Une toute petite poignée de nouveautés en juin

Juin et juillet me semblent très calmes du côté des nouvelles traductions d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans à paraître en librairie, mais ce n’est pas très surprenant!

Après sa traduction de La femme qui a mangé les lèvres de mon père, de Tudor Ganea (mon article ici), et de Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (mon article ici), Florica Courriol continue de nous faire parvenir en français la littérature roumaine contemporaine avec Et on entendait les grillons, de Corina Sabau. « Et on entendait les grillons s’attaque frontalement au tabou des avortements clandestins dans la Roumanie des années 1980 et 1990, à travers la douloureuse prise de conscience d’une narratrice sans concession. Un roman court et poignant, ou plutôt un tourbillon de pensées entremêlant une peinture de la vie ouvrière à l’usine au temps du communisme, les réminiscences d’une enfance complexe auprès d’un père violent, et la voix de sa jeune fille Sonia, souffle de vie d’une génération nouvelle. Un livre choc au rythme effréné qui ne pourra laisser indemne. » Présentation complète sur le site des Editions Belleville. En librairie le 11 juin.

  • Un article à retrouver bientôt sur ce blog!
  • A retrouver aussi sur le blog, trois publications des Éditions Belleville, toutes des traductions de textes contemporains d’Europe centrale et des Balkans et toutes recommandées : Blue Moon, de Damir Karakaš (traduit du croate par Chloé Billon), Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse, d’Agata Tomažič (traduit du slovène par Stéphane Baldeck), et L’Empire de Nistor Polobok, de Iulian Ciocan (traduit du roumain (Moldavie) par Florica Courriol).  

Quelques nouvelles parutions m’avaient échappé en mai :

Chez Agullo : Mars, d’Asja Bakić : « Peuplées d’écrivaines, de solitaires, de meurtrières ou de clones qui toutes tentent de trouver un sens à leur réalité désaxée, ces histoires teintées d’humour noir lèvent le rideau sur l’étrangeté du quotidien et revisitent avec brio quelques thèmes classiques de la science-fiction d’un point de vue féminin. » Présentation de l’éditeur. Traduit du croate (Bosnie) par Olivier Lannuzel.

Aux Editions Autrement : Années de guerre, de Vassili Grossman : « Années de guerre est en quelque sorte une version fragmentaire d’épisodes et de personnages que l’on retrouvera dans les romans Pour une juste cause et Vie et destin. C’est dans ces pages que prennent vie le soldat Gromov et son lance-roquette antichar ou les tireurs d’élite Tchékhov et Zaïtsev, d’autres encore, personnages héroïques et souffrants, figures vivantes devenues classiques de la littérature mondiale. Constitué de récits héroïques, dramatiques ou glaçants, Années de guerre est tout autant un formidable recueil littéraire qu’un extraordinaire document pour l’histoire. » Le recueil a d’abord été publié en français à Moscou aux Editions en langues étrangères, sans que soit précisé le nom du traducteur. Présentation de l’éditeur ici, et extrait ici.

Chez Denoël, un roman graphique : Le Fantôme d’Odessa, d’Alexander Pavlenko et Camille de Toledo. « Mai 1939. L’écrivain Isaac Babel est incarcéré à la prison de la Loubianka. Il y sera interrogé et torturé durant huit mois avant d’être secrètement exécuté le 27 janvier 1940, sur ordre de Staline. Pour tenir, il écrit à sa fille Nathalie, réfugiée en France avec sa mère. La lettre du condamné à mort prend la forme d’un examen de conscience. Comment ses idéaux de liberté, son refus des dogmes, son humanisme l’ont-ils écarté de cette révolution à laquelle il a cru ? Les visions qui lui reviennent sont celles de sa jeunesse à Odessa, la ville turbulente, affranchie, éclatante de vie, de couleurs et de drames des bandits juifs emmenés par le « Roi » Bénia Krik, qu’il a peinte dans ses premiers récits. » Présentation de l’éditeur.


Florina Ilis – Le livre des nombres

Premier épisode de ma séquence autour du thème « écrire/effacer, se souvenir/oublier » dans la littérature roumaine d’après 1989.

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Qui donc va se rappeler ce qui s’est passé dans le temps… ?!

