Lectures communes autour de l’Holocauste – un récapitulatif, une annonce

Vous avez été nombreux – et surtout nombreuses ! – à participer à notre projet de lectures communes autour de l’Holocauste, du 27 janvier (journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste) au 3 février.

27 billets, pour 25 livres différents : au vu du nombre de « je note » ou « je découvre » laissés en commentaires, on peut dire que les découvertes ont été au rendez-vous. Les émotions ressenties à la lecture de ces livres – témoignages, récits, essais, poèmes – aussi, allant de l’horreur à l’admiration en passant par l’incrédulité.

Merci à vous pour toutes vos participations. Vous nous avez demandé si nous allions recommencer l’année prochaine ? La réponse est OUI, car nous avons vu beaucoup d’enthousiasme et de gratitude pour notre initiative, et nous souhaitons continuer à contribuer ainsi à la mémoire de l’Holocauste, de ceux et celles qui n’ont pas survécu, et de ceux et celles qui ont porté ou portent encore aujourd’hui le poids de ce passé.

Nous vous donnons donc rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle semaine de lectures communes.

Nous espérons que les suggestions que nous vous avions proposées en annonçant ces lectures communes chez Passage à l’Est ! et chez Et si on bouquinait ?, et que le récapitulatif ci-dessous pourront servir de base et être enrichis au fil du temps. Lire la suite »


Miklós Radnóti – Septième églogue

Tous les textes lus pour les lectures communes autour de l’Holocauste cette semaine ont été écrits après la guerre, par des personnes qui ont l’ont vécue ou dont les parents (dans le cas de Péter Gárdos avec La fièvre de l’aube) ou les grands-parents (pour Philippe Sands avec Retour à Lemberg) l’ont vécue, et qui ont été touchées d’une manière ou d’une autre par l’Holocauste. Ce sont des témoignages parfois directs (comme le rapport de Marek Edelman dans Mémoires du ghetto de Varsovie), parfois fictionnalisés (comme les récits d’Aranka Siegal et d’Ida Fink), ou parfois de forme plus littéraire (comme le roman d’Alexandre Tišma). Tous ont en commun d’avoir été écrits par des personnes qui se sont tournées vers la littérature après la guerre et l’Holocauste, et probablement à cause de la guerre et de l’Holocauste.

Pour terminer, je voulais laisser la parole à l’un des nombreux poètes et écrivains que la guerre et l’Holocauste ont condamnés à ne rester dans les mémoires que comme des écrivains d’avant-guerre. En France, on pense par exemple à Irène Némirovsky, ou à Robert Desnos dont Marilyne citait un poème extrait du recueil Ce coeur qui haïssait la guerre (dans sa chronique consacrée à Une île, une forteresse, d’Hélène Gaudy). A l’ « Est », je ne peux en citer que quelques-uns parmi tant d’autres – Bruno Schulz, auteur notamment du recueil de nouvelles Les boutiques de cannelle et tué dans le ghetto de Drohobycz en novembre 1942; Milena Jesenská, morte à Ravensbrück en mai 1944 et qui n’était pas que la destinataire des Lettres à Milena de Kafka ; Antal Szerb, ce grand romancier et historien de la littérature, conscrit au Service du Travail des Juifs et battu à mort par des gardes des Croix Fléchées hongroises en janvier 1945… et Miklós Radnóti, l’un des plus célèbres poètes hongrois, lui aussi conscrit au Service du Travail des Juifs et fusillé par des SS en novembre 1944. Les derniers poèmes de Miklós Radnóti seront retrouvés dans une poche de son imperméable, lors de son exhumation en 1946.

Voici donc, pour terminer, « Septième églogue », daté de juillet 1944, dans la traduction de Jean-Luc Moreau (dans le recueil Marche forcée. Œuvres 1930-1944, Phébus).

Vois-tu, le soir tombe, et les baraquements, le barbare enclos
de chêne ourlé de barbelés, à force de flotter se résorbent dans le soir.
Notre captivité – lentement le regard se détache de son cadre –
et la tension des barbelés, la raison seule, la raison seule encore en garde connaissance.
Vois-tu, mon amour, même le rêve ici ce n’est qu’ainsi qu’il se libère;
nos corps brisés c’est le sommeil, merveilleux sauveur, qui les délivre,
et c’est l’heure où le camp prend le chemin du retour.

