Pour bien commencer l’année… quelques livres à paraitre ce mois-ci

En ce début d’année, voici quelques titres censés paraitre en librairie ce mois-ci : huit textes de fiction, traduits du serbe, du roumain, du tchèque, mais aussi du finnois (on y parle d’Albanie), et un écrit en français (on y parle de Serbie et d’Europe).

Le 8 janvier, aux éditions Le Nouvel Attila : La boîte à écriture, de Milorad Pavić (traduit du serbe par Maria Béjanovska). « Imprégnée de parfums et légendes, la boîte à écriture livre à travers des inventions telles que la clepsydre d’amour ou le réveil érotique le secret de l’âme, de la musique et de la dissolution de l’espace et du temps », dit la quatrième de couverture. Présentation aussi par sa traductrice, sur ce lien.

De cet auteur « connu comme un Borges slave pour ses romans empreints de labyrinthes, de tiroirs et de constructions ésotériques », le même éditeur avait déjà republié il y a quelques années celui qui est probablement son livre le plus connu, Le dictionnaire khazar : roman-lexique en 100 000 mots. On trouve cependant aussi, en français, de nombreux autres de ses textes : Paysage peint avec du thé (Belfond, 1990), Le lévrier russe (Belfond, 1991), L’envers du vent ou Le roman de Héro et Léandre (Belfond, 1992), Le rideau de fer (Belfond, 1994), Les chevaux de Saint-Marc (Belfond, 1995), Le chapeau en peau de poisson (Eds du Rocher, 1997), Dernier amour à Constantinople (Noir sur Blanc, 2000), et Les miroirs empoisonnés et autres textes (Venus d’ailleurs, 2012).

Le 14 janvier, chez Phébus : L’enfance de Kaspar Hauser, de Bogdan-Alexandru Stanescu (traduit du roumain par Nicolas Cavaillès). « Souvent drôle, impertinent et toujours intelligent », ce roman est un « véritable « itinéraire d’une mauvaise graine », à l’image de l’orphelin célèbre du XIXe siècle, Gaspard Hauser, figure de proue de toute une génération sacrifiée, mais dotée d’une incroyable force de vie », dit l’éditeur.

Le 14 janvier, chez Buchet-Chastel : La traversée, de Pajtim Statovci (a priori traduit du finnois, mais par qui ?). « Alors que l’Albanie bascule dans le chaos, Bujar, adolescent solitaire, décide de suivre l’audacieux Agim, son seul ami, sur la route de l’exil. Ensemble, ils quittent le pays pour rejoindre l’Italie. C’est le début d’un long voyage, mais aussi d’une odyssée intérieure, une quête d’identité poignante. En repoussant chaque fois un peu plus les frontières du monde, les deux garçons se frottent à cette question lancinante : comment se sentir chez soi – à l’étranger comme dans son propre corps ? » De cet écrivain finno-kosovar existe aussi, en français, Mon chat Yugoslavia (Denoël, 2016, traduit par Claire Saint-Germain).

Le 14 janvier, aux éditions Noir sur Blanc (Collection La bibliothèque de Dimitri) : Le roman de Londres, de Miloš Tsernianski (traduit du serbe par Velimir Popovic). « Livre de toutes les personnes déplacées, portrait d’une ville tentaculaire, Le Roman de Londres est en même temps un roman d’amour poignant et une réflexion profonde sur le libéralisme effréné », dit l’éditeur de ce roman écrit dans l’immédiat après-guerre. Le site Serbica en avait fait son roman du mois en juillet-août 2018, d’où une présentation du livre et de l’auteur sur ce lien.

