Witold Szabłowski – Les Ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté

Dans Abraham le Poivrot, loin de Tolède, œuvre de fiction (chroniquée ici), le narrateur enfant assiste au triste départ des tsiganes de la ville, exilés dans une lointaine province bulgare dans les premiers mois du nouveau régime communiste d’après-guerre. Venant clore la caravane de chariots bâchés remplis d’enfants et de mobilier et suivie des chiens et des poulains, écrit l’auteur Angel Wagenstein, « son lourd arrière-train se balançant d’un côté et de l’autre, l’ours fut le dernier à disparaître dans l’ombre verte de l’osier ». Peu de temps auparavant, participant à une fête tsigane, l’enfant avait vu les propriétaires de cet ours anonyme s’efforcer « d’enseigner cet art compliqué de la danse » à l’animal « aussi lourd qu’indocile, attaché par une chaîne passée dans son museau ».

C’est à un autre tournant de l’histoire bulgare du XXe siècle que nous trouvons, dans Les Ours dansants, reportage littéraire de Witold Szabłowski, les ours Vela, Micho, Svetla, Mima, descendants en chair et en os de l’ours anonyme et fictif de Wagenstein. Au cours des dix premiers chapitres du livre, Szabłowski s’intéresse en effet au statut des ours dressés dans la société tsigane bulgare d’après la « transformation » du début des années 1990 et notamment au moment de l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007. Les derniers « ours dansants » sont alors achetés (le mot « confisqué » est également utilisé) à leurs propriétaires et intégrés dans une réserve pour animaux sauvages, le parc de Bélitza (qui fonctionne encore, en coopération avec la fondation Brigitte Bardot, et a élargi son périmètre d’action aux ours utilisés dans les cirques).

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Février 2022 : à nouveau des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans

Le premier récapitulatif de l’année sur les nouvelles parutions (ou rééditions) en provenance de (ou sur) l’Europe de l’Est, centrale et des Balkans, parait déjà plus que lointain. Voici, traduit du hongrois, de l’albanais, du russe (Ukraine), du polonais, du bulgare, du géorgien, ainsi que de l’allemand, de l’anglais et de l’italien, un aperçu des publications de ce mois-ci.

Le 2 février, après avoir publié son La Tranquillité en 2007 puis Promenade deux ans plus tard, Actes Sud a publié La fin, de l’écrivain et photographe hongrois Attila Bartis : « Saga familiale sur fond de totalitarisme, roman d’apprentissage, récit amoureux et portrait d’un artiste qui cherche la voie de son accomplissement, « La Fin » a été salué comme l’un des grands romans hongrois de la décennie écoulée. »

Traduction du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba.

Présentation sur le site de l’éditeur, accompagnée des premières pages du livre.


Le 2 février également, un livre allemand à forte résonance hongroise, publié chez Rivages : dans Mourir en été, l’autrice allemande née de parents hongrois Zsuzsa Bánk évoque « un dernier été auprès de son père qui va mourir ». « Histoires intime et politique se mêlent. À la fois infiniment pudique et très cru, d’une grande tendresse et d’une violence inouïe, un texte lumineux et bouleversant dont les effets rappellent ceux de « L’Année de la pensée magique » de Joan Didion. ».

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

>>> Il y a vingt ans, Zsuzsa Bánk publiait son premier roman, Der Schwimmer, évocation d’une famille déchirée par une absence après la révolution hongroise de 1956. Publié en français par les éditions Christian Bourgois sous le titre Le nageur, j’avais chroniqué ce titre sur ce lien.


Le 3 février, Zulma a réédité Qui a ramené Doruntine ?, roman d’Ismail Kadaré traduit en français chez Fayard dès 1986 (il existe également une édition commentée chez Larousse) : « Au cœur de l’Albanie légendaire, entre croyances et fantasmes, mystère et rationalité, Kadaré transforme un mythe fondateur en une enquête palpitante. »

Traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni. Présentation sur le site de l’éditeur.

