Profession : historienne, ethnographe, « espionnes » (2)

Première partie de ma chronique de A spy in the archives. A memoir of Cold War Russia, de Sheila Fitzpatrick, et de My life as a spy. Investigations in a secret police file, de Katherine Verdery, annoncée dans mon précédent billet.


Hormis la similarité de leur sujet (Verdery fait plusieurs fois référence à Fitzpatrick, dont la recommandation apparait au dos du livre), les deux livres sont marqués par des objectifs et des personnalités très différentes. Sheila Fitzpatrick propose un récit accessible à toute personne s’intéressant aux autobiographies et à l’URSS ; son style est enlevé, amusé (par son regard sur elle-même et sur le milieu universitaire des années 1960 et 1970), et un brin narquois. Elle se souvient volontiers de ses échecs sur le plan humain (l’Angleterre où elle fait son doctorat la déprime complètement et ses premières semaines à Moscou sont aussi marquées par la volonté d’éviter au maximum le contact humain), mais elle parait intellectuellement très décidée. La manière dont elle retrace son cheminement intellectuel par rapport à son sujet d’études, est fascinante. Katherine Verdery est bien plus réfléchie : la Roumanie, dit-elle, lui a révélé une personnalité beaucoup plus sociable et preneuse de risques, mais elle reconnait aussi tous ses défauts humains, ses erreurs dans son approche à son sujet de recherche, et elle est encline à tout réévaluer et à se critiquer, y compris dans sa relation d’après 1989 avec la Securitate. C’est que, bien qu’elle fasse d’elle-même son propre sujet d’étude et d’analyse, son ouvrage a lui aussi une vocation scientifique et son approche est donc bien plus analytique que celle de Fitzpatrick. Verdery parle, par ailleurs, de gens qui sont parfois encore vivants, et dont elle prend soin de préserver l’anonymat (le degré d’attention qu’elle apporte à brouiller les identités des personnes dont elle parle m’a rappelé ce livre de Jaap Scholten sur les aristocrates hongrois de Transylvanie qui, vingt ans après la chute du régime Ceauşescu – ce qui n’est pas l’équivalent du démantèlement du régime – et 70 ans après les événements qu’il étudie, refusaient encore d’avoir leurs histoires publiées noir sur blanc en Roumanie).

Lorsqu’elles arrivent sur leurs terrains de recherche, Fitzpatrick et Verdery, toutes deux doctorantes, arrivent déjà de deux contextes différents. Verdery, en 1973, débarque en Roumanie après avoir grandi dans l’atmosphère frénétiquement anti-communiste des Etats-Unis ; elle insiste également à plusieurs reprises sur l’importance, dans sa mentalité d’Américaine, de la notion de transparence et d’honnêteté, ce qui la met d’emblée en dissonance par rapport à la société roumaine (pas seulement par l’approche au « secret » mais aussi plus généralement dans les notions d’amitié et de confiance qui, dit-elle, fonctionnent différemment). Quant à Fitzpatrick, elle a connu le socialisme par son père, activiste de gauche, militant pour les droits civils, engagé dans la cause des époux Rosenberg (condamnés à mort aux USA au début des années 1950 après avoir été accusés d’espionnage pour l’URSS). Ainsi, lorsque Fitzpatrick arrive à Oxford en 1964 pour y faire son doctorat sur l’histoire et la politique soviétique, elle écrit qu’elle « possédait probablement de meilleures connaissances de base sur l’espionnage que sur l’histoire russe ».

I wouldn’t have admitted myself to graduate school later, when I was a professor of Soviet history in America, but Oxford in the 1960s had no qualms. Oxford – which offered no courses in modern Russian history, and only Old Church Slavonic on the language side – was not really in the business of teaching its postgraduates anything. Cynically, one could say that it was a matter of hanging around to absorb the atmosphere and leaving with a brand-name degree in your resume [Plus tard, quand j’étais professeure d’histoire soviétique aux Etats-Unis, je n’aurai pas accepté ma propre inscription dans un cursus d’études supérieures, mais Oxford, dans les années 1960, n’avait pas de scrupules. Oxford – qui ne proposait aucun cours sur l’histoire russe moderne et, du côté des langues, seulement le Slavon d’église – ne se donnait pas vraiment pour objectif d’enseigner quoi que ce soit à ses doctorants. On pourrait dire, cyniquement, qu’il s’agissait simplement d’être là, d’absorber l’atmosphère puis de repartir avec un nom prestigieux sur son CV].

Fitzpatrick donne un aperçu du milieu russisant d’Oxford (et Londres et Cambridge), avec toutes ses suspicions d’espionnage pour le compte des uns (CIA) et des autres (URSS) – l’époque des « Cambridge Five » n’est pas si lointaine, et la suspicion pèse sur nombre de conférences et de journaux (Encounter, Dissent, Quadrant, Survey) qu’ils sont financés, via le Congress for Cultural Freedom, par la CIA. Elle est aussi très dédaigneuse envers les professeurs travaillant dans son domaine d’études : des anciens militaires devenus persona non grata en URSS, des historiens de la littérature, des personnes dont la vision de la Russie s’est, écrit-elle, arrêtée en 1917.

