Actualités du mois d’octobre (2) : rattrapages, et festival avec prix

Après mon récapitulatif des nouvelles publications d’octobre, voici un petit retour sur quelques titres qui m’avaient échappé :

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Actualités du mois d’octobre (1) : les nouvelles publications

Une petite sélection – 100% masculine – des nouvelles publications du mois d’octobre : des livres traduits du polonais, du bulgare, du serbe et du roumain. C’est parti ?

WIESŁAW

De Wiesław Myśliwski, les lecteurs et lectrices français.es se souviennent peut-être du « drôle de roman philosophique » L’art d’écosser les haricots, reçu avec tant d’enthousiasme à sa parution en français chez Actes Sud en 2010. Lui a succédé, en 2016, La dernière partie, roman empreint de « philosophie, poésie et ironie » et c’est maintenant au tour de L’Horizon, « grand roman qui a marqué des générations de Polonais ». Margot Carlier est la traductrice de ces trois romans et plutôt que de vous copier un extrait de la présentation de l’éditeur, je préfère lui laisser la parole pour vous communiquer son enthousiasme :

Enfin, il est là ! « L’Horizon » du grand auteur polonais, Wiesław Myśliwski, sera disponible en librairie le 6 octobre. Je me souviens encore de l’émotion ressentie à la lecture de ce merveilleux roman. Il m’a captivée, transportée… Il fallait absolument le traduire en français. J’ai mis dix ans pour trouver un éditeur. Dix longues années à chercher, écrire, arpenter les couloirs des maisons d’édition (j’exagère à peine). Dix ans, c’est le temps qu’il faut à Myśliwski pour écrire un livre. Le temps qui s’est écoulé entre « L’Horizon » (1997) et « L’Art d’écosser les haricots » (2007), les deux romans qui ont emporté le prix Nikê, la plus prestigieuse récompense littéraire polonaise. Du reste, Wiesław Myśliwski est le seul – avec Olga Tokarczuk – à avoir été primé deux fois.

Voici quand même le lien vers la présentation de l’éditeur. En librairie le 6 octobre.

STANISŁAW

Stanisław ou, en bon français, « Stanislas » : il s’agit bien sûr de M. Lem, incontournable auteur pour qui aime la science-fiction. Décédé en 2005, il aurait eu 100 ans ce mois-ci et c’est pour célébrer ce centenaire qu’Actes Sud publie Les aventures du pilote Pirx, inédit en français jusqu’ici. Ces « aventures d’un pilote spatial hors du commun, dont les missions extraterrestres sont marquées du sceau de la catastrophe » montrent « toute l’étendue du génie de son auteur et révèle[nt] enfin au public français les tribulations drolatiques et philosophiques de l’un des personnages les plus attachants de l’histoire de la science-fiction ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du polonais par Charles Zaremba, en librairie le 6 octobre.

A signaler également, la réédition chez Actes Sud ce mois-ci de ce qui est sans doute le roman le plus connu de Stanislas Lem, Solaris (« Stanislas Lem sonde les profondeurs de l’esprit humain comme il explore les mystères de l’univers. Et nous offre un huis clos à la fois haletant et effrayant » ; trad. Jean-Michel Jasienko) ainsi que de Le congrès de futurologie (« satire spéculative hallucinante sur l’avenir de nos sociétés et notre rapport au réel » ; trad. Dominique Sila et Anna Labedzka).

GUÉORGUI

Guéorgui Gospodinov est probablement l’écrivain bulgare contemporain le plus reconnu en dehors des frontières de son pays. La langue française, notamment, est bien servie grâce aux traductions de Marie Vrinat-Nikolov, depuis Un roman naturel (en français chez Phébus en 2002 puis Intervalles en 2017), jusqu’à Tous nos corps (en français : Intervalles 2020), « histoires ultra-courtes » que j’avais chroniquées ici en début d’année.

Gallimard publie maintenant Le pays du passé, « roman éclatant d’inventivité » dans lequel « le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. En librairie le 7 octobre.