>>> Avant de retrouver ici une chronique du livre, voici déjà sur Passage à l’Est ! mon article sur « toutes les bonnes raisons de lire/découvrir Ismail Kadaré » ainsi que des chroniques de deux romans qui évoquent déjà la figure de cette mystérieuse Doruntine : Le général de l’armée morte, et Le crépuscule des dieux de la steppe.


A la fin de l’année dernière, dans mon tour d’horizon littéraire des quinze pays issus de l’ex-URSS, j’avais évoqué l’influence (inévitable) de la guerre russe en Ukraine sur la littérature ukrainienne de ces quelques dernières années. Les abeilles grises, d’Andreï Kourkov, qui a paru le 3 février chez Liana Levi, s’inscrit dans ce contexte. « Dans un petit village abandonné de la «zone grise», coincé entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses, vivent deux laissés-pour-compte: Sergueïtch et Pachka. Désormais seuls habitants de ce no man’s land, ces ennemis d’enfance sont obligés de coopérer pour ne pas sombrer, et cela malgré des points de vue divergents vis-à-vis du conflit. »

Traduit du russe par Paul Lequesne. Présentation complète sur le site de l’éditeur.


Plus d’un siècle après la première tentative de traversée du continent antarctique dirigée par Ernest Shackleton, et le naufrage de son trois-mâts L’Endurance, l’expédition et l’épave continuent de fasciner. Une expédition vient de quitter l’Afrique du Sud à la recherche de ce que son capitaine décrit comme « l’épave la plus inaccessible de tous les temps ». Pour ce qui préfèrent s’intéresser à cette histoire d’un peu plus loin, les Éditions Noir sur Blanc ont publié le 3 février Un arc de grand cercle, de Mateusz Janiszewski, récit par l’un de ses capitaines (également chirurgien, voyageur et écrivain) du périple que mène un équipage polonais pour refaire le parcours de l’expédition de 1914-1915. « Avec ce grand reportage littéraire, empreint de poésie et de réflexion philosophique, Janiszewski nous entraîne dans un monde extrêmement hostile, « capable de vous tuer », mais aussi de vous révéler à vous-même ».

Traduit du polonais par Laurence Dyèvre. Présentation complète sur le site de l’éditeur.  


Le 9 février, les éditions Autrement complètent leur projet de réédition de la trilogie d’Angel Wagenstein « consacrée au destin des Juifs d’Europe au XXᵉ siècle » en publiant Adieu Shanghai. Dans le premier volume, Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac (ma chronique ici), l’écrivain bulgare recréait « la vie d’Isaac Jacob Blumenfeld à travers deux guerres mondiales, trois camps de concentration et cinq patries » concentrées autour de la Galicie orientale ; avec le second, c’était Albert Cohen, juif de Bulgarie exilé en Israël, qui dans Abraham le poivrot, loin de Tolède,faisait revivre le monde de son enfance et de son grand-père Abraham dans la Plovdiv de l’immédiat après-guerre (ma chronique ici). Ce troisième volume change encore de géographie en s’inspirant « d’un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale » : « Shanghai, fin des années 1930. Fuyant les persécutions nazies, plus de 20 000 Juifs allemands et autrichiens, des intellectuels pour la plupart, s’exilent dans le dernier port au monde offrant encore un possible asile ».

Traduction du bulgare par Krasimir Kavaldjiev et Veronika Nentcheva. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

>>> Une chronique à venir.


Le 10 février, dans la collection La bibliothèque de Dimitri, les Éditions Noir sur Blanc republient Le retour de Bouddha, de Vsevolod Ivanov :

« Un roman fantastique, « à la jonction du bouddhisme et de la révolution » (Dany Savelli), une œuvre puissante et poétique », avec pour toile de fond une traversée en train d’une URSS toute neuve et en proie à la guerre civile.

Traduction du russe et annotée par Rémy Perraud (traduction revue et corrigée).

Présentation complète sur le site de l’éditeur.


