Actualité du mercredi : où les auteur.e.s contemporain.e.s voyagent vers vous

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Une fois n’est pas coutume, je commence ce petit tour d’horizon de l’actualité littéraire d’Europe centrale avec la Suisse, où s’ouvre ce vendredi Bibliotopia, festival des littératures autour du monde. Organisé par et dans la Fondation Jan Michalski pour l’Ecriture et la Littérature (à Montricher), le festival a invité une quinzaine d’écrivains et écrivaines pour débattre de la littérature comme prise de risque, et du rôle de l’écrivain au cœur du contemporain. Parmi les invités, des voix d’Europe de l’Est qui commencent à être bien connues : l’écrivain et journaliste ukrainien Andreï Kourkov (Le pingouin) et le poète, romancier, essayiste, traducteur et journaliste polonais Jacek Dehnel (Saturne, Krivoklat), par exemple, ou encore l’écrivaine d’origine roumaine et établie en Suisse Raluca Antonescu (L’Inondation), et aussi l’écrivain et avocat franco-britannique Philippe Sands (Retour à Lemberg), sans compter d’autres voix internationales de la littérature telles que Jonathan Coe, Juan Gabriel Vásquez, Aminatta Forna et Mikhaïl Chichkine. Le programme complet sur le site de la Fondation.

La Suisse est trop loin ? Le programme de ce week-end est déjà bouclé ? Pas de problème :

  • Du 21 au 24 mai, l’auteur polonais Wojciech Chmielarz sera en tournée à l’occasion de la parution toute récente de son polar La Colombienne: il fera escale à Toulouse (Médiathèque José Cabanis le 21 mai à 18h), Sucy-en-Brie (Librairie L’Oiseau moqueur le 22 mai à 18h), Compiègne (Librairie des Signes à 18h30) et Paris (Librairie Les Guetteurs de vent le 24 mai à 19h). Les détails de ces rencontres sont à retrouver ici.
  • Le 27 mai, ce sera au tour d’une autre auteure publiée chez Agullo, Magdalena Parys, de participer à une rencontre littéraire à Paris (Fondation de l’Allemagne – Maison Heinrich Heine, à 19h30) autour de son polar Le magicien.

Et pour ceux et celles qui préfèrent leur littérature sous forme déambulatoire, le 18e arrondissement de Paris organise le 25 mai à partir de 18h sa 7e Nuit de la littérature. Au programme, 17 auteur.e.s étrangers, certains publié.e.s, d’autres pas, mais tous accompagné.e.s de comédien.ne.s et/ou traducteurs/traductrices : côté Europe centrale/orientale, c’est l’occasion de (re)découvrir des voix de Bulgarie (Velina Minkoff, dont Le Grand Leader doit venir nous voir est publié chez Actes Sud), d’Estonie (Kairi Look, dont Les punaises de l’aéroport font de la résistance est publié aux Editions Le Verger des Hespérides), de Hongrie (János Terey, dont deux des nouvelles du recueil « La traversée de Budapest » ont été publiées dans la revue Chroniques du ça et là), de Lituanie (Kristijonas Donelaitis, dont Les Saisons, première pièce de fiction classique en langue lithuanienne, est publié dans la collection Classiques Garnier), de Tchéquie (Bianca Bellova, dont Nami est publié chez Mirobole), de Pologne (Justyna Bargielska, dont le recueil Nudelman est paru en avril aux Editions LansKine).

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Coup de projecteur sur Budapest, le temps d’un long week-end

un weekend a lest budapest

A partir de mercredi et jusqu’au lundi suivant, Budapest sera mise à l’honneur à Paris avec le festival pluridisciplinaire Un week-end à l’Est. Après Varsovie en 2016 et Kiev en 2017, place cette année à Budapest et son héritage culturel foisonnant.

Par chance, je pourrai cette année y assister, et ce seront en premier lieu les rencontres autour de la littérature qui m’intéresseront, qu’il s’agisse des grands auteurs classiques ou des écrivains contemporains. Côté classique, il s’agit bien sûr de Sándor Márai, sans doute l’écrivain hongrois le plus connu en France grâce au succès de ses romans (Les braises, L’héritage d’Esther) et également auteur de mémoires remarquables (Confessions d’un bourgeois, Mémoires de Hongrie). Son œuvre fera l’objet d’une rencontre avec la romancière Sylvie Germain et avec l’éditrice d’origine hongroise Ibolya Virág, qui a fait connaître Márai en France ; ce sera le vendredi 23 novembre à 19h à la librairie L’écume des pages.

