un inventaire des personnages et des destinées qui, à N., vont se retrouver embarqués dans l’histoire d’Oleg et de Nikola, qu’il s’agit. Parmi eux, on trouve d’abord Sobotka, l’ingénieur un temps comparé à Walesa pour avoir mené une grève dans les années 1980, et aussi parce qu’il en avait la moustache. C’était l’époque du socialisme mais cette époque a pris fin, ici comme dans beaucoup d’autres endroits, sauf qu’à N. et ses alentours cette période s’est terminée avec une guerre qui a laissé Sobotka non seulement sans emploi, mais aussi sans famille. L’arrivée d’Oleg et de Nikola, leur proposition d’investissement, est comme un cadeau tombé du ciel et ramassé avec certes un peu de méfiance, mais ramassé quand même. C’est vrai aussi pour les acolytes de Sobotka comme Branoš, ou encore Erol. Ces derniers sont beaucoup plus jeunes mais ils ont aussi leur passé et, peut-être encore plus que pour Sobotka, ce passé est marqué par la guerre – là aussi, Perišić suggère plutôt qu’il n’écrit en toutes lettres de quel pays, et de quelle guerre il s’agit.

Perišić a beaucoup d’empathie pour ses personnages, le genre de personnes auxquels, dans la « vraie vie », on ne ferait peut-être pas beaucoup attention parce qu’ils n’ont plus vraiment de rôle dans la société. Ils portent sur leurs épaules le poids non seulement du chômage, mais aussi de n’avoir pas su quitter leur ville quand il était encore temps. Outre le portrait que fait Perišić de chacun de ses personnages pris au piège d’une réalité qui s’est effondrée autour d’eux, j’ai apprécié la manière très lisse de l’auteur de passer la balle d’un personnage à un autre, de nous donner le temps de faire connaissance avec leur histoire et d’en faire entrer de nouveaux dans la ronde, tout en gardant l’œil sur le développement de l’affaire des turbines.

Même Oleg et Nikola dans leur rôle de trafiquants, sont dépeints avec leurs failles – surtout Nikola, moins compétent que son cousin pour ce qui est de s’insérer dans le monde « fric – business – classe affaires » des gagnants douteux de la transition post-socialiste.

Et voilà, j’ai tombé le masque, tout est révélé au grand jour – je suis juste un mensonge de plus qu’on leur a fait gober. C’était dur d’être planté là, comme un étranger, et j’avais honte. De quel droit suis-je ici, de quel droit est-ce que je parle ? J’ai cru qu’ils allaient me mettre en pièces, ou alors, c’est le coupable en moi qui l’a pensé.

Les femmes sont moins nombreuses, mais elles ne sont pas en reste dans ce roman. Si elles s’avancent en catimini pour prendre leur place dans la première partie, c’est surtout dans la deuxième et la troisième (« Les turbines du Titanic » et « London calling ») qu’on les voit déployer pleinement leurs ressources. Šeila et Nedra, cabossées à leur manière, et Lipša la plus battante, sont aussi des facettes de la société que dépeint Perišić, une société où l’on a le choix entre la nostalgie d’un système socialiste disparu et le capitalisme sauvage où tout est à acheter pour ceux qui en ont les moyens et l’ambition.

Vendues aux uns comme un investissement capitaliste, aux autres comme un retour à l’utopie auto-gestionnaire, l’histoire des turbines et de l’usine de la ville de N. prend dans ses dernières pages un nouveau et surprenant virage, comme si les cartes des destinées distribuées avant l’entrée en scène d’Oleg et de Nikola étaient rebattues et redistribuées après la disparition d’Oleg, pour le meilleur et pour le pire.

Les turbines du Titanic figure parmi les six titres retenus pour le Prix Inalco de la traduction qui sera remis lors du festival Vo-Vf le 4 octobre (les cinq autres titres sont listés ici). Ce sera la deuxième édition du prix, qui avait été décerné l’année dernière à Maud Mabillard pour sa traduction de Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina (traduit du russe). Le prix de la traduction Inalco est en effet « destiné à mettre en avant la qualité du travail d’un traducteur ou d’une traductrice ainsi que la richesse de littératures parfois encore peu connues du grand public » (d’après le site). Au risque de me répéter car j’avais déjà écrit la même chose en conclusion de ma chronique d’Adios cow-boy, Chloé Billon (qui m’a envoyé cet exemplaire du livre) nous livre ici encore une belle traduction toute en fluidité, qui sert parfaitement ce roman profond et surprenant sur une société à la fois fragile et endurante.

  • Retrouvez ici [clic] mon entretien avec Chloé Billon, lauréate du deuxième Prix Inalco de la traduction!
  • Et retrouvez ici [clic] mon entretien avec Marie Vrinat-Nikolov et Nathalie Carré, fondatrices du Prix Inalco!