Même jour, même éditeur, un nouveau roman d’un écrivain contemporain déjà bien traduit en français : Une personne sensible, de Jáchym Topol (traduit du tchèque par Marianne Canavaggio). « Bienvenue dans le Far East ! Dans ce roman très contemporain, alternant scènes grotesques, descriptions poétiques, dialogues drôles et enlevés, chacun vit selon ses propres lois. Sur un rythme trépidant, transgressant les tabous, Topol aborde les grands thèmes d’aujourd’hui : la religion, la famille, la survie au quotidien, le populisme et la menace russe », dit l’éditeur qui a précédemment publié Zone cirque et L’atelier du diable. On trouve également Ange Exit chez J’ai lu, et Missions nocturnes chez Robert Laffont, tous traduits par Marianne Canavaggio.

Même jour, même éditeur, d’un autre écrivain contemporain bien traduit en français : Melancolia, de Mircea Cărtărescu (traduit du roumain par Laure Hinckel, qui a également traduit le très remarqué Solénoïde, publié en 2019). « Ce sont trois longues nouvelles encadrées par deux contes. Melancolia est un livre sur l’expérience de la séparation, sur ce trauma qui a marqué notre naissance et, par la suite, chacune de nos métamorphoses… Magnifiques variations sur les grands thèmes de l’auteur : le passage du temps, la poésie, le réel et l’irréel, le masculin et le féminin. »

Le 21 janvier, aux éditions des Syrtes : La fatigue du matériau, de Marek Šindelka (traduit du tchèque par Christine Laferrière). « La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d’un migrant, » disent les éditions des Syrtes de ce roman d’un jeune auteur et poète.

 

Pour terminer, un roman en français : Sursum corda, de l’auteure et dramaturge Véronika Boutinova (Le Ver à Soie, 5 janvier). Présentation de l’éditeur : « Roman de voix, il relate l’amour absolu liant deux amis de l’autrice lui ayant confié leur bonheur douloureux. À vif, Zuka et Charlotte se sont trouvés à Belgrade en 2012. Depuis ils cherchent à garder le lien cosmique qui les traverse comme il traverse l’Europe et ses frontières, étanches. Charlotte vit dans le nord de la France. Zuka, originaire de la Krajina, est réfugié en Serbie. Tous deux tentent de survivre à leurs amours européennes »

Aviez-vous aussi repéré ces titres ? Est-ce qu’ils vous inspirent ?


Nouvelles parutions : un dernier tour d’horizon pour 2020

Avec :

1

Un article. C’est dans le dernier numéro des Cahiers Lituaniens : un aperçu par Marielle Vitureau de l’histoire de la traduction en français de La saga de Youza, de Youozas Baltouchis d’un des romans lituaniens les mieux connus et aimés à l’étranger (à juste titre. J’ai gardé un excellent souvenir de ce roman chroniqué ici). Pour retrouver le sommaire des Cahiers Lituaniens, c’est sur ce lien, et l’article de Marielle Vitureau, directement sur ce lien.

2

Deux numéros. Ce sont ceux de la revue Po&sie, qui portent le titre « Europe, centrale ». Sous la houlette de Guillaume Métayer, sont rassemblés des textes inédits, principalement contemporains (mais avec quelques exceptions : Kafka fait une apparition). Un extrait de l’introduction : « Nous constatons que la poésie centre-européenne est d’une vitalité exceptionnelle, et pourtant nous n’en avons presque pas trace. » Feuilletant le numéro 170, j’y trouve plusieurs poèmes d’Olja Savičević Ivančević (dont j’avais présenté le roman Adios cow-boy ici), une présentation par Cécile Kovacshazy du poète rom Ilija Jovanovič et des sujets qui parcourent son œuvre (l’exil, la stigmatisation, la pauvreté, l’Holocauste), cinq poètes polonais contemporains, d’autres tout droit arrivés des îles adriatiques… Pour retrouver le numéro 170, c’est par ici, et pour le numéro 171, par-là, et si c’est une table-ronde de présentation de ces numéros qui vous intéresse, il y en a une ici.

3

Trois livres (dont deux parus en novembre). Il s’agit de :

Les secrets, d’Andrus Kivirähk (l’auteur de L’Homme qui savait la langue des serpents), « une histoire joyeuse, tendre et drôle, pour la famille » dans laquelle l’auteur, « avec son humour et son imagination caractéristiques, (…) nous ramène au pays de notre enfance et à ses rêves éveillés », dit l’éditeur Le Tripode. Traduit de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier et illustré par Clara Audureau (paru le 5 novembre).