Côté contemporain, György Dragomán participera à deux rencontres, une rencontre-portrait le dimanche 25 novembre à 17h à la Librairie Polonaise avec Antoine Perraud (Mediapart), et une rencontre sur le thème de « La dictature vue par l’enfance » (le samedi 24 novembre à 17h à la Librairie Polonaise, en compagnie de l’écrivaine d’origine albanaise Ornela Vorpsi, rencontre animée par Oriane Jeancourt (Transfuge)). Ayant tout juste terminé de lire ou relire les deux romans de Dragomán traduits en français (Le roi blanc, et Le bûcher, billets à venir), ces deux rencontres m’intéresseront particulièrement.

Krisztina Tóth, poète et romancière très connue en Hongrie (son Code-barre a été publié en français en 2014), participera, elle, à une rencontre autour de « Destins de femmes », le dimanche 25 novembre à 15h à la Librairie Polonaise, en compagnie de la romancière et philosophe française Gwenaëlle Aubry, rencontre animée par la journaliste Francesca Isidori. Cela sera en quelque sorte une reprise d’une discussion similaire qu’ont eu Krisztina Tóth et Gwenaëlle Aubry au festival littéraire Margó à Budapest il y a un mois, avec Nina Yargekov comme troisième partenaire de la conversation.

Celle-ci, romancière française d’origine hongroise (Double Nationalité, P.O.L., 2016), prendra elle aussi part au festival avec une rencontre avec l’écrivain canadien d’origine hongroise Tamas Dobozy (Siège 13, Noir sur Blanc, 2014), sur le lien entre origines et écriture, le samedi 24 novembre à 15h à la Librairie Polonaise.

Beaucoup de littérature, donc, mais pas non plus que ça : le programme propose également du cinéma (avec notamment une rencontre avec le cinéaste Béla Tarr; une série de projections de films anciens ou récents de Tarr, Miklós Jancsó, György Fehér, István Szabó, Zsófia Szilágyi; et la diffusion du documentaire de Francesca Isidori et Sylvain Bergère, La Hongrie des écrivains – Péter Eszterházy et Péter Nádas), du théâtre (première en France de As far as the eye can see d’Árpád Schilling, metteur en scène et parrain du festival, qui participera également à une discussion sur le théâtre social et engagé), de la danse (Conditions of Being a Mortal de la choréographe Adrienn Hód), de la photographie (rencontre avec le photographe Peter Puklus, et retour sur la trajectoire de la photographe Éva Besnyő (1910-2003)), arts visuels (conférence autour du peintre, sculpteur et photographe László Moholy-Nagy, exposition et atelier autour des droits de l’homme de l’artiste Kristóf Szabó), musique (Schubert, Rachmaninov et Bartók, par Daniel Lebhardt), architecture (conférence de l’architecte Levente Polyák sur la régénération urbaine de Budapest) et philosophie (débat de clôture avec la philosophe Ágnes Heller, le metteur en scène Árpád Schilling et le cinéaste Béla Tarr).

Un programme riche et enthousiasmant pour découvrir une partie de la culture de la Hongrie et notamment celle de sa capitale ! L’intégralité du programme est sur le site du festival, et un entretien avec Brigitte Bouchard, co-fondatrice du festival, sur le site du Courrier d’Europe centrale.


Mathias Enard – entre l’Orient et l’Occident, un arrêt en Hongrie

Le Festival International du Livre de Budapest a aussi été l’occasion pour moi d’entendre et de rencontrer Mathias Enard, l’un des deux invités français du festival, dont j’avais déjà lu et apprécié l’un de ses romans (Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants). En plus d’une discussion avec un poète, écrivain et traducteur hongrois francophone, Mátyás Dunajcsik, au festival, Mathias Enard participait aussi, à la librairie francophone de Budapest (la Librairie Latitudes), à une rencontre avec le poète, universitaire et traducteur Guillaume Métayer dont le recueil Türelemüveg était également présenté au cours du festival. Ayant été présente à ces deux rencontres, j’ai vraiment apprécié les talents (manifestement inépuisables) de conteur de Mathias Enard, et les quelques anecdotes qu’il a données sur la genèse de ses romans – en particulier l’idée de l’écriture sous la contrainte : tant de pages par heure pour la nuit d’insomnie de Boussole, tant de pages par kilomètre pour le voyage de ZoneTout cela m’a donné envie de lire ces deux romans, ce qui était tout de même l’un des résultats escomptés de ces rencontres et que je ferai donc (un jour). Mais l’objectif ici n’est pas vraiment de parler de romans que je n’ai pas lus et pour lesquels il existe sûrement plein de très bonnes chroniques. Je vous propose plutôt un petit dialogue avec Ágnes Tótfalusi, traductrice hongroise de Boussole (en hongrois : Iránytű, Magvető 2018), ainsi que de beaucoup d’autres textes de la littérature contemporaine française.

