Elle approche à grands pas, que nous apportera-t-elle donc ?

Je parle de la rentrée littéraire, bien sûr. J’ai passé au peigne fin les nouvelles publications des semaines à venir afin d’en extraire ce qui m’intéressait le plus – les livres de, ou sur, l’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Voici donc une poignée de livres, traduits du bulgare, du croate, du hongrois, du polonais, du roumain, du slovène, du tchèque … et aussi de l’anglais, du russe et de l’allemand.

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Trois chroniques de la rentrée littéraire (collections printemps et automne 2020)

Après mes escapades du côté du Bélarus et de sa littérature, des nouvelles parutions du mois d’octobre, des prix littéraires et notamment du prix INALCO (avec aussi un entretien avec ses fondatrices, et un autre avec sa lauréate 2020 Chloé Billon), il est temps de m’attaquer aux romans de la rentrée littéraire de mars et de septembre. Ceux-ci se sont accumulés sur mon étagère, menaçant de s’effondrer sur mon clavier si je ne me dépêche pas d’en parler.

Quels sont ces romans ? Je ne veux pas tout dévoiler aujourd’hui, et je vais donc me contenter de dire : a) qu’ils sont parus dans leur langue d’origine entre 2014 et 2018, b) que le premier et le deuxième abordent le monde contemporain de manière très différente l’un de l’autre, c) que le deuxième et le troisième se déroulent à une centaine d’années l’un de l’autre mais qu’ils sont publiés par la même maison d’édition, et d) qu’il n’y a aucun point commun entre le premier et le troisième.

Pour en savoir plus, rendez-vous cette semaine et la semaine suivante !


Le Journal de Márai: une conversation avec sa traductrice Catherine Fay

« Je suis né écrivain, c’est tout ; un jour, semble-t-il, il faut accepter ce destin avec toutes les conséquences qu’il suppose. » (Sándor Márai, 1943)

Ecrivain reconnu de l’entre-deux-guerres en Hongrie, auteur de nombreux romans et nouvelles, de pièces de théâtre et de chroniques journalistiques, Sándor Márai entame en 1943 l’écriture d’un journal qu’il tiendra jusqu’à peu avant sa mort en 1989. La Hongrie est alors relativement épargnée par la guerre, mais l’alignement de plus en plus étroit du régime de l’amiral Horthy puis des Croix fléchées avec les idées et les pratiques fascistes poussent l’écrivain à opter pour le silence public.

Les éditions Albin Michel publient ce mois-ci en traduction française le premier volume du Journal, qui rassemble sur 540 pages une sélection des entrées des quatre volumes de l’édition complète hongroise pour la période 1943-1948. A travers les notes prises au fil des jours de la guerre, de la libération puis de la mise en place du nouveau régime communiste, apparaissent non seulement quelques facettes de l’homme derrière l’écrivain, mais aussi un portrait d’un pays et d’une société en prise avec ses démons.  Retour, avec sa traductrice Catherine Fay, sur la genèse du Journal et sur sa traduction française.

Cet article est d’abord paru dans Le Courrier d’Europe centrale.

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Actualités du mercredi : quelques rencontres et quelques articles en accompagnement de la rentrée littéraire

Je reprends mes habitudes du mercredi, en vous apportant quelques actualités concernant la littérature d’Europe centrale et orientale. Au programme d’aujourd’hui, une sélection de liens dans lesquels des auteurs et autrices, des traductrices, et des médias parlent de littérature roumaine, polonaise, hongroise, bulgare, serbe et albanaise.

Par où commencer ?

Peut-être avec un livre de la rentrée littéraire qui semble emporter l’aval des critiques ces derniers temps, Solénoïde de l’écrivain roumain Mircea Cărtărescu. Les éditions Noir sur Blanc qui l’ont publié fin août en font la présentation sur leur site, mais sa traductrice Laure Hinckel en parle aussi dans cet entretien, ainsi que sur son site où elle publie ces jours-ci des extraits de son carnet de traductrice. Une plongée passionnante dans l’univers de l’auteur et les coulisses de la traduction ! Le magazine AOC publie aussi un extrait des 800 pages du roman (sur abonnement).

Et l’auteur dans tout ça ? Il sera à Vincennes demain, jeudi 19 septembre et à Paris le lendemain, vendredi 20 septembre, avant de se rendre à la Fondation Jan Michalski en Suisse dimanche 22 septembre, pour une série de rencontres (toutes les informations ici).