Tous nos corps, de Géorgui Gospodinov, « recueil d’une centaine de microfictions environnementales » dans lequel « le corps du narrateur se fond avec le corps social, le corps animal, le corps floral, sur un ton a la fois tendre et drôle, humoristique et méditatif », dit l’éditeur Intervalles. Traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nikolov (paru le 20 novembre). Une chronique à retrouver sur ce lien.

La convocation, de Herta Müller : « Roumanie, à la fin des années Ceausescu. Surprise en train d’envoyer un message vers l’Ouest, la narratrice est convoquée dans les bureaux de la Securitate. Jour après jour, les interrogatoires se succèdent, aussi absurdes qu’inquiétants », dit l’éditeur Gallimard. Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira (paru le 3 décembre).

8

C’est mon dernier article sur les nouvelles publications de cette année. Vous avez peut-être raté un épisode ? Je vous récapitule ici mes huit précédents articles sur les nouvelles publications 2020 (avec liens vers les livres déjà chroniqués).

En janvier : un polar polonais, un roman historique lituanien et une fresque historique roumaine.

Également en janvier : deux petits textes tchèques.

En février : un écrivain bosniaque francophone, un écrivain polonais exilé, un roman-témoignage tchèque, un (autre) polar polonais, un Vagabondage hongrois, un dissident polonais, des Journaux de Kafka, et un voyage anglo-bulgare à la Lisière.

Tout début mars : une enfance moldave, des vies polonaises, une fuite slovène en Europe centrale, une coiffeuse slovène, un rockabilly croate, un écrivain tchèque vu par un autre écrivain tchèque, une BD médiévale fantastique, une autobiographie ukrainienne en images, et un morceau de ciel franco-lituanien.

En juin, des affaires personnelles polonaises, une collection albanaise, un voyage ukrainien entre trois capitales, un autre (tchèque) au temps du changement climatique, une mission auprès d’un prince de Roumanie, et une autobiographie romanesque de la Lituanie de la première moitié du XIXe siècle.

Fin août : un roman roumain à travers un siècle et deux continents, un roman d’apprentissage croate, une révolution aux accents lettons, quatre destins franco-yougoslaves, des récits tchèques, un bal de porcs slovaques.

Fin septembre : une prix Nobel polonaise, des évasions de guerre polonaises, un recueil yiddish, une ville aux acacias et un vagabond du Danube, tous deux roumains

Et enfin, en novembre : deux offrandes croates, un monologue slovaque, un voyage franco-roumain dans les Balkans, un thriller ésotérique en Transylvanie, un étrange cas de BD tchèque, une exclave russe en images, et des promenades dans la campagne serbe d’antan.

50 (+/-)

Au total une bonne cinquantaine de titres recensés cette année, principalement de fiction, et parmi lesquels 11 traduits du polonais, 7 du tchèque, 6 du roumain, 4 du croate, deux chacun du slovaque, du slovène et du lituanien, et un chacun du lituanien, du bosniaque, du hongrois, du yiddish, de l’albanais, du russe (Ukraine), du serbe et du letton, ainsi qu’un autre traduit de l’anglais, un de l’allemand et sept écrits en français.

J’ai hâte de voir ce que nous réserve l’année prochaine!


Du nouveau en « click/quer – and – collect/er »

Titre trompeur, car je n’ai pas beaucoup de nouveautés à signaler… Voici cependant quelques titres qui m’avaient échappé ces dernières semaines (cliquez sur les titres pour arriver sur le site des maisons d’édition).