***

totfalusi agnesPourquoi la traduction littéraire ?

Je traduis depuis 20 ans. J’avais commencé avec des magazines dès l’université, mais j’aimais déjà faire ça au lycée, quand il y avait des concours. En plus, mon père était traducteur dans une maison d’édition pour enfants, plutôt à partir de l’anglais, du suédois et de l’allemand.

Au début, je voulais être professeur, mais travailler au lycée était plutôt un cauchemar, et après la naissance de mes deux enfants j’ai préféré travailler à la maison.

La traduction littéraire représente un bon marché en Hongrie ?

Dès la période communiste il y avait une demande régulière pour le livre traduit. Les livres n’étaient pas chers, on lisait beaucoup et on traduisait aussi beaucoup (aussi parce qu’il y avait beaucoup de besoin). A l’époque c’était soutenu par l’Etat, mais maintenant ce n’est que la logique de marché qui compte. Pour la traduction il y a quelques subventions, par exemple de l’Union européenne, de l’Institut français, mais pas vraiment de l’Etat hongrois.

sundiszno.jpegTu traduis beaucoup de littérature contemporaine (Millet, Houellebecq, Gavalda, Despentes, Barbery…) : pourquoi ? Est-ce une préférence personnelle ou une demande des éditeurs ?

Ma première traduction était un petit roman de Daudet, La belle Nivernaise, paru aux éditions Móra.  Depuis, je me suis en effet spécialisée dans la littérature contemporaine. C’est presque toujours sur commande de l’éditeur, mais quelque fois c’est moi qui fais des propositions.

Justement, étant donné que ce sont des auteurs contemporains, es-tu parfois en contact avec les auteurs que tu traduis ?

Je n’ai pratiquement pas de contact avec les auteurs, je préfère même peut-être comme ça. Mais ensuite, j’ai rencontré Houellebecq [à l’occasion de sa participation au Festival International du Livre de Budapest en 2013], qui était aimable mais n’avait pas l’air de s’intéresser beaucoup à ses traducteurs. Et puis après Catherine Millet, Olivier Bourdeaut, Mathias Enard… très sympathiques.

Peux-tu nous parler de ta méthode de travail ?

Je travaille principalement avec Magvető [maison d’édition privilégiant la littérature hongroisehouellebecq contemporaine de qualité, et les traductions littéraires] mais aussi avec d’autres. Souvent, je connais déjà le roman, sinon, je le lis avant de dire si je vais ou non faire la traduction. Après la lecture, je me mets au travail : je prépare d’abord un texte cru, puis j’y reviens sur plusieurs sessions (certains traducteurs visent la traduction parfaite dès le début). Un livre de 300 pages me prend environ 3 mois (mais avec beaucoup de variation d’un livre à un autre).

Pour Mathias Enard, ça a été tout à fait différent car c’est un roman que j’aime beaucoup, qui est très beau, mais très chargé car il veut tout dire, très érudit, avec beaucoup d’allusions. Il faut beaucoup chercher, beaucoup s’informer pour comprendre. J’aime bien ça : quand il parle de musique, j’ai beaucoup écouté de musique… Je lui ai dit quand je l’ai rencontré que c’était la traduction de ma vie. J’ai eu l’impression qu’il était un peu embarrassé !

En ce qui concerne le travail quotidien, je travaille sans distraction, sans musique. Le rythme change au cours du travail : au début, je vais lentement, puis je dois me dépêcher. J’ai besoin de cette pression.

Qu’est-ce qui fait une bonne traduction ? Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?

Il y a toujours des difficultés.  J’aime bien les textes plutôt intelligents, mais j’ai plus de mal avec ceux qui utilisent trop les jeux de mots, par exemple Vian, qui est très bon en français. Je ne suis pas assez créative, ou avec suffisamment d’imagination, pour les textes plus ludiques. Eszterházy est tout à fait intraduisible car il a inventé un langage.

En termes d’évolution, j’espère que oui. Mais c’est toujours la même méthode : comprendre d’abord l’architecture de la phrase (aussi grammaticalement), et la pensée.

bourdeautEst-ce qu’un roman traduit reste le même, ou devient quelque chose de différent, à ton avis ?

Pour moi, le roman traduit, ce n’est pas tout à fait quelque chose de différent, mais plutôt un medium. J’espère, en tout cas. Une bonne traduction, c’est le même texte, il faut qu’il lui soit fidèle. C’est différent de la poésie.