Également le 10 février chez Noir sur Blanc, Ténèbres sacrées. Les derniers jours du Goulag, de Levan Berdzenichvili. « En 1983, [l’auteur] est envoyé dans un camp de Mordovie pour activités antisoviétiques. Il décrit ces années comme « les plus belles de sa vie » : en effet, « où d’autre aurais-je pu côtoyer tous ces hommes, si soigneusement rassemblés par le KGB ? » C’est dans cette tonalité que se déploie son livre, avec humour, ironie et optimisme. »

Traduction du géorgien par Maïa Varsimashvili-Raphael et Isabelle Ribadeau Dumas. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

>>> Retrouvez sur ce lien ma chronique de Ténèbres sacrées, qui confirme (comme le suggèrent les argumentaires), qu’il est impossible de lire ce livre sans éclater de rire.


Le 16 février, Stock publie Retour rue Krochmalna, un « nouveau roman inédit » d’Isaac Bashevis Singer (décédé en 1991). « Retour » ? Cette rue de la Varsovie juive du début du XXe siècle joue déjà un rôle important dans certains de ses textes déjà bien connus, tels que le recueil Au tribunal de mon père (que j’avais chroniqué ici). « Dans ce nouveau roman inédit, Singer renoue avec ses thèmes de prédilections et signe un texte foisonnant et haut en couleurs – avec le noir en dominante – qui n’est pas sans rappeler l’univers de Keila la Rouge. »

Traduction de l’anglais par Marie-Pierre Bay et Nicolas Castelnau-Bay. Présentation complète sur le site de l’éditeur.

>>> Ce titre d’Isaac Bashevis Singer rentre complètement dans mon initiative autour des prix Nobel de littérature d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, que j’ai présentée ici. Une lecture commune de ce prix Nobel de littérature 1978 est prévue le 8 juillet.


Pour terminer, un livre qui m’avait échappé en janvier mais qui aurait eu toute sa place dans les lectures communes autour de l’Holocauste : Le pain perdu, d’Edith Bruck. « En moins de deux cents pages vibrantes de vie, de lucidité implacable et d’amour, Edith Bruck revient sur son destin : de son enfance hongroise à son crépuscule. Tout commence dans un petit village où la communauté juive à laquelle sa famille nombreuse appartient est persécutée avant d’être fauchée par la déportation nazie. L’auteur raconte sa miraculeuse survie dans plusieurs camps de concentration et son difficile retour à la vie en Hongrie, en Tchécoslovaquie, puis en Israël. »

Traduit de l’italien par René de Ceccatty. Présentation complète sur le site de l’éditeur.


Et voilà. Maintenant, il n’y a plus qu’à lire.


Théodora Dimova – Les dévastés

Plus tard, tout au long de la journée, la radio retransmit régulièrement la proclamation. Le précédent gouvernement avait été renversé, mais on ne disait ni pourquoi ni comment. Cela n’empêchait pas le présentateur de poursuivre : les partisans descendaient massivement des montagnes. La population sortait pour les accueillir avec du pain et du sel. Sa joie était double : elle avait d’abord accueilli les soldats soviétiques, elle accueillait maintenant les partisans. Elle les parait de fleurs, scandait « mort au fascisme », et là, le présentateur semblait avoir du mal à réprimer ses larmes.

(…)

Et seulement un mois plus tard, la réalité commença lentement à se déformer et à surpasser ses craintes les plus profondes. Seulement un mois plus tard, ses peurs commencèrent à ressembler à d’inoffensives visions au regard de ce qui se produisait.

Une femme, par une nuit glaciale d’hiver, erre dans son appartement, incapable de se concentrer sur autre chose que ses pensées fébriles et son attente d’un messager qui ne vient pas.

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Janvier 2022 : des parutions en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans

Pour commencer l’année sur le bon pied, voici la première fournée des nouvelles parutions (ou rééditions) en provenance d’Europe de l’Est, centrale et des Balkans, traduites du polonais, du tchèque, du bulgare, du yiddish, du serbe, de l’albanais, un témoignage du polonais via l’anglais, et un livre d’art !

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Un retour en chroniques sur les nouvelles traductions (ou rééditions) de cette année

Cette année est probablement celle où j’aurai chroniqué le plus de nouvelles traductions – ou rééditions – de livres en provenance d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans.

