Quelques mots avec… Alain Cappon, traducteur de « Au puits. Scènes de la vie serbe »

Vous vous souvenez peut-être qu’avant Noël, j’avais chroniqué un recueil de nouvelles, Au puits. Scènes de la vie serbe, publié l’année dernière par Ginkgo Editeur ? C’était à la fois l’une des parutions les plus récentes (2020) à être entrées dans ma bibliothèque, et l’un des textes les plus anciens que j’ai chroniqués sur mon blog, puisque ces nouvelles datent de 1879-1882. J’étais ressortie de cette lecture charmée par le style des nouvelles qui m’avaient rappelé Tourgueniev, par le rôle de l’auteur-narrateur dans chacune des nouvelles, et par le regard qu’il jette sur la Serbie rurale d’il y a environ 150 ans.

Pour en savoir plus sur l’auteur, Laza Lazarević, et sur les nouvelles, je me suis tournée vers leur traducteur, Alain Cappon. Nous en avons profité pour parler également de son parcours de traducteur, et de son travail actuel. Je publie ci-dessous l’intégralité de notre entretien de décembre dernier (complété en janvier), ainsi qu’en fin de texte une liste de ses traductions. Lire la suite »


« Je ne traduis que les livres qui me plaisent » – Chloé Billon, prix INALCO 2020

La semaine dernière, je diffusais un entretien avec Marie Vrinat-Nikolov et Nathalie Carré, les deux fondatrices du prix INALCO de traduction. Le prix était décerné pour la deuxième fois dimanche dernier, la lauréate étant Chloé Billon pour sa traduction de l’excellent Les turbines du Titanic, de l’auteur croate Robert Perišić (Gaïa, 2019).

Je m’en réjouis car j’ai été impressionnée par toutes les traductions que j’ai lues de Chloé Billon, très travaillées mais avec un résultat extrêmement fluide et qui rend bien le caractère très moderne des textes.

Le jury du prix rejoint visiblement mon point de vue car, selon lui (d’après Livre Hebdo), Chloé Billon « a su particulièrement bien reproduire la complexité du roman en français, notamment l’oralité du texte, son écriture cinématographique, la diversité des registres et des points de vue et le passage rapide d’un registre à l’autre, les nombreux néologismes, les flux de conscience ».

Je me réjouis aussi du prix parce que non seulement j’ai publié, il y a un mois, ma chronique de Les turbines du Titanic (à retrouver ici), mais aussi parce que j’ai rencontré Chloé Billon par écrans interposés il y a juste deux semaines. Dans l’entretien qui a résulté de notre rencontre, nous avons parlé de son métier de traductrice littéraire, mais aussi et surtout de deux romans publiés au cours des deux dernières années et dont elle a signé la traduction : Les turbines du Titanic et le tout aussi excellent Adios cow-boy, d’Olja Savičević. Elle évoque au passage les dialectes de la côte dalmate (variantes du croate, mâtinées d’italien, « les dialectes sont restés très vivants là-bas ») et les défis de traduction qu’ils représentent, les avantages de traduire des auteurs contemporains, la (les) génération(s) perdue(s) dans l’espace post-yougoslave, sur les spécificités de la littérature croate, et sur ses nouvelles traductions qui paraitront dans les mois à venir.

Pour ma part, j’y mentionne également deux autres de ses traductions récentes, Blue Moon de Damir Karakaš (« un auteur qui travaille avec une écriture extrêmement sobre, pour en dire le plus possible avec le moins de mots possible ») et Le piège Walt Disney de Zoran Ferić (« un maître de l’humour noir tout à fait reconnu en Croatie »), que j’ai chroniqués ici et respectivement.

Pour écouter l’entretien, cliquez sur l’image, l’enregistrement s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.


A écouter ! Le prix INALCO de traduction par ses fondatrices

J’écrivais hier, à propos du festival VoVf et du prix INALCO de traduction que « j’aurai l’occasion d’en reparler très, très bientôt ! » C’est vrai, parce que c’est le sujet de mon billet d’aujourd’hui… et c’est aussi faux parce que, pour en parler, j’ai préféré donner la parole aux deux fondatrices du prix… Retrouvez ci-dessous l’entretien audio que j’ai réalisé avec Marie Vrinat-Nikolov, responsable du master de traduction littéraire de l’INALCO et traductrice littéraire du bulgare au français, et Nathalie Carré, Maître de conférences en langue et littérature swahili à l’INALCO.