Commençons par les couvertures les plus colorées ! Le nom de Dubravka Ugrešić m’est très familier : l’écrivaine, nouvelliste, essayiste et universitaire est l’une des grandes voix de Croatie, qu’elle quitte en 1993 avant de s’établir à Amsterdam. Plusieurs de ses textes sont disponibles en français depuis la traduction de L’offensive du roman-fleuve en 1993 (par Mireille Robin, pour Plon), mais Christian Bourgois a eu la bonne idée de ressortir début octobre deux textes en version poche, et promet d’autres titres l’année prochaine et l’année suivante. Ayant reçu des exemplaires de Le musée des redditions sans condition et de Le ministère de la douleur, vous pouvez vous attendre à un article sur au moins l’un d’entre eux, très bientôt ! Mais voici déjà quelques éléments de présentation :

« Tour à tour drôle, malicieux ou mélancolique, Le Musée des redditions sans condition retrace de façon lumineuse la vie de personnages partagés entre deux cultures », dit l’éditeur de cette « mosaïque de récits, d’anecdotes [et] de souvenirs », traduite par Mireille Robin. Une chronique à retrouver sur ce lien.

Quant à Le ministère de la douleur, traduit par Janine Matillon, quelques mots également de l’éditeur : « Dans ce roman où l’ironie et l’humour noir sont rois, Dubravka Ugrešić explore la douleur de la perte, l’isolement et la solitude auxquels ne saurait échapper aucun exilé. Que nous reste-t-il quand on a tout perdu – son pays, son foyer, et même sa langue ? »

Suivre le fil de la couleur m’amène à un texte très différent : Vert et florissant… d’un auteur reconnu en Slovaquie mais moins en France (plusieurs de ses œuvres sont pourtant disponibles en français) : Pavel Vilikovský (1941-2020). Le mieux est de lire l’alléchante présentation de l’éditeur, La Baconnière (collection dirigée par Ibolya Virág) dont voici seulement un extrait : « c’est sous les auspices du Faust de Goethe que Pavel Vilikovský a placé ce long mono­logue à l’ironie mordante dans lequel un narrateur sans nom, bavard et fantasque, évoque ses aventures dans le milieu de l’espionnage ». Traduction du slovaque par Peter Brabenec, parution le 6 novembre, et autre chronique à venir sur ce blog.

Arrivée ici, deux possibilités. La première est de suivre le fil de la géographie : Vert et florissant… promet de nous promener « en Suisse, en Rouma­nie, pass[ant] par le Liban et s’arrêt[ant] finalement dans une contrée reculée des Carpates – la Slovaquie”. Dans sa pièce Occident-Express, le dramaturge franco-roumain Matei Vișniec nous propose « un voyage initiatique dans les Balkans » doublé d’une « réflexion sur le difficile rapprochement entre les deux Europes séparées par un demi-siècle d’histoire mouvementée », dit l’éditeur Non Lieu de ce texte paru en juillet 2020.

L’autre possibilité est de partir du thème de l’espionnage pour sauter à celui du crime avec La bible perdue, thriller ésotérique d’Igor Bergler, écrivain roumain traduit ici par Laure Hinckel. « Interrompu par la police roumaine en pleine conférence, le célèbre professeur Charles Baker, de l’université de Princeton, croit d’abord à une méprise. Que peut-il avoir à faire avec les vicissitudes de Sighisoara, petite ville au fin fond de la Transylvanie ? » Fleuve éditions ne donne évidemment pas la réponse dans sa présentation de ce « best-seller » publié le 8 octobre.

Les crimes se suivent et ne se ressemblent pas : L’Étrange cas Barbora Š. en est l’illustration, et cela littéralement puisque ce roman graphique des auteurs et illustrateur Vojtěch Mašek, Marek Pokorný et Marek Šindelka, traduit du tchèque par Benoit Meunier, prend pour point de départ un « incroyable scandale qui a ébranlé la République tchèque ». Denoël Graphic promet « un suspense haletant, une plongée à la Millenium dans les gouffres de la pathologie politico-criminelle et du voyeurisme médiatique… » (parution le 14 octobre).

