Florina Ilis – Le livre des nombres

Premier épisode de ma séquence autour du thème « écrire/effacer, se souvenir/oublier » dans la littérature roumaine d’après 1989.

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Qui donc va se rappeler ce qui s’est passé dans le temps… ?!

Dans les tous derniers paragraphes du Livre des nombres, des voix d’hommes et de femmes, tour à tour « curieuse », « bien renseignée », « aiguë, mais prévenante » ou encore « chargée d’insinuations venimeuses », évoquent des noms de leur passé : la Zenobia, le Gherasim, l’instituteur Dima, Petre Barna et d’autres. Le cadre est celui d’une fête de village un jour d’août orageux, l’époque est quasi-contemporaine de la nôtre.

Le livre des nombres est celui de ces noms qu’évoquent ces voix désincarnées dans ces dernières pages ; il est le livre qui reconstruit et préserve la mémoire de deux familles sur plusieurs générations, tout au long du XXe siècle roumain. Lire la suite »


Ecrire/effacer, se souvenir/oublier – trois romans roumains d’après 1989

C’est toujours un peu hasardeux de choisir de comparer trois romans juste parce qu’ils sont traduits de la même langue et ont tous été publiés récemment en traduction française. C’est comme si je choisissais de comparer L’ordre du jour d’Eric Vuillard, Sérotonine de Houellebecq et Et après de Guillaume Musso, juste parce que tous les trois ont été traduits en hongrois au cours des dix dernières années (par Ágnes Tótfalusi, que j’avais rencontrée à l’occasion de la venue de Mathias Enard à Budapest en 2018), et que je décidais d’en tirer des conclusions générales sur la littérature française.

Mais parfois le hasard fait bien les choses. Les trois romans roumains que je vais présenter dans les jours à venir sont assez différents les uns des autres par le style, le sujet, la période. Le premier est une chronique familiale aux allures (parfois) de conte : c’est Le livre des nombres, de Florina Ilis. Le second est le récit bien plus sombre d’une vie de jeune femme dans les années 1979-1989 : c’est Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega. Et le troisième est un roman sur le pouvoir et sur ses limites : c’est Le poids d’un ange, d’Eugen Uricaru.

Ils ont cependant pour point commun des interrogations qui traversent le XXe siècle, et notamment celui de l’après-guerre roumain : vaut-il mieux se souvenir ou oublier ? qui décide qui peut écrire, et ce qui doit être effacé, de l’histoire commune et individuelle ? et quelles en sont les conséquences ?


En mai, quelques nouvelles lectures ?

Au programme des nouvelles parutions (ou rééditions) de mai, des traductions du polonais, du hongrois et du russe. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu autant de traductions du hongrois d’un coup, alors je commence par celles-là.

Cambourakis continue d’étoffer sa collection hongroise avec le recueil de nouvelles Echec et mat ou Le Gambit hongrois contenant douze nouvelles écrites « au fil d’un siècle et demi ». Leurs auteurs (tous des hommes – à croire qu’il n’y a pas d’écrivaines en Hongrie ?) sont tous très connus en Hongrie, certains le seront beaucoup moins en dehors des frontières du pays : Sándor Márai (dont j’avais par exemple présenté le Journal en conversation avec sa traductrice Catherine Fay), Endre Ady, Gyula Krúdy (présent sur ces pages avec notamment N.N.), Mór Jókai (découvert avec Les Baradlay), Dezső Kosztolányi (dont j’adore les romans Alouette et Anna la douce), Lajos Grendel (dont j’ai déjà chroniqué Les cloches d’Einstein), István Örkény (auteur notamment des sympathiques Minimythes), Jenő Heltai, Frigyes Karinthy (que j’avais accompagné pour un Voyage autour de [s]on crâne), Géza Gárdonyi, Lajos Bíró et Gyula Juhász. Présentation du recueil par l’éditeur ici. Les textes sont traduits du hongrois sous la direction d’András Kányádi, qui signe aussi la préface.