Comment et pourquoi ce prix est-il né ? Comment fonctionne un prix de traduction et quels sont les étapes de sélection ? Comment, en particulier, s’assurer de la qualité de la traduction d’un livre au-delà du simple plaisir de lecture ? Et plus généralement, quelle est la place de la traduction dans le paysage littéraire français ? Voilà quelques-unes des questions abordées dans cet entretien. Cliquez sur l’icône, l’enregistrement s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.

Pour en savoir plus…

Sur le festival VoVf (2-4 octobre) : toutes les informations sur leur site. Comme il est a priori possible de suivre le festival à distance cette année, je me suis donné rendez-vous sur mon ordinateur dimanche à 14h, pour la table ronde « Traduire Olga Tokarczuk » avec la participation de ses trois traductrices Margot Carlier, Maryla Laurent et Grazyna Erhard.

Marie Vrinat-Nikolov s’est déjà présentée sur ce blog, c’était en 2014 au cours de ma série sur les traductrices littéraires. En clôture de cet entretien (à retrouver sur ce lien) figure une liste de ses traductions littéraires du bulgare au français, pleine de pépites.

Nathalie Carré traduit aussi : pour retrouver les titres de ses traductions du swahili, et de l’anglais, au français : c’est par ici.

Pour retrouver les six livres de la présélection INALCO : la liste est ici, et aussi .

Et quant à l’auteur néerlandais-marocain cité à la fin : le voilà.


Octobre, J-1: au sujet des prix littéraires

Pour compléter mon article d’hier passant en revue les nouvelles publications à venir en octobre, quelques mots sur les prix littéraires qui m’intéressent pour leur rôle dans la promotion de la littérature étrangère et notamment des livres d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans en traduction.

C’est aujourd’hui la journée mondiale de la traduction. Quelle meilleure occasion pour parler du Prix INALCO-VoVf de la traduction ? Celui-ci récompense en effet « une traduction effectuée en français à partir d’une des 103 langues enseignées à [l’INALCO] et publiée par un éditeur et diffusée en France ». Il s’agit cette année de la deuxième édition du prix, décerné pour la première fois, en 2019, à Maud Mabillard pour sa traduction du russe du roman de Gouzel Iakhina Zouleikha ouvre les yeux (Noir sur Blanc, 2017). J’en avais parlé ici.

Cette année, six titres – et donc six traducteurs et traductrices – ont été retenus. Il s’agit de Le dernier loup de László Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly (Cambourakis, 2019) ; Alors vient la lumière de Léa Goldberg, traduit de l’hébreu par Olivier Bosseau (H&O Editions, 2019) ; Etoiles vagabondes de Sholem Aleykhem, traduit du yiddish par Jean Spector (Le Tripode, 2020) ; Les turbines du Titanic de Robert Perišić, traduit du croate par Chloé Billon (Gaïa, 2019, ma chronique ici) ; Solénoïde de Mircea Cărtărescu, traduit du roumain par Laure Hinckel (Noir sur Blanc, 2019) ; Le nuage et la valse de Ferdinand Peroutka, traduit du tchèque par Hélène Belletto-Sussel (La contre-allée, 2019).

Le prix 2020 sera décerné ce dimanche 4 octobre en clôture du festival VoVf : un festival, et un prix, dont j’aurai l’occasion de reparler très, très bientôt !

Puisque je suis sur le sujet des prix littéraires, un petit clin d’œil au passage :

– au roman de Iulian Ciocan, L’empire de Nistor Polobok (traduit du roumain (Moldavie) par Florica Courriol. Belleville Editions, 2019), présélectionné pour le prix Jean Monnet de la Littérature européenne mais qui n’a pas été retenu dans la dernière sélection. Ma chronique du roman sur ce lien.