C’est donc un peu par esprit de contradiction qu’elle choisit son sujet de thèse : Anatoli Lounatcharski, Commissaire du Peuple dans le premier gouvernement bolchévique, « l’un des plus grands parmi tous les maîtres soviétiques du compromis ». Fitzpatrick nous en dit assez sur Lounatcharski pour nous expliquer en quoi le personnage était intéressant du point de vue de l’évolution des courants idéologiques dans les premières années du communisme soviétique, mais pas trop car ce n’est pas, dans ce livre, son sujet (elle l’a déjà traité dans The Commissariat of Enlightenment: Soviet Organization of Education and the Arts under Lunacharsky, 1917–1921, monographe issu de sa thèse et publié en 1970).

Dès son arrivée à Moscou en 1966, son récit prend une autre tournure : s’il y a un élément ethnographique au livre, c’est dans sa description des archives soviétiques et des contorsions qu’il lui faut faire pour les obtenir.

I became addicted to the thrill of the chase, the excitement of the game of matching my wits against that of Soviet officialdom. I thought it must be terribly boring to work, say, on British history, where you just went to the archives, checked the inventories, ordered some documents, and they brought them to you – fully predictable, no drama. What would be the fun of it ?

Son projet de recherche, envoyé avec sa demande de bourse puis révisé avec son directeur de thèse à Moscou, doit être réapprouvé : tout fond d’archive qui n’y est pas inclus lui sera interdit d’accès, et quant à savoir ce qui lui est autorisé, c’est un « guessing game », un jeu de devinettes. En tant qu’étrangère, il lui est interdit d’accéder aux inventaires d’archives et aux catalogues, de même que – cantonnée à la salle de lecture réservée aux chercheurs étrangers – elle ne peut pas juste aller chercher tel ou tel livre indiqué en note de bas de page. A cette atmosphère générale de secret et de dissimulation s’ajoute le poids de la censure (celle du passé et celle du présent) sur différents sujets : ainsi se rend-elle compte que des noms interdits des années 1920, tels que ceux de Trostski et de Boukharine ont été rayés à l’encre parmi les documents qu’elle a pu obtenir (« la Bibliothèque Lénine utilisait de l’encre pourpre »), avant d’être parfois rétablis à la main ; toute référence à 1937 – période des grandes purges – résonne comme un signal d’alarme parmi les bibliothécaires et les archivistes. Plus généralement, l’accès à l’information en URSS est contrôlé : pas d’annuaires téléphoniques (les étudiants et les gens de la campagne utilisent les kiosques où ils peuvent obtenir les numéros contre quelques kopeks), pas de carte détaillée de Moscou non plus (Fitzpatrick contourne cet obstacle grâce à un vieil ouvrage sur l’historique des rues de Moscou).

Une anecdote illustre autant ces difficultés que le caractère arbitraire de l’applications des règles officielles. Cherchant à lire les comptes-rendus des sessions du Narkompros – le Commissariat de peuple à l’Education – pour les années 1920, elle se heurte à un obstacle inattendu : à partir de la fondation de l’URSS en 1924, les archives du Narkompros ne sont plus gérées par les Archives d’Etat de l’URSS (qui est sur sa liste autorisée) mais par les Archives d’Etat de la République russe de l’URSS (dont elle ne connaissait pas l’existence, et qui n’est donc pas sur sa liste autorisée).

« My first idea was to pay an unauthorised visit to the State Archives of the Russian Republic and see what happened [Ma première idée fut de rendre, sans autorisation préalable, une visite aux Archives d’Etat de la République russe et de voir ce que ça donnerait]».

Un collègue polonais (venant d’un pays frère et donc ayant accès à plus d’informations) lui en dévoile l’adresse, et elle s’y rend. Mais les archives n’ont pas, lui disent-ils, de salle de lecture pour les étrangers et ne peuvent donc pas la recevoir. Son collègue polonais lui conseille de faire une nouvelle tentative, cette fois-ci armée d’une bouteille de cognac pour le directeur des archives. Mais elle ne se sent pas capable de jouer au jeu du pot-de-vin. Timide ? Un peu, mais déterminée, elle l’est certainement. Equipée du numéro du bureau du directeur, et de son prénom et patronyme, elle s’y rend tout de même et parvient à atteindre le bureau, où elle reçoit immédiatement une nouvelle réponse négative (ce qu’elle attribue en partie au fait qu’elle est une jeune femme face à un directeur âgé). A sa grande surprise, elle fond en larmes. A son encore plus grande surprise, c’est ainsi qu’elle obtient le droit d’accès.