BRANIMIR

Depuis la traduction en français par Jean Descat de son deuxième roman, La bouche pleine de terre, en 1975, l’écrivain serbe d’origine monténégrine Branimir Šćepanović (1937-2020) était fidèlement publié par les éditions L’Âge d’homme : La mort de monsieur Golouja et autres nouvelles en 1978, Le rachat en 1981, L’été de la honte en 2008. C’est dans la lignée de cette maison d’édition fondée par Vladimir Dimitrijević que Noir sur Blanc publie, dans la collection « La bibliothèque de Dimitri », quinze nouvelles inédites rassemblées sous le titre Une mer blanche et silencieuse : « Maître du récit court, de la narration condensée riche en symboles, Šćepanović, tel un prophète de l’Ancien Testament, révèle à l’homme sa nature tragique et risible au travers de fables allégoriques. ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Jean Descat et Marko Despot, et en librairie le 14 octobre.

Goran et Patrice avaient chroniqué avec enthousiasme La bouche pleine de terre en ouverture du Mois de l’Europe de l’Est l’année dernière, ici et .

ZYGMUNT

Le nouveau thriller époustouflant par la star du roman policier polonais !

Que rajouter à cette première phrase de présentation, par Fleuve éditions, du dernier opus de Zygmunt Miłoszewski ? Inestimable, qui se déroule entre Varsovie, Saint Pétersbourg et Paris, est « un roman qui mêle science, découverte médicale et enjeux économiques au cœur d’un sujet d’actualité ». Un mélange séduisant et visiblement détonnant, pour un livre qui s’est semble-t-il vendu en « 2 millions d’exemplaires dans le monde ». Zygmunt Miłoszewski était d’abord apparu en français avec son personnage du procureur Teodore Szacki dans Les impliqués (2013) et Un fond de vérité (2014) aux éditions Mirobole (avec leurs couvertures si distinctives, reprises par Pocket), puis aux éditions Fleuve avec La rage (2016). Dans Inavouable (2017, ce dernier également en version audio), Szacki laisse la place à de nouveaux héros, qui sont ceux également d’Inestimable : rendez-vous sur le site de l’éditeur pour une présentation plus complète.

Traduit du polonais par Kamil Barbarski. En librairie le 14 octobre.

MILORAD

Présenter L’exemplaire unique de Milorad Pavić, c’est autant évoquer le dernier roman traduit d’un auteur serbe prolifique et espiègle, que souhaiter la bienvenue à une nouvelle maison d’édition, Les monts métallifères.

« Notre lecteur idéal ne viendra pas chercher dans nos livres un type d’œuvres particulier, mais il acceptera à chaque fois de se lancer dans une aventure nouvelle », écrivent les deux fondateurs. Avec L’exemplaire unique, cette aventure nouvelle prend la forme d’un « polar onirique qui ne cesse de brouiller les pistes et d’abolir les frontières (entre homme et femme, rêve et ­réalité, vie et mort, passé et avenir) ». « Nous [y] suivons tour à tour les destinées d’un chanteur d’opéra, celle de sa femme, la magni­fique Markezina Lempicka, et de son amant. On y croise aussi un assassin lanceur de couteaux, un magnat aux ongles arrachés, un lévrier géant, Pouchkine, une irrésistible danseuse de tango, des morts qui convoquent les vivants… Et, comme toujours chez Pavić, le Diable n’est jamais loin. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Maria Béjanovska. En librairie le 14 octobre.

ANGEL

De l’écrivain bulgare Angel Wagenstein, les éditions Autrement viennent de publier Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, « premier volume d’une trilogie évoquant le destin des Juifs d’Europe » au travers tout d’abord du parcours d’Isaac Blumenfeld, petit tailleur juif vivant dans un shtetl de Galicie orientale au début du XXe siècle (chronique à venir). Après Le Pentateuque vient Abraham le poivrot, loin de Tolède, « évocation nostalgique d’une Bulgarie révolue et description cruelle d’un pays miné par la corruption, (…) Abraham le Poivrot est avant tout une ode drôle et délicate à ces Balkans d’un autre temps où les religions et les peuples se côtoyaient pour le meilleur et pour le pire, où les langues et les cultures s’entremêlaient, s’influençaient, où le lieu dans lequel on vit était plus important que celui d’où l’on vient. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du bulgare par Eric Naulleau et Veronika Nentcheva. En librairie le 20 octobre.