Le lien que je vais faire maintenant est assez ténu, mais je me lance : c’est celui de l’image. Dans Kaliningrad. La petite Russie d’Europe, les photographes Dominique de Rivaz et Dmitri Leltschuk découvrent ou redécouvrent cette « capitale disparue de la Prusse-Orientale » aujourd’hui « tiraillée entre le passé et le présent, marquée par l’architecture gothique et la démesure soviétique ». L’ouvrage, publié par les Éditions Noir sur Blanc le 5 novembre, contient également des textes du journaliste Maik Brandenburg, de l’écrivain et voyageur Cédric Gras, et de Dominique de Rivaz.

Je ne vais pas tenter de faire de lien avec le dernier titre, si ce n’est que celui-ci m’intéresse aussi beaucoup, car il est rare de pouvoir lire en traduction des textes classiques du XIXe siècle. Sous le titre Au puits. Ginkgo-Editeur publie en effet cinq nouvelles de l’écrivain serbe Laza Lazarević (1851 – 1891), « un des auteurs les plus chers aux cœurs des Serbes, qui fit découvrir à l’Occident ce pays mystérieux, depuis peu délivré du joug ottoman ». Nouvelle traduction par Alain Cappon (une première traduction, par Milan Vlad. Georgevitch, date de 1893) et parution en ce début de mois. Une chronique à retrouver sur ce lien.


Osvalds Zebris – A l’ombre de la Butte-aux-coqs

Cet été, ma série de romans historiques m’avait emmenée en Estonie, vers le début du XXe siècle : c’était alors une province de l’empire russe ; de Saint Pétersbourg émanait le pouvoir ultime, de là partaient également les ordres pour anéantir toute revendication telle que celle qui est au cœur du superbe roman Le fou du tzar.

Maintenant, c’est vers la Lettonie voisine que je me dirige avec A l’ombre de la Butte-aux-Coqs. L’action s’y déroule une centaine d’années après celle de Le fou du tzar, donc dans les premières années du XXe siècle, mais on y retrouve des éléments similaires, avec d’une part des communautés rurales traditionnelles dont s’est en partie extrait le personnage principal, et d’autre part des aspirations politiques réprimées par l’appareil de contrôle du tsar. Un autre parallèle intéressant, entre ces deux livres sinon tout à fait différents, concerne le narrateur : dans les deux cas, ils sont issus du monde paysan, mais ils s’en sont éloignés après être passés par l’école (tout le monde n’y a pas encore accès) ; mais là où Jakob Mettich se tient à l’écart des discussions politiques par choix, Rūdolfs, le narrateur d’A l’ombre de la Butte-aux-coqs, se retrouve mêlé à l’action, plutôt parce que les circonstances l’y ont poussé que parce qu’il le souhaitait vraiment. Lire la suite »


Josef Pánek – L’amour au temps du changement climatique

Et maintenant, imaginez que tu n’es pas moi, et que vous n’êtes pas vous, et qu’il s’agit bien de vous, et que ça vous tracasse vraiment, oui, vous, imaginez. Oui.

En lisant la traduction française du roman tchèque L’amour au temps du changement climatique, j’ai eu l’impression de subir un dédoublement de personnalité. Un premier « moi » cherchait à s’imaginer ce que pouvaient penser les lecteurs et lectrices tchèques de ce roman paru en 2017. Un deuxième « moi » essayait de se mettre dans la tête des lecteurs et lectrices francais.es auxquel.les la parution de ce roman en France, au printemps, est destinée. Lire la suite »


Trois chroniques de la rentrée littéraire (collections printemps et automne 2020)

Après mes escapades du côté du Bélarus et de sa littérature, des nouvelles parutions du mois d’octobre, des prix littéraires et notamment du prix INALCO (avec aussi un entretien avec ses fondatrices, et un autre avec sa lauréate 2020 Chloé Billon), il est temps de m’attaquer aux romans de la rentrée littéraire de mars et de septembre. Ceux-ci se sont accumulés sur mon étagère, menaçant de s’effondrer sur mon clavier si je ne me dépêche pas d’en parler.