Dans les tous derniers paragraphes du Livre des nombres, des voix d’hommes et de femmes, tour à tour « curieuse », « bien renseignée », « aiguë, mais prévenante » ou encore « chargée d’insinuations venimeuses », évoquent des noms de leur passé : la Zenobia, le Gherasim, l’instituteur Dima, Petre Barna et d’autres. Le cadre est celui d’une fête de village un jour d’août orageux, l’époque est quasi-contemporaine de la nôtre.

Le livre des nombres est celui de ces noms qu’évoquent ces voix désincarnées dans ces dernières pages ; il est le livre qui reconstruit et préserve la mémoire de deux familles sur plusieurs générations, tout au long du XXe siècle roumain. Lire la suite »


Ecrire/effacer, se souvenir/oublier – trois romans roumains d’après 1989

C’est toujours un peu hasardeux de choisir de comparer trois romans juste parce qu’ils sont traduits de la même langue et ont tous été publiés récemment en traduction française. C’est comme si je choisissais de comparer L’ordre du jour d’Eric Vuillard, Sérotonine de Houellebecq et Et après de Guillaume Musso, juste parce que tous les trois ont été traduits en hongrois au cours des dix dernières années (par Ágnes Tótfalusi, que j’avais rencontrée à l’occasion de la venue de Mathias Enard à Budapest en 2018), et que je décidais d’en tirer des conclusions générales sur la littérature française.

Mais parfois le hasard fait bien les choses. Les trois romans roumains que je vais présenter dans les jours à venir sont assez différents les uns des autres par le style, le sujet, la période. Le premier est une chronique familiale aux allures (parfois) de conte : c’est Le livre des nombres, de Florina Ilis. Le second est le récit bien plus sombre d’une vie de jeune femme dans les années 1979-1989 : c’est Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega. Et le troisième est un roman sur le pouvoir et sur ses limites : c’est Le poids d’un ange, d’Eugen Uricaru.

Ils ont cependant pour point commun des interrogations qui traversent le XXe siècle, et notamment celui de l’après-guerre roumain : vaut-il mieux se souvenir ou oublier ? qui décide qui peut écrire, et ce qui doit être effacé, de l’histoire commune et individuelle ? et quelles en sont les conséquences ?


En mai, quelques nouvelles lectures ?

Au programme des nouvelles parutions (ou rééditions) de mai, des traductions du polonais, du hongrois et du russe. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu autant de traductions du hongrois d’un coup, alors je commence par celles-là.

Cambourakis continue d’étoffer sa collection hongroise avec le recueil de nouvelles Echec et mat ou Le Gambit hongrois contenant douze nouvelles écrites « au fil d’un siècle et demi ». Leurs auteurs (tous des hommes – à croire qu’il n’y a pas d’écrivaines en Hongrie ?) sont tous très connus en Hongrie, certains le seront beaucoup moins en dehors des frontières du pays : Sándor Márai (dont j’avais par exemple présenté le Journal en conversation avec sa traductrice Catherine Fay), Endre Ady, Gyula Krúdy (présent sur ces pages avec notamment N.N.), Mór Jókai (découvert avec Les Baradlay), Dezső Kosztolányi (dont j’adore les romans Alouette et Anna la douce), Lajos Grendel (dont j’ai déjà chroniqué Les cloches d’Einstein), István Örkény (auteur notamment des sympathiques Minimythes), Jenő Heltai, Frigyes Karinthy (que j’avais accompagné pour un Voyage autour de [s]on crâne), Géza Gárdonyi, Lajos Bíró et Gyula Juhász. Présentation du recueil par l’éditeur ici. Les textes sont traduits du hongrois sous la direction d’András Kányádi, qui signe aussi la préface.

Chez Gallimard, un roman de l’écrivain, dramaturge et scénariste András Forgách, Fils d’espionne, dont la description me fait immanquablement penser au Revu et corrigé de Péter Esterházy, mais écrit autour de la figure de la mère plutôt que du père. Extrait de la présentation de l’éditeur : « Après le décès de sa mère, le narrateur découvre dans les archives des services secrets hongrois qu’elle a joué dans les années 1970-1980 un rôle d’informatrice….Portrait entre ombre et lumière d’une mère autrefois adorée, Fils d’espionne est aussi une passionnante plongée dans l’histoire hongroise du XXe siècle, posant la question de la place des engagements politiques, de la duplicité des êtres et de notre possibilité de connaître vraiment ceux qui nous entourent. » Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly.

