Svetlana Alexievitch – La fin de l’homme rouge, ou le temps du désenchantement

Ça fait rien si je vous parle de moi, si je vous raconte ma vie ? On a tous eu la même vie. Seulement, faudrait pas qu’on m’arrête à cause de cette conversation. Y a encore un pouvoir soviétique, ou c’est complètement fini ?

Quelles conditions faut-il réunir pour mener à bien un travail tel que celui qui a abouti à la publication de La fin de l’homme rouge ? Je ne parle pas uniquement des conditions matérielles, bien que celles-ci soient sûrement non-négligeables pour une entreprise qui s’étend sur deux décennies et parcourt le vaste territoire de l’ex-URSS. Je parle surtout des conditions propices au partage d’histoires personnelles, c’est-à-dire : la confiance, l’absence de peur, l’absence (au niveau d’une société) de raisons d’avoir peur. Sans ce « temps du désenchantement » des années d’après la chute de l’URSS, un livre tel que celui-ci n’aurait eu aucune raison d’exister, ou seulement de manière spéculative. Mais un livre de cette nature, fondé sur des témoignages oraux, aurait-il pu exister durant la majeure partie de l’existence de l’URSS, avec le risque qu’il comportait de remettre en cause les discours, les valeurs et l’histoire officiels ?

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Weronika Gogola – Par petits bouts

Par petits bouts est le cinquième roman de Belleville Editions (et premier roman de Tropismes Editions) que je lis : cinq romans très récents, pour cinq univers très différents. J’avais commencé avec L’empire de Nistor Polobok, ce petit roman de Iulian Ciocan sur la Moldavie post-soviétique, que j’avais décrit comme « une fable apocalyptique à l’humour grinçant ». J’avais continué avec Blue Moon, de Damir Karakaš, « portrait à la première personne d’un jeune lambda de Zagreb, à la fin des années 1980 ». Puis était arrivé Et on entendait les grillons, de Corina Sabău, « récit d’un drame personnel, dont la traductrice Florica Courriol contextualise également très utilement la dimension sociale dans son introduction », ce roman stylistiquement complexe étant celui d’une femme dans la Roumanie de Ceausescu. Le suivant, que je n’ai pas encore chroniqué, était celui d’un homme dans la Serbie d’aujourd’hui, le héros de Errance de Filip Grbic étant « un personnage égaré dans un monde où il ne trouve pas sa place ».

Et voici donc Par petits bouts, roman du quotidien, d’une enfant qui grandit et dans lequel il se passe à la fois beaucoup de choses et pas grand-chose. A vrai dire, j’hésite même à utiliser le mot « roman » tant le livre épouse, de manière visiblement autobiographique, le point de vue de cette enfant sur une vie qui n’a pas nécessairement besoin de l’intervention d’une autrice pour suivre son cours.

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Olga Tokarczuk – Les pérégrins

J’ai souvent rêvé de voir sans être vue. D’espionner. D’être l’observateur idéal.

Est-ce que lire Les pérégrins, ce « panorama foisonnant du nomadisme moderne » lorsqu’on est soi-même en voyage, améliore l’expérience de lecture ? D’un côté oui, parce que le livre est composé de tant de textes plus ou moins courts, et d’une telle diversité, qu’on peut facilement en glaner un ou deux, par-ci par-là, entre deux visites ou deux arrêts. On trouve alors pêle-mêle des pensées, des observations, des nouvelles de quelques paragraphes ou quelques pages, avec des personnages qu’on découvre une fois sans savoir qu’on les retrouvera peut-être dans un texte suivant.

Les histoires de Kunicki et de sa femme perdue, de l’anatomiste Verheyen contemporain de Spinoza, de la collection de Frederik Ruysch ou encore d’Anouchka dans le métro de Moscou, sont parmi les plus longues. Souvent situées dans un passé assez distant, toujours renouvelées et inattendues dans leur choix de personnages et de mises en scène, ce sont de vraies petites nouvelles, bien ciselées et dans lesquelles le lecteur en quête d’un peu de repos face au foisonnement de sujets de ce livre pourra s’installer un peu plus confortablement.