Later I worked out that arbitrarily breaking rules can be even more fun for bureaucrats that routine refusal.

A ce moment de son séjour, elle est en train de s’apercevoir qu’elle a perdu le soutien de son directeur de thèse moscovite, Alexander Ovcharenko (Moscow State University School of Philosophy), membre du Parti, qu’elle soupçonne d’être « anti-libéral » par commodité. C’est un autre homme âgé qui est la cause du refroidissement d’Ovcharenko : Igor Sats, qui sera simultanément l’une des plus belles rencontres humaines du premier séjour de Fitzpatrick à Moscou, une aide énorme pour son travail de recherche sur Lounatcharski, et une fenêtre grande ouverte sur les tensions idéologiques internes à l’intelligentsia moscovite à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

En tant qu’assistant et beau-frère de Lounatcharski de 1923 jusqu’à la mort de ce dernier en 1933 (Sats avait alors tout juste trente ans), Sats avait été un observateur au cœur de la vie intellectuelle de cette période, fréquentant tant le philosophe marxiste hongrois Georg Lukács que l’écrivain dissident Andreï Platonov, tous trois contribuant également à Literatourny kritik, un journal « qui jouait un rôle provocateur et étonnamment indépendant dans le stalinisme des années 1930 ».

Raconteur absolument indifférent à ce qu’il peut être dangereux de dire tout haut, Sats régale Fitzpatrick d’anecdotes sur les années 1930, évoquant ouvertement Staline et les Purges. A l’époque de leurs discussions, celles-ci font encore partie de la mémoire vivante. Malgré le degré d’assouplissement et de « déstalinisation » apporté par l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev, les purges restent un sujet extrêmement délicat, mais « qui était à l’esprit de tous dans les années 1960 ». Sats passe outre les risques, et Fitzpatrick reprend dans son livre Everyday Stalinism une bonne partie de son analyse des purges et du processus qui y avait mené.

Igor telling me the story of his life was hard to separate from Igor teaching me Soviet history. I’m not sure that he strongly differentiated between the two himself, which was not unusual at that period, when the individual lives of everyone over forty had been so buffeted by public events of the recent past like the Purges and the war. 

Si Literatourny kritik était la voix de la provocation intellectuelle des années 1930, Novy mir était celle des années 1960. Au moment de sa rencontre avec Fitzpatrick, Sats y travaillait en tant qu’éditeur, et l’ensemble du chapitre 6 du livre est une plongée dans l’univers, et les mouvements tectoniques, de la sphère intellectuelle et idéologique de cette période. C’est une époque de grande tension autour de la censure et de l’exploration de ce qui peut être dit sur la réalité de l’URSS : un sujet qui intéresse autant au sein de l’élite soviétique qu’à l’extérieur de l’URSS tant elle est vue comme le marqueur du conflit entre le Comité Central du Parti et l’Union des Ecrivains d’une part, et les intellectuels de Novy mir. Le cas Novy mir illustre pour Fitzpatrick le simplisme avec lequel les intellectuels soviétiques sont vus à l’ouest comme des dissidents adhérant uniquement pour la forme au marxisme et au communisme. Chez Sats, elle voit au contraire un homme qui croit véritablement au marxisme des origines et, en littérature, promeut le réalisme socialiste (tel qu’il devrait être, c’est-à-dire comme une description de la réalité, une description « empirique, centrée sur les problèmes sociaux, respectueuse de la dignité et de la liberté de l’individu » plutôt que la glorification d’une certaine vision de la réalité), et qui déteste le modernisme. L’histoire de Novy mir et de sa relation avec la censure à cette époque est étroitement liée à l’histoire des écrits de Soljenitsyne et, bien qu’observatrice complètement périphérique à cette querelle, Fitzpatrick retrace les déboires de Novy mir pour obtenir de pouvoir publier Une journée d’Ivan Denissovitch, livre qui évoque l’autre sujet, encore très difficile à faire passer à l’écrit, du goulag (le livre sera finalement publié en 1962 avec le soutien personnel de Khrouchtchev).

Au début des années 1960, Soljenitsyne écrivait les deux romans autobiographiques Le premier cercle et Le pavillon des cancéreux, que Novy mir devait publier, et travaillait à la collecte du matériau pour ce qui allait devenir L’Archipel du Goulag. Mais la chute de Khrouchtchev en octobre 1964 et l’avènement de l’ère Brejnev signalent la fin de cette première période d’ouverture et, pour Soljenitsyne, la fin de son autorisation de publication en URSS. Alors que tant Novy mir (dirigé par Alexandre Tvardovski) que Soljénitsyne se battent avec la censure pour la publication de ces textes, les divergences idéologiques se creusent entre la revue et l’auteur : Tvardovski finit par voir en Soljénitsyne quelqu’un de fondamentalement anti-communiste et anti-soviétique, alors que Novy mir cherche encore à préserver sa position tout en restant au sein de la pensée communiste.