Et Zulma réédite, avec les couvertures colorées qui lui sont coutumières, et la présentation d’Emmanuel Carrère, l’Épépé de Ferenc Karinthy. Extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers les mésaventures de Budaï, prisonnier malgré lui d’un univers absurde aux allures de cauchemar éveillé, Épépé nous entraîne dans une cavale entêtée et entêtante, drôle, féroce, aussi inquiétante que jubilatoire. Un roman culte. » Traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy.

Et maintenant, les polonais, avec d’abord un livre classé « essais-documents » chez Noir sur Blanc, Le parti pris des oiseaux de Stanislaw Lubienski. Extrait de la présentation de l’éditeur : « La fascination pour les oiseaux qui accompagne l’auteur depuis son enfance (une maladie qu’il appelle Birding Compulsive Disorder) est devenue un prétexte pour écrire sur l’art, la littérature, l’histoire et le cinéma. De quel oiseau-roi Mitterrand a-t-il voulu faire son dernier repas ? Quel est le lien de l’agent 007 avec l’ornithologie ? À quoi pensaient les oiseaux d’Hitchcock ? Quel effet l’amour de Jonathan Franzen pour les oiseaux a-t-il eu sur sa prose ? Bien entendu, l’auteur ne s’inspire pas uniquement de ses lectures ! C’est un homme de terrain et son texte est nourri de toutes ses expériences dans la nature, mais aussi en ville. » Traduit du polonais par Laurence Dyèvre.

Également chez Noir sur Blanc, mais dans la Collection La Bibliothèque de Dimitri (donc d’abord publié aux éditions L’Âge d’Homme), Messe pour la ville d’Arras, d’Andrzej Szczypiorski. Présentation de l’éditeur : « Au printemps de l’an 1458, Arras fut frappée par la peste et par la famine. En un mois, près d’un cinquième de la population périt. S’ensuivit la sinistre vauderie de 1461, chasse aux sorcières doublée de dévastations et de massacres dans le quartier juif de la ville. Étrange et cruelle folie collective qui fut aveuglément orchestrée par un prêtre fanatique comme un rituel de purification corporelle et spirituelle. Ce récit allégorique, écrit à la première personne, développe une réflexion profonde sur les thèmes de la liberté, de la compromission et de la passivité vis-à-vis des cataclysmes sociaux. » Traduction (revue et corrigée) et préface de François Rosset. D’Andrzej Szczypiorski, je recommande aussi La jolie Madame Seidenman (ma chronique ici).

Enfin, aux éditions Le Bruit du temps, le recueil de Récits d’Odessa d’Isaac Babel. Extrait de présentation de l’éditeur : « Les deux grandes figures de ce livre sont la ville d’Odessa avant et pendant la révolution, et le gangster juif Bénia Krik, un personnage haut en couleur devenu l’emblème de la ville et qui fait désormais si bien partie de son folklore que certaines répliques des récits de Babel sont devenues proverbiales. » Les textes (que l’on retrouve également dans le volume d’Œuvres complètes publié en 2011) comprennent outre les Récits d’Odessa, « six autres récits de la même veine, quatre essais consacrés à Odessa, ainsi que la pièce de théâtre Le Crépuscule et le scénario Bénia Krik, qui mettent en scène les personnages des récits. » Traduit du russe par Sophie Benech. 

Une petite moisson pour le mois qui vient, mais il est très possible que je sois passée à côté de quelques titres (et il y a toujours les nouvelles publications d’avril). Si je devais un choisir juste un, ce serait Fils d’espionne. Et vous ?


En avril, vous reprendrez bien quelques livres ?

Le récapitulatif mensuel des nouvelles publications fait maintenant partie des bonnes habitudes du blog. Il faut parfois souvent beaucoup de patience pour passer les nouvelles publications au tamis centre-est européen, mais ce mois-ci en vaut encore une fois la peine. Au programme, des traductions du polonais, du serbe et du croate, ainsi que du russe et du finnois.

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En mars, encore de nouvelles traductions à découvrir !

Au menu de cet avant-programme du mois de mars, deux traductions du croate, deux du serbe, quatre du roumain (dont deux en rattrapage) et une du polonais. Commençons par celle-là !