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Herta Müller – Tous les chats sautent à leur façon

Je reporte ma chronique encore incomplète de My life as a spy de Katherine Verdery afin d’arriver directement à la lecture commune d’aujourd’hui autour de Herta Müller : pour moi, Tous les chats sautent à leur façon.


Il y a un lien entre ces deux lectures car, comme l’explique Katherine Verdery dans son prologue, elle a emprunté à Herta Müller la notion de « doppelgänger », ce double (en l’occurrence, doté d’une identité d’espionne, de fauteuse de trouble) que lui crée la police politique, la Securitate, et qui finit par influer sur les actions, les choix et la « vraie » identité de Verdery (qui se considère, elle, comme une simple anthropologue venue étudier la Roumanie d’après-guerre).

Pour Herta Müller, née dans cette même Roumanie d’après-guerre, son identité d’adulte est elle aussi profondément marquée par son refus de se conformer et de coopérer avec le régime de Ceauşescu, mais sans l’issue de secours qu’a Verdery, qui peut toujours rentrer chez elle aux Etats Unis.

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Zofia Romanowicz – Le passage de la mer Rouge

Ce rêve m’était revenu peu avant l’arrivée de Lucile, ce rêve dont je ne savais plus que je me souvenais encore et il n’était pas revenu tout seul, mais enveloppé de tout le réel qui lui était contemporain, qui était sa source d’alors et sa toile de fond, de sorte que ce rêve récent, datant d’un mois à peine, fit revivre avec une netteté étonnante aussi bien ce qui se passait vraiment, il y a tant d’années déjà, que ce dont il m’arriva en ce temps-là de rêver une nuit ; tout cela si emmêlé, si soudé l’un à l’autre, le rêve et la réalité, que, m’éveillant comme en ce temps-là avec un grand cri à la bouche, j’étais persuadée de m’éveiller non pas ce jour mais alors, dans ce temps si lointain (…)

Un sentiment d’irréel marque ce court roman, de sa première à sa dernière page. C’est en partie parce qu’il s’ouvre avec l’évocation de ce rêve qu’a fait la narratrice. Il lui fait une impression si forte, et lui rappelle tant ce rêve d’une époque précédente, qu’elle y reviendra plusieurs fois au cours du livre.

Ce sentiment d’irréel, de flottement dans une bulle sans ancrage, vient surtout de la narratrice. Il n’y a pas de dialogues dans ce livre, seulement quelques mots criés ici ou là et qu’elle se remémore, quelques semaines après ce rêve qui l’a accompagnée toute la journée d’après, alors qu’elle s’apprêtait à aller « à l’aérogare » chercher une femme qui lui a été très proche.

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Ana Novac – Les beaux jours de ma jeunesse

Je l’admets, je suis un témoin capricieux ; mais autrement, comment pourrais-je me tirer de cette aventure sans y laisser ma jugeotte ? Il ne peut s’agir que de fragments, de miettes. Donner une vue exhaustive du camp ? Autant vider la mer à la louche.

On parle souvent de « Anne Frank roumaine/polonaise/hongroise » pour évoquer les journaux d’adolescente juive « de l’Est » datant de la Seconde Guerre mondiale. C’est une description qui permet aux personnes qui n’ont encore jamais entendu parler du journal en question de comprendre qu’il s’agit d’un parcours similaire à celui de l’adolescente juive la plus emblématique des victimes de l’Holocauste. Mais je me demande parfois si décrire ainsi l’un des – relativement – nombreux journaux qui ont survécu à la Seconde Guerre mondiale, n’est-ce pas risquer de gommer l’individualité de chacune de ces adolescentes – leur personnalité, leur contexte d’origine, leur parcours (et le parcours de leurs journaux), leurs ambitions – ainsi que le caractère unique des journaux qu’elles ont laissés.

Je me suis à nouveau posé la question, sans arriver à une réponse satisfaisante, en lisant Les beaux jours de ma jeunesse, le journal d’Ana Novac, alors âgée de 15 et 16 ans dans les fragments correspondant à la période juin 1944-mai 1945 qui sont restitués dans le livre. Ana Novac, que plusieurs sources (y compris le recueil de récits féministes roumain Désobéissantes) présentent comme étant « surnommée ‘la Anne Frank roumaine’ », partage l’immense appétit de vivre de sa contemporaine, mais sa personnalité unique, tenace, effrontée, emplie d’humour noir et de cynisme brille à travers les fragments de journal de camp reconstitués dans ce livre.