J’ai remarqué que certaines maisons d’édition en Hongrie mettent le nom des traducteurs sur la page de couverture et une biographie des traducteurs à côté de celle de l’auteur, alors que d’autres mentionnent juste le nom du traducteur ou de la traductrice. Qu’est-ce que tu en penses ?

Pour moi, cette question de la visibilité des traducteurs n’est pas très importante.

C’est bien rémunéré, comme travail ?

Ce n’est pas très bien payé, mais mieux que les médecins, les professeurs d’université ou les employés des crèches [ces salaires sont notoirement bas en Hongrie]. Le tarif est d’environ 36 000HUF/ív [un ív = 40 000 signes, espaces inclus ; soit 113 EUR/40 000 signes ; à titre de comparaison et en me basant sur des données de l’Association des Traducteurs Littéraires de France, l’équivalent en France serait d’environ 513 EUR/ív].

As-tu déjà été tentée d’écrire, toi aussi ?

Je n’ai jamais eu envie d’écrire, pas du tout !

Quelles sont tes projets de traduction en cours ?millet

Je travaille sur Une enfance de rêve, de Catherine Millet (dont j’ai déjà traduit plusieurs livres), puis je passerai à un entretien de Houellebecq et de Bernard-Henri Lévy.

Et pour finir, tes recommandations de lectures, en français ou en hongrois ?

Pour la littérature hongroise, il y a des femmes écrivains que j’aime beaucoup : Kiss Noémi, Szvoren Edina, Mán-Várhegyi Réka (auteure de nouvelles et d’un roman qui va paraître dans quelques semaines, sur deux femmes hongroises dans les années 2000). Et un roman français que j’aimerais traduire, c’est La Belle du Seigneur, qui n’a pas encore été traduit en hongrois.

Merci Ágnes!

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A propos des trois auteures hongroises citées :

Man-Varhegyi-Reka2Née en 1979 à Reghin en Roumanie, Réka Mán-Várhegyi vit maintenant à Budapest. Son premier recueil de textes (Boldogtalanság az Auróra-telepen ; « Tristesse dans le quartier Auróra ») est sorti en 2013 et lui a valu la même année un premier prix littéraire, le prix JAKkendő de l’association littéraire József Attila Kör. Elle est également l’auteur de plusieurs livres pour enfants. 2012_stiller_03_N

Noémi Kiss est née en 1974 à Gödöllő, ville située à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Budapest. Elle est l’auteure de nombreuses nouvelles et de textes sur les voyages, la photographie et la littérature. Son site web en anglais, et un entretien en français réalisé il y a presque exactement un an, vous donneront un meilleur aperçu de cette auteure engagée.

Hungary Edina Szvoren 240x180Edina Szvoren, lauréate du Prix de littérature de l’Union européenne en 2015, est née en 1974 à Budapest. Après un parcours scolaire et universitaire dans la musique, elle s’est tournée vers la littérature et est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles, certains traduits dans plusieurs langues mais pas encore en français.

 


Le Festival International du Livre de Budapest – un festival très européen (2eme partie)

A l’occasion du Festival International du Livre de Budapest, j’ai rencontré Éva Karádi, rédactrice en chef du magazine culturel Magyar Lettre Internationale, et cheville ouvrière des différentes discussions à dimension européenne dont j’ai parlé ici. J’en ai profité pour lui poser quelques questions sur ces rencontres européennes, leurs origines et les thématiques de cette année.

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Quel est le lien entre, d’une part, le Festival International du Livre de Budapest et, d’autre part, les Rencontres d’Auteurs Européens (European Writers’ Meeting), le Prix de Littérature de l’Union européenne et le Festival Européen du Premier Roman ?

Le Festival International du Livre de Budapest avait pour intention dès ses débuts il y a 25 ans d’être, plus qu’un salon du livre, un événement culturel important dans la capitale hongroise, avec des rencontres d’auteurs connus comme d’auteurs internationaux émergents. Le festival s’est développé avec l’aide et sous le parrainage de la Foire du Livre de Francfort et de son directeur Peter Weidhaas, qui a coopéré durant plus de 20 ans avec le directeur de l’Association des Editeurs et des Distributeurs Hongrois, Peter Zentai.