Chez Gallimard, un roman de l’écrivain, dramaturge et scénariste András Forgách, Fils d’espionne, dont la description me fait immanquablement penser au Revu et corrigé de Péter Esterházy, mais écrit autour de la figure de la mère plutôt que du père. Extrait de la présentation de l’éditeur : « Après le décès de sa mère, le narrateur découvre dans les archives des services secrets hongrois qu’elle a joué dans les années 1970-1980 un rôle d’informatrice….Portrait entre ombre et lumière d’une mère autrefois adorée, Fils d’espionne est aussi une passionnante plongée dans l’histoire hongroise du XXe siècle, posant la question de la place des engagements politiques, de la duplicité des êtres et de notre possibilité de connaître vraiment ceux qui nous entourent. » Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Et Zulma réédite, avec les couvertures colorées qui lui sont coutumières, et la présentation d’Emmanuel Carrère, l’Épépé de Ferenc Karinthy. Extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers les mésaventures de Budaï, prisonnier malgré lui d’un univers absurde aux allures de cauchemar éveillé, Épépé nous entraîne dans une cavale entêtée et entêtante, drôle, féroce, aussi inquiétante que jubilatoire. Un roman culte. » Traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy.

Et maintenant, les polonais, avec d’abord un livre classé « essais-documents » chez Noir sur Blanc, Le parti pris des oiseaux de Stanislaw Lubienski. Extrait de la présentation de l’éditeur : « La fascination pour les oiseaux qui accompagne l’auteur depuis son enfance (une maladie qu’il appelle Birding Compulsive Disorder) est devenue un prétexte pour écrire sur l’art, la littérature, l’histoire et le cinéma. De quel oiseau-roi Mitterrand a-t-il voulu faire son dernier repas ? Quel est le lien de l’agent 007 avec l’ornithologie ? À quoi pensaient les oiseaux d’Hitchcock ? Quel effet l’amour de Jonathan Franzen pour les oiseaux a-t-il eu sur sa prose ? Bien entendu, l’auteur ne s’inspire pas uniquement de ses lectures ! C’est un homme de terrain et son texte est nourri de toutes ses expériences dans la nature, mais aussi en ville. » Traduit du polonais par Laurence Dyèvre.

Également chez Noir sur Blanc, mais dans la Collection La Bibliothèque de Dimitri (donc d’abord publié aux éditions L’Âge d’Homme), Messe pour la ville d’Arras, d’Andrzej Szczypiorski. Présentation de l’éditeur : « Au printemps de l’an 1458, Arras fut frappée par la peste et par la famine. En un mois, près d’un cinquième de la population périt. S’ensuivit la sinistre vauderie de 1461, chasse aux sorcières doublée de dévastations et de massacres dans le quartier juif de la ville. Étrange et cruelle folie collective qui fut aveuglément orchestrée par un prêtre fanatique comme un rituel de purification corporelle et spirituelle. Ce récit allégorique, écrit à la première personne, développe une réflexion profonde sur les thèmes de la liberté, de la compromission et de la passivité vis-à-vis des cataclysmes sociaux. » Traduction (revue et corrigée) et préface de François Rosset. D’Andrzej Szczypiorski, je recommande aussi La jolie Madame Seidenman (ma chronique ici).

Enfin, aux éditions Le Bruit du temps, le recueil de Récits d’Odessa d’Isaac Babel. Extrait de présentation de l’éditeur : « Les deux grandes figures de ce livre sont la ville d’Odessa avant et pendant la révolution, et le gangster juif Bénia Krik, un personnage haut en couleur devenu l’emblème de la ville et qui fait désormais si bien partie de son folklore que certaines répliques des récits de Babel sont devenues proverbiales. » Les textes (que l’on retrouve également dans le volume d’Œuvres complètes publié en 2011) comprennent outre les Récits d’Odessa, « six autres récits de la même veine, quatre essais consacrés à Odessa, ainsi que la pièce de théâtre Le Crépuscule et le scénario Bénia Krik, qui mettent en scène les personnages des récits. » Traduit du russe par Sophie Benech. 