En haillons, le crâne rasé, les prisonniers, ronflant, s’envolent
des cimes aveugles de Serbie vers un pays natal à leurs regards caché.
Ce pays qui se cache ! Oh, la maison existe-t-elle encore ?
Les bombes ne l’ont pas touchée ? Elle est là comme avant notre départ ?
Et celui-ci qui gît à gauche, à droite celui-là qui geint, rentreront-ils chez eux jamais ?
Dis-moi, y a-t-il encore un chez nous là-bas, où l’on comprenne cette églogue ?

Sans les accents, griffonnant simplement vers après vers à l’aveuglette,
j’écris ce poème dans le noir, à l’image de ma vie,
tâtonnant, arpentant le papier comme une chenille processionnaire.
Lampes de poche, livres, carnets, les gardiens du Lager ont tout pris,
et pas de courrier non plus – sur nos baraquements ne descend que le brouillard.

Parmi la vermine et les bruits alarmistes, ici vivent Français, Polonais,
Italiens volubiles, Serbes dissidents, Juifs rêveurs dans la montagne,
corps fiévreux, démembré, et qui vit cependant d’une vie unanime
dans l’attente de bonnes nouvelles, de douces paroles de femme, d’un sort humain et libre,
et l’on attend la fin, la culbute dans les ténèbres, le miracle.

Je gis sur le grabat, animal captif au milieu de la vermine,
les vagues d’assaut des puces nous harcèlent mais l’armée des mouches déjà s’est apaisée.
C’est le soir ; de nouveau, tu vois, la captivité s’est raccourcie d’un jour,
d’un jour aussi la vie. Le camp est endormi. La lune
éclaire le paysage : de nouveau les barbelés se tendent dans sa lumière,
et l’on voit par la fenêtre l’ombre armée des sentinelles
qui marchent, projetées sur le mur, au milieu des voix de la nuit.

Le camp est endormi – le vois-tu, mon amour ? – l’air est froissé de rêves ;
un qui ronfle là-bas sursaute et puis se tourne sur la planche étroite et déjà
se rendort, et son visage rayonne. Assis là je suis seul éveillé ;
je sens la cigarette à demi fumée dans ma bouche au lieu du goût de tes baisers,
et point ne vient le sommeil qui soulage,
car je ne sais plus ni mourir, ni vivre sans toi désormais.

Lager Heidenau,
dans la montagne au dessus
de Zagubica,
juillet 1944


Alexandre Tišma – Le livre de Blam

En lisant Le livre de Blam, j’ai retrouvé l’Alexandre Tišma que j’avais tant aimé en découvrant d’abord L’usage de l’homme (chroniqué en 2012) puis Le jeune fille brune (chroniqué en 2018). Cet écrivain né en 1924, décédé en 2003, y parle, avec une écriture attentive et légèrement exigeante, de la Voïvodine serbe-yougoslave de l’après-guerre, des gens qui y habitent, d’une société qui se transforme petit à petit mais où le poids individuel du passé collectif reste très présent.

Par sa location et son sujet, Le livre de Blam se rapproche cependant davantage de L’usage de l’homme (qui lui fait suite dans une trilogie lâche que conclut Le Kapo), que de la pure nostalgie personnelle de La jeune fille brune. Le cadre est celui de Novi Sad, cette grande ville multi-ethnique du nord de la Serbie où a grandi l’auteur, et où est né Blam, son héros triste et solitaire. Lire la suite »


Ida Fink – Le voyage

Elle avait parlé d’une voix faible, son père ne l’avait pas entendue. Il demanda si c’était une urgence. Elle répéta alors, plus fort cette fois : « C’est nous, c’est nous. »

Elle l’entendit pousser un cri. Elle entendait ses pas, il courait jusqu’à la porte. En courant, il criait leurs prénoms.

C’est peut-être l’un des passages les plus émouvants de ce beau roman dur, saisissant et d’inspiration fortement autobiographique, lu dans le cadre des Lectures communes autour de l’Holocauste.

Katarzyna et Elżbieta, Joanna et Jadwiga, Maria et Barbara : les prénoms ne manquent pas et pourtant nous ne connaitrons pas ceux que crie le père dans ce passage qui clôt presque le roman. Cette multiplicité des noms cachant l’absence des vrais noms est à l’image de l’ensemble du récit, où la nécessité de brouiller les pistes afin de survivre est la principale préoccupation des protagonistes.