Quels sont ces romans ? Je ne veux pas tout dévoiler aujourd’hui, et je vais donc me contenter de dire : a) qu’ils sont parus dans leur langue d’origine entre 2014 et 2018, b) que le premier et le deuxième abordent le monde contemporain de manière très différente l’un de l’autre, c) que le deuxième et le troisième se déroulent à une centaine d’années l’un de l’autre mais qu’ils sont publiés par la même maison d’édition, et d) qu’il n’y a aucun point commun entre le premier et le troisième.

Pour en savoir plus, rendez-vous cette semaine et la semaine suivante !


Octobre, J-2 : quelques nouveaux livres sur les étagères

Je n’ai pas encore publié toutes les chroniques annoncées dans mon article sur les nouvelles publications de septembre, et voilà qu’arrive déjà octobre et son lot de nouveaux livres !

Sauf exception, cliquer sur les titres ci-dessous vous amènera vers la page de l’éditeur :

J’évoquerai demain le festival VoVf (« Les livres par leurs traducteurs ») qui se déroulera ce week-end : l’une des tables rondes y sera dédiée à Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature 2018, avec la participation de ses traductrices Maryla Laurent, Grazyna Erhard et Margot Carlier. Les Editions Noir sur Blanc publient justement, le 1er octobre, Le tendre narrateur et Histoires bizarroïdes. Tous deux traduits par Maryla Laurent, le premier est un recueil comprenant le discours du Nobel d’Olga Tokarczuk (évoqué ici), et le second un recueil de nouvelles autour de « l’esprit d’enfance, le désir d’immortalité, le délire religieux, mais aussi le transhumanisme, le rapport à la nature, la fragilité de la civilisation », dit l’éditeur.

Toujours aux Editions Noir sur Blanc, mais le 8 octobre, deux textes de et autour de Joseph Czapski. Né en 1896, décédé en 1993, l’officier de réserve polonais fut l’un des rares officiers arrêtés et détenus dans un camp par les Soviétiques au début de la Seconde Guerre mondiale à échapper au massacre de Katyn. Terre inhumaine, publié en traduction française par Maria Adela Bohomolec en 1978 (L’Age d’Homme) et republié ici avec une préface de Timothy Snyder, est le récit par Czapski de sa libération du camp soviétique en 1941 et de ses années de guerre en Pologne, en URSS, en Asie centrale et au Moyen-Orient. Ecrivain (il est aussi l’auteur de Proust contre la déchéance. Libretto, 2012), Joseph Czapski était aussi peintre, et c’est à ce pan de sa vie que s’intéresse Eric Karpeles dans Joseph Czapski. L’art et la vie (traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange).

Slawomir Rawicz était également au nombre des officiers polonais faits prisonniers par les Soviétiques au début de la Seconde Guerre mondiale. Les éditions Libretto rééditent (le 15 octobre) A marche forcée. A pied, du cercle polaire à l’Himalaya, « l’incroyable épopée d’un groupe de prisonniers qui n’hésita pas à tenter l’impossible pour atteindre en des conditions extrêmes l’Himalaya et la muraille de Chine », dit l’éditeur. Traduit de l’anglais par Eric Chedaille.

Le 8 octobre, aux Editions de l’Antilope, Histoires des temps passés et à venir, un recueil de six histoires « écrites par l’un des grands auteurs de la littérature yiddish, Y.L. Peretz », dit l’éditeur. Traduit du yiddish par Batia Baum.

Enfin, deux romans traduits du roumain par Florica Courriol : le premier date de 1935, le second de ces premières années du XXIe siècle. Je vous laisse juger d’après les couvertures lequel est lequel. De Mihail Sebastian, j’ai déjà beaucoup apprécié et chroniqué Femmes, ensemble de récits rassemblés autour d’un personnage central et de sa relation avec des femmes qui, chacune à leur tour et de manières différentes, ont marqué sa vie. Dans La ville aux acacias (Mercure de France), Mihail Sebastian s’attache à décrire l’histoire d’une autre, toute jeune, femme, Adriana, et la découverte par cette « ravissante adolescente, élevée au cœur de la bourgeoisie roumaine des années 1920 » de ses premiers émois amoureux. Retrouvez ma chronique sur ce lien.