Aux Editions Noir sur Blanc, le 4 mars : Des chocolats pour le directeur, de Sławomir Mrożek (traduit du polonais par Grażyna Erhard). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Un ensemble de micro-nouvelles où voisinent humour et satire, absurde et anxiété. Le personnage principal du recueil, le Directeur, est entouré de ses indispensables (et modestes) collaborateurs : le Chef de service, le Comptable, le Magasinier, le Conseiller, sans oublier le Stagiaire, inévitable souffre-douleur. Tout ce petit monde est très occupé à régler des problèmes inexistants, à inventer des stratagèmes ineptes et à respecter l’autorité du chef. » De ce dramaturge et satiriste polonais (1930-2013), établi en France en 1968 puis à nouveau en 2008, les Editions Noir sur Blanc ont déjà publié une grande partie de l’œuvre comprenant nouvelles, romans, pièces de théâtre, scénarios, dessins, et journal (1962-1969) : la liste complète est ici.

Descendons vers le sud, toujours avec les Éditions Noir sur Blanc qui publient, le 18 mars, dans la collection La Bibliothèque de Dimitri, Miracle à la Combe aux Aspics, d’Ante Tomić (traduit du croate par Marko Despot). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « La quête amoureuse du fils aîné des Aspic fait de ce road-movie littéraire une comédie hilarante, où les coups de théâtre s’associent pour accomplir un miracle à la Combe aux Aspics. »

Chez Agullo, le 11 mars : L’eau vive, de Jurica Pavičić (traduit du croate par Olivier Lannuzel). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « À travers ce drame intime [la disparition de Silva, 17 ans, sur la côte dalmate en 1989], L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels. »

De la côte dalmate, passons en Serbie avec ces deux livres :

Chez Serge Safran éditeur, le 5 mars : Burn-out, d’Andrija Matić (traduit du serbe par Alain Cappon, qui avait brièvement présenté l’auteur dans mon entretien avec lui). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Insatisfait par son métier, par la médiocrité, la veulerie et la corruption des professeurs, de l’administration et des étudiants, mais aussi par son aventure conjugale, [le professeur de littérature Branimir Rihter] décide de s’immoler par le feu en pensant créer un événement proche de la perfection artistique. Si on sait d’entrée de jeu de quelle manière le roman s’achèvera, l’auteur nous montre de manière captivante, par une construction très habile, le désarroi grandissant puis total de Rihter, son cheminement jusqu’à l’acte final et fatal. Mais il ne faut pas croire que ce burn-out soit déprimant. Loin de là !  »

Aux Editions Zulma, le 4 mars : Soixante-neuf tiroirs, de Goran Petrović (réédition du roman traduit du serbe par Gojko Lukić et d’abord édité par les Editions du Rocher puis par Le Serpent à Plumes). Je n’en donne que cet extrait de la présentation de l’éditeur : « Le roman culte de tous les amoureux de la lecture, une ode magistrale au pouvoir de la littérature. »

  •             Une chronique à venir

Terminons en Roumanie, avec quatre voix différentes dont deux féminines :

Aux Editions des Syrtes, le 18 mars [reporté au 8 avril] : Le livre des nombres, de Florina Ilis (traduit du roumain par Marily le Nir). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « à la fois fresque d’une époque, saga familiale, monographie d’un village d’Europe centrale, [Le livre des nombres] embrasse un siècle d’histoire mouvementée de la Transylvanie. Le lecteur est plongé dans l’entreprise d’un auteur qui tente d’écrire la chronique de sa famille. Peu à peu, devant ses yeux, se tisse ainsi l’épopée de deux familles apparentées, sur quatre générations, qui trouve des échos incessants dans le présent. » Un roman qui s’annonce donc, par son sujet, tout à fait différent des deux autres livres de Florina Ilis parus aux Editions des Syrtes, Les vies parallèles et La croisade des enfants, lus avec enthousiasme et chroniqués ici et .

  •             Une autre chronique à venir

Aux Editions des femmes. Antoinette Fouque, le 18 mars : Comme si de rien n’était, d’Alina Nelega (traduit du roumain par Florica Courriol). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce roman suit la vie d’une femme, Cristina, éprise d’une autre femme et passionnée d’écriture, pendant la dernière décennie de la dictature communiste en Roumanie, dans les années 1980. Dans ce roman exceptionnel, les rouages de l’oppression sont mis à nu dans leurs aspects les plus subtils. L’un des rares romans roumains à traiter de l’homosexualité féminine sous Ceausescu. »

