Levan Berdzenichvili – Ténèbres sacrées. Les derniers jours du Goulag

 – Quels sont les objectifs de votre parti ? demanda Socrate.

Ion énonça avec aisance le programme modeste de son jeune parti :

– L’enterrement du système communiste, l’indépendance de la Géorgie et l’instauration de la démocratie.

Socrate, très cérémonieux et le visage grave, demanda :

– D’où un Grec tient-il cette passion pour la Géorgie ?

– Si le grand Socrate œuvre pour la grande Ukraine, pourquoi est-il impossible que le petit Ion le fasse pour la petite Géorgie ? demanda Ion, qui pesait au moins deux fois plus que Socrate.

Socrate, imperturbable :

– Alors, les trois à la fois, n’est-ce pas ? Renversement du communisme, indépendance, démocratie.

Ion s’enhardit :

– C’est ça. Dieu est Trinité.

Je n’avais pas encore lu Ténèbres sacrées lorsque j’ai annoncé qu’il y aurait du rire dans mon programme – sinon assez sombre – de janvier, et je ne l’avais pas non plus encore lu quand j’ai décidé de l’associer à Les beaux jours de l’enfer dans une petite séquence sur les intellectuels au Goulag. Mais je ne me suis pas trompée : le livre a beau se dérouler entièrement dans un camp de travail soviétique, on ne peut s’empêcher de rire à la lecture du récit – reconstruction en partie fictionnalisée – de trois années d’emprisonnement de l’auteur et de la célébration de ses codétenus d’alors.

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