Je n’oublie pas les livres plus anciens ni les explorations dans les fonds inépuisables et pleins de surprises de ma bibliothèque préférée (à Budapest, l’Országos Idegennyelvű Könyvtár, la Bibliothèque Nationale des langues étrangères), cependant c’est agréable de pouvoir aller plus loin, dans la présentation de ces nouvelles publications, que les très brefs résumés que je fais dans mes récapitulatifs mensuels des nouvelles publications.

On s’approche à grands pas de la fin de l’année, c’est l’occasion idéale pour revenir sur ces nouveautés qui ont peut-être déjà été oubliées ou perdues parmi tous les livres publiés au cours de cette année bizarre.

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Novembre et ses alentours – quelques nouvelles idées de lecture – (non)fiction, art, photo, gastronomie…

Petite mais variée, voici comment je décrirais la poignée de nouvelles publications que j’ai rassemblée pour ce billet un peu tardif sur les nouvelles publications. Commençons par novembre, avant d’aller voir du côté de ce qui est passé entre les mailles du filet lors des précédents billets.

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Actualités du mois d’octobre (2) : rattrapages, et festival avec prix

Après mon récapitulatif des nouvelles publications d’octobre, voici un petit retour sur quelques titres qui m’avaient échappé :

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Actualités du mois d’octobre (1) : les nouvelles publications

Une petite sélection – 100% masculine – des nouvelles publications du mois d’octobre : des livres traduits du polonais, du bulgare, du serbe et du roumain. C’est parti ?

WIESŁAW

De Wiesław Myśliwski, les lecteurs et lectrices français.es se souviennent peut-être du « drôle de roman philosophique » L’art d’écosser les haricots, reçu avec tant d’enthousiasme à sa parution en français chez Actes Sud en 2010. Lui a succédé, en 2016, La dernière partie, roman empreint de « philosophie, poésie et ironie » et c’est maintenant au tour de L’Horizon, « grand roman qui a marqué des générations de Polonais ». Margot Carlier est la traductrice de ces trois romans et plutôt que de vous copier un extrait de la présentation de l’éditeur, je préfère lui laisser la parole pour vous communiquer son enthousiasme :

Enfin, il est là ! « L’Horizon » du grand auteur polonais, Wiesław Myśliwski, sera disponible en librairie le 6 octobre. Je me souviens encore de l’émotion ressentie à la lecture de ce merveilleux roman. Il m’a captivée, transportée… Il fallait absolument le traduire en français. J’ai mis dix ans pour trouver un éditeur. Dix longues années à chercher, écrire, arpenter les couloirs des maisons d’édition (j’exagère à peine). Dix ans, c’est le temps qu’il faut à Myśliwski pour écrire un livre. Le temps qui s’est écoulé entre « L’Horizon » (1997) et « L’Art d’écosser les haricots » (2007), les deux romans qui ont emporté le prix Nikê, la plus prestigieuse récompense littéraire polonaise. Du reste, Wiesław Myśliwski est le seul – avec Olga Tokarczuk – à avoir été primé deux fois.

Voici quand même le lien vers la présentation de l’éditeur. En librairie le 6 octobre.

STANISŁAW

Stanisław ou, en bon français, « Stanislas » : il s’agit bien sûr de M. Lem, incontournable auteur pour qui aime la science-fiction. Décédé en 2005, il aurait eu 100 ans ce mois-ci et c’est pour célébrer ce centenaire qu’Actes Sud publie Les aventures du pilote Pirx, inédit en français jusqu’ici. Ces « aventures d’un pilote spatial hors du commun, dont les missions extraterrestres sont marquées du sceau de la catastrophe » montrent « toute l’étendue du génie de son auteur et révèle[nt] enfin au public français les tribulations drolatiques et philosophiques de l’un des personnages les plus attachants de l’histoire de la science-fiction ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du polonais par Charles Zaremba, en librairie le 6 octobre.

A signaler également, la réédition chez Actes Sud ce mois-ci de ce qui est sans doute le roman le plus connu de Stanislas Lem, Solaris (« Stanislas Lem sonde les profondeurs de l’esprit humain comme il explore les mystères de l’univers. Et nous offre un huis clos à la fois haletant et effrayant » ; trad. Jean-Michel Jasienko) ainsi que de Le congrès de futurologie (« satire spéculative hallucinante sur l’avenir de nos sociétés et notre rapport au réel » ; trad. Dominique Sila et Anna Labedzka).