FN-A2-Plakát-20180409-WebLe Festival européen du Premier roman européen fait partie intégrante du Festival International du Livre de Budapest depuis 2000. C’est à cette date qu’il a été lancé, à l’initiative de Robert Lacombe, qui était à l’époque le jeune et très dynamique directeur de l’Institut français. Les autres instituts culturels et ambassades européens de Budapest se sont joints à cette initiative, et ils invitent depuis lors chaque année un auteur de premier roman de leur pays ayant obtenu l’année précédente le prix du meilleur premier roman. Nous publions chaque année un catalogue avec des extraits de ces livres dans leur langue d’origine ainsi que traduits en anglais et en hongrois, ce qui nous permet d’obtenir une vue d’ensemble très intéressante de la nouvelle littérature de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud. Le premier jour du festival, nous organisons avec eux un atelier afin d’échanger idées et expériences, puis le deuxième jour nous les invitons aux Rencontres d’Auteurs Européens et, le troisième jour, à des rencontres et échanges publics. Ces 18 dernières années, de nombreux participants au Festival Européen du Premier Roman ont été traduits et publiés en hongrois. Depuis quelques années se tient à Kiel [Allemagne], en mai, un événement similaire inspiré du nôtre.

Pour les Rencontres d’Auteurs Européens, nous profitons de la venue des auteurs internationaux au Festival pour les rassembler à Europa Pont, le bâtiment de la représentation de la Commission européenne en Hongrie, qui se trouve dans le même espace que le parc Millenáris où a lieu le Festival. C’est toujours le vendredi, deuxième jour du Festival, et nous organisons quatre tables rondes autour de sujets européens, en anglais avec traduction simultanée en hongrois pour le public étranger et local. En 2018, Année européenne du patrimoine culturel, l’accent a été mis sur les relations qu’entretiennent les écrivains européens contemporains avec leur héritage littéraire local, régional et européen.

Une des tables rondes est également organisée avec la participation d’auteurs lauréats du Prix de Littérature de l’Union européenne, étant donné que plusieurs maisons d’éditions sortent, avec le soutien du programme de traduction littéraire du programme européen Europe Créative, des collections de livres avec des écrivains européens contemporains.

Ces événements sont spécifiques au Festival du Livre de Budapest ? D’où est venue l’idée d’organiser à Budapest des rencontres littéraires « européennes » et non simplement « internationales » ?

Ces événements sont liés au Festival du Livre. Pour nous, en ce moment, avoir une orientation européenne est très important. Cela fait partie de nos aspirations, de notre appartenance, et c’est un marqueur de notre identité. Le cadre vient aussi des institutions qui nous accueillent (Europa Pont) et de celles avec lesquelles nous coorganisons ces événements (EUNIC [réseau des instituts culturels nationaux de l’Union européenne]).

Jouez-vous un rôle dans la sélection du pays invité d’honneur ? Si oui, pourquoi la Serbie cette année ?

Non, le Bureau du Festival de l’Association hongroise des Editeurs et Distributeurs est a l’initiative de l’invitation du ou des pays invité(s) d’honneur. L’année dernière, c’était les pays du groupe de Visegrad [outre la Hongrie : la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne], l’année précédente l’Italie et encore auparavant les pays nordiques. La Serbie était pays invité d’honneur suite à l’invitation qui avait été faite à la Hongrie d’être invité d’honneur au Salon du Livre de Belgrade.

L’accent a beaucoup été mis cette année sur les femmes écrivains (avec par exemple une table ronde sur les femmes écrivains en Europe, et une autre avec la participation d’auteures européennes traduites et publiées dans la collection « Europe vue par les femmes » de la maison d’édition Noran). Ce sujet était-il spécifique à cette année ? A-t-il été choisi en réponse à des discussions actuelles parmi les écrivains hongrois, ou au niveau européen, ou les deux ?

Les femmes écrivains sont de plus en plus visibles et se font de mieux en mieux entendre depuis cesEuropa_noi_szemmel_A3Plakat_2018 deux dernières années sur la scène européenne. Nous choisissons les participants aux Rencontres d’Auteurs Européens parmi les écrivains internationaux venant au Festival du Livre, selon que leurs livres ont été traduits en hongrois ou qu’ils sont des auteurs de premiers romans, et les sujets des tables rondes sont développées en fonction des thèmes qu’ils abordent dans leurs livres.

En ce moment, je suis responsable d’une collection dans la maison d’édition Noran Libro, intitulée « Europe vue par les femmes ». Durant le festival, nous avons présenté quatre des livres de cette collection, écrits respectivement par une autrichienne [Carolina Schutti], une norvégienne [Ida Hegazi Hoyer], une chypriote [Maria A. Ioannu] et une maltaise [Clare Azzopardi]. Leur présence a bien sûr beaucoup contribué aux échanges, mais il y avait également une majorité de femmes écrivains parmi les auteurs de premiers romans.

Avez-vous déjà des projets pour l’année prochaine ?