Novy mir’s epic battle to publish Solzhenitsyn raged for most of the three years that I was in Moscow for long periods of time as an exchange student:

La position de Novy mir, de Tvardovski, et par conséquent également d’Igor Sats face au pouvoir politique, n’est pas facilitée par la parution, au printemps 1968, du Pavillon des cancéreux dans une revue d’émigrés à Munich, dans une version qui n’est pas celle que Novy mir avait préparée dans l’espoir d’une publication en URSS. En Tchécoslovaquie, le Printemps de Prague bat son plein et, à Moscou, l’atmosphère est plus que tendue.

It was a cliff-hanger, not only because of the ever-changing balance of negotiation between the authorities and Novy mir, but also because of the larger-than-life characters involved, the Cold War context, and the sense of all concerned that incredibly weighty issues were at stake.

Pendant que ces combats idéologiques, politiques et personnels se déroulent dans la deuxième moitié des années 1960, Fitzpatrick vit sa vie d’étudiante étrangère, entre visites à Sats et sessions aux archives. Comme tous les étudiants étrangers, elle a été prévenue de la surveillance dont elle fera l’objet, et qui pourrait trop facilement mener à la fin de sa bourse. Elle se sait suivie, sait lire les mégots de cigarette qu’on a laissé trainer sur son appui-fenêtre. Certaines rencontres sont vraiment dérangeantes – comme celle avec un supposé chercheur est-allemand qui tente de la « séduire » avec l’aide de sa colocataire, d’autres paraissent absurdes, comme celle avec cet homme qui, en connivence avec la serveuse de la cafétéria, la prend en photo alors qu’elle est en train de manger.

Durant l’été 1968, alors qu’elle est en Angleterre, Fitzpatrick apprend avec « un choc immense » l’invasion de la Tchécoslovaquie et la fin brutale mise à la tentative d’émancipation du pays. C’est aussi cet été-là qu’est publié, dans le journal Sovetskaya Rossiya, un article la dénonçant comme une quasi-espionne. Au cours des mois et de l’année suivants, écrit-elle, « les journaux soviétiques avaient augmenté l’intensité de leurs attaques contre les soviétologues occidentaux ». C’est dans ces conditions qu’elle retourne à Moscou en octobre 1969 pour cinq mois. La confusion qui régnait déjà autour de son nom (les autorités utilisent parfois son nom de jeune fille, et parfois son nom de femme mariée, toujours mal orthographiés en cyrillique) ne fait qu’augmenter lorsque, nouvellement remariée, elle arrive avec un nouveau nom, que les autorités s’empressent de mal transcrire. C’est peut-être ce qui lui permet de passer relativement inaperçue malgré le nouveau statut d’espionne qui lui a inventé ce journal trop zélé. La fin de son séjour signe la fin du livre.

Ce récit de ses années moscovites est aussi un peu l’histoire de ses débuts en tant qu’historienne, l’une des premières à voir transitionné de la « soviétologie » à l’URSS comme un sujet d’étude historique à part entière alors que, pour beaucoup d’historiens de l’époque, l’histoire, en ce qui concernant la Russie, s’arrêtait en 1917.


Trois ans plus tard, en juillet 1973, Verdery arrive pour son premier séjour en Roumanie. Sur le plan international, le contexte est différent des années de stagnation de l’ère Brejnev, et de la crise de 1968, que connait Fitzpatrick à Moscou. Lorsque Verdery arrive, écrit-elle, « la Roumanie était le seul pays où il était relativement facile de faire de la recherche de terrain » et les relations entre la Roumanie et les pays occidentaux étaient encore relativement ouvertes. Son livre, My life as a spy, couvre cette première période de recherche ainsi que les suivantes, y compris sa dernière visite en Roumanie dans les années 1980. Elle y trouve alors un pays en prise avec une vraie paranoïa envers les espions occidentaux, paranoïa qui n’a été qu’augmentée par l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis, par le lancement des Star Wars, le renouveau de la rhétorique de guerre froide, et le discours explicitement anticommuniste du nouveau président. Elle retrouve également un pays dont les dirigeants (également paranoïaques) sont profondément opposés aux élans réformistes de Gorbatchev en URSS, en plus d’être aux commandes d’une économie en chute libre. Quelles seront les conséquences, pour Verdery et ses liens professionnels et amicaux avec la Roumanie, de cette direction de fermeture que prend le pays ?  

J’y reviendrai dans la deuxième partie de cette longue chronique.


Profession : historienne, ethnographe, « espionnes »

As I write this memoir, it’s becoming increasingly clear to me that the Soviets were not totally stupid in thinking that historians like me were essentially spies. We were trying to get information they didn’t want us to have, and we were prepared to use all sorts of ruses and stratagems to get it. 

