I.L. Peretz – Contes hassidiques

Ces Contes hassidiques sont les premiers textes traduits du yiddish que je chronique ici. Pourtant, le yiddish a été une langue importante de cette région d’Europe « centrale, de l’Est et des Balkans » qui fait l’objet de mon blog, avec près de 10 millions de locuteurs dans l’entre-deux-guerres dans la communauté juive ashkénaze, principalement en Pologne, Lituanie, Ukraine et Roumanie. Cependant il n’existe que peu de textes littéraires traduits du yiddish, que ce soit parce que son nombre de locuteurs aujourd’hui n’est qu’une fraction de celui du début du XXe siècle (du fait des mouvements migratoires des XIXe et XXe siècles, de l’Holocauste, et de l’absorption par d’autres langues), ou parce que le yiddish même ne s’est développé que relativement tardivement comme langue littéraire séculaire. Ainsi, les textes de l’un des écrivains les plus connus du monde yiddish, Isaac Bashevis Singer (parmi lesquels j’ai présenté ici les recueils de récits et nouvelles Au tribunal de mon père et Le Spinoza de la rue du marché)ont probablement été écrits d’abord en yiddish, mais ont été traduits en français à partir d’éditions anglaises réalisées avec le concours de l’écrivain.

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Passage à l’Est fête ses dix ans !

J’aimerais pouvoir dire que j’avais choisi la date exprès : j’ai publié le premier article de ce blog un 9 mai, journée de l’Europe et aussi, parfois, à « l’Est », jour de la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie. C’était une coïncidence, mais elle est devenue comme un symbole tant je navigue, dans ce blog dédié à la littérature de l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, entre une géographie contemporaine généralement européenne et une autre marquée par la longue emprise du communisme et de l'(ex-)URSS sur toute une partie du continent.

Ce 9 mai là, c’était il y a dix ans. Je crois qu’on vieillit bien ensemble.

Pour célébrer cet anniversaire, j’ai prévu de vous raconter un peu de l’histoire du blog, si étroitement liée à ma découverte de cette région et de sa littérature. J’ai aussi prévu un questionnaire, pour recueillir vos impressions et suggestions de lecteurs et lectrices du blog !

Le questionnaire est anonyme (sauf si vous souhaitez laisser votre nom), il prend entre 45 et 450 secondes à remplir, et vous pouvez y accéder en cliquant sur l’image ci-dessous. Merci d’avance!


Guéorgui Gospodinov – Tous nos corps

Lire coup sur coup La fuite extraordinaire de Johannes Ott et Tous nos corps, c’est un peu faire l’expérience des extrêmes (littérairement parlant). Le premier, un roman de Drago Jančar est, comme je l’écrivais hier, touffu et sombre, et peu disposé à proposer aux lecteurs des pauses entre sa première et sa 340e page. Le second est court, aéré, parfois silencieusement lumineux. Les textes de ce dernier prennent la forme d’une phrase, d’un paragraphe, de très courts textes : « leurs corps de fourmis ne sauraient se comparer à l’éléphant du roman », écrit Guéorgui Gospodinov dans sa postface intitulée « Sur la brièveté et ce livre – pour faire court ».

Il y a tout juste une centaine de microfictions dans ce recueil, et tout autant de points d’entrée : une lettre à Salinger, une femme âgée en Bretagne, une libellule verte, un homme H.H. et un poète Y.Y., un monastère franciscain, un Doberman, un chauffeur bulgare, un gingko biloba new-yorkais, pour n’en citer que quelques-uns. Lire la suite »


Boris Pahor – Arrêt sur le Ponte Vecchio

Nous voici arrivés à Trieste, le terminus de notre voyage au départ d’Odessa. Passant par la Roumanie, puis par ce qui a été la Yougoslavie et est maintenant la Serbie et la Croatie, nous avons fait connaissance avec des histoires individuelles et de communauté très diverses. Les trois livres chroniqués au cours de cet itinéraire n’ont pas beaucoup de points communs, cependant l’un des thèmes qui les unit est celui du décalage entre peuples et frontières. A Focşani, plus que des Roumains, nous avons fait un long bout de route avec des Arméniens (Le livre des chuchotements, de Varujan Vosganian) ; à Belgrade et à Zagreb, nous avons vu différentes incarnations de la longue et douloureuse histoire commune des Serbes et Croates (Timor mortis, de Slobodan Selenić, et Blue Moon, de Damir Karakaš).

Et nous voici donc à Trieste, ville natale de l’italien Paolo Rumiz, qui a donné prétexte à cette traversée de la frontière nord des Balkans. Trieste, ville italienne ? Pas tout à fait, car c’est dans une Trieste slovène que nous nous arrêtons maintenant, en compagnie de l’écrivain Boris Pahor et de son recueil de nouvelles Arrêt sur le Ponte Vecchio. Lire la suite »