Il est possible que l’Autriche soit candidate pour être pays invité d’honneur l’année prochaine.

Y a-t-il un auteur français que vous aimeriez voir traduit en hongrois ? Et un auteur hongrois qui devrait être mieux connu en France ?

Je ne lis pas le français, mais je suis contente de pouvoir lire en ce moment la traduction hongroise des livres de Mathias Enard. Un écrivain hongrois dont un livre récent pourrait être intéressant pour les lecteurs français, parce qu’il est en quelque sorte en dialogue avec L’Etranger d’Albert Camus, est Gábor Németh et son livre « L’été d’une marmotte » [Egy mormota nyara, 2016].

Merci Éva !


Le Festival International du Livre de Budapest – un festival très européen (1ere partie)

L’une des chances du festival international du livre à Budapest, c’est l’ouverture qu’il offre vers d’autres pays et vers leur littérature contemporaine. Cette année, comme chaque année, plusieurs instituts culturels étaient là pour présenter leurs auteurs : l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse partageaient un stand, les pays scandinaves un autre, la Serbie était près de l’entrée, juste en face du stand China Books (malheureusement plus orienté littérature idéologique que littérature tout court), l’Institut italien était dans un coin, la Palestine dans un autre, et les pays du V4 (groupe de Visegrad comprenant la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, le Hongrie étant le 4e membre) à peu près entre les deux. Malgré cette présence étrangère importante, la très grande majorité de livres en vente l’était en hongrois, y compris ceux des auteurs invités des pays étrangers : une bonne occasion pour les maisons d’édition de vendre les auteurs en traduction, mais moins bonne pour ceux (et ils sont nombreux) qui aiment lire dans le texte d’origine lorsqu’ils le peuvent.

C’était d’autant plus dommage que bon nombre de programmes auxquels j’ai assisté étaient organisés autour de la littérature européenne : une discussion autour de la littérature serbe (pays d’honneur du festival cette année), une avec les lauréats du Prix de Littérature de l’Union européenne autour du patrimoine littéraire européen, deux autour des femmes auteurs en Europe, et deux autour d’auteurs de premiers romans venant de différents pays européens.

Ce n’était pas toujours évident pour les modérateurs et modératrices de trouver le fil commun entre les auteurs qui participaient aux discussions : les auteurs serbes n’étaient pas convaincus de représenter une littérature immédiatement identifiable comme étant serbe, les lauréats du prix européen n’étaient pas sûrs de représenter un héritage littéraire particulièrement européen… seuls les auteurs de premiers romans étaient d’accord sur leur point commun (bien que certains écrivaient en fait des nouvelles).

Cela n’empêche que les discussions étaient très intéressantes, tant sur les auteurs qu’elles m’ont donné envie de lire (vous en retrouverez quelques uns en image dans le texte, avec leurs livres en français s’ils sont traduits) que sur les sujets qu’elles ont fait émerger.

Novi Sad 22.04.2014.Radoslav Petkovic pisac . foto: Aleksandar Andjic

Radoslav Petkovic est l’auteur de plusieurs romans traduits du serbe en français, parmi lesquels Souvenir parfait de la mort (Gaïa, 2010).

La taille du pays, et le nombre de personnes parlant sa langue, était l’un des sujets les plus partagés, surtout dans les pays d’Europe centrale et des Balkans. Pour les auteurs serbes, tous plus âgés, c’était la perte de la diversité de la Yougoslavie, l’appauvrissement qui en découlait en termes d’échanges intellectuels et d’ouverture au monde, qu’ils déploraient. Aujourd’hui, disait l’auteur et réalisatrice Vladislava Vojnovic, les autres pays attendent des écrivains et réalisateurs serbes qu’ils écrivent des livres ou fassent des films sur la guerre et les Balkans, mais pas sur des thèmes plus universels, alors que certains écrivains, tels Dragan Velikic, se considèrent encore comme faisant partie de la Mitteleuropa et non simplement d’un pays « balkanique ». Tous regrettaient que, là où la littérature étrangère est très traduite en Serbie, l’inverse est peu vrai et la littérature est peu connue dans les « grands » pays (un constat qui est malheureusement aussi partagé en Hongrie).

D’autres auteurs, venant d’autres petits pays, posaient la question dans des termes tout à fait différents et beaucoup plus pragmatiques : venant respectivement de Malte et de Slovénie, Clare Azzopardi et Ivana Djilas, disaient toutes deux bénéficier d’un soutien public pour écrire en maltais et en slovène respectivement afin de permettre à leur langue de perdurer comme langue littéraire car, disait Clare Azzopardi, « si nous n’écrivons pas en maltais, qui le fera ? ». Comme l’anglais est l’autre langue officielle de l’île, l’alternative au maltais est facile à identifier, mais quelle langue les écrivains slovènes pourraient-ils utiliser si ce n’est le slovène ?