– aux livres de Kapka Kassabova, Lisière. Voyage aux confins de l’Europe (traduit de l’anglais par Morgane Saysana. Marchialy, 2020), et de Pavol Rankov, C’est arrivé un premier septembre (traduit du slovaque par Michel Chasteau. Gaïa Editions, 2019), tous deux dans la présélection du Prix du livre européen 2020.

– au roman de Catalin Mihuleac, Les Oxenberg & Les Bernstein (traduit du roumain par Marily Le Nir. Noir sur Blanc, 2020), Prix Transfuge du meilleur roman européen 2020.


Quelques mots avec Gojko Lukić, traducteur de livres écrits « quelque part entre l’Istrie et le Kosovo »

Dans mes chroniques serbes et croates de ces dernières semaines, un nom est apparu à plusieurs reprises, celui de Gojko Lukić, traducteur (seul ou avec Gabriel Iaculli) de Timor mortis de Slobodan Selenić, Sonnenschein de Daša Drndić, et Goetz et Meyer de David Albahari. Gojko Lukić a bien voulu répondre à quelques questions sur ces trois livres, sur leurs auteurs, sur les problèmes politico-linguistiques des pays successeurs de la Yougoslavie, sur son parcours de traducteur et sur ses projets. Merci à lui ! Lire la suite »


TransLittérature : nouvelle plongée dans le monde des traducteurs littéraires « de l’Est »

La revue TransLittérature vient de publier son dernier numéro, qui comprend la deuxième partie du dossier « Quoi de neuf à l’Est ? », dont j’avais présenté la passionnante première partie sur le blog, ici.

« En raison des circonstances, » comme l’écrit le comité de rédaction, l’intégralité du numéro est disponible en ligne en attendant le format imprimé habituel, et je vous invite à y jeter un coup d’œil, car on y trouve à nouveau toutes sortes de bonnes choses. Lire la suite »


Quoi de neuf à l’Est ? Retour sur le dossier de la revue Translittérature

On dit que le roumain est une « petite langue » ou une « langue rare », mais cela ne veut pas dire petite littérature… (Laure Hinckel)

Petite langue, langue rare, langue mineure, langues minorées : c’est de ces langues et de leur littérature qu’il est question dans le dossier du dernier numéro (56/automne 2019) de la revue Translittérature, dédiée aux pays « de l’Est ». Lire la suite »


Actualité du mercredi: le prix Nobel de littérature d’Olga Tokarczuk

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

« Cărtărescu sera-t-il l’un des deux lauréats du Nobel de littérature, comme aiment à le prédire certains ? Ou sera-ce un autre auteur d’Europe centrale, les hongrois László Krasznahorkai ou Péter Nádas, ou la polonaise Olga Tokarczuk, ou l’albanais Ismail Kadaré, dont les noms circulent aussi ? Ou aucun d’entre eux ? »

La réponse est tombée jeudi dernier : ce n’est pas Cărtărescu, ni Krasznahorkai, ni Nádas, ni Kadaré, ni l’écrivaine d’origine croate Dubravka Ugrešić, ni la romancière russe Ludmila Oulitskaïa, ni même Haruki Murakami, César Aira ou Ngugi wa Thiong’o, au grand dam de ceux qui avaient pris au pied de la lettre l’annonce du comité de sélection du Nobel de littérature que le choix serait, cette année, moins eurocentré. Lire la suite »


Actualités du mercredi : après la rentrée littéraire, les prix littéraires !

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en moque, il existe apparemment entre 1500 et 2000 prix littéraires en France. C’est sans compter les prix internationaux qui, tels que le prix Nobel de littérature, font aussi couler l’encre et accélérer les ventes dans le monde littéraire français.

Tout ça, ça fait beaucoup de listes, de sélections et de supputations avant que le(s) nom(s) des lauréat.e.(s) soient annoncés. Pour ma part, j’en ai profité pour relever quelques titres qui m’intéressent et pour lesquels je serai contente si un prix leur permet de se faire plus facilement leur chemin parmi tous les livres publiés ces temps-ci.

Ce sont principalement des livres en traduction et c’est d’ailleurs de prix de traduction et leurs lauréat.e.s (annoncés ou encore au stade des sélections) que je vais parler avec ma propre petite liste.