Autre lieu, autre auteur : la médiathèque Etienne Caux de Saint-Nazaire organise le jeudi 26 septembre une rencontre avec Wojciech Nowicki, écrivain polonais en résidence à la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs (MEET). Journaliste (il tient une chronique culinaire dans l’édition cracovienne du quotidien Gazeta Wyborcza et est l’auteur d’essais culinaires) et commissaire d’expositions photographiques (il est aussi co-fondateur en 2005 de la fondation Imago Mundi dédiée à la promotion de la photographie), il a été membre du jury polonais du Prix littéraire de l’Union européenne cette année.

Il est l’auteur en 2013 de Salki (Greniers ; lauréat du Prix Littéraire Gdynia dans la catégorie essais) : « Ce récit de nombreux voyages est autant une flânerie dans l’espace que dans le temps. Nowicki extraie du passé l’histoire de sa famille originaire des confins Est de la Pologne et victime des déplacements forcés de population à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. En relatant leurs souvenirs, leurs craintes et leurs griefs, il dépeint un tableau universel du déracinement, de la nostalgie et de la peur » (MEET). L’édition anglaise du livre le range aux côtés de Perec, de W.G. Sebald et de Kapuściński, et comporte un éloge d’un autre écrivain-voyageur, Andrzej Stasiuk. Si ce livre n’est pas (encore) traduit en français, on peut lire Nowicki en français dans l’ouvrage Ewa et Piotr publié l’année dernière aux éditions Noir sur Blanc, livre du photographe italien Lorenzo Castore dont Wojciech Nowicki a signé les textes.

Auteur du recueil de nouvelles La fièvre (publié en mars aux éditions Mirobole), le photographe et correspondant de guerre hongrois Sándor Jászberényi aime chroniquer en images sur son compte Instagram la ville du Caire, où il s’est installé. Sa traductrice française Joëlle Dufeuilly présentera le livre à l’Institut hongrois à Paris, le 25 septembre (détails ici). Télérama le présentait cet été dans leur Cercle Polar, une vidéo à retrouver ici.

L’INALCO accueille, le 23 septembre, une rencontre avec Dimana Trankova et Andrija Matić, auteurs de deux dystopies parues cet été : La caverne vide (traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nikolov, aux Editions Intervalles) et L’Egoût (traduit du serbe par Alain Cappon, Serge Safran Editeur). La rencontre sera suivie d’une projection du film franco-bulgare Je vois rouge (qui, « au travers d’une quête personnelle et d’un récit familial, dévoile une partie de l’histoire de la Bulgarie et de la police politique du régime communiste », lit-on ici) et d’une table ronde sur les processus de lustration dans différents pays de l’espace post-communiste.

Pour terminer, une petite présentation du roman Le pays des pas perdus de l’écrivain albanais Gazmend Kapllani, à lire ou écouter sur France Culture (roman traduit du grec par Françoise Bienfait, paru aux éditions Intervalles en août).


Árpád Soltész – Il était une fois dans l’Est

Quand j’ai terminé ma lecture de la quatrième de couverture d’Il était une fois dans l’Est, des mots se sont assemblés dans mon cerveau et ont formé la pensée suivante : je me demande comment ça se termine, mais sûrement pas par un happy end. Il suffit pourtant de lire le roman pour se rendre compte que « happy », ici, est une notion toute relative.

C’est en fait par la fin que le livre commence, avec ses trois pages d’ouverture qui nous font assister en direct à l’explosion du juge Kešela, victime d’une bombe alors qu’assis dans les toilettes il lisait le quotidien local. Cette scène, chapeautée d’un « Dans l’Est, à présent », est suivie d’un fast backward qui nous projette « Dans l’Est, autrefois », c’est-à-dire une quinzaine d’années auparavant. C’est là, au grand carrefour devant l’hypermarché d’un coin paumé de l’Est de la Slovaquie, que débute l’action, lorsque Veronika, auto-stoppeuse qui fait plus que ses 17 ans, monte dans la voiture de Ďod’o dit Mammouth, et de Vasil’ le Russe aux yeux globuleux. C’est quelques kilomètres plus loin, dans l’appartement de banlieue où Veronika, violée, doit être vendue comme chair à prostitution à un gang kosovar, qu’un petit grain de sable vient s’insérer dans la mécanique prévue par Mammouth et le Russe : Veronika s’enfuit. Lire la suite »