Une petite moisson pour le mois qui vient, mais il est très possible que je sois passée à côté de quelques titres (et il y a toujours les nouvelles publications d’avril). Si je devais un choisir juste un, ce serait Fils d’espionne. Et vous ?


En avril, vous reprendrez bien quelques livres ?

Le récapitulatif mensuel des nouvelles publications fait maintenant partie des bonnes habitudes du blog. Il faut parfois souvent beaucoup de patience pour passer les nouvelles publications au tamis centre-est européen, mais ce mois-ci en vaut encore une fois la peine. Au programme, des traductions du polonais, du serbe et du croate, ainsi que du russe et du finnois.

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En mars, encore de nouvelles traductions à découvrir !

Au menu de cet avant-programme du mois de mars, deux traductions du croate, deux du serbe, quatre du roumain (dont deux en rattrapage) et une du polonais. Commençons par celle-là !

Aux Editions Noir sur Blanc, le 4 mars : Des chocolats pour le directeur, de Sławomir Mrożek (traduit du polonais par Grażyna Erhard). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Un ensemble de micro-nouvelles où voisinent humour et satire, absurde et anxiété. Le personnage principal du recueil, le Directeur, est entouré de ses indispensables (et modestes) collaborateurs : le Chef de service, le Comptable, le Magasinier, le Conseiller, sans oublier le Stagiaire, inévitable souffre-douleur. Tout ce petit monde est très occupé à régler des problèmes inexistants, à inventer des stratagèmes ineptes et à respecter l’autorité du chef. » De ce dramaturge et satiriste polonais (1930-2013), établi en France en 1968 puis à nouveau en 2008, les Editions Noir sur Blanc ont déjà publié une grande partie de l’œuvre comprenant nouvelles, romans, pièces de théâtre, scénarios, dessins, et journal (1962-1969) : la liste complète est ici.

Descendons vers le sud, toujours avec les Éditions Noir sur Blanc qui publient, le 18 mars, dans la collection La Bibliothèque de Dimitri, Miracle à la Combe aux Aspics, d’Ante Tomić (traduit du croate par Marko Despot). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics. »

Chez Agullo, le 11 mars : L’eau vive, de Jurica Pavičić (traduit du croate par Olivier Lannuzel). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers ce drame intime [la disparition de Silva, 17 ans, sur la côte dalmate en 1989], L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels. »

De la côte dalmate, passons en Serbie avec ces deux livres :

Chez Serge Safran éditeur, le 5 mars : Burn-out, d’Andrija Matić (traduit du serbe par Alain Cappon, qui avait brièvement présenté l’auteur dans mon entretien avec lui). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Insatisfait par son métier, par la médiocrité, la veulerie et la corruption des professeurs, de l’administration et des étudiants, mais aussi par son aventure conjugale, [le professeur de littérature Branimir Rihter] décide de s’immoler par le feu en pensant créer un événement proche de la perfection artistique. Si on sait d’entrée de jeu de quelle manière le roman s’achèvera, l’auteur nous montre de manière captivante, par une construction très habile, le désarroi grandissant puis total de Rihter, son cheminement jusqu’à l’acte final et fatal. Mais il ne faut pas croire que ce burn-out soit déprimant. Loin de là !  »

Aux Editions Zulma, le 4 mars : Soixante-neuf tiroirs, de Goran Petrović (réédition du roman traduit du serbe par Gojko Lukić et d’abord édité par les Editions du Rocher puis par Le Serpent à Plumes). Je n’en donne que cet extrait de la présentation de l’éditeur : « Le roman culte de tous les amoureux de la lecture, une ode magistrale au pouvoir de la littérature. »