[En écrivant ces mémoires, il m’est de plus en plus évident que les Soviétiques n’étaient pas totalement stupides lorsqu’ils pensaient que les historiens comme moi étaient fondamentalement des espions. Nous essayions d’obtenir des informations qu’ils ne voulaient pas que nous ayons, et nous étions prêts à utiliser toutes sortes de ruses et de stratagèmes pour les obtenir.]

Sheila Fitzpatrick A spy in the archives

Indeed, as we will see, the [Securitate] officers draw a parallel between my ethnographic practices and those of intelligence work. They recognize me as a spy because I do some of the things they do – I use code-names and write of « informants », for instance, and both of us collect « socio-political information » of all kinds rather than just focusing on a specific issue. So what are the similarities and differences between these two different modalities of information gathering: spying and ethnography? 

[En effet, comme nous le verrons, les agents [de la Securitate] font un parallèle entre mes pratiques ethnographiques et celle du travail de renseignements. Ils voient en moi un espion parce que je fais une partie des choses qu’ils font – j’utilise des noms de code et je parle d’« informateurs », par exemple, et nous collectons tous deux des « informations socio-politiques » de toutes sortes plutôt que de nous concentrer sur un sujet spécifique. Quelles sont donc les similarités et les différences entre ces deux modalités différentes de collecte d’informations : l’espionnage et l’ethnographie ?]

Katherine Verdery – My life as a spy

Katherine Verdery est une chercheuse incontournable pour qui s’intéresse à la Roumanie de la période communiste. Américaine, ethnographe de formation, elle commence ses recherches de terrain en Roumanie dans les années 1970, se spécialisant d’abord sur les structures sociales (notamment dans les zones rurales) plutôt que sur l’appareil politique, puis élargissant ses recherches aux politiques identitaires et culturelles sous Ceauşescu. En 2018 a paru son dernier monographe, My life as a spy. Investigations in a secret police file (« Ma vie d’espionne. Enquête dans un dossier de la police secrète »), réévaluation de toute sa relation humaine et professionnelle avec la Roumanie à la lumière de la lecture du dossier compilé à son sujet par la Securitate, la police politique secrète de la Roumanie communiste. C’est un dossier énorme – près de 2800 pages de rapports, de transcriptions d’écoutes, de notes internes, de recommandations et de plans d’actions, de photos. Parmi les chercheurs étrangers ayant travaillé en Roumanie, le sien est, écrit-elle, de loin parmi les plus importants.

Verdery n’est pas la première à avoir écrit, après la chute du mur, sur son dossier établi par la police secrète. J’avais par exemple présenté The File, de Timothy Garthon Ash : celui-ci est aujourd’hui un historien et commentateur reconnu, mais ce livre porte sur la période qu’il a passé à Berlin-Est alors qu’il préparait son doctorat sur Berlin sous Hitler et que la Stasi, elle compilait un dossier sur lui (« seulement » 325 pages, d’après mes notes). Verdery n’est aussi pas la seule à devoir réévaluer sa relation à ses proches à l’aune du contenu de son dossier – Peter Esterhazy, ayant écrit Harmonia Cælestis en hommage à son père, se rend compte avec amertume dans Revu et corrigé que celui-ci était en fait un vulgaire indicateur dans la Hongrie communiste. De même son presque contemporain hongrois András Forgách découvre-t-il que sa mère menait une double vie, elle aussi au service de la police hongroise : il fait de cette découverte l’objet de Fils d’espionne, livre traduit (comme Revu et corrigé) du hongrois au français et publié chez Gallimard. Mais Verdery découvre son dossier non seulement en tant que chercheuse, mais aussi en tant que chercheuse qui découvre a posteriori à quel point ses quinze années de recherche durant la guerre froide ont alimenté les suspicions dans son pays d’accueil qu’elle était une « espionne ».

Sa démarche intellectuelle avec ce livre est assez similaire à celle d’une autre universitaire anglo-saxonne, dont le livre autobiographique, A spy in the archives. A memoir of Cold War Russia [Une espionne dans les archives. Mémoires de la Russie de la Guerre froide], a paru en 2013. Sheila Fitzpatrick est, elle, historienne, d’origine australienne, spécialiste de la Russie du XXe siècle (soviétologue, selon sa propre description), et son livre porte sur ses propres séjours de recherche, à Moscou, à la fin des années 1960 (deux des livres de Sheila Fitzpatrick sont traduits en français : Le stalinisme au quotidien : la Russie soviétique dans les années 1930 (Flammarion, 2002) et Dans l’équipe de Staline : de si bons camarades (Perrin, 2018)).

