Et voilà octobre avec son lot de livres

Voyager rime avec feuilleter mais pas avec lire : c’est une évidence qui s’est avérée pour moi au cours de ce mois de septembre passé par monts et par vaux, après un mois d’août passé par monts et par vaux et avant un mois de septembre par monts et par vaux.

Ainsi, hormis Moon Palace et Gibier, je n’ai vraiment pas lu grand-chose ce mois-ci.

Pendant ce temps, le programme des nouvelles publications d’octobre en provenance « de l’Est » ou le concernant s’est bien étoffé. Avant de parler de quelques-unes de ces nouvelles publications, un mot sur Gibier, et une annonce de lecture commune.


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Août-septembre : à nouveau du nouveau à lire

C’est bientôt la rentrée ! (apparemment). En tout cas, côté livres, c’est certainement déjà la rentrée. Comme d’habitude, la question du nombre – magique ou maudit – des nouvelles publications de cette rentrée littéraire, agite. Les publications en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans ne sont pas – de loin – les principales fautives, mais il y en a quand même une jolie brassée. On trouve par exemple :

En provenance du polonais, le 25 août chez Agullo, Madame Mohr a disparu, de « Maryla Szymiczkowa ». Celui-ci, je l’ai lu dans la traduction anglaise en début d’année et j’étais très contente d’apprendre que sa traduction française était en cours. Maintenant, c’est fait !

Ça se passe à Cracovie/Kraków, à la fin du XIXe : une femme disparait, une autre se trouve une vocation d’Agatha Christie avant l’heure ; il y a plein de snobisme, pas mal d’ironie et une bonne dose d’humour, et c’est le premier d’une longue série de (pastiches de) romans policiers bon enfant avec Zofia Turbotynska dans le rôle de l’enquêteur. Ah, et pourquoi les guillemets pour « Maryla Szymiczkowa » ? La présentation complète du livre et de l’auteur chez Agullo vous dira tout.

Traduction par Marie Furman-Bouvard.


En provenance du polonais (2), le 25 août chez Editions Allia, La peste à Naples, de Gustaw Herling. Ecrivain polonais, dissident émigré durant toute l’après-guerre, Gustaw Herling est principalement connu pour Un monde à part, mémoires de ses années de goulag durant la Seconde Guerre mondiale, dont une première version traduite en anglais, publiée en 1951, servira de base à la traduction française parue en 1985 (Herling est aussi l’auteur de la préface des Souvenirs de Starobielsk, de Jozef Czapski). Après quelques années passées en Angleterre, il s’installe à Naples et y vit jusqu’à son décès en 2000. C’est à Naples aussi – mais Naples sous domination espagnole au XVIIe siècle – qu’il inscrit ce court texte : « documenté, concis et limpide, La peste à Naples est une exploration aussi dérangeante que nécessaire des pathologies du pouvoir. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par l’autrice de la très grande majorité des textes de Herling parus en français, Thérèse Douchy.


En provenance de géorgien, le 25 août chez Robert Laffont, Génération Denim, de Dato Tourachvili. Quelle surprise pour moi de trouver ce livre parmi les nouvelles publications – cela m’a tout de suite ramené quelques années en arrière, dans une librairie-papeterie de Kutaisi où j’avais acheté un exemplaire un peu poussiéreux de la traduction anglaise publiée chez la petite maison d’édition Sulakauri. « Le récit hallucinant d’une génération sacrifiée sur l’autel de la liberté. 1983, la Géorgie est sous le joug de l’URSS. Les restrictions sont légion et s’étendent jusqu’aux vêtements. Interdiction de porter un jean, ennemi juré de la propagande soviétique. C’est dans cette prison à ciel ouvert qu’une nouvelle génération rêve en secret de rejoindre l’Ouest. Avec le denim comme symbole. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Alexander Bainbridge.


En provenance du polonais (3), le 1 septembre chez Noir sur Blanc, Stramer, de Mikołaj Łoziński. « Au début du XXe siècle, Nathan Stramer revient des États-Unis dans sa ville natale de Tarnów, une ville industrielle du sud de la Pologne, où la moitié de la population est juive. Il y rencontre sa femme, Rywka, et devient le père de six enfants que l’on va voir grandir… Cette histoire intime, extrêmement attachante, est interrompue de plus en plus fréquemment par la marche sanglante de l’histoire. Les Stramer peuvent-ils deviner ce qui les attend ? »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Laurence Dyèvre.


En provenance de l’albanais, le 1 septembre chez Zulma, L’hiver de la grande solitude, d’Ismail Kadaré. Après Qui a ramené Doruntine ?, voici le deuxième roman de Kadaré à être republié chez Zulma, une cinquantaine d’années après sa première parution. Comme tant des romans de Kadaré, il prend pour point de départ l’un des épisodes de l’histoire albanaise du XXe siècle : « Réaliste, passionné et saisissant, L’Hiver de la grande solitude est le grand roman de la rupture entre le géant soviétique et la dictature albanaise qui osa émettre une voix discordante. Ismail Kadaré compose une véritable symphonie mêlant aux trajectoires individuelles le vent de la grande Histoire. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Jusuf Vrioni.