Le week-end dernier, le premier Prix de la traduction-INALCO a été décerné au festival Vo-Vf à Maud Mabillard, traductrice du russe, pour sa traduction de Zouleikha ouvre les yeux, de Gouzel Iakhina, « récit du destin (d’) une paysanne tatare à l’époque de la dékoulakisation » qui est en bonne place sur ma liste à lire depuis sa parution aux éditions Noir sur Blanc en 2017 (coïncidence, le livre dans sa traduction anglaise – et sa traductrice anglaise Lisa C. Hayden – figurent aussi dans la sélection récemment annoncée du Warwick Prize for Women in Translation, un prix établi il y a deux ans et qui récompense des livres d’auteurs femmes et leurs traductrices vers l’anglais. J’en avais parlé ici).

Un autre prix niche est le prix Pierre-François Caillé de la traduction, fondé par la Société française des traducteurs en 1981 pour récompenser « un traducteur/une traductrice en début de carrière dans l’édition ». En l’occurrence, les cinq noms annoncés dans la première sélection sont tous ceux de femmes, et j’y ai relevé celui de Nathalie Le Marchand pour sa traduction du polonais de Les fruits encore verts, de Wioletta Greg (Editions Intervalles, 2018), d’Evelyne Noygues, pour sa traduction de l’albanais de Le petit Bala, Légende de la Solitude, de Ridvan Dibra (Editions Le Ver à Soie, 2018), et de Gabrielle Watrin, pour sa traduction du hongrois de Le Soldat à la fleur, de Nándor Gion (Edition des Syrtes, 2018, je l’avais présenté ici).

J’aurais bien parlé, aussi, de prix récompensant des romans étrangers traduits en français, mais la première sélection du prix du Meilleur livre étranger ne s’est pas prêtée au jeu cette année : sur les 16 livres dans la catégorie roman, on compte de l’anglais (9), de l’allemand (4), de l’italien, de l’espagnol, du chinois (un chacun) et … c’est tout. Le millésime 2019 ne sera pas celui des « petites langues ».

Le prix Médicis étranger, lui, garde dans sa deuxième sélection Solénoïde, de Mircea Cărtărescu, traduit du roumain par Laure Hinckel, paru tout récemment aux éditions Noir sur Blanc et déjà prix Transfuge du meilleur roman européen.

Cărtărescu me ramène presque là où j’avais commencé : le prix Nobel de littérature. Sera-t-il l’un des deux lauréats, comme aiment à le prédire certains ? Ou sera-ce un autre auteur d’Europe centrale, les hongrois László Krasznahorkai ou Péter Nádas, ou la polonaise Olga Tokarczuk, ou l’albanais Ismail Kadaré, dont les noms circulent aussi ? Ou aucun d’entre eux ?


Le Journal de Márai: une conversation avec sa traductrice Catherine Fay

« Je suis né écrivain, c’est tout ; un jour, semble-t-il, il faut accepter ce destin avec toutes les conséquences qu’il suppose. » (Sándor Márai, 1943)

Ecrivain reconnu de l’entre-deux-guerres en Hongrie, auteur de nombreux romans et nouvelles, de pièces de théâtre et de chroniques journalistiques, Sándor Márai entame en 1943 l’écriture d’un journal qu’il tiendra jusqu’à peu avant sa mort en 1989. La Hongrie est alors relativement épargnée par la guerre, mais l’alignement de plus en plus étroit du régime de l’amiral Horthy puis des Croix fléchées avec les idées et les pratiques fascistes poussent l’écrivain à opter pour le silence public.

Les éditions Albin Michel publient ce mois-ci en traduction française le premier volume du Journal, qui rassemble sur 540 pages une sélection des entrées des quatre volumes de l’édition complète hongroise pour la période 1943-1948. A travers les notes prises au fil des jours de la guerre, de la libération puis de la mise en place du nouveau régime communiste, apparaissent non seulement quelques facettes de l’homme derrière l’écrivain, mais aussi un portrait d’un pays et d’une société en prise avec ses démons.  Retour, avec sa traductrice Catherine Fay, sur la genèse du Journal et sur sa traduction française.

Cet article est d’abord paru dans Le Courrier d’Europe centrale.

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