  •             Une chronique à venir

Terminons en Roumanie, avec quatre voix différentes dont deux féminines :

Aux Editions des Syrtes, le 18 mars [reporté au 8 avril] : Le livre des nombres, de Florina Ilis (traduit du roumain par Marily le Nir). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « à la fois fresque d’une époque, saga familiale, monographie d’un village d’Europe centrale, [Le livre des nombres] embrasse un siècle d’histoire mouvementée de la Transylvanie. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. » Un roman qui s’annonce donc, par son sujet, tout à fait différent des deux autres livres de Florina Ilis parus aux Editions des Syrtes, Les vies parallèles et La croisade des enfants, lus avec enthousiasme et chroniqués ici et .

  •             Une autre chronique à venir

Aux Editions des femmes. Antoinette Fouque, le 18 mars : Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (traduit du roumain par Florica Courriol). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce roman suit la vie d’une femme, Cristina, éprise d’une autre femme et passionnée d’écriture, pendant la dernière décennie de la dictature communiste en Roumanie, dans les années 1980. Dans ce roman exceptionnel, les rouages de l’oppression sont mis à nu dans leurs aspects les plus subtils. L’un des rares romans roumains à traiter de l’homosexualité féminine sous Ceausescu. »

  •             Encore une autre chronique à venir

En février, aux éditions P.O.L. : Un Roumain à Paris, de Dumitru Tsepeneag (traduit du roumain par Virgile Tanase). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « [Dumitru Tsepeneag, auteur roumain établi en France depuis plus de 40 ans,] publie aujourd’hui pour la première fois en français une partie importante de son journal, sous le titre de Un Roumain à Paris. C’est la période des premiers séjours de l’écrivain à Paris, entre 1970 et 1973 ; s’y ajoutent les notes d’un voyage en Amérique (1974) et finalement les notes de 1977-1978, période qui prélude sa décision de s’établir en France. Il s’agit d’un témoignage exceptionnel, à travers les remous du champ littéraire roumain, sur la crise qui aboutira à l’effondrement du système totalitaire. »

En février 2020, aux Editions Circé : La vie et les opinions de Zacharias Lichter, de Matei Calinescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce grand classique roumain, publié par Matei Calinescu à l’origine sous la dictature totalitaire de Ceauşescu, que la censure avait laissé passer parce qu’elle n’y comprenait rien, est un vrai régal qui parle de l’assaut contre l’ordre du monde moderne d’une manière plutôt inédite. »

  •          Encore une autre chronique à venir !

Un programme de chroniques pour février

On approche déjà de la fin du mois. Après le marathon de nos lectures communes autour de l’Holocauste fin janvier – début février (un récapitulatif ici), et mon récapitulatif des nouvelles publications de ce mois (ici), je prévois trois chroniques de livres publiés l’année dernière et traduits du roumain, du slovène, et du bulgare (oui, du bulgare, enfin !).

Je mets pour chacun un détail de la couverture : saurez-vous les reconnaitre ?


Les nouveaux livres de février…

Un peu difficile cette fois-ci de dénicher parmi les traductions les titres venus (plus ou moins) tout droit d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, mais en voici quelques-uns grapillés par-ci par-là. On y écrit en allemand, en francais, en polonais, en finlandais et en serbe, sur l’exil, sur l’identité et sur le souvenir, sur le passé et un peu aussi sur l’avenir. Lire la suite »


Marek Šindelka – La fatigue du matériau

Publié en Tchéquie en 2016, traduit et publié en français aux éditions des Syrtes ce mois-ci, voici un roman ultra-contemporain, qui parle d’un sujet à la fois éternel et lui aussi ultra-contemporain : la migration. Je vais mettre ce livre en parallèle avec un autre roman tchèque très contemporain, publié récemment en français (en 2020 chez Denoël, ma chronique ici) : dans L’amour au temps du changement climatique, Josef Pánek dépeignait le désarroi d’un Tchèque nomade et déraciné dans le monde connecté du XXIe siècle. Dans La fatigue du matériau, Marek Šindelka retourne le miroir pour s’intéresser à d’autres qui, dans le monde connecté du XXIe siècle, se retrouvent également nomades et déracinés, mais par instinct de survie plutôt que par résultat d’un choix de vie. Lire la suite »