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Franceska Michalska – Accrochée à la vie

Au tout début de ce récit de vie, avant même la page de titre et l’avant-propos, les Editions Noir sur Blanc ont inséré une carte intitulée « le trajet de Franceska Michalska, de 1936 à 1951 ».

Tout à gauche se trouvent le point de départ – Maraczówka en Volhynie – et le point d’arrivée – plusieurs villes à la frontière ouest et sud de la Pologne d’aujourd’hui, avec auparavant un passage par la Bucovine. Un peu plus de 1000 km séparent ces lieux.

Tout à droite, un paquet de points au nord de l’actuelle capitale du Kazakhstan, Astana (à l’époque de la publication ; aujourd’hui Nour-soultan), et à la frontière avec la Russie. Ces points forment la partie supérieure d’un triangle dont la pointe inférieure est Alma-Ata, l’ancienne capitale, proche de la frontière kirghize, pas si loin de la Chine. Entre Tchernigovka, le lieu d’assignation de la famille Michalska au Kazakhstan, et Novossibirsk en Russie, le point le plus oriental sur la carte, il y a également près de 1000 km. Entre ceux deux lieux et Alma-Ata : 2000 km.

Entre le groupe de points à gauche de la carte, et celui à droite, deux lignes traversent un grand espace vide de points et seulement marqué par l’immense fracture de la Volga et par le pointillé des frontières d’aujourd’hui : ces lignes représentent les 6-7000 km qui séparent le début et la fin, du milieu de la trajectoire de Franceska Michalska.

L’espace et les distances sont un aspect récurrent d’Accrochée à la vie, incroyable récit autobiographique (publié en Pologne en 2007) d’un premier quart de siècle de vie qui coïncide presqu’exactement au premier quart de siècle de l’URSS et est l’expression ahurissante d’un certain nombre des méfaits de l’URSS. C’est un aspect qui parlera encore plus si on rajoute à la géographie quelques dates et faits de départ.

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Théodora Dimova – Les dévastés

Plus tard, tout au long de la journée, la radio retransmit régulièrement la proclamation. Le précédent gouvernement avait été renversé, mais on ne disait ni pourquoi ni comment. Cela n’empêchait pas le présentateur de poursuivre : les partisans descendaient massivement des montagnes. La population sortait pour les accueillir avec du pain et du sel. Sa joie était double : elle avait d’abord accueilli les soldats soviétiques, elle accueillait maintenant les partisans. Elle les parait de fleurs, scandait « mort au fascisme », et là, le présentateur semblait avoir du mal à réprimer ses larmes.

(…)

Et seulement un mois plus tard, la réalité commença lentement à se déformer et à surpasser ses craintes les plus profondes. Seulement un mois plus tard, ses peurs commencèrent à ressembler à d’inoffensives visions au regard de ce qui se produisait.

Une femme, par une nuit glaciale d’hiver, erre dans son appartement, incapable de se concentrer sur autre chose que ses pensées fébriles et son attente d’un messager qui ne vient pas.

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Désobéissantes, « portraits de femmes qui ont brillé », en Roumanie et au-delà

Quand j’ai feuilleté pour la première fois ces Désobéissantes après l’avoir reçu de Belleville éditions il y a quelques semaines, c’est d’abord la sélection des profils rassemblés que j’ai regardée. Ce livre propose en effet, sur environ 170 pages illustrées, environ 80 portraits, individuels ou collectifs, dont le point commun – hormis d’être celui de femmes – est que ce sont ceux de femmes « libres, indociles et indépendantes ».

D’autres parleraient d’héroïnes, d’insoumises ou de précurseuses (le site 1001 héroïnes les rapproche aussi des Culottées de Pénélope Bagieu) ; les cinq autrices roumaines, connues pour leur travail dans la littérature jeunesse et regroupées en un collectif féministe, ont préféré le mot Nesupusele, traduit ici par Désobéissantes.