Les turbines du Titanic est le deuxième roman de Robert Perišić (après Naš čovjek na terenu, traduit en anglais sous le titre Our man in Iraq), mais son premier à être traduit en français et pour ma part je sais que je serai au premier rang des lectrices si jamais ce premier roman est traduit en français. Les turbines du Titanic est, après Adios cow-boy, le deuxième livre que je présente dans ma petite série sur la littérature croate d’aujourd’hui. Le troisième et dernier livre est lui aussi d’un auteur très contemporain, mais apportera un changement de perspective car il s’agit d’un roman français, sur l’éclatement de la Yougoslavie : Demain la brume, de Timothée Demeillers.

Robert Perišić, Les turbines du Titanic (Područje bez signala, Sandorf 2014). Traduit du croate par Chloé Billon. Gaïa Editions, 2019.


Olja Savičević – Adios cow-boy

Parmi les autres graffitis que je trouve dignes d’intérêt, il y en a un en haut, près de la voie ferrée, dans la maisonnette qui était autrefois une salle d’attente, et sert à présent de chiottes – de toilettes publiques sauvages. C’est le dessin d’un jeune cow-boy à taches de rousseur, souriant, qui chevauche un vieux Zico, 50 cm³, vers le coucher du soleil. En dessous, il est écrit : DANIJEL R I P LA-BAS S’EN VONT LES COW-BOYS.

Dans un entretien pour Café Babel en 2011, Olja Savičević reconnaissait que Adios cow-boy n’était pas le genre de livre sur lequel les agences de tourisme croates pourraient vouloir se reposer : « le roman souligne la disproportion entre [la] vie paradisiaque [du sud de la Croatie] et la vie des résidents permanents, qui tient plutôt de l’enfer sur terre », dit-elle avant d’ajouter que « ceux qui s’intéressent vraiment à la Croatie et à l’Europe de l’Est méridionale ne trouveront pas la vérité dans les guides touristiques ou les média dominants. Ils la trouveront dans les livres. »

Adios cow-boy est, en effet, le roman d’une vérité croate – celle d’une vie d’aujourd’hui vécue dans l’envers du décor touristique – en même temps qu’il est un adieu tendre et vivement coloré à un frère, à des souvenirs communs et à une enfance qui n’a pas rempli ses promesses. Lire la suite »


Croatie : Quelques voix d’aujourd’hui

En octobre dernier, j’avais chroniqué Le piège Walt Disney, de Zoran Ferić, un recueil de nouvelles singulières, absurdes et parfois touchantes, qui venait tout juste de paraître en français. Au mois de mai cette année, c’était au tour de Blue Moon, de Damir Karakaš, portrait d’un jeune paumé de Zagreb à la fin des années 1980, sorti en français juste avant le confinement.

Le point commun entre ces deux livres ? Tous deux traduits du croate par Chloé Billon (mon entretien avec Chloé Billon sur ce lien), ils montrent aussi la diversité et la qualité de la création littéraire croate contemporaine (le premier est paru en 1996, le second en 2014).

Mes deux chroniques à venir continuent ce filon, avec deux excellents romans croates très contemporains, tout récemment parus en français, et qui confirment le talent de leur traductrice : il s’agit d’Adios cow-boy d’Olja Savičević (qui paraît en français jeudi prochain chez JC Lattès), et Les turbines du Titanic de Robert Perišić (paru l’année dernière chez Gaïa).

S’il fallait trouver un autre lien entre ces deux livres, c’est bien facile : leurs deux auteurs sont nés à Split, ville adriatique, ville historique et ville touristique dont Olja Savičević nous montre une autre facette dans son roman.

Ces deux romans ont aussi en commun ce dont ils ne parlent pas : on y trouve un peu de la Yougoslavie, et beaucoup de l’après-Yougoslavie, mais la guerre n’y figure pas, ou très peu. Le troisième roman dont je parlerai fait tout le contraire, et ce n’est sûrement pas anodin que ce soit l’œuvre d’un auteur français, plutôt que croate. Demain la brume est le troisième roman de Timothée Demeillers : son premier se déroulait à Prague, son second dans sa ville natale d’Angers. Pour son troisième, il croise l’Ouest et l’Est en faisant le portrait de quatre jeunes français, serbes et croates ou yougoslaves, au tout début des années 1990.

Mais avant d’en dire davantage sur ce roman français, place à Adios cow-boy, dès mercredi sur ce blog.


C’est la rentrée ! Quelques livres à paraître en août-septembre

C’est la rentrée, et pour le blog aussi ! Parmi les 511 romans et recueils de nouvelles de la rentrée littéraire 2020 (« le plus faible nombre de livres depuis la rentrée 1999 », dixit Livre Hebdo), une petite poignée provient de (ou a trait à) l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici ceux que j’ai collectés :

Aux Editions Noir sur Blanc, le 20 août : Les Oxenberg et les Bernstein, de Catalin Mihuleac (traduit du roumain par Marily Le Nir). Lorsque la riche Américaine Dora Bernstein et son fils Ben se rendent dans la ville roumaine de Iaşi, durant l’été de 2001, deux histoires se rejoignent « entre secrets de famille et zones d’ombre de la mémoire collective », y compris celle concernant l’histoire de la Roumanie fasciste de l’entre-deux-guerres. La présentation de l’éditeur sur ce lien.