Pour bien commencer l’année… quelques livres à paraitre ce mois-ci

En ce début d’année, voici quelques titres censés paraitre en librairie ce mois-ci : huit textes de fiction, traduits du serbe, du roumain, du tchèque, mais aussi du finnois (on y parle d’Albanie), et un écrit en français (on y parle de Serbie et d’Europe).

Le 8 janvier, aux éditions Le Nouvel Attila : La boîte à écriture, de Milorad Pavić (traduit du serbe par Maria Béjanovska). « Imprégnée de parfums et légendes, la boîte à écriture livre à travers des inventions telles que la clepsydre d’amour ou le réveil érotique le secret de l’âme, de la musique et de la dissolution de l’espace et du temps », dit la quatrième de couverture. Présentation aussi par sa traductrice, sur ce lien.

De cet auteur « connu comme un Borges slave pour ses romans empreints de labyrinthes, de tiroirs et de constructions ésotériques », le même éditeur avait déjà republié il y a quelques années celui qui est probablement son livre le plus connu, Le dictionnaire khazar : roman-lexique en 100 000 mots. On trouve cependant aussi, en français, de nombreux autres de ses textes : Paysage peint avec du thé (Belfond, 1990), Le lévrier russe (Belfond, 1991), L’envers du vent ou Le roman de Héro et Léandre (Belfond, 1992), Le rideau de fer (Belfond, 1994), Les chevaux de Saint-Marc (Belfond, 1995), Le chapeau en peau de poisson (Eds du Rocher, 1997), Dernier amour à Constantinople (Noir sur Blanc, 2000), et Les miroirs empoisonnés et autres textes (Venus d’ailleurs, 2012).

Le 14 janvier, chez Phébus : L’enfance de Kaspar Hauser, de Bogdan-Alexandru Stanescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). « Souvent drôle, impertinent et toujours intelligent », ce roman est un « véritable « itinéraire d’une mauvaise graine », à l’image de l’orphelin célèbre du XIXe siècle, Gaspard Hauser, figure de proue de toute une génération sacrifiée, mais dotée d’une incroyable force de vie », dit l’éditeur.

Le 14 janvier, chez Buchet-Chastel : La traversée, de Pajtim Statovci (a priori traduit du finnois, mais par qui ?). « Alors que l’Albanie bascule dans le chaos, Bujar, adolescent solitaire, décide de suivre l’audacieux Agim, son seul ami, sur la route de l’exil. Ensemble, ils quittent le pays pour rejoindre l’Italie. C’est le début d’un long voyage, mais aussi d’une odyssée intérieure, une quête d’identité poignante. En repoussant chaque fois un peu plus les frontières du monde, les deux garçons se frottent à cette question lancinante : comment se sentir chez soi – à l’étranger comme dans son propre corps ? » De cet écrivain finno-kosovar existe aussi, en français, Mon chat Yugoslavia (Denoël, 2016, traduit par Claire Saint-Germain).

Le 14 janvier, aux éditions Noir sur Blanc (Collection La bibliothèque de Dimitri) : Le roman de Londres, de Miloš Tsernianski (traduit du serbe par Velimir Popovic). « Livre de toutes les personnes déplacées, portrait d’une ville tentaculaire, Le Roman de Londres est en même temps un roman d’amour poignant et une réflexion profonde sur le libéralisme effréné », dit l’éditeur de ce roman écrit dans l’immédiat après-guerre. Le site Serbica en avait fait son roman du mois en juillet-août 2018, d’où une présentation du livre et de l’auteur sur ce lien.