Katarzyna, donc, deviendra Joanna, puis plus tard Maria, chaque fois avec un nom de famille différent et inventé. Derrière ces identités de façade vit une jeune fille que les rafles des Einsatzgruppen forcent à assumer ses origines juives en la mettant sur leur liste des personnes à exécuter, avant de la forcer à rejeter cette même association afin de se donner une chance de survivre. Lire la suite »


Marek Edelman – Hanna Krall : Mémoires du ghetto de Varsovie

A la lecture du Retour à Lemberg de Philippe Sands, j’ai été frappée par ce qu’il écrit sur le juriste Rafael Lemkin, et sur la question que celui-ci se pose à partir de 1940 : comment les Nazis avaient-ils pu imposer leur pouvoir sur l’ensemble du continent ? Son travail de collecte et d’analyse de leurs décrets, arrêtés et autres documents officiels fera ressortir, déjà avant la fin de la guerre, l’objectif nazi de destruction de nations dans les régions passées sous leur contrôle, légalisée à coups de documents juridiques et administratifs. Pris individuellement, ils pouvaient à la rigueur paraître dénués d’intentions meurtrières. Pris dans leur ensemble, ils montraient clairement l’objectif qui apparaitra encore plus clairement après la conférence de Wannsee, l’émergence de la « solution finale » et son application terrible.

Mais le travail de Lemkin démontrait aussi les étapes qui ont rendu faisable l’application de la décision d’extermination concernant les Juifs à un rythme et avec une vitesse qu’il est difficile d’appréhender pleinement. La dénationalisation des Juifs (pour les soustraire à la protection de la loi), l’obligation du port de l’étoile, l’enregistrement forcé des Juifs, le regroupement en ghettos, la menace de mort pour toute personne quittant le ghetto sans autorisation… tout cela était le prélude à l’extermination de masse, dans les camps ou dans les massacres en plein air.

Cela, et la suite de ces mesures, nous le retrouvons aussi décrit, dans toute l’horreur de son application sur des groupes et des personnes, dans les Mémoires du ghetto de Varsovie. Dans l’édition du Scribe (1983), ce petit livre contient, outre une préface de Pierre Vidal-Naquet, un plan du ghetto, une chronologie et une bibliographie, deux textes séparés mais complémentaires. Lire la suite »


Evgueni Evtouchenko – Babi Yar

Les témoignages et les images des camps de concentration et d’extermination ont marqué notre compréhension de l’Holocauste. C’est la libération de l’un de ces camps, Auschwitz, le 27 janvier 1945, qui a été choisie pour marquer la mémoire de l’Holocauste. A l’Est de l’Europe, sur les « terres de sang » contestées par l’Allemagne et l’URSS à partir de l’été 1941, ce sont surtout les exécutions de masse qui marquent l’entreprise nazie d’extermination des Juifs.

Le massacre de Babi Yar (Babyn Yar) est l’un d’entre eux – le plus meurtrier de cette « Shoah par balles » : en deux jours de la fin septembre 1941, au bord d’un ravin à proximité de Kiev, près de 34 000 Juifs furent mitraillés par le Sonderkommando 4a. Au cours des trois années suivantes, 70 000 autres hommes, femmes et enfants, Juifs, Ukrainiens, Roms, handicapés, prisonniers de guerre, y furent aussi fusillés.

Dès 1943, le poète ukrainien Mykola Bazhan, faisait explicitement référence à ces massacres (mais pas à leurs victimes juives) dans son poème « Babi Yar ». Près de vingt ans plus tard, en 1961, le poète russe Evgueni Evtouchenko consacrait à son tour à ce lieu et aux victimes – et particulièrement ses victimes juives – un poème, portant le même titre et destiné à devenir autrement plus célèbre.

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Philippe Sands – Retour à Lemberg

East-West Street. On the origins of genocide and crimes against humanity – en français Retour à Lemberg (Albin Michel, 2017) – est plusieurs choses à la fois : une reconstruction d’un pan de l’histoire du XXe siècle européen, un voyage à travers le continent et au-delà, une plongée dans les origines de concepts juridiques toujours d’actualité aujourd’hui, une série de mini-biographies commentées, un grand plaisir de lecture… C’est aussi – et peut-être avant tout – une recherche personnelle de reconstitution d’une histoire familiale. C’est par cet aspect que je vais commencer pour cette troisième offrande des « lectures communes autour de l’Holocauste » avec Patrice de Et si on bouquinait? Lire la suite »


Péter Gárdos – La fièvre de l’aube

Hier, je terminais ma chronique de Sur la tête de la chèvre en mentionnant que ce récit biographique d’Aranka Siegal, qui prend fin au moment où elle est déportée du ghetto de Beregszász avec sa famille, est suivi d’un deuxième volume : dans La grâce au désert, elle revient sur la souffrance des camps et sur son réapprentissage de la vie, en Suède.