Autres temps, autres mœurs : sur les bords de la mer Noire et du Danube, entre casemates héritées de la Seconde Guerre mondiale et villages lipovènes, La femme qui a mangé les lèvres de mon père, de Tudor Ganea, part du corps retrouvé sans vie d’un vagabond pour devenir « les Mille et Une Nuits du Danube […] dans un univers où s’affrontent la mélodie sacrée de la Nature et l’apocalypse du béton. » Retrouvez ma chronique sur ce lien.

Je suis d’ores et déjà certaine que quelques uns parmi ces livres seront tôt ou tard présentés sur ce blog. Et vous, êtes-vous tentés?

Addition de dernière minute avec deux livres republiés au format poche :

  • chez 10/18, le 1 octobre : Le Magicien, de Magdalena Parys (d’abord paru chez Agullo): « Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre roman noir et roman historique, entre réalité et fiction. » Traduit du polonais par Margot Carlier et Carolina Raszka-Dewez, lauréat du prix de littérature de l’Union européenne en 2015.
  • Aux Editions Libretto le 1 octobre : Sur les ossements des morts, d’Olga Tokarczuk, roman pour lequel je vais privilégier la description de Baptiste Liger dans L’Express: « Un fascinant polar aux accents poétiques et fantastiques » avec, dans un hameau au coeur des Sudetes, le fascinant personnage de Janina Doucheyko.


Croatie : Quelques voix d’aujourd’hui

En octobre dernier, j’avais chroniqué Le piège Walt Disney, de Zoran Ferić, un recueil de nouvelles singulières, absurdes et parfois touchantes, qui venait tout juste de paraître en français. Au mois de mai cette année, c’était au tour de Blue Moon, de Damir Karakaš, portrait d’un jeune paumé de Zagreb à la fin des années 1980, sorti en français juste avant le confinement.

Le point commun entre ces deux livres ? Tous deux traduits du croate par Chloé Billon (mon entretien avec Chloé Billon sur ce lien), ils montrent aussi la diversité et la qualité de la création littéraire croate contemporaine (le premier est paru en 1996, le second en 2014).

Mes deux chroniques à venir continuent ce filon, avec deux excellents romans croates très contemporains, tout récemment parus en français, et qui confirment le talent de leur traductrice : il s’agit d’Adios cow-boy d’Olja Savičević (qui paraît en français jeudi prochain chez JC Lattès), et Les turbines du Titanic de Robert Perišić (paru l’année dernière chez Gaïa).

S’il fallait trouver un autre lien entre ces deux livres, c’est bien facile : leurs deux auteurs sont nés à Split, ville adriatique, ville historique et ville touristique dont Olja Savičević nous montre une autre facette dans son roman.

Ces deux romans ont aussi en commun ce dont ils ne parlent pas : on y trouve un peu de la Yougoslavie, et beaucoup de l’après-Yougoslavie, mais la guerre n’y figure pas, ou très peu. Le troisième roman dont je parlerai fait tout le contraire, et ce n’est sûrement pas anodin que ce soit l’œuvre d’un auteur français, plutôt que croate. Demain la brume est le troisième roman de Timothée Demeillers : son premier se déroulait à Prague, son second dans sa ville natale d’Angers. Pour son troisième, il croise l’Ouest et l’Est en faisant le portrait de quatre jeunes français, serbes et croates ou yougoslaves, au tout début des années 1990.

Mais avant d’en dire davantage sur ce roman français, place à Adios cow-boy, dès mercredi sur ce blog.