Même jour, même éditeur, un nouveau roman d’un écrivain contemporain déjà bien traduit en français : Une personne sensible, de Jáchym Topol (traduit du tchèque par Marianne Canavaggio). « Bienvenue dans le Far East ! Dans ce roman très contemporain, alternant scènes grotesques, descriptions poétiques, dialogues drôles et enlevés, chacun vit selon ses propres lois. Sur un rythme trépidant, transgressant les tabous, Topol aborde les grands thèmes d’aujourd’hui : la religion, la famille, la survie au quotidien, le populisme et la menace russe », dit l’éditeur qui a précédemment publié Zone cirque et L’atelier du diable. On trouve également Ange Exit chez J’ai lu, et Missions nocturnes chez Robert Laffont, tous traduits par Marianne Canavaggio.

Même jour, même éditeur, d’un autre écrivain contemporain bien traduit en français : Melancolia, de Mircea Cărtărescu (traduit du roumain par Laure Hinckel, qui a également traduit le très remarqué Solénoïde, publié en 2019). « Ce sont trois longues nouvelles encadrées par deux contes. Melancolia est un livre sur l’expérience de la séparation, sur ce trauma qui a marqué notre naissance et, par la suite, chacune de nos métamorphoses… Magnifiques variations sur les grands thèmes de l’auteur : le passage du temps, la poésie, le réel et l’irréel, le masculin et le féminin. »

Le 21 janvier, aux éditions des Syrtes : La fatigue du matériau, de Marek Šindelka (traduit du tchèque par Christine Laferrière). « La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d’un migrant, » disent les éditions des Syrtes de ce roman d’un jeune auteur et poète.

 

Pour terminer, un roman en français : Sursum corda, de l’auteure et dramaturge Véronika Boutinova (Le Ver à Soie, 5 janvier). Présentation de l’éditeur : « Roman de voix, il relate l’amour absolu liant deux amis de l’autrice lui ayant confié leur bonheur douloureux. À vif, Zuka et Charlotte se sont trouvés à Belgrade en 2012. Depuis ils cherchent à garder le lien cosmique qui les traverse comme il traverse l’Europe et ses frontières, étanches. Charlotte vit dans le nord de la France. Zuka, originaire de la Krajina, est réfugié en Serbie. Tous deux tentent de survivre à leurs amours européennes »

Aviez-vous aussi repéré ces titres ? Est-ce qu’ils vous inspirent ?


Nouvelles parutions : un dernier tour d’horizon pour 2020

Avec :

1

Un article. C’est dans le dernier numéro des Cahiers Lituaniens : un aperçu par Marielle Vitureau de l’histoire de la traduction en français de La saga de Youza, de Youozas Baltouchis d’un des romans lituaniens les mieux connus et aimés à l’étranger (à juste titre. J’ai gardé un excellent souvenir de ce roman chroniqué ici). Pour retrouver le sommaire des Cahiers Lituaniens, c’est sur ce lien, et l’article de Marielle Vitureau, directement sur ce lien.

2

Deux numéros. Ce sont ceux de la revue Po&sie, qui portent le titre « Europe, centrale ». Sous la houlette de Guillaume Métayer, sont rassemblés des textes inédits, principalement contemporains (mais avec quelques exceptions : Kafka fait une apparition). Un extrait de l’introduction : « Nous constatons que la poésie centre-européenne est d’une vitalité exceptionnelle, et pourtant nous n’en avons presque pas trace. » Feuilletant le numéro 170, j’y trouve plusieurs poèmes d’Olja Savičević Ivančević (dont j’avais présenté le roman Adios cow-boy ici), une présentation par Cécile Kovacshazy du poète rom Ilija Jovanovič et des sujets qui parcourent son œuvre (l’exil, la stigmatisation, la pauvreté, l’Holocauste), cinq poètes polonais contemporains, d’autres tout droit arrivés des îles adriatiques… Pour retrouver le numéro 170, c’est par ici, et pour le numéro 171, par-là, et si c’est une table-ronde de présentation de ces numéros qui vous intéresse, il y en a une ici.