Ce sont donc environ 80 portraits, sous la forme d’histoires « imaginées à partir de faits réels documentés ». Qui sont ces femmes ? La plupart porte des noms qui ne nous diront pas grand-chose, et qui ne parleront peut-être pas non plus à la grande majorité de la population roumaine si elle venait à avoir le livre entre les mains. C’est justement le point de départ du livre et de la réflexion des autrices autour de ce qui fait la réussite et la célébrité au fil du temps.

Laura Colţofean-Arizancu, Virginia Andreescu-Haret, Cristina Liberis, ou encore Calypso C. Botez, pour ne citer au hasard que quatre parmi elles : la première, née en 1989, est archéologue ; la seconde (1894-1962) a été la première femme de Roumanie à être diplômée en architecture ; la troisième (née en 1968) a longtemps été correspondante spéciale en zone de conflit pour la télévision roumaine ; et la quatrième (1880-1933) était professeur de philosophie, conseillère municipale, écrivaine et militante pour les droits des femmes. Pour chacune, les autrices de Désobéissantes proposent un très court texte qui pose un ton et une atmosphère, et qui met en lumière une facette de leur personnalité, de leurs réalisations, de leurs vies, ou encore des traces qu’elles ont laissées.

Certaines de ces femmes portent des noms qu’on retrouve dans l’histoire ou la littérature : Cantacuzino, Brătianu, Brâncoveanu… , mais seulement parce que leurs pères, frères, maris ou fils ont été des princes, « des Premiers ministres, des ministres, des chefs de parti, des maires. » Cette petite liste est tirée du paragraphe biographique qui clôt « Ceux qui restent », l’histoire d’un fragment de la vie de Sabina Cantacuzino (1863-1944), « militante dans le domaine de la santé, des arts et de l’éducation. » Devenue Cantacuzino par mariage, elle venait de la famille Brătianu ; la page suivante est justement intitulée « Les blouses d’Elisa » et évoque la vie d’Elisa Brătianu (1870-1957), femme fort investie dans la vie des arts populaires. Elle était née Ştirbey, et même si je ne l’ai pas trouvé en relisant le livre, je ne serais pas surprise qu’on retrouve ce nom autre part dans ce livre.

Désobéissantes n’est cependant pas un extrait du bottin mondain roumain : on retrouve aussi des portraits collectifs portant seulement le nom d’un groupe de femmes sinon anonymes : « les sage-femmes », « les migrantes » (« les mères qui partent travailler dans d’autres pays »), « les gustistes » (« un groupe de jeunes femmes membres de l’Ecole de Sociologie de Bucarest, …. reconnu[e] internationalement dans la période d’entre-guerre pour ses résultats obtenus suite à des études de la vie de village et de la culture populaire roumaine »), ou encore « les femmes au foyer » (un extrait du texte : « Nous, nous croyions que l’Histoire se faisait seulement par des batailles, mais la prof s’est mise à nous expliquer que les guerres n’ont pu avoir lieu que parce que, depuis que le monde est monde, les femmes ont fait et élevé les enfants, ont cuisiné, lavé, repassé, balayé, passé l’aspirateur, fait la poussière, arrosé les fleurs, cousu les chaussettes trouées et fait des bocaux de cornichons l’automne »).

Voici aussi l’illustration de « 2 heures et 3 minutes », texte de Laura Grünberg sur Simona Halep, illustré par Maria Surducan (détail)

Parmi tous les noms, certains auront certainement franchi la barrière du temps, de la géographie et du genre : Nadia Comăneci la gymnaste est là, de même que Herta Müller l’écrivaine ; les mélomanes reconnaitront peut-être Clara Haskil la pianiste, et en profiteront pour découvrir l’artiste de musique populaire Maria Tănase (je ne résiste pas au plaisir de mettre une illustration musicale). Pour ma part, j’ai aussi retrouvé avec plaisir Hortensia Papadat-Bengescu (auteure, entre autres, de Le Concert de Bach, publié en 1927 et que j’ai chroniqué ici), et la poète Ana Blandiana, ainsi que l’écrivaine Ana Novac qui aura toute sa place dans les prochaines lectures communes autour de l’Holocauste. Autre dimension que j’ai appréciée, dans une région où les frontières et l’existence de différents groupes ethniques est encore un sujet qui peut fâcher, a été la diversité ethnique des portraits proposés, avec une majorité roumaine mais aussi des minorités allemande, hongroise, aroumaine, rom… à l’image de la population du pays.