Contrairement à Verdery, pour qui la lecture récente de son dossier a été très blessante, Fitzpatrick semble trouver plutôt amusante l’idée d’avoir été soupçonnée d’espionnage quarante ans auparavant, mais c’est aussi parce qu’il n’y a pas, dans son cas, de dossier du KGB (c’est-à-dire qu’il y en a/avait probablement un, mais qu’elle n’y a pas eu accès et n’a peut-être pas essayé d’y avoir accès) et donc pas de piqûre de rappel. Le livre de Fitzpatrick pose cependant le même type de question : qu’est-ce qu’être « espion.ne » ? Jusqu’à quel point l’étiquette est-elle dépendante de la volonté et des actions d’une personne, et jusqu’à quel point l’est-elle d’un contexte culturel, social et (géo)politique ? Un chercheur en sciences sociales, qui choisit un sujet d’études en dehors de son propre pays, ne poursuit-il pas finalement le même type d’objectif qu’un espion : apprendre à connaitre un système, peut-être avec tous ses secrets, afin de les présenter et de les expliquer à un autre public ?

Les deux livres trouvent leur origine dans un contexte de guerre froide, dans lequel chaque camp – l’anglo-saxon qui envoie ces doctorants lauréats de bourses publiques, et le communiste qui reçoit ces doctorants et devient leur sujet d’études – a intégré dans son discours et sa mentalité l’existence du « risque » d’espionnage. Mais même aujourd’hui, en dehors de ce contexte de guerre froide (l’étiquette revient parfois), le sujet revient sur les tables dès qu’il existe des tensions entre des forces géopolitiques ou des systèmes idéologiques opposés, l’Iran étant la principale illustration de ce phénomène aujourd’hui.

A spy in the archives. A memoir of Cold War Russia et My life as a spy. Investigations in a secret police file feront l’objet de ma prochaine chronique. De la Transylvanie de Katherine Verdery, je n’aurai qu’un petit pas à faire pour arriver à ma chronique suivante, qui m’amènera dans le Banat de Herta Müller.


Nana Ekvtimishvili – The Pear Field

« Ces gamins sont peut-être des attardés, mais ils savent exactement ce qui se passe »

“Those kids may be backwards, but they know exactly what’s going on”

Après Sanatorium, de Barbara Klicka, voici le deuxième volet de ma séquence autour de livres évoquant des vies « normales » dans des endroits « à part » : The Pear Field (« Le verger de poires ») de l’auteure et cinéaste géorgienne Nana Ekvtimishvili.

Encore une lecture en anglais ? Oui, et la bonne nouvelle est qu’une traduction française de ce roman est prévue aux Editions Noir sur Blanc en 2023 (les extraits sont présentés ici avec mes traductions). Voici déjà un avant-goût de ce roman dur, fort et porté par des personnages qui transcendent leur cadre – ce quartier de Tbilissi, en Géorgie où « il n’y a rien d’intéressant à voir, ni bâtiments historiques, ni fontaines, ni monuments aux plus grandes réalisations de notre société ».

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Kapka Kassabova – To the lake (L’Echo du lac)

L’année dernière, je devais passer quelques semaines au pied des monts Šar, dans une petite ville au nord-ouest de la Macédoine du Nord, et espérais en profiter pour descendre ensuite un peu plus bas, vers le lac d’Ohrid. J’avais emporté avec moi le dernier livre de Kapka Kassabova, To the Lake. Puis, la pandémie est arrivée en Macédoine du Nord, une municipalité puis une autre ont été mises en quarantaine, j’ai plié bagage et j’ai fini par lire le livre entre mes quatre propres murs. Kapka Kassabova se décrit comme une « écrivaine de géographies intérieures et extérieures », une description qui me plait beaucoup, mieux que celle d’« écrivaine voyageuse » ou de « voyageuse écrivaine » qui est pourtant celle de ma série épisodique commencée la semaine dernière sur la littérature de voyage au féminin et dont ce billet est le deuxième épisode. Lire la suite »


Philippe Sands – Retour à Lemberg

East-West Street. On the origins of genocide and crimes against humanity – en français Retour à Lemberg (Albin Michel, 2017) – est plusieurs choses à la fois : une reconstruction d’un pan de l’histoire du XXe siècle européen, un voyage à travers le continent et au-delà, une plongée dans les origines de concepts juridiques toujours d’actualité aujourd’hui, une série de mini-biographies commentées, un grand plaisir de lecture… C’est aussi – et peut-être avant tout – une recherche personnelle de reconstitution d’une histoire familiale. C’est par cet aspect que je vais commencer pour cette troisième offrande des « lectures communes autour de l’Holocauste » avec Patrice de Et si on bouquinait? Lire la suite »


Aranka Siegal – Sur la tête de la chèvre

Je ne sais pas combien de fois j’ai lu et relu Sur la tête de la chèvre après l’avoir reçu en cadeau dans les années 1990. Suffisamment de fois en tout cas pour en garder un souvenir très vif même avant de le relire, pour la première fois depuis près de vingt ans, pour cette série thématique sur l’Holocauste et la littérature avec Patrice de Et si on bouquinait? Lire la suite »


Nora Ikstena – Mātes Piens (Le lait de la mère)

Deuxième épisode de mon programme de mars sur les voix contemporaines féminines de la littérature de l’Est, Mātes Piens est un roman letton qui n’est pas encore traduit en français. Je l’ai lu en anglais : Soviet Milk, traduit du letton par Margita Gailitis, Peirene Press, 2018.