WITOLD

Alors que j’étais en Bulgarie il y a quelques semaines, je suis passée à plusieurs reprises près du parc des ours dansants de Belitsa : en soi, l’idée d’un centre créé pour abriter d’anciens ours dansants de Bulgarie, de Serbie et d’Albanie était suffisamment inhabituelle pour que je m’en souvienne, mais il s’agit en plus d’un centre co-géré avec la fondation Brigitte Bardot, ce qui fait que je ne suis pas prête de l’oublier. Avec Les ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté, le journaliste polonais Witold Szabłowski prend le sujet de ces ours élevés pour divertir, et généralement maltraités, comme point de départ à une réflexion plus générale sur la liberté, et surtout sur la difficulté de retrouver la liberté. « De Sofia à Tirana et de Belgrade jusqu’à Gori, la ville natale de Staline, en passant par Athènes, Londres et Cuba, Szabłowski interroge des femmes et des hommes sur la difficile transition de leur pays vers la démocratie et l’économie de marché ». Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Traduit du polonais par Véronique Patte. En librairie le 21 octobre.

(Szabłowski est aussi l’auteur de « Comment nourrir un dictateur. Saddam Hussein, Idi Amin, Enver Hoxha, Fidel Castro and Pol Pot vus par leurs chefs » (non traduit en français), fruit de trois années d’entretiens réalisés avec les chefs cuisiniers (et cuisinières) de personnalités qui ne comptent pas parmi les plus glorieuses du XXe siècle… Intéressant, non ?)

NORMAN (et SAUL)

Traduit à quatre mains par Florica Courriol (du roumain) et Marie-France Courriol (de l’anglais), Avant de s’en aller est un livre de dialogues entre deux géants de la littérature du XXe siècle : Norman Manea (1936- ) – écrivain roumain établi aux Etats-Unis, et l’écrivain nord-américain Saul Bellow (1915-2005), prix Nobel de littérature en 1976.

« Enregistré à Boston en 1999, cet entretien … traverse le XXe siècle. Les deux écrivains évoquent la vie et le travail de Bellow, les origines juives de Russie de ses parents, forcés de fuir le régime tsariste et d’émigrer au Canada, à sa vie américaine à Chicago…. C’est aussi une discussion sur le grand roman contemporain, sur la littérature juive-américaine dont Saul Bellow a été l’un des créateurs, sur ses rapports avec les autres écrivains, Isaac Singer et Philip Roth en tête ».

Publié aux éditions La Baconnière (la notice du livre n’est pas encore disponible), en librairie le 28 octobre.

Et vous, qu’aviez-vous noté de votre côté ?

Dans mon prochain article, une petite session de rattrapage des nouvelles publications, et un regard vers un festival littéraire.


Elle approche à grands pas, que nous apportera-t-elle donc ?

Je parle de la rentrée littéraire, bien sûr. J’ai passé au peigne fin les nouvelles publications des semaines à venir afin d’en extraire ce qui m’intéressait le plus – les livres de, ou sur, l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici donc une poignée de livres, traduits du bulgare, du croate, du hongrois, du polonais, du roumain, du slovène, du tchèque … et aussi de l’anglais, du russe et de l’allemand.

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Une toute petite poignée de nouveautés en juin

Juin et juillet me semblent très calmes du côté des nouvelles traductions d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans à paraître en librairie, mais ce n’est pas très surprenant!

Après sa traduction de La femme qui a mangé les lèvres de mon père, de Tudor Ganea (mon article ici), et de Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (mon article ici), Florica Courriol continue de nous faire parvenir en français la littérature roumaine contemporaine avec Et on entendait les grillons, de Corina Sabau. « Et on entendait les grillons s’attaque frontalement au tabou des avortements clandestins dans la Roumanie des années 1980 et 1990, à travers la douloureuse prise de conscience d’une narratrice sans concession. Un roman court et poignant, ou plutôt un tourbillon de pensées entremêlant une peinture de la vie ouvrière à l’usine au temps du communisme, les réminiscences d’une enfance complexe auprès d’un père violent, et la voix de sa jeune fille Sonia, souffle de vie d’une génération nouvelle. Un livre choc au rythme effréné qui ne pourra laisser indemne. » Présentation complète sur le site des Editions Belleville. En librairie le 11 juin.

  • Un article à retrouver sur ce lien!
  • A retrouver aussi sur le blog, trois publications des Éditions Belleville, toutes des traductions de textes contemporains d’Europe centrale et des Balkans et toutes recommandées : Blue Moon, de Damir Karakaš (traduit du croate par Chloé Billon), Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse, d’Agata Tomažič (traduit du slovène par Stéphane Baldeck), et L’Empire de Nistor Polobok, de Iulian Ciocan (traduit du roumain (Moldavie) par Florica Courriol).  