En provenance du croate, le 7 septembre chez Gaïa, Attraper le lapin, de Lana Bastašić. « Ce qui démarre comme un road trip au cœur des ténèbres de l’Europe prend peu à peu des allures de voyage dans le temps, tandis que (…) deux trentenaires plongent dans le “terrier” de leur histoire commune, revisitent leur amitié fusionnelle, conflictuelle et exhument de douloureux secrets… Lana Bastašić signe un premier roman intense et poignant sur la construction identitaire, la faillibilité de la mémoire et les différentes façons dont deux personnes peuvent se blesser, s’aimer, se décevoir et se méprendre l’une sur l’autre »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Aleksandar Grujičić en collaboration avec Isabelle Liber.


En provenance du macédonien, le 8 septembre chez Gallimard, Mon cher mari, de Rumena Bužarovska. J’ai été contente de voir la parution en français de ce livre, car j’avais déjà eu l’occasion d’en lire quelques passages en anglais – et de voir qu’il existe aussi en hongrois – et j’en avais aimé le ton acerbe. « Tableau à la fois désopilant et terrible des rôles attribués par la société, Mon cher mari renouvelle la fiction féministe en égratignant tout le monde. Sur un fil d’équilibriste entre ironie décapante et tragique de la banalité conjugale, Rumena Bužarovska pointe les limites sociales comme intimes de notre discours sur le couple et interroge de son irrésistible talent chaque rouage du vaste jeu de l’amour et du mariage. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduction par Maria Bejanovska, qui le présente aussi sur son blog.


En provenance du polonais (4), le 9 septembre chez Métailié, Tu sais qui, de Jakub Szamałek. Ce n’est pas tous les jours que l’on trouve des textes « de l’est » chez Métailié ! Cette nouvelle parution montre à nouveau à quel point le polar/roman noir polonais a le vent en poupe, et à quel point le traducteur Kamil Barbarski s’en est fait une spécialité (cf notamment ses traductions de Zygmunt Miłoszewski, mais aussi de Marcin Wroński et de Jakub Zulczyk). « Une jeune journaliste débutante chargée de la rubrique people dans un média sur le Net se lance dans une enquête qui la dépasse très vite. Elle réalise que la vie des stars de la télévision est beaucoup plus effrayante que tout ce qu’elle a pu imaginer. …Des personnages brillants et mystérieux mènent la danse et soulignent la perversité des transformations du système judiciaire polonais. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur et traduction, donc, par Kamil Barbarski.


En provenance du croate (2), le 15 septembre chez Agullo, La femme du deuxième étage, de Jurica Pavičić. Deuxième roman de Pavičić traduit en français après le multi-primé L’eau rouge, « La Femme du deuxième étage est l’anatomie de cette tragédie dans laquelle des gens ordinaires deviennent acteurs de la rubrique faits divers. Ce thriller psychologique tendu éclaire non seulement la façon dont le crime a été commis, mais aussi pourquoi. À la recherche d’une réponse, l’écrivain s’enfonce dans la peau de son héroïne et explore les circonstances qui ont conduit au meurtre. Excellent chroniqueur et critique de la réalité sociale, Pavicic traite des mutations d’une société en transition et de leur impact sur le microcosme d’une famille, sur fond d’images idylliques de la Méditerranée qu’il oppose à celle d’une cruauté difficile à pardonner. » Traduit du croate par Olivier Lannuzel.

(A noter aussi, en provenance du croate (3), le 18 août chez Libretto, la réédition de Miracle à la Combe aux Aspics, d’Ante Tomić – un « road-movie littéraire » pour lequel je n’ai lu jusqu’ici que des avis très enthousiastes).


Une rentrée variée en termes de langues, de sujets et de formats, donc. Qu’est-ce qu’elle vous inspire? Pour ma part, il y aura certainement une chronique du Szymiczkowa, peut-être une également du Tourachvili (un bon complément aux Ténèbres sacrées. Les derniers jours du Goulag, de Levan Berdzenichvili, que j’avais chroniqué en début d’année); le Kadaré m’intéresse évidemment, de même que le Bužarovska, et… je vais m’arrêter là pour le moment.


Février-juin, un A à T des nouvelles publications (+ quelques actualités)

Mon dernier récapitulatif des nouvelles publications date de février et, depuis, les livres ont continué à sortir et à s’empiler. Il est plus que temps de faire un retour sur les nouvelles parutions – ou rééditions – de ces quatre derniers mois, n’est-ce pas ?

Voici donc une vingtaine de titres, organisés par langue d’origine – une douzaine – de l’albanais du Kosovo au polonais de la Pologne, du roumain (et de l’allemand) de Roumanie au tchèque de Tchéquie, en passant par le français pour parler d’Europe. Principalement du neuf mais aussi un peu du vieux ; de la fiction, de la poésie, des gros et des petits romans, des œuvres complètes… Et puis trois actualités littéraires pour terminer.