Visiblement, le choix des femmes à inclure, parmi toutes celles qui le mériteraient, n’a pas toujours été évident : le livre y fait une illusion amusante lorsque Laura Grünberg évoque le personnage de « la princesse Alexandrina Cantacuzino, philanthrope et diplomate roumaine » à travers la description d’une « réunion de rédaction » à laquelle participent les cinq autrices du livre. Faut-il inclure cette figure, personnalité du mouvement des femmes de Roumanie mais aussi connue pour sa proximité avec le mouvement fasciste de la Garde de fer durant la Seconde Guerre mondiale ? Ce sera « oui », avec cette histoire qui répond en même temps un peu « non ».

Et voici Monica Lovinescu, l’héroïne de « Des voix dans l’ombre », texte de Victoria Pătrascu illustré par Ágnes Keszeg (détail)

Même si l’on retrouve parfois des liens – des noms, des lieux – entre ces histoires, elles sont principalement à lire pour elles-mêmes, par ordre d’apparition ou en picorant par-ci par-là, on peut aussi simplement se laisser porter par le plaisir des images : l’aspect visuel est très important et est le fruit du travail d’une douzaine d’illustratrices aux styles très divers. Ce sont des images tour à tour poétiques, vibrantes, enfantines, dynamiques, rêveuses. Elles échangent avec l’histoire, jouant souvent avec le temps pour présenter deux périodes de la vie de la femme représentée, ou sa vie de l’époque et son héritage aujourd’hui. De page en page, on peut aussi apprendre à reconnaître le style particulier à chaque illustratrice : Iulia Ignat – et son style très fin pour représenter l’artiste botaniste Angiolina Santocono, Ana Novac ou encore l’ancienne enfant-détenue Ruxandra Berindei et sa mère la détenue politique Ioana Berindei – et Zelmira Szabó – et son jeu avec les formes et les textures sur le papier – sont parmi mes préférées.

En Roumanie, les autrices de ce livre (deux volumes dans l’édition d’origine) l’ont accompagné d’ateliers de discussion auprès d’un public plutôt jeune. Dans les autres pays de cette région que j’aime couvrir ici, ce ne serait pas une mauvaise chose d’avoir accès à un livre similaire pour mieux connaître le passé, enrichir l’avenir, et apporter un peu de diversité parmi les noms des hommes célèbres qui ont « fait » l’Histoire, la politique, les sciences, la culture et les noms de rues.

Pour poursuivre (ou préparer) la découverte, une émission intéressante en français autour du livre, de son titre, de ses autrices, sur Radio România Internaţional, sur ce lien.

Désobéissantes, recueil illustré de portraits de femmes, est écrit par Adina Rosetti, Victoria Patrascu, Iulia Iordan, Laura Grünberg et Cristina Andone et traduit du roumain par Sidonie Mézaize-Milon et Oana Calen. Belleville Editions, 2021.


Nana Ekvtimishvili – The Pear Field

« Ces gamins sont peut-être des attardés, mais ils savent exactement ce qui se passe »

“Those kids may be backwards, but they know exactly what’s going on”

Après Sanatorium, de Barbara Klicka, voici le deuxième volet de ma séquence autour de livres évoquant des vies « normales » dans des endroits « à part » : The Pear Field (« Le verger de poires ») de l’auteure et cinéaste géorgienne Nana Ekvtimishvili.

Encore une lecture en anglais ? Oui, et la bonne nouvelle est qu’une traduction française de ce roman est prévue aux Editions Noir sur Blanc en 2023 (les extraits sont présentés ici avec mes traductions). Voici déjà un avant-goût de ce roman dur, fort et porté par des personnages qui transcendent leur cadre – ce quartier de Tbilissi, en Géorgie où « il n’y a rien d’intéressant à voir, ni bâtiments historiques, ni fontaines, ni monuments aux plus grandes réalisations de notre société ».

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