Vers la fin de Mātes Piens, l’une des deux narratrices se souvient de l’explosion de Tchernobyl. C’était au printemps de son avant-dernière année scolaire, des jeunes s’étaient portés volontaires pour se rendre sur le site, et le fils de sa professeure principale n’en était jamais revenu.

Cet événement n’est qu’un détail de ce roman, mais il m’a tout de suite fait penser à Le jardin de verre de Tatiana Ţîbuleac, où la narratrice mentionne aussi Tchernobyl (« une broutille », dit-elle). D’autres détails partagés par les deux romans sont venus s’ajouter à cette coïncidence au fil de ma lecture : dans la Chişinău moldave du Jardin de verre, on conduit les mêmes Jiguli que dans la Riga lettonne de Mātes Piens ; on rêve de Leningrad, de la Neva et de ses ponts ; on prend (ou non) des vacances sur le littoral de la mer Noire ; on participe avec la classe aux travaux du kolkhoze ; on voit le nom de Gorbatchev se frayer son chemin dans les conversations du quotidien.

1500 kilomètres séparent les capitales de ces deux pays aujourd’hui indépendants, mais cette accumulation de détails dans ces deux romans publiés entre 2015 et 2018 nous ramènent à la même réalité, celle des dernières années de l’extrême nord-ouest et sud-ouest de l’URSS. Lire la suite »


Actualité du mercredi : une manière détournée de se constituer une liste de lecture

Je garde toujours un œil sur les nouvelles traductions dans le monde anglo-saxon, car je trouve intéressant de voir quels livres sont découverts, traduits et publiés chez nos voisins et de comparer avec les auteurs et autrices que le monde de l’édition francophone traduit (ou non, ou pas encore) en français.

J’ai vu en début d’année plusieurs compilations alléchantes des nouvelles traductions prévues en 2020, qui incluent de nombreux titres d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Comme certains existent déjà en français, c’est une bonne raison pour me (nous) les remettre à l’esprit et de s’amuser à comparer titres et couvertures. Je vous présente donc aujourd’hui une sélection d’une de ces compilations, celle du New York Times (à retrouver en entier ici). Lire la suite »


Actualité du mercredi : de Apsik à Żubr, 100 mots pour dire la Pologne

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Sans vouloir tomber dans la banalité, le polonais n’est pas une langue facile (je l’écris en connaissance de cause). C’est visiblement le constat qu’a aussi fait l’Institut Adam Mickiewicz en Pologne, qui a publié il y a quelques mois un livre rédigé et illustré avec humour sur la langue et ses origines. Entre « apsik » (atchoum) et « żubr » (bison), 98 autres mots ont été choisis pour représenter les différentes facettes de la Pologne : le titre complet du livre en donne trois autres exemples : éléphant, quark (le produit laitier, pas la particule atomique) et pierogi.

La bande-annonce du livre promet aussi qu’on y trouve de « dangereux virelangues » et des « groupes de consonnes mortifères ». Il suffit de voir le mot « szymankowszczyzna » pour s’en convaincre (se reporter ici pour la prononciation) !

Le livre existe en anglais et a été publié à l’occasion du centenaire de l’indépendance de la Pologne. Quelques exemples d’illustrations (par Magdalena Burdzyńska) sur le site web culture.pl.

Quarks, Elephants & Pierogi: Poland in 100 Words, par Mikołaj Gliński, Matthew Davies et Adam Żuławski. Institut Adam Mickiewicz, 2018.

Et puisque j’ai parlé d’onomatopées, je rajoute cette vidéo (également réalisée par l’équipe de culture.pl) sur les onomatopées en polonais. En voilà une très utile pour commencer : pstryk ! Je vous laisse découvrir ce que c’est.


Edna O’Brien – Les petites chaises rouges

little red chairs.jpegAu début, je ne savais pas trop par où commencer pour parler de ce livre, mais peut-être le plus simple est de dire qu’il est écrit par la grande écrivaine irlandaise Edna O’Brien et qu’il constitue, tout comme L’hiver des hommes de Lionel Duroy, une manière de transposer en littérature la guerre de Bosnie, vues « de l’extérieur ». C’est probablement leur seul point commun, car là où L’hiver des hommes relève davantage du documentaire fictionnalisé, le livre d’Edna O’Brien appartient sans aucun doute à la fiction même si, ici, la réalité sur laquelle s’appuie cette fiction transperce de part en part et dans toute son aspérité les pages de ce roman.