  •             Encore une autre chronique à venir

En février, aux éditions P.O.L. : Un Roumain à Paris, de Dumitru Tsepeneag (traduit du roumain par Virgile Tanase). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « [Dumitru Tsepeneag, auteur roumain établi en France depuis plus de 40 ans,] publie aujourd’hui pour la première fois en français une partie importante de son journal, sous le titre de Un Roumain à Paris. C’est la période des premiers séjours de l’écrivain à Paris, entre 1970 et 1973 ; s’y ajoutent les notes d’un voyage en Amérique (1974) et finalement les notes de 1977-1978, période qui prélude sa décision de s’établir en France. Il s’agit d’un témoignage exceptionnel, à travers les remous du champ littéraire roumain, sur la crise qui aboutira à l’effondrement du système totalitaire. »

En février 2020, aux Editions Circé : La vie et les opinions de Zacharias Lichter, de Matei Calinescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). Un extrait de la présentation de l’éditeur : « Ce grand classique roumain, publié par Matei Calinescu à l’origine sous la dictature totalitaire de Ceauşescu, que la censure avait laissé passer parce qu’elle n’y comprenait rien, est un vrai régal qui parle de l’assaut contre l’ordre du monde moderne d’une manière plutôt inédite. »

  •          Encore une autre chronique à venir !

Un programme de chroniques pour février

On approche déjà de la fin du mois. Après le marathon de nos lectures communes autour de l’Holocauste fin janvier – début février (un récapitulatif ici), et mon récapitulatif des nouvelles publications de ce mois (ici), je prévois trois chroniques de livres publiés l’année dernière et traduits du roumain, du slovène, et du bulgare (oui, du bulgare, enfin !).

Je mets pour chacun un détail de la couverture : saurez-vous les reconnaitre ?


Les nouveaux livres de février…

Un peu difficile cette fois-ci de dénicher parmi les traductions les titres venus (plus ou moins) tout droit d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, mais en voici quelques-uns grapillés par-ci par-là. On y écrit en allemand, en francais, en polonais, en finlandais et en serbe, sur l’exil, sur l’identité et sur le souvenir, sur le passé et un peu aussi sur l’avenir. Lire la suite »


Marek Šindelka – La fatigue du matériau

Publié en Tchéquie en 2016, traduit et publié en français aux éditions des Syrtes ce mois-ci, voici un roman ultra-contemporain, qui parle d’un sujet à la fois éternel et lui aussi ultra-contemporain : la migration. Je vais mettre ce livre en parallèle avec un autre roman tchèque très contemporain, publié récemment en français (en 2020 chez Denoël, ma chronique ici) : dans L’amour au temps du changement climatique, Josef Pánek dépeignait le désarroi d’un Tchèque nomade et déraciné dans le monde connecté du XXIe siècle. Dans La fatigue du matériau, Marek Šindelka retourne le miroir pour s’intéresser à d’autres qui, dans le monde connecté du XXIe siècle, se retrouvent également nomades et déracinés, mais par instinct de survie plutôt que par résultat d’un choix de vie. Lire la suite »


Pour bien commencer l’année… quelques livres à paraitre ce mois-ci

En ce début d’année, voici quelques titres censés paraitre en librairie ce mois-ci : huit textes de fiction, traduits du serbe, du roumain, du tchèque, mais aussi du finnois (on y parle d’Albanie), et un écrit en français (on y parle de Serbie et d’Europe).

Le 8 janvier, aux éditions Le Nouvel Attila : La boîte à écriture, de Milorad Pavić (traduit du serbe par Maria Béjanovska). « Imprégnée de parfums et légendes, la boîte à écriture livre à travers des inventions telles que la clepsydre d’amour ou le réveil érotique le secret de l’âme, de la musique et de la dissolution de l’espace et du temps », dit la quatrième de couverture. Présentation aussi par sa traductrice, sur ce lien.

De cet auteur « connu comme un Borges slave pour ses romans empreints de labyrinthes, de tiroirs et de constructions ésotériques », le même éditeur avait déjà republié il y a quelques années celui qui est probablement son livre le plus connu, Le dictionnaire khazar : roman-lexique en 100 000 mots. On trouve cependant aussi, en français, de nombreux autres de ses textes : Paysage peint avec du thé (Belfond, 1990), Le lévrier russe (Belfond, 1991), L’envers du vent ou Le roman de Héro et Léandre (Belfond, 1992), Le rideau de fer (Belfond, 1994), Les chevaux de Saint-Marc (Belfond, 1995), Le chapeau en peau de poisson (Eds du Rocher, 1997), Dernier amour à Constantinople (Noir sur Blanc, 2000), et Les miroirs empoisonnés et autres textes (Venus d’ailleurs, 2012).