Quelques nouvelles parutions m’avaient échappé en mai :

Chez Agullo : Mars, d’Asja Bakić : « Peuplées d’écrivaines, de solitaires, de meurtrières ou de clones qui toutes tentent de trouver un sens à leur réalité désaxée, ces histoires teintées d’humour noir lèvent le rideau sur l’étrangeté du quotidien et revisitent avec brio quelques thèmes classiques de la science-fiction d’un point de vue féminin. » Présentation de l’éditeur. Traduit du croate (Bosnie) par Olivier Lannuzel.

Aux Editions Autrement : Années de guerre, de Vassili Grossman : « Années de guerre est en quelque sorte une version fragmentaire d’épisodes et de personnages que l’on retrouvera dans les romans Pour une juste cause et Vie et destin. C’est dans ces pages que prennent vie le soldat Gromov et son lance-roquette antichar ou les tireurs d’élite Tchékhov et Zaïtsev, d’autres encore, personnages héroïques et souffrants, figures vivantes devenues classiques de la littérature mondiale. Constitué de récits héroïques, dramatiques ou glaçants, Années de guerre est tout autant un formidable recueil littéraire qu’un extraordinaire document pour l’histoire. » Le recueil a d’abord été publié en français à Moscou aux Editions en langues étrangères, sans que soit précisé le nom du traducteur. Présentation de l’éditeur ici, et extrait ici.

Chez Denoël, un roman graphique : Le Fantôme d’Odessa, d’Alexander Pavlenko et Camille de Toledo. « Mai 1939. L’écrivain Isaac Babel est incarcéré à la prison de la Loubianka. Il y sera interrogé et torturé durant huit mois avant d’être secrètement exécuté le 27 janvier 1940, sur ordre de Staline. Pour tenir, il écrit à sa fille Nathalie, réfugiée en France avec sa mère. La lettre du condamné à mort prend la forme d’un examen de conscience. Comment ses idéaux de liberté, son refus des dogmes, son humanisme l’ont-ils écarté de cette révolution à laquelle il a cru ? Les visions qui lui reviennent sont celles de sa jeunesse à Odessa, la ville turbulente, affranchie, éclatante de vie, de couleurs et de drames des bandits juifs emmenés par le « Roi » Bénia Krik, qu’il a peinte dans ses premiers récits. » Présentation de l’éditeur.


Florina Ilis – Le livre des nombres

Premier épisode de ma séquence autour du thème « écrire/effacer, se souvenir/oublier » dans la littérature roumaine d’après 1989.

***

Qui donc va se rappeler ce qui s’est passé dans le temps… ?!

Dans les tous derniers paragraphes du Livre des nombres, des voix d’hommes et de femmes, tour à tour « curieuse », « bien renseignée », « aiguë, mais prévenante » ou encore « chargée d’insinuations venimeuses », évoquent des noms de leur passé : la Zenobia, le Gherasim, l’instituteur Dima, Petre Barna et d’autres. Le cadre est celui d’une fête de village un jour d’août orageux, l’époque est quasi-contemporaine de la nôtre.

Le livre des nombres est celui de ces noms qu’évoquent ces voix désincarnées dans ces dernières pages ; il est le livre qui reconstruit et préserve la mémoire de deux familles sur plusieurs générations, tout au long du XXe siècle roumain. Lire la suite »


Ecrire/effacer, se souvenir/oublier – trois romans roumains d’après 1989

C’est toujours un peu hasardeux de choisir de comparer trois romans juste parce qu’ils sont traduits de la même langue et ont tous été publiés récemment en traduction française. C’est comme si je choisissais de comparer L’ordre du jour d’Eric Vuillard, Sérotonine de Houellebecq et Et après de Guillaume Musso, juste parce que tous les trois ont été traduits en hongrois au cours des dix dernières années (par Ágnes Tótfalusi, que j’avais rencontrée à l’occasion de la venue de Mathias Enard à Budapest en 2018), et que je décidais d’en tirer des conclusions générales sur la littérature française.