C’est aussi en Suède que se déroule le livre d’aujourd’hui : Péter Gárdos (cinéaste avant d’être écrivain) y écrit l’histoire de ses parents, avant sa naissance. Lui, Miklós, a été déporté après s’être évadé de son bataillon de travail forcé ; elle, Lili, on ne sait pas dans quelles circonstances elle a été déportée – peut-être une rafle. Tous deux sont jeunes, tous deux sont juifs et hongrois, tous deux ont été pris en charge à la libération du camp de BergenBelsen, et envoyés en Suède dans différents hôpitaux. Mi-1945, ils pèsent moins de soixante kilos à eux deux. Début 1946, ils se marient.

Sur un ton volontairement léger, et accentuant l’aspect comique de certaines situations, le livre décrit la rencontre de Miklós et de Lili – une rencontre dont on pourrait dire qu’elle est digne d’un roman-feuilleton, si ce n’est que c’est justement un roman tout court que Péter Gárdos a écrit. Lire la suite »


Aranka Siegal – Sur la tête de la chèvre

Je ne sais pas combien de fois j’ai lu et relu Sur la tête de la chèvre après l’avoir reçu en cadeau dans les années 1990. Suffisamment de fois en tout cas pour en garder un souvenir très vif même avant de le relire, pour la première fois depuis près de vingt ans, pour cette série thématique sur l’Holocauste et la littérature avec Patrice de Et si on bouquinait? Lire la suite »


27 janvier – 3 février: lectures communes autour de l’Holocauste

Ce n’est que depuis 2005, soixante ans après la libération du camp d’Auschwitz, que le 27 janvier est la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. En commémorant la libération d’un camp, cette journée mémorielle met l’accent sur l’aspect le plus horrifiant de toute la politique nazie de destruction programmée des Juifs d’Europe : le réseau de camps de concentration et d’extermination qui a recouvert l’Europe durant la Seconde Guerre mondiale.

Du Grand Voyage de Jorge Semprún au Si c’est un homme de Primo Levi, les camps sont aussi au cœur de la « littérature de l’Holocauste ». Cependant l’Holocauste, et sa traduction en littérature, évoque une tragédie qui dépasse les frontières des camps : la vie interrompue ou terminée net de communautés juives européennes d’avant-guerre, les ghettos, la vie dans la clandestinité, les exécutions sommaires de masse (« Shoah par balles »), puis la vie d’après-guerre avec le souvenir des six millions de Juifs disparus, celui des survivants, la reconnaissance tardive du génocide dans la sphère publique et la prise de conscience (ou non) de la culpabilité d’individus et de groupes entiers.

Ce sont tous ces aspects de l’Holocauste, et leur présence dans la littérature, que je souhaite explorer le 27 janvier 2021 et dans la semaine qui suivra (27 janvier – 3 février), en mémoire des six millions de Juifs mis à mort par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs.

Pour ce faire, je me suis associée avec Patrice, du blog Et si on bouquinait? et je vous propose de partager avec nous une lecture ayant trait à l’Holocauste : témoignage, roman, poème, pièce de théâtre… qu’ils soit liés à l’expérience juive de la Seconde Guerre mondiale ou à celle de ses autres victimes tziganes, handicapés, opposants politiques, homosexuels ou prisonniers de guerre.

Pour participer, il suffit de partager votre lecture sur votre blog, ou sur les réseaux sociaux, du 27 janvier au 3 février, et de nous le signaler par mail ou dans les commentaires sous cet article, pour qu’on puisse l’intégrer dans la liste de vos lectures que nous publierons après le 3 février.

Nous vous proposons quelques pistes de lecture ci-dessous – pour ma part, je présenterai comme toujours des livres d’auteurs d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans.