GUÉORGUI

Guéorgui Gospodinov est probablement l’écrivain bulgare contemporain le plus reconnu en dehors des frontières de son pays. La langue française, notamment, est bien servie grâce aux traductions de Marie Vrinat-Nikolov, depuis Un roman naturel (en français chez Phébus en 2002 puis Intervalles en 2017), jusqu’à Tous nos corps (en français : Intervalles 2020), « histoires ultra-courtes » que j’avais chroniquées ici en début d’année.

Gallimard publie maintenant Le pays du passé, « roman éclatant d’inventivité » dans lequel « le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. En librairie le 7 octobre.

BRANIMIR

Depuis la traduction en français par Jean Descat de son deuxième roman, La bouche pleine de terre, en 1975, l’écrivain serbe d’origine monténégrine Branimir Šćepanović (1937-2020) était fidèlement publié par les éditions L’Âge d’homme : La mort de monsieur Golouja et autres nouvelles en 1978, Le rachat en 1981, L’été de la honte en 2008. C’est dans la lignée de cette maison d’édition fondée par Vladimir Dimitrijević que Noir sur Blanc publie, dans la collection « La bibliothèque de Dimitri », quinze nouvelles inédites rassemblées sous le titre Une mer blanche et silencieuse : « Maître du récit court, de la narration condensée riche en symboles, Šćepanović, tel un prophète de l’Ancien Testament, révèle à l’homme sa nature tragique et risible au travers de fables allégoriques. ».

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Jean Descat et Marko Despot, et en librairie le 14 octobre.

Goran et Patrice avaient chroniqué avec enthousiasme La bouche pleine de terre en ouverture du Mois de l’Europe de l’Est l’année dernière, ici et .

ZYGMUNT

Le nouveau thriller époustouflant par la star du roman policier polonais !

Que rajouter à cette première phrase de présentation, par Fleuve éditions, du dernier opus de Zygmunt Miłoszewski ? Inestimable, qui se déroule entre Varsovie, Saint Pétersbourg et Paris, est « un roman qui mêle science, découverte médicale et enjeux économiques au cœur d’un sujet d’actualité ». Un mélange séduisant et visiblement détonnant, pour un livre qui s’est semble-t-il vendu en « 2 millions d’exemplaires dans le monde ». Zygmunt Miłoszewski était d’abord apparu en français avec son personnage du procureur Teodore Szacki dans Les impliqués (2013) et Un fond de vérité (2014) aux éditions Mirobole (avec leurs couvertures si distinctives, reprises par Pocket), puis aux éditions Fleuve avec La rage (2016). Dans Inavouable (2017, ce dernier également en version audio), Szacki laisse la place à de nouveaux héros, qui sont ceux également d’Inestimable : rendez-vous sur le site de l’éditeur pour une présentation plus complète.

Traduit du polonais par Kamil Barbarski. En librairie le 14 octobre.

MILORAD

Présenter L’exemplaire unique de Milorad Pavić, c’est autant évoquer le dernier roman traduit d’un auteur serbe prolifique et espiègle, que souhaiter la bienvenue à une nouvelle maison d’édition, Les monts métallifères.

« Notre lecteur idéal ne viendra pas chercher dans nos livres un type d’œuvres particulier, mais il acceptera à chaque fois de se lancer dans une aventure nouvelle », écrivent les deux fondateurs. Avec L’exemplaire unique, cette aventure nouvelle prend la forme d’un « polar onirique qui ne cesse de brouiller les pistes et d’abolir les frontières (entre homme et femme, rêve et ­réalité, vie et mort, passé et avenir) ». « Nous [y] suivons tour à tour les destinées d’un chanteur d’opéra, celle de sa femme, la magni­fique Markezina Lempicka, et de son amant. On y croise aussi un assassin lanceur de couteaux, un magnat aux ongles arrachés, un lévrier géant, Pouchkine, une irrésistible danseuse de tango, des morts qui convoquent les vivants… Et, comme toujours chez Pavić, le Diable n’est jamais loin. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du serbe par Maria Béjanovska. En librairie le 14 octobre.