C’est la rentrée ! Quelques livres à paraître en août-septembre

C’est la rentrée, et pour le blog aussi ! Parmi les 511 romans et recueils de nouvelles de la rentrée littéraire 2020 (« le plus faible nombre de livres depuis la rentrée 1999 », dixit Livre Hebdo), une petite poignée provient de (ou a trait à) l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici ceux que j’ai collectés :

Aux Editions Noir sur Blanc, le 20 août : Les Oxenberg et les Bernstein, de Catalin Mihuleac (traduit du roumain par Marily Le Nir). Lorsque la riche Américaine Dora Bernstein et son fils Ben se rendent dans la ville roumaine de Iaşi, durant l’été de 2001, deux histoires se rejoignent « entre secrets de famille et zones d’ombre de la mémoire collective », y compris celle concernant l’histoire de la Roumanie fasciste de l’entre-deux-guerres. La présentation de l’éditeur sur ce lien.

Aux Editions JC Lattès, le 2 septembre : Adios cow-boy, d’Olja Savičević (traduit du croate par Chloé Billon). Présentation de l’éditeur : « cet envoûtant roman d’apprentissage nous offre le portrait saisissant d’une génération perdue, au cœur d’une banlieue croate abîmée par la guerre. Une œuvre magistrale sur l’intolérance et la violence, sur le désir et la différence. ».

  • Ma chronique (enthousiaste) à retrouver sur ce lien.

Chez Agullo Editions, le 3 septembre : A l’ombre de la Butte-aux-coqs, d’Osvalds Zebris (traduit du letton par Nicolas Auzanneau). Présentation de l’éditeur : « Riga, 1905. (…) Dans la ville chamboulée par la violence, entre émeutes ouvrières et pogroms, souffle un vent de révolution. (…) L’année suivante, l’enlèvement dramatique de trois enfants tient la police de Riga en haleine. Quels sont leurs mobiles ? La réponse anéantira les vies de deux familles, pendant qu’elles cherchent à comprendre qui est coupable dans cette révolution où tout le monde est une victime. »

Aux Editions Asphalte, le 3 septembre : Demain la brume, de Timothée Demeillers. En 1990, entre Nevers, Zagreb et Vukovar, quatre « destins malmenés par l’Histoire, dans une Europe où les frontières se renforcent au lieu de s’effacer » (présentation de l’éditeur).

Aux Editions Noir sur Blanc, le 17 septembre : Le châtiment de Prométhée et autres fariboles, de Karel Čapek (traduit du tchèque par Marlyse Poulette). Ce recueil de récits fait partie de la collection La bibliothèque de Dimitri, qui republie des livres édités d’abord par les éditions L’Age d’Homme (en 1969, pour celui-ci). « Le Châtiment de Prométhée et autres fariboles se compose de 29 récits, écrits entre 1920 et 1938, qui réinterprètent, avec beaucoup de malice et d’intelligence, les grandes thématiques bibliques et historiques », dit l’éditeur.

Chez Agullo Editions, le 24 septembre : Le bal des porcs, d’Arpad Soltesz (traduit du slovaque par Barbora Faure). Deuxième roman de l’auteur en français après le très réussi Il était une fois dans l’Est (que j’avais chroniqué ici), Le bal des porcs fait revenir en scène le journaliste Schlesinger, cette fois autour d’un « vaste réseau de prostitution, de corruption et de chantage organisé par la mafia calabraise qui a bien l’intention de faire main basse sur tous les trafics possibles en Slovaquie. » « En se jouant de cette frontière tenue où la réalité dépasse la fiction, [Arpad Soltesz] décrit un monde glaçant dans lequel il n’y a pas de frontière entre la mafia et la politique, ni entre le crime et la loi », dit l’éditeur.

Et vous, est-ce que ces livres vous inspirent autant que moi ?


Nouvelles publications (2) : les livres de mai-juin

Après le coup d’œil d’hier sur les publications de mars, voici quelques titres parus ces dernières semaines ou prévus en juin (sauf indication contraire, les liens mènent vers les sites des maisons d’édition) : Lire la suite »