  • Etty Hillesum, Une vie bouleversée (traduit du néerlandais par Philippe Noble ; Points, 2020). Journal intime rédigée par une jeune femme juive internée dans un camp de transit aux Pays-Bas puis à Auschwitz où elle périra fin 1943.
  • Robert Merle, La mort est mon métier (Folio, 1978). Ce livre correspond aux pseudo-mémoires de Rudolf Höss, commandant du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Marceline Loridan-Ivens, Et tu n’es pas revenu (Le livre de poche, 2016). Arrêtée et déportée à Birkenau en 1944, l’auteure parvient à survivre tandis que son père mourra à Auschwitz. Soixante-dix ans plus, elle lui adresse une lettre dans laquelle elle lui raconte sa captivité, son retour, sa vie après les camps.
  • Jurek Becker, Jakob le menteur (traduit de l’allemand par Claude Sebisch ; Grasset, 1997). Dans un ghetto juif en Pologne, un cafetier, Jakob Heim, fait preuve d’inventivité et raconte des nouvelles rassurantes sur l’avancée des Alliés, afin de rassurer ses compagnons d’infortune.
  • Père Patrick Desbois, La Shoah par balles (Plon, 2019). Prêtre catholique s’étant rendu célèbre par ses recherches sur la shoah, et notamment les Einsatzgruppen sur le front Est, il relate ici ce qu’on a appelé la Shoah par balles, en s’attardant sur le « rôle joué par les populations locales, par les voisins et les militants qui permirent le fonctionnement de la machine à tuer des nazis ».
  • Annette Wieviorka, Auschwitz expliqué à ma fille (Seuil ; 1999). Sur cette immense question de la Shoah, sur l’énigme du mal absolu, une historienne reconnue répond aux questions, très directes, de sa propre fille.
  • Andrzej Umanski, La Shoah à l’Est : regards d’Allemands (Fayard Histoire ; 2017). L’auteur, historien originaire d’une famille juive ukrainienne, a réuni les lettres, journaux intimes, dépositions des acteurs mais également des spectateurs des exécutions qui se sont déroulées sur le Front Est.
  • Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem – un essai sur la banalité du mal (traduit de l’allemand par Anne Guérin ; Folio Histoire, 2006). Compte-rendu du procès d’Adolf Eichmann, montrant son rôle dans l’extermination des juifs, auquel s’ajoutent des réflexions politiques et philosophiques.
  • Beate & Serge Klarsfeld, Mémoires (Livre de poche, 2016). Retour sur une vie consacrée au combat pour la mémoire des victimes de la Shoah et à la chasse incessante d’anciens nazis.
  • Imre Kertész, Être sans destin (traduit du hongrois par Charles et Natalia Zaremba ; Actes Sud, 1998) : avec ce livre composé à Budapest dans la solitude des années d’après-guerre, l’auteur – prix Nobel de littérature en 2002 – cherche la voix nécessaire pour reconstituer son expérience des camps.
  • Arnošt Lustig, Elle avait les yeux verts (traduit du tchèque par Erika Abrams ; Galaade, 2010) : né à Prague en 1926 et rescapé des camps, l’auteur écrit ici l’histoire de l’adolescente Hanka, et des choix qu’elle doit faire pour survivre à l’enfer d’Auschwitz.
  • Clara Kramer avec Stephen Glantz, La guerre selon Clara (traduit de l’anglais par Isabelle Taudière ; Calmann-Lévy, 2009) : Zolkiew, petite ville polonaise, est envahie par les nazis à l’été 1941. Durant deux ans, Clara (douze ans), se cache avec dix-sept autres personnes sous une maison afin de survivre.
  • Hanna Krasnapiorska, Lettres de ma mémoire (traduit du biélorussien par Alena Lapatniova ; Ver à Soie, 2020) : née en 1925, l’auteure témoigne dans ce livre publié pour la première fois en 1984, des conditions de vie dans le ghetto juif de Minsk, dont elle est l’une des rares survivantes.
  • Piotr Rawicz, Le sang du ciel (en français ; Gallimard, 2014) : l’auteur, né en Galicie, survivant d’Auschwitz et installé en France après la guerre, prend dès 1961 le parti de la fiction pour évoquer la fuite d’un homme face à la persécution nazie.
  • Aharon Appelfeld, Les Partisans (traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti ; Editions de l’Olivier, 2015) : né en Bucovine (alors en Roumanie), l’auteur a tout juste dix ans lorsqu’il s’évade d’un camp. Ce roman, qui se déroule dans une forêt d’Ukraine, raconte les derniers mois de guerre d’un groupe de partisans juifs luttant pour survivre et pour sauver des Juifs.
  • Zofia Nałkowska, Médaillons (traduit du polonais par Agnieszka Grudzinska ; Editions Pétra, 2018) : entre fiction et document, ces textes publiés dès 1946 sont ceux d’une écrivaine renommée en Pologne, à partir de sa participation à la Commission d’enquête sur les crimes allemands en Pologne.
  • David Albahari, Goetz et Meyer (traduit du serbe par Gojko Lukić et Gabriel Iaculli ; Gallimard, 2002) : dans ce beau roman postmoderne, un narrateur sans nom cherche à retracer l’histoire de sa famille disparue dans le camp de Sajmište, près de Belgrade.