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Le roman de Carolina Schutti, Un jour j’ai dû marcher sur l’herbe tendre, a été publié aux éditions Le ver à soie.

Tout cela mène directement vers la question de la traduction car, si dans certains cas un livre est écrit par choix dans une langue, quel est le statut du même ouvrage dans ses différentes traductions ? Plus généralement, l’ouvrage traduit représente-t-il un ouvrage littéraire à part entière ? Avec 5 auteurs autour de la table, il était inévitable que les points de vue divergent, mais plusieurs voyaient en tout cas leurs livres comme des livres tout à fait différents (cela également du fait des couvertures, qui n’ont parfois rien à voir d’un pays à l’autre). En tout cas, il était intéressant de comparer l’expérience de l’écrivaine norvégienne (née de parents danois et égyptien) Ida Hegazi Hoyer et celle des écrivains serbes : là où la première disait qu’il est fréquent en Norvège de lire dans le texte original un livre d’un autre pays scandinave, les seconds voyaient surtout la traduction comme une barrière potentielle dans les Balkans où, malgré les proximités linguistiques, les livres ou films serbes sont souvent traduits ou sous-titrés pour la Croatie. Europe ou non, la question de la langue, de sa préservation (en quantité d’utilisateurs et qualité de syntaxe et vocabulaire), et de sa capacité à rapprocher ou diviser, reste un vrai enjeu.

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Le roman de Janis Jonevs, Metal, est disponible en français chez Gaïa (2016).

Au sujet de l’Europe, justement, les quatre lauréates et le lauréat du Prix de Littérature de l’Union européenne invités cette année se sont saisis de la géographie pour répondre à la question de la modératrice sur pourquoi ils pensaient avoir reçu ce prix, mais ont donné des réponses tout à fait divergentes. Pour Jelena Lengold, auteur serbe, sa collection de nouvelles n’avait aucun ancrage géographique, à tel point que même le choix de noms était supposé être tout à fait neutre. Au contraire, à l’autre bout du continent, le letton Janis Jonevs disait avoir écrit son roman avec l’intention de lui donner un vrai sentiment de lieu (sa ville natale, Jelgava). Le poids de l’histoire (voire même l’obsession de l’histoire, pour la modératrice), jouait cependant un rôle fédérateur parmi les écrivains invités, même si pour Jelena Lengold ce rôle était différent pour les pays scandinaves (qui peuvent prendre le temps de réfléchir à de grands sujets universels) que pour des pays qui, tels ceux d’Europe centrale ou des Balkans, sont en prise avec des sujets plus immédiatement dictés par l’actualité. 

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Theresia Enzensberger a fait de l’école du Bauhaus le sujet de son premier roman, Blaupause (Hanser, 2017, non traduit en français).

Cela n’était pas dit expressément, mais tous ces auteurs représentaient en tout cas une Europe en mouvement et de métissage : à côté d’Ida Hegazi Hoyer, Carolina Schutti, autrichienne avec un pied en Italie, s’était inspirée de ses parents polonais installés en Autriche après la seconde Guerre Mondiale ; Jelena Lengold avait passé de nombreuses années en Norvège au moment des guerres yougoslaves ; Janis Jonevs traduit du français et Noémi Szecsi, auteure hongroise, du finnois. C’est peut-être tout simplement là que se situe la réponse à la question de ce qui fait d’un auteur ou roman un auteur ou roman européen.


Où je propose un retour sur le Festival International du Livre de Budapest

Il y a deux week-ends, c’était à Budapest le rendez-vous annuel du Festival International du Livre. Sous un soleil radieux, je me suis rendue comme des milliers d’autres personnes à Millenáris, un ancien site industriel qui accueille chaque année pendant quelques jours (presque) tout ce que le pays compte d’auteurs, de maisons d’éditions et d’instituts culturels, et (dans une moindre mesure) de lecteurs.

koyvfesztival

Cette année, c’était la 25e édition du festival et j’ai voulu en profiter pour vous en faire une petite présentation.

Commençons avec quelques chiffres (et des lettres) !

25

Années depuis la fondation du festival. C’était en 1994, le mur était tombé, les maisons d’édition étaient dorénavant privatisées, et il était temps pour Budapest de se doter de son propre festival international du livre (un autre grand festival annuel existe déjà depuis 1927 mais il est entièrement dédié à la littérature hongroise et a lieu dans tout le pays), avec son invité d’honneur annuel : cette année, la Serbie.