ANGEL

De l’écrivain bulgare Angel Wagenstein, les éditions Autrement viennent de publier Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, « premier volume d’une trilogie évoquant le destin des Juifs d’Europe » au travers tout d’abord du parcours d’Isaac Blumenfeld, petit tailleur juif vivant dans un shtetl de Galicie orientale au début du XXe siècle (chronique à venir). Après Le Pentateuque vient Abraham le poivrot, loin de Tolède, « évocation nostalgique d’une Bulgarie révolue et description cruelle d’un pays miné par la corruption, (…) Abraham le Poivrot est avant tout une ode drôle et délicate à ces Balkans d’un autre temps où les religions et les peuples se côtoyaient pour le meilleur et pour le pire, où les langues et les cultures s’entremêlaient, s’influençaient, où le lieu dans lequel on vit était plus important que celui d’où l’on vient. »

Présentation complète sur le site de l’éditeur. Traduit du bulgare par Eric Naulleau et Veronika Nentcheva. En librairie le 20 octobre.

WITOLD

Alors que j’étais en Bulgarie il y a quelques semaines, je suis passée à plusieurs reprises près du parc des ours dansants de Belitsa : en soi, l’idée d’un centre créé pour abriter d’anciens ours dansants de Bulgarie, de Serbie et d’Albanie était suffisamment inhabituelle pour que je m’en souvienne, mais il s’agit en plus d’un centre co-géré avec la fondation Brigitte Bardot, ce qui fait que je ne suis pas prête de l’oublier. Avec Les ours dansants. De la mer Noire à la Havane, les déboires de la liberté, le journaliste polonais Witold Szabłowski prend le sujet de ces ours élevés pour divertir, et généralement maltraités, comme point de départ à une réflexion plus générale sur la liberté, et surtout sur la difficulté de retrouver la liberté. « De Sofia à Tirana et de Belgrade jusqu’à Gori, la ville natale de Staline, en passant par Athènes, Londres et Cuba, Szabłowski interroge des femmes et des hommes sur la difficile transition de leur pays vers la démocratie et l’économie de marché ». Présentation complète sur le site de l’éditeur.

Traduit du polonais par Véronique Patte. En librairie le 21 octobre.

(Szabłowski est aussi l’auteur de « Comment nourrir un dictateur. Saddam Hussein, Idi Amin, Enver Hoxha, Fidel Castro and Pol Pot vus par leurs chefs » (non traduit en français), fruit de trois années d’entretiens réalisés avec les chefs cuisiniers (et cuisinières) de personnalités qui ne comptent pas parmi les plus glorieuses du XXe siècle… Intéressant, non ?)

NORMAN (et SAUL)

Traduit à quatre mains par Florica Courriol (du roumain) et Marie-France Courriol (de l’anglais), Avant de s’en aller est un livre de dialogues entre deux géants de la littérature du XXe siècle : Norman Manea (1936- ) – écrivain roumain établi aux Etats-Unis, et l’écrivain nord-américain Saul Bellow (1915-2005), prix Nobel de littérature en 1976.

« Enregistré à Boston en 1999, cet entretien … traverse le XXe siècle. Les deux écrivains évoquent la vie et le travail de Bellow, les origines juives de Russie de ses parents, forcés de fuir le régime tsariste et d’émigrer au Canada, à sa vie américaine à Chicago…. C’est aussi une discussion sur le grand roman contemporain, sur la littérature juive-américaine dont Saul Bellow a été l’un des créateurs, sur ses rapports avec les autres écrivains, Isaac Singer et Philip Roth en tête ».

Publié aux éditions La Baconnière (la notice du livre n’est pas encore disponible), en librairie le 28 octobre.

Et vous, qu’aviez-vous noté de votre côté ?

Dans mon prochain article, une petite session de rattrapage des nouvelles publications, et un regard vers un festival littéraire.


Elle approche à grands pas, que nous apportera-t-elle donc ?