Le 14 janvier, chez Phébus : L’enfance de Kaspar Hauser, de Bogdan-Alexandru Stanescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). « Souvent drôle, impertinent et toujours intelligent », ce roman est un « véritable « itinéraire d’une mauvaise graine », à l’image de l’orphelin célèbre du XIXe siècle, Gaspard Hauser, figure de proue de toute une génération sacrifiée, mais dotée d’une incroyable force de vie », dit l’éditeur.

Le 14 janvier, chez Buchet-Chastel : La traversée, de Pajtim Statovci (a priori traduit du finnois, mais par qui ?). « Alors que l’Albanie bascule dans le chaos, Bujar, adolescent solitaire, décide de suivre l’audacieux Agim, son seul ami, sur la route de l’exil. Ensemble, ils quittent le pays pour rejoindre l’Italie. C’est le début d’un long voyage, mais aussi d’une odyssée intérieure, une quête d’identité poignante. En repoussant chaque fois un peu plus les frontières du monde, les deux garçons se frottent à cette question lancinante : comment se sentir chez soi – à l’étranger comme dans son propre corps ? » De cet écrivain finno-kosovar existe aussi, en français, Mon chat Yugoslavia (Denoël, 2016, traduit par Claire Saint-Germain).

Le 14 janvier, aux éditions Noir sur Blanc (Collection La bibliothèque de Dimitri) : Le roman de Londres, de Miloš Tsernianski (traduit du serbe par Velimir Popovic). « Livre de toutes les personnes déplacées, portrait d’une ville tentaculaire, Le Roman de Londres est en même temps un roman d’amour poignant et une réflexion profonde sur le libéralisme effréné », dit l’éditeur de ce roman écrit dans l’immédiat après-guerre. Le site Serbica en avait fait son roman du mois en juillet-août 2018, d’où une présentation du livre et de l’auteur sur ce lien.

Même jour, même éditeur, un nouveau roman d’un écrivain contemporain déjà bien traduit en français : Une personne sensible, de Jáchym Topol (traduit du tchèque par Marianne Canavaggio). « Bienvenue dans le Far East ! Dans ce roman très contemporain, alternant scènes grotesques, descriptions poétiques, dialogues drôles et enlevés, chacun vit selon ses propres lois. Sur un rythme trépidant, transgressant les tabous, Topol aborde les grands thèmes d’aujourd’hui : la religion, la famille, la survie au quotidien, le populisme et la menace russe », dit l’éditeur qui a précédemment publié Zone cirque et L’atelier du diable. On trouve également Ange Exit chez J’ai lu, et Missions nocturnes chez Robert Laffont, tous traduits par Marianne Canavaggio.

Même jour, même éditeur, d’un autre écrivain contemporain bien traduit en français : Melancolia, de Mircea Cărtărescu (traduit du roumain par Laure Hinckel, qui a également traduit le très remarqué Solénoïde, publié en 2019). « Ce sont trois longues nouvelles encadrées par deux contes. Melancolia est un livre sur l’expérience de la séparation, sur ce trauma qui a marqué notre naissance et, par la suite, chacune de nos métamorphoses… Magnifiques variations sur les grands thèmes de l’auteur : le passage du temps, la poésie, le réel et l’irréel, le masculin et le féminin. »

Le 21 janvier, aux éditions des Syrtes : La fatigue du matériau, de Marek Šindelka (traduit du tchèque par Christine Laferrière). « La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d’un migrant, » disent les éditions des Syrtes de ce roman d’un jeune auteur et poète.

 

Pour terminer, un roman en français : Sursum corda, de l’auteure et dramaturge Véronika Boutinova (Le Ver à Soie, 5 janvier). Présentation de l’éditeur : « Roman de voix, il relate l’amour absolu liant deux amis de l’autrice lui ayant confié leur bonheur douloureux. À vif, Zuka et Charlotte se sont trouvés à Belgrade en 2012. Depuis ils cherchent à garder le lien cosmique qui les traverse comme il traverse l’Europe et ses frontières, étanches. Charlotte vit dans le nord de la France. Zuka, originaire de la Krajina, est réfugié en Serbie. Tous deux tentent de survivre à leurs amours européennes »

Aviez-vous aussi repéré ces titres ? Est-ce qu’ils vous inspirent ?