1995 

kehlmann_tyllDate à laquelle le premier « Grand Prix de Budapest » est attribué à un écrivain international, avec le soutien de la ville de Budapest. Le poète autrichien Ernst Jandl avait été le premier à recevoir ce prix et cette année c’était au tour de l’écrivain germano-autrichien Daniel Kehlmann (La Nuit de l’illusionniste ; Moi et Kaminski ; Les Arpenteurs du monde…), son dernier roman, Tyll, venant également d’être publié en hongrois pour l’occasion. Entre les deux, Salman Rushdie, Mario Vargas Llosa, Günther Grass, Umberto Eco, Orhan Pamuk, ou encore Robert Merle (en 2001) et Michel Houellebecq (en 2013). L’un des points communs des lauréats est que ce sont tous … des lauréats : la littérature manquerait-elle de femmes ? [Une correction s’impose: il y a bien eu deux lauréates: Ludmila Oulitskaia en 2009 et Sofi Oksanen en 2014].

4e

Le mois de l’année se tient le festival, parce qu’avril est le mois de la journée hongroise de la poésie (le 11, anniversaire de la naissance du poète emblématique Attila József) et celui de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur (le 23, date anniversaire du décès de Cervantès et de Shakespeare). Plus prosaïquement, ça permet au festival de trouver sa place dans le calendrier international des festivals et salons du livre !

0

Le nombre de forints à débourser pour accéder au festival. Soit, en euros : 0. Jusqu’à récemment, l’accès coûtait 500 forints (soit environ 1,60 euros), récupérables sur l’achat d’un livre.

279 

boszormenyiLe nombre de créneaux « dédicaces » au cours des 4 jours du festival (aucun chiffre officiel n’a été publié quant au nombre de signatures effectivement apposées). A vue de nez, Daniel Kehlmann et Gyula Böszörményi (auteur de science-fiction/fantasy et de littérature ado) se disputaient la palme de la file la plus longue pour les dédicaces.

2

Auteurs français officiellement inscrits au programme. Guillaume Métayer présentait le recueil traduit en hongrois de poèmes Türelemüveg issu en partie de son recueil Libre Jeu (Caractères, 2017), et Mathias Enard ses trois romans Zone, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants et Boussole (Actes Sud 2008, 2010 et 2015), tous trois récemment traduits en hongrois.

 

60 000

Visiteurs d’après les chiffres de l’Association hongroise des Editeurs et Distributeurs qui organise l’événement.

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Pays représentés. Justement, parmi ces pays une forte présence européenne était à noter. Pourquoi ? Quelques éléments de réponse dans le prochain article…

Ah, et puis il y avait des livres !

magveto

Stand de la maison d’édition Magvető, avant l’ouverture (photo: Magvető)


Les livres russes et ceux des Balkans à Paris ces deux week-ends à venir

Deux événements pour ceux qui s’intéressent aux mondes littéraires russophones et des Balkans…

SaintPétersbourg et sa littérature s’installent à la mairie du Vè arrondissement (place du Panthéon) ces vendredi 31 janvier et samedi 1 février : au programme des Journées du livre russe et des littératures russophones, des tables rondes (Saint-Pétersbourg, ville d’idées et d’histoire ; Écrivains de Saint-Pétersbourg ; Langues et civilisations : état des lieux), des présentations de livres et rencontres avec auteurs et traducteurs, de la lecture bilingue (Anna Akhmatova) et des ateliers pour linguistes et traducteurs.

Des essais et un roman policier sont en lisse pour le prix Russophonie, qui sera décerné samedi et récompense les traductions du russe vers le français. Le voyage se prolonge avec un festival de films jusqu’au 4 février, et quelques spectacles jusqu’à mi-février, toutes les informations sont .

Une semaine plus tard, un salon au programme alléchant met les Balkans à l’honneur : le Salon du Livre des Balkans se tient les vendredi et samedi 7 et 8 février au Pôle des Langues et Civilisations (Rue des Grands Moulins) avec tables rondes, dédicaces, présentations d’auteurs, projections de film et de photographies, et expositions.

Écrivains, traducteurs, artistes et spécialistes de l’Albanie, la BosnieHerzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, le Kosovo, lex-République yougoslave de Macédoine, le Monténégro, la Roumanie, la Serbie, la Slovénie et la Turquie seront au rendez-vous pour parler (entre autres) des femmes de lettres des Balkans, des minorités, et d’une ville : Istanbul. L’entrée est libre et le programme complet est ici.