Je parle de la rentrée littéraire, bien sûr. J’ai passé au peigne fin les nouvelles publications des semaines à venir afin d’en extraire ce qui m’intéressait le plus – les livres de, ou sur, l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici donc une poignée de livres, traduits du bulgare, du croate, du hongrois, du polonais, du roumain, du slovène, du tchèque … et aussi de l’anglais, du russe et de l’allemand.

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Une toute petite poignée de nouveautés en juin

Juin et juillet me semblent très calmes du côté des nouvelles traductions d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans à paraître en librairie, mais ce n’est pas très surprenant!

Après sa traduction de La femme qui a mangé les lèvres de mon père, de Tudor Ganea (mon article ici), et de Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (mon article ici), Florica Courriol continue de nous faire parvenir en français la littérature roumaine contemporaine avec Et on entendait les grillons, de Corina Sabau. « Et on entendait les grillons s’attaque frontalement au tabou des avortements clandestins dans la Roumanie des années 1980 et 1990, à travers la douloureuse prise de conscience d’une narratrice sans concession. Un roman court et poignant, ou plutôt un tourbillon de pensées entremêlant une peinture de la vie ouvrière à l’usine au temps du communisme, les réminiscences d’une enfance complexe auprès d’un père violent, et la voix de sa jeune fille Sonia, souffle de vie d’une génération nouvelle. Un livre choc au rythme effréné qui ne pourra laisser indemne. » Présentation complète sur le site des Editions Belleville. En librairie le 11 juin.

  • Un article à retrouver sur ce lien!
  • A retrouver aussi sur le blog, trois publications des Éditions Belleville, toutes des traductions de textes contemporains d’Europe centrale et des Balkans et toutes recommandées : Blue Moon, de Damir Karakaš (traduit du croate par Chloé Billon), Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse, d’Agata Tomažič (traduit du slovène par Stéphane Baldeck), et L’Empire de Nistor Polobok, de Iulian Ciocan (traduit du roumain (Moldavie) par Florica Courriol).  

Quelques nouvelles parutions m’avaient échappé en mai :

Chez Agullo : Mars, d’Asja Bakić : « Peuplées d’écrivaines, de solitaires, de meurtrières ou de clones qui toutes tentent de trouver un sens à leur réalité désaxée, ces histoires teintées d’humour noir lèvent le rideau sur l’étrangeté du quotidien et revisitent avec brio quelques thèmes classiques de la science-fiction d’un point de vue féminin. » Présentation de l’éditeur. Traduit du croate (Bosnie) par Olivier Lannuzel.

Aux Editions Autrement : Années de guerre, de Vassili Grossman : « Années de guerre est en quelque sorte une version fragmentaire d’épisodes et de personnages que l’on retrouvera dans les romans Pour une juste cause et Vie et destin. C’est dans ces pages que prennent vie le soldat Gromov et son lance-roquette antichar ou les tireurs d’élite Tchékhov et Zaïtsev, d’autres encore, personnages héroïques et souffrants, figures vivantes devenues classiques de la littérature mondiale. Constitué de récits héroïques, dramatiques ou glaçants, Années de guerre est tout autant un formidable recueil littéraire qu’un extraordinaire document pour l’histoire. » Le recueil a d’abord été publié en français à Moscou aux Editions en langues étrangères, sans que soit précisé le nom du traducteur. Présentation de l’éditeur ici, et extrait ici.

Chez Denoël, un roman graphique : Le Fantôme d’Odessa, d’Alexander Pavlenko et Camille de Toledo. « Mai 1939. L’écrivain Isaac Babel est incarcéré à la prison de la Loubianka. Il y sera interrogé et torturé durant huit mois avant d’être secrètement exécuté le 27 janvier 1940, sur ordre de Staline. Pour tenir, il écrit à sa fille Nathalie, réfugiée en France avec sa mère. La lettre du condamné à mort prend la forme d’un examen de conscience. Comment ses idéaux de liberté, son refus des dogmes, son humanisme l’ont-ils écarté de cette révolution à laquelle il a cru ? Les visions qui lui reviennent sont celles de sa jeunesse à Odessa, la ville turbulente, affranchie, éclatante de vie, de couleurs et de drames des bandits juifs emmenés par le « Roi » Bénia Krik, qu’il a peinte dans ses premiers récits. » Présentation de l’éditeur.