Aux Editions JC Lattès, le 2 septembre : Adios cow-boy, d’Olja Savičević (traduit du croate par Chloé Billon). Présentation de l’éditeur : « cet envoûtant roman d’apprentissage nous offre le portrait saisissant d’une génération perdue, au cœur d’une banlieue croate abîmée par la guerre. Une œuvre magistrale sur l’intolérance et la violence, sur le désir et la différence. ».

  • Ma chronique (enthousiaste) à retrouver sur ce lien.

Chez Agullo Editions, le 3 septembre : A l’ombre de la Butte-aux-coqs, d’Osvalds Zebris (traduit du letton par Nicolas Auzanneau). Présentation de l’éditeur : « Riga, 1905. (…) Dans la ville chamboulée par la violence, entre émeutes ouvrières et pogroms, souffle un vent de révolution. (…) L’année suivante, l’enlèvement dramatique de trois enfants tient la police de Riga en haleine. Quels sont leurs mobiles ? La réponse anéantira les vies de deux familles, pendant qu’elles cherchent à comprendre qui est coupable dans cette révolution où tout le monde est une victime. »

Aux Editions Asphalte, le 3 septembre : Demain la brume, de Timothée Demeillers. En 1990, entre Nevers, Zagreb et Vukovar, quatre « destins malmenés par l’Histoire, dans une Europe où les frontières se renforcent au lieu de s’effacer » (présentation de l’éditeur).

Aux Editions Noir sur Blanc, le 17 septembre : Le châtiment de Prométhée et autres fariboles, de Karel Čapek (traduit du tchèque par Marlyse Poulette). Ce recueil de récits fait partie de la collection La bibliothèque de Dimitri, qui republie des livres édités d’abord par les éditions L’Age d’Homme (en 1969, pour celui-ci). « Le Châtiment de Prométhée et autres fariboles se compose de 29 récits, écrits entre 1920 et 1938, qui réinterprètent, avec beaucoup de malice et d’intelligence, les grandes thématiques bibliques et historiques », dit l’éditeur.

Chez Agullo Editions, le 24 septembre : Le bal des porcs, d’Arpad Soltesz (traduit du slovaque par Barbora Faure). Deuxième roman de l’auteur en français après le très réussi Il était une fois dans l’Est (que j’avais chroniqué ici), Le bal des porcs fait revenir en scène le journaliste Schlesinger, cette fois autour d’un « vaste réseau de prostitution, de corruption et de chantage organisé par la mafia calabraise qui a bien l’intention de faire main basse sur tous les trafics possibles en Slovaquie. » « En se jouant de cette frontière tenue où la réalité dépasse la fiction, [Arpad Soltesz] décrit un monde glaçant dans lequel il n’y a pas de frontière entre la mafia et la politique, ni entre le crime et la loi », dit l’éditeur.

Et vous, est-ce que ces livres vous inspirent autant que moi ?


Daša Drndić – Sonnenschein

Avec Sonnenschein, l’écrivaine croate Daša Drndić entre dans le cercle restreint des écrivains capables de dépasser leur contexte personnel, national ou temporel pour proposer un regard dérangeant et hautement inhabituel sur le dernier siècle.

Sonnenschein : le titre, empli d’ironie, est celui de l’édition croate, ainsi que de la traduction française, et est complété par la mention « roman documentaire ». La version que j’ai lue est l’édition anglaise (par Ellen Elias-Bursać pour MacLehose Press) qui, curieusement, omet autant l’étiquette « roman » que celle de « documentaire », et qui porte le titre Trieste. Ce titre me permet d’inscrire cette chronique dans la continuité de mon voyage d’Odessa à Trieste. Lire la suite »


Damir Karakaš – Blue Moon

Après Focşani et Belgrade, mon troisième arrêt sur le trajet Odessa-Trieste est, sans surprise, Zagreb. Souvenez-vous que je vous ai proposé ce trajet uniquement pour « raccompagner » Paolo Rumiz chez lui à Trieste, à la fin de son périple « aux frontières de l’Europe ».

A Odessa, sur les bords de la mer Noire, Rumiz décrit comment, sous « une lune en forme de ballon de rugby » flottent vers lui « les notes de Blue Moon » : une référence qui m’a tout de suite fait penser que le livre de Damir Karakaš m’attendait sur mes étagères. Le livre d’aujourd’hui a aussi un lien avec le livre précédent de mon « trajet » : là où le Timor mortis de Selenić prenait fin avec le tout-début de la Yougoslavie d’après-guerre, c’est avec le début de la fin de cette période que se termine le Blue Moon de Karakaš avec, à nouveau en arrière-plan, l’épineux sujet des relations entre Serbes et Croates.

En surface, les narrateurs de ces deux livres ne pourraient être plus différents – par leur éducation, leur milieu familial, leur personnalité – et pourtant ne sont-ils pas également dépassés par le monde dans lequel ils vivent ? Lire la suite »