Mais parfois le hasard fait bien les choses. Les trois romans roumains que je vais présenter dans les jours à venir sont assez différents les uns des autres par le style, le sujet, la période. Le premier est une chronique familiale aux allures (parfois) de conte : c’est Le livre des nombres, de Florina Ilis. Le second est le récit bien plus sombre d’une vie de jeune femme dans les années 1979-1989 : c’est Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega. Et le troisième est un roman sur le pouvoir et sur ses limites : c’est Le poids d’un ange, d’Eugen Uricaru.

Ils ont cependant pour point commun des interrogations qui traversent le XXe siècle, et notamment celui de l’après-guerre roumain : vaut-il mieux se souvenir ou oublier ? qui décide qui peut écrire, et ce qui doit être effacé, de l’histoire commune et individuelle ? et quelles en sont les conséquences ?


En mai, quelques nouvelles lectures ?

Au programme des nouvelles parutions (ou rééditions) de mai, des traductions du polonais, du hongrois et du russe. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu autant de traductions du hongrois d’un coup, alors je commence par celles-là.

Cambourakis continue d’étoffer sa collection hongroise avec le recueil de nouvelles Echec et mat ou Le Gambit hongrois contenant douze nouvelles écrites « au fil d’un siècle et demi ». Leurs auteurs (tous des hommes – à croire qu’il n’y a pas d’écrivaines en Hongrie ?) sont tous très connus en Hongrie, certains le seront beaucoup moins en dehors des frontières du pays : Sándor Márai (dont j’avais par exemple présenté le Journal en conversation avec sa traductrice Catherine Fay), Endre Ady, Gyula Krúdy (présent sur ces pages avec notamment N.N.), Mór Jókai (découvert avec Les Baradlay), Dezső Kosztolányi (dont j’adore les romans Alouette et Anna la douce), Lajos Grendel (dont j’ai déjà chroniqué Les cloches d’Einstein), István Örkény (auteur notamment des sympathiques Minimythes), Jenő Heltai, Frigyes Karinthy (que j’avais accompagné pour un Voyage autour de [s]on crâne), Géza Gárdonyi, Lajos Bíró et Gyula Juhász. Présentation du recueil par l’éditeur ici. Les textes sont traduits du hongrois sous la direction d’András Kányádi, qui signe aussi la préface.

Chez Gallimard, un roman de l’écrivain, dramaturge et scénariste András Forgách, Fils d’espionne, dont la description me fait immanquablement penser au Revu et corrigé de Péter Esterházy, mais écrit autour de la figure de la mère plutôt que du père. Extrait de la présentation de l’éditeur : « Après le décès de sa mère, le narrateur découvre dans les archives des services secrets hongrois qu’elle a joué dans les années 1970-1980 un rôle d’informatrice….Portrait entre ombre et lumière d’une mère autrefois adorée, Fils d’espionne est aussi une passionnante plongée dans l’histoire hongroise du XXe siècle, posant la question de la place des engagements politiques, de la duplicité des êtres et de notre possibilité de connaître vraiment ceux qui nous entourent. » Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Et Zulma réédite, avec les couvertures colorées qui lui sont coutumières, et la présentation d’Emmanuel Carrère, l’Épépé de Ferenc Karinthy. Extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers les mésaventures de Budaï, prisonnier malgré lui d’un univers absurde aux allures de cauchemar éveillé, Épépé nous entraîne dans une cavale entêtée et entêtante, drôle, féroce, aussi inquiétante que jubilatoire. Un roman culte. » Traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy.

Et maintenant, les polonais, avec d’abord un livre classé « essais-documents » chez Noir sur Blanc, Le parti pris des oiseaux de Stanislaw Lubienski. Extrait de la présentation de l’éditeur : « La fascination pour les oiseaux qui accompagne l’auteur depuis son enfance (une maladie qu’il appelle Birding Compulsive Disorder) est devenue un prétexte pour écrire sur l’art, la littérature, l’histoire et le cinéma. De quel oiseau-roi Mitterrand a-t-il voulu faire son dernier repas ? Quel est le lien de l’agent 007 avec l’ornithologie ? À quoi pensaient les oiseaux d’Hitchcock ? Quel effet l’amour de Jonathan Franzen pour les oiseaux a-t-il eu sur sa prose ? Bien entendu, l’auteur ne s’inspire pas uniquement de ses lectures ! C’est un homme de terrain et son texte est nourri de toutes ses expériences dans la nature, mais aussi en ville. » Traduit du polonais par Laurence Dyèvre.