A Cloonoila, les habitants de cette petite bourgade irlandaise vivent leur vie habituelle, avec son train-train quotidien, son ennui, ses joies et ses tracas. C’est dans cet endroit un peu reculé et où tout le monde se connaît qu’apparaît un jour d’hiver « l’étranger », l’homme à la longue barbe dont l’accoutrement, les manières distinguées et réservées, l’érudition et l’accent étranger le rendent si distinct.

Long afterwards there would be those who reported strange occurrences on that same winter evening ; dogs barking crazily, as if there was thunder, and the sound of the nightingale, whose song and warblings were never heard so far west.

D’objet de curiosité, ce Dr. Vladimir devient rapidement une sorte de trophée, la ville entière tombant sous le charme de cet énigmatique expert on ésotérisme, « healer and sex therapist » : la ville entière, mais surtout Fidelma, presque quarantenaire, encore sous le coup de la faillite de sa boutique de mode et dévorée par le désir d’avoir un enfant. D’énigmatique, le personnage du docteur va cependant devenir sinistre à l’extrême, et c’est de manière inattendue et terrible que le destin de Fidelma va s’entremêler à celui des victimes du conflit bosnien.

Le rôle de cette guerre, et de son cortège d’atrocités et de traumatismes, est annoncé ici et là, notamment par le personnage de Mujo, le garçon de cuisine de l’hôtel chic du coin. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, la guerre de Bosnie est encore un traumatisme vivant dans leur chair et dans leur mémoire. Mais pour Fidelma, c’est un tout autre traumatisme, au départ entièrement privé, qui va l’emmener dans une trajectoire de collision brutale avec le traumatisme public des Balkans.

Elle ne pourra jamais se défaire de son association, si fortuite et pourtant si pesante, avec la Bosnie, parce qu’elle en est marquée physiquement et parce que d’autres la lui renvoient à la figure aux moments les plus inattendus. Cependant, elle s’exile, pour tenter de se soustraire à la curiosité et à la haine qui l’entourent, et se retrouve plongée parmi d’autres exilés venus des quatre coins du monde. C’est, en fait, un monde similaire à celui de Mujo et de ses collègues de l’hôtel de Cloonoila, celui que côtoyait auparavant Fidelma sans y prêter attention, et dont elle ignorait la précarité, le déracinement, mais aussi la confiance en une vie meilleure.

C’est avec le chemin qu’elle prend pour continuer sa vie, un chemin somme toute assez encourageant au vu des circonstances, que se termine le livre.

I am not a stranger here anymore.

J’ai beaucoup tardé à écrire à propos de ce livre, lu en juillet, en partie parce que j’ai eu tellement petites chaises rougesde mal à réconcilier le titre (qui comme le rappelle le paragraphe introductif renvoie aux chaises rouges disposées à Sarajevo en 2012 en commémoration des 11541 hommes, femmes et enfants décédés durant le siège de la ville entre 1992 et 1995) et le roman qui est et en même temps n’est pas un roman sur la Bosnie, tout comme il est et en même temps n’est pas sur un destin de femme, sur la culpabilité et l’innocence, sur l’exil, sur la maternité et la vulnérabilité qu’elle implique pour les femmes, en tant qu’individus et en tant que groupe. Le roman est sur tout cela à la fois, et ce n’est pas aisé d’accepter qu’il n’y a pas une clé de lecture, une thématique qui sera posée puis résolue pour le lecteur.

Est-ce que cela en fait le chef d’œuvre d’Edna O’Brien, comme l’écrit Philip Roth sur la couverture de l’édition anglaise du livre ? Je ne sais pas, mais cela ne veut pas dire que je suis mitigée par rapport au livre. Au contraire, beaucoup de choses m’ont plu dans le style, l’habileté de l’auteur à glisser ici et là un détail, une description qui tout de suite rendent vivant et identifiable un lieu ou une personne. L’empathie, aussi, envers ses personnages, même (voire surtout) parmi les seconds rôles : Dara, Mujo, sœur Bonaventure, la petite Mistletoe. Parmi les multiples voix qui font ce roman, c’est finalement celle de Fidelma qui reste la plus énigmatique pour moi, tellement elle s’exprime peu à la première personne.

edna o brien

D’Edna O’Brien, je n’avais lu jusqu’ici que son premier livre, The Country Girls, écrit 55 ans avant Les petites chaises rouges. Le style, le contexte ont changé mais j’ai retrouvé dans Les petites chaises rouges cet engagement et cette volonté de mettre le doigt sur les manquements du monde. A la parution du roman en 2015 (2016 pour sa traduction française), le procès à la Haye de Radovan Karadzic (qui inspire celui du docteur) était encore en cours.

Edna O’Brien, The little red chairs (Faber & Faber, 2015). Traduction française : Les petites chaises rouges, Sabine Wespieser, 2016.

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Avec cette chronique, je contribue au challenge Voisins Voisines, d’À propos de livres, chez qui l’on peut retrouver de nombreuses lectures du monde.