3

Trois livres (dont deux parus en novembre). Il s’agit de :

Les secrets, d’Andrus Kivirähk (l’auteur de L’Homme qui savait la langue des serpents), « une histoire joyeuse, tendre et drôle, pour la famille » dans laquelle l’auteur, « avec son humour et son imagination caractéristiques, (…) nous ramène au pays de notre enfance et à ses rêves éveillés », dit l’éditeur Le Tripode. Traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier et illustré par Clara Audureau (paru le 5 novembre).

Tous nos corps, de Géorgui Gospodinov, « recueil d’une centaine de microfictions environnementales » dans lequel « le corps du narrateur se fond avec le corps social, le corps animal, le corps floral, sur un ton a la fois tendre et drôle, humoristique et méditatif », dit l’éditeur Intervalles. Traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nikolov (paru le 20 novembre). Chronique à venir.

La convocation, de Herta Müller : « Roumanie, à la fin des années Ceausescu. Surprise en train d’envoyer un message vers l’Ouest, la narratrice est convoquée dans les bureaux de la Securitate. Jour après jour, les interrogatoires se succèdent, aussi absurdes qu’inquiétants », dit l’éditeur Gallimard. Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira (paru le 3 décembre).

8

C’est mon dernier article sur les nouvelles publications de cette année. Vous avez peut-être raté un épisode ? Je vous récapitule ici mes huit précédents articles sur les nouvelles publications 2020 (avec liens vers les livres déjà chroniqués).

En janvier : un polar polonais, un roman historique lituanien et une fresque historique roumaine.

Également en janvier : deux petits textes tchèques.

En février : un écrivain bosniaque francophone, un écrivain polonais exilé, un roman-témoignage tchèque, un (autre) polar polonais, un Vagabondage hongrois, un dissident polonais, des Journaux de Kafka, et un voyage anglo-bulgare à la Lisière.

Tout début mars : une enfance moldave, des vies polonaises, une fuite slovène en Europe centrale, une coiffeuse slovène, un rockabilly croate, un écrivain tchèque vu par un autre écrivain tchèque, une BD médiévale fantastique, une autobiographie ukrainienne en images, et un morceau de ciel franco-lituanien.

En juin, des affaires personnelles polonaises, une collection albanaise, un voyage ukrainien entre trois capitales, un autre (tchèque) au temps du changement climatique, une mission auprès d’un prince de Roumanie, et une autobiographie romanesque de la Lituanie de la première moitié du XIXe siècle.

Fin août : un roman roumain à travers un siècle et deux continents, un roman d’apprentissage croate, une révolution aux accents lettons, quatre destins franco-yougoslaves, des récits tchèques, un bal de porcs slovaques.

Fin septembre : une prix Nobel polonaise, des évasions de guerre polonaises, un recueil yiddish, une ville aux acacias et un vagabond du Danube, tous deux roumains

Et enfin, en novembre : deux offrandes croates, un monologue slovaque, un voyage franco-roumain dans les Balkans, un thriller ésotérique en Transylvanie, un étrange cas de BD tchèque, une exclave russe en images, et des promenades dans la campagne serbe d’antan.

50 (+/-)

Au total une bonne cinquantaine de titres recensés cette année, principalement de fiction, et parmi lesquels 11 traduits du polonais, 7 du tchèque, 6 du roumain, 4 du croate, deux chacun du slovaque, du slovène et du lituanien, et un chacun du lituanien, du bosniaque, du hongrois, du yiddish, de l’albanais, du russe (Ukraine), du serbe et du letton, ainsi qu’un autre traduit de l’anglais, un de l’allemand et sept écrits en français.

J’ai hâte de voir ce que nous réserve l’année prochaine!