Également chez Noir sur Blanc, mais dans la Collection La Bibliothèque de Dimitri (donc d’abord publié aux éditions L’Âge d’Homme), Messe pour la ville d’Arras, d’Andrzej Szczypiorski. Présentation de l’éditeur : « Au printemps de l’an 1458, Arras fut frappée par la peste et par la famine. En un mois, près d’un cinquième de la population périt. S’ensuivit la sinistre vauderie de 1461, chasse aux sorcières doublée de dévastations et de massacres dans le quartier juif de la ville. Étrange et cruelle folie collective qui fut aveuglément orchestrée par un prêtre fanatique comme un rituel de purification corporelle et spirituelle. Ce récit allégorique, écrit à la première personne, développe une réflexion profonde sur les thèmes de la liberté, de la compromission et de la passivité vis-à-vis des cataclysmes sociaux. » Traduction (revue et corrigée) et préface de François Rosset. D’Andrzej Szczypiorski, je recommande aussi La jolie Madame Seidenman (ma chronique ici).

Enfin, aux éditions Le Bruit du temps, le recueil de Récits d’Odessa d’Isaac Babel. Extrait de présentation de l’éditeur : « Les deux grandes figures de ce livre sont la ville d’Odessa avant et pendant la révolution, et le gangster juif Bénia Krik, un personnage haut en couleur devenu l’emblème de la ville et qui fait désormais si bien partie de son folklore que certaines répliques des récits de Babel sont devenues proverbiales. » Les textes (que l’on retrouve également dans le volume d’Œuvres complètes publié en 2011) comprennent outre les Récits d’Odessa, « six autres récits de la même veine, quatre essais consacrés à Odessa, ainsi que la pièce de théâtre Le Crépuscule et le scénario Bénia Krik, qui mettent en scène les personnages des récits. » Traduit du russe par Sophie Benech. 

Une petite moisson pour le mois qui vient, mais il est très possible que je sois passée à côté de quelques titres (et il y a toujours les nouvelles publications d’avril). Si je devais un choisir juste un, ce serait Fils d’espionne. Et vous ?


En avril, vous reprendrez bien quelques livres ?

Le récapitulatif mensuel des nouvelles publications fait maintenant partie des bonnes habitudes du blog. Il faut parfois souvent beaucoup de patience pour passer les nouvelles publications au tamis centre-est européen, mais ce mois-ci en vaut encore une fois la peine. Au programme, des traductions du polonais, du serbe et du croate, ainsi que du russe et du finnois.

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En mars, encore de nouvelles traductions à découvrir !

Au menu de cet avant-programme du mois de mars, deux traductions du croate, deux du serbe, quatre du roumain (dont deux en rattrapage) et une du polonais. Commençons par celle-là !

Aux Editions Noir sur Blanc, le 4 mars : Des chocolats pour le directeur, de Sławomir Mrożek (traduit du polonais par Grażyna Erhard). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Un ensemble de micro-nouvelles où voisinent humour et satire, absurde et anxiété. Le personnage principal du recueil, le Directeur, est entouré de ses indispensables (et modestes) collaborateurs : le Chef de service, le Comptable, le Magasinier, le Conseiller, sans oublier le Stagiaire, inévitable souffre-douleur. Tout ce petit monde est très occupé à régler des problèmes inexistants, à inventer des stratagèmes ineptes et à respecter l’autorité du chef. » De ce dramaturge et satiriste polonais (1930-2013), établi en France en 1968 puis à nouveau en 2008, les Editions Noir sur Blanc ont déjà publié une grande partie de l’œuvre comprenant nouvelles, romans, pièces de théâtre, scénarios, dessins, et journal (1962-1969) : la liste complète est ici.