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Witold Szabłowski – Les Ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté

Dans Abraham le Poivrot, loin de Tolède, œuvre de fiction (chroniquée ici), le narrateur enfant assiste au triste départ des tsiganes de la ville, exilés dans une lointaine province bulgare dans les premiers mois du nouveau régime communiste d’après-guerre. Venant clore la caravane de chariots bâchés remplis d’enfants et de mobilier et suivie des chiens et des poulains, écrit l’auteur Angel Wagenstein, « son lourd arrière-train se balançant d’un côté et de l’autre, l’ours fut le dernier à disparaître dans l’ombre verte de l’osier ». Peu de temps auparavant, participant à une fête tsigane, l’enfant avait vu les propriétaires de cet ours anonyme s’efforcer « d’enseigner cet art compliqué de la danse » à l’animal « aussi lourd qu’indocile, attaché par une chaîne passée dans son museau ».

C’est à un autre tournant de l’histoire bulgare du XXe siècle que nous trouvons, dans Les Ours dansants, reportage littéraire de Witold Szabłowski, les ours Vela, Micho, Svetla, Mima, descendants en chair et en os de l’ours anonyme et fictif de Wagenstein. Au cours des dix premiers chapitres du livre, Szabłowski s’intéresse en effet au statut des ours dressés dans la société tsigane bulgare d’après la « transformation » du début des années 1990 et notamment au moment de l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007. Les derniers « ours dansants » sont alors achetés (le mot « confisqué » est également utilisé) à leurs propriétaires et intégrés dans une réserve pour animaux sauvages, le parc de Bélitza (qui fonctionne encore, en coopération avec la fondation Brigitte Bardot, et a élargi son périmètre d’action aux ours utilisés dans les cirques).

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Février 2022 : à nouveau des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans

Le premier récapitulatif de l’année sur les nouvelles parutions (ou rééditions) en provenance de (ou sur) l’Europe de l’Est, centrale et des Balkans, parait déjà plus que lointain. Voici, traduit du hongrois, de l’albanais, du russe (Ukraine), du polonais, du bulgare, du géorgien, ainsi que de l’allemand, de l’anglais et de l’italien, un aperçu des publications de ce mois-ci.

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Théodora Dimova – Les dévastés

Plus tard, tout au long de la journée, la radio retransmit régulièrement la proclamation. Le précédent gouvernement avait été renversé, mais on ne disait ni pourquoi ni comment. Cela n’empêchait pas le présentateur de poursuivre : les partisans descendaient massivement des montagnes. La population sortait pour les accueillir avec du pain et du sel. Sa joie était double : elle avait d’abord accueilli les soldats soviétiques, elle accueillait maintenant les partisans. Elle les parait de fleurs, scandait « mort au fascisme », et là, le présentateur semblait avoir du mal à réprimer ses larmes.

(…)

Et seulement un mois plus tard, la réalité commença lentement à se déformer et à surpasser ses craintes les plus profondes. Seulement un mois plus tard, ses peurs commencèrent à ressembler à d’inoffensives visions au regard de ce qui se produisait.

Une femme, par une nuit glaciale d’hiver, erre dans son appartement, incapable de se concentrer sur autre chose que ses pensées fébriles et son attente d’un messager qui ne vient pas.

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Janvier 2022 : des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans

Pour commencer l’année sur le bon pied, voici la première fournée des nouvelles parutions (ou rééditions) en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans, traduites du polonais, du tchèque, du bulgare, du yiddish, du serbe, de l’albanais, un témoignage du polonais via l’anglais, et un livre d’art !

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Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année

Cette année est probablement celle où j’aurai chroniqué le plus de nouvelles traductions – ou rééditions – de livres en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans.

Je n’oublie pas les livres plus anciens ni les explorations dans les fonds inépuisables et pleins de surprises de ma bibliothèque préférée (à Budapest, l’Országos Idegennyelvű Könyvtár, la Bibliothèque Nationale des langues étrangères), cependant c’est agréable de pouvoir aller plus loin, dans la présentation de ces nouvelles publications, que les très brefs résumés que je fais dans mes récapitulatifs mensuels des nouvelles publications.

On s’approche à grands pas de la fin de l’année, c’est l’occasion idéale pour revenir sur ces nouveautés qui ont peut-être déjà été oubliées ou perdues parmi tous les livres publiés au cours de cette année bizarre.

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Novembre et ses alentours – quelques nouvelles idées de lecture – (non)fiction, art, photo, gastronomie…

Petite mais variée, voici comment je décrirais la poignée de nouvelles publications que j’ai rassemblée pour ce billet un peu tardif sur les nouvelles publications. Commençons par novembre, avant d’aller voir du côté de ce qui est passé entre les mailles du filet lors des précédents billets.

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Actualités du mois d’octobre (2) : rattrapages, et festival avec prix

Après mon récapitulatif des nouvelles publications d’octobre, voici un petit retour sur quelques titres qui m’avaient échappé :

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