Descendons vers le sud, toujours avec les Éditions Noir sur Blanc qui publient, le 18 mars, dans la collection La Bibliothèque de Dimitri, Miracle à la Combe aux Aspics, d’Ante Tomić (traduit du croate par Marko Despot). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics. »

Chez Agullo, le 11 mars : L’eau vive, de Jurica Pavičić (traduit du croate par Olivier Lannuzel). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers ce drame intime [la disparition de Silva, 17 ans, sur la côte dalmate en 1989], L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels. »

De la côte dalmate, passons en Serbie avec ces deux livres :

Chez Serge Safran éditeur, le 5 mars : Burn-out, d’Andrija Matić (traduit du serbe par Alain Cappon, qui avait brièvement présenté l’auteur dans mon entretien avec lui). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Insatisfait par son métier, par la médiocrité, la veulerie et la corruption des professeurs, de l’administration et des étudiants, mais aussi par son aventure conjugale, [le professeur de littérature Branimir Rihter] décide de s’immoler par le feu en pensant créer un événement proche de la perfection artistique. Si on sait d’entrée de jeu de quelle manière le roman s’achèvera, l’auteur nous montre de manière captivante, par une construction très habile, le désarroi grandissant puis total de Rihter, son cheminement jusqu’à l’acte final et fatal. Mais il ne faut pas croire que ce burn-out soit déprimant. Loin de là !  »

Aux Editions Zulma, le 4 mars : Soixante-neuf tiroirs, de Goran Petrović (réédition du roman traduit du serbe par Gojko Lukić et d’abord édité par les Editions du Rocher puis par Le Serpent à Plumes). Je n’en donne que cet extrait de la présentation de l’éditeur : « Le roman culte de tous les amoureux de la lecture, une ode magistrale au pouvoir de la littérature. »

  •             Une chronique à venir

Terminons en Roumanie, avec quatre voix différentes dont deux féminines :

Aux Editions des Syrtes, le 18 mars [reporté au 8 avril] : Le livre des nombres, de Florina Ilis (traduit du roumain par Marily le Nir). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « à la fois fresque d’une époque, saga familiale, monographie d’un village d’Europe centrale, [Le livre des nombres] embrasse un siècle d’histoire mouvementée de la Transylvanie. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. » Un roman qui s’annonce donc, par son sujet, tout à fait différent des deux autres livres de Florina Ilis parus aux Editions des Syrtes, Les vies parallèles et La croisade des enfants, lus avec enthousiasme et chroniqués ici et .

  •             Une autre chronique à venir

Aux Editions des femmes. Antoinette Fouque, le 18 mars : Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (traduit du roumain par Florica Courriol). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce roman suit la vie d’une femme, Cristina, éprise d’une autre femme et passionnée d’écriture, pendant la dernière décennie de la dictature communiste en Roumanie, dans les années 1980. Dans ce roman exceptionnel, les rouages de l’oppression sont mis à nu dans leurs aspects les plus subtils. L’un des rares romans roumains à traiter de l’homosexualité féminine sous Ceausescu. »

  •             Encore une autre chronique à venir

En février, aux éditions P.O.L. : Un Roumain à Paris, de Dumitru Tsepeneag (traduit du roumain par Virgile Tanase). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « [Dumitru Tsepeneag, auteur roumain établi en France depuis plus de 40 ans,] publie aujourd’hui pour la première fois en français une partie importante de son journal, sous le titre de Un Roumain à Paris. C’est la période des premiers séjours de l’écrivain à Paris, entre 1970 et 1973 ; s’y ajoutent les notes d’un voyage en Amérique (1974) et finalement les notes de 1977-1978, période qui prélude sa décision de s’établir en France. Il s’agit d’un témoignage exceptionnel, à travers les remous du champ littéraire roumain, sur la crise qui aboutira à l’effondrement du système totalitaire. »

En février 2020, aux Editions Circé : La vie et les opinions de Zacharias Lichter, de Matei Calinescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce grand classique roumain, publié par Matei Calinescu à l’origine sous la dictature totalitaire de Ceauşescu, que la censure avait laissé passer parce qu’elle n’y comprenait rien, est un vrai régal qui parle de l’assaut contre l’ordre du monde moderne d’une manière plutôt inédite. »

  •          Encore une autre chronique à venir !

Un programme de chroniques pour février

On approche déjà de la fin du mois. Après le marathon de nos lectures communes autour de l’Holocauste fin janvier – début février (un récapitulatif ici), et mon récapitulatif des nouvelles publications de ce mois (ici), je prévois trois chroniques de livres publiés l’année dernière et traduits du roumain, du slovène, et du bulgare (oui, du bulgare, enfin !).

Je mets pour chacun un détail de la couverture : saurez-vous les reconnaitre ?