Maria Kuncewiczowa – Zwei Monde [Dwa księżyce, Deux lunes]

En cherchant des informations sur Maria Kuncewiczowa, je suis tombée sur un article qui m’a surprise puisqu’il parlait de Camus.

De Maria Kuncewiczowa, je savais déjà qu’elle était née en 1895 à Samara (de parents polonais exilés par le tsar dans cette ville de la Volga), qu’elle avait grandi en Pologne et qu’elle était décédée en 1989 en Italie, de même que je savais qu’elle avait quitté la Pologne en 1939 pour se réfugier d’abord en France*, puis en Angleterre, avant de passer plusieurs années à Chicago et de revenir en Pologne au début des années 1960. Tout cela est écrit dans la notice biographique de mon édition de Zwei Monde, traduction allemande de son roman paru en 1933 – un parmi plusieurs livres qu’elle publie dans l’entre-deux-guerres et qui la rendent alors assez célèbre. Le fait qu’en 1962 elle avait publié en anglais une anthologie de nouvelles polonaises, The modern Polish mind, je le savais aussi pour l’avoir lu dans cet entretien avec Antonia Lloyd-Jones (grande traductrice du polonais à l’anglais), qui la cite comme source d’inspiration pour sa propre – et très attrayante – anthologie parue il y a quelques mois chez Penguin.

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Une poignée de nouvelles publications en novembre-décembre, et deux actualités

Il y a déjà deux bonnes semaines, prenant fièrement le contrepied de la mode citrouilles-sorcières dégainée à l’époque par ses voisins, un petit restaurant de la rue d’à-côté a installé dans sa devanture une sorte de vieux poste de télévision, qui déverse à longueur de journée de la fausse neige sur une fausse scène de Noël. Bien qu’ayant admiré à plusieurs reprises le rétro-kitsch réjouissant de l’installation, ce n’est qu’aujourd’hui que je me suis rendue à l’évidence : entre octobre et Noël, il y a tout un mois, dénommé novembre, déjà bien entamé y compris en termes de nouvelles publications. Voici donc ce qui sera probablement le dernier billet « nouvelles publications » pour 2025.  

Puisque j’ai parlé de neige et de Noël, je commence par la fin, avec le livre Un Noël pragois, de Jaroslav Rudiš (illustré par Jaromir99, traduit de l’allemand par Hélène Leclerc, parution actuellement prévue le 4 décembre) dans lequel il est question de neige, de Noël et de Prague : « Jara est seul. Seul dans Prague. Commence alors pour lui une déambulation dans les rues de la ville enneigée. Noël oblige, ce soir-là, la magie opère : une ribambelle de personnages étranges et de phénomènes insolites se présentent à lui » (présentation complète sur le site des éditions Atlande). Radio Prague International en a aussi fait une présentation en français alléchante l’année dernière, qui termine en notant que « Jaroslav Rudiš se félicite que certains de ses lectrices et de ses lecteurs allemands se rendent à Prague avec son livre en guise de guide. » Comme je l’avais écrit dans ce billet ferroviaire, j’aime bien ce que j’ai lu de Jaroslav Rudiš, dont quatre autres titres existent en français (La fin des punks à Helsinki ; Alois Nebel ; Avenue nationale ; Oiseaux de nuit).

Après Rudiš (ou avant, puisqu’il parait le 13 novembre), un autre auteur d’origine tchèque et d’expression parfois allemande : Ladislav Klíma, que les éditions du Canoë continuent à (ré)éditer avec, ici, La marche du serpent aveugle vers la vérité : « Dans un monde absurde, au bord du fleuve Zambèze, Pouxislas de Pouilleusie, grand ivrogne et roi des fourmis noires, tombe à l’improviste sur un serpent aveugle de dix kilomètres de long, en quête, depuis trente mille ans, du chien bleu et autres incongruités qui doivent lui livrer le mot de l’énigme de l’existence. La fourmi fera découvrir l’alcool au serpent qui l’aidera en retour à conquérir la planète, mais il faudra d’abord mater la révolution de palais ourdie par un ecclésiastique arriviste et une Messaline abstinente… » (source et présentation complète). Les éditeurs soulignent que « La traduction française de 1990 [de ce texte écrit durant la Première Guerre mondiale] était la première édition mondiale de ce texte. Cette nouvelle édition, revue et complétée d’après le manuscrit enfin retrouvé (au terme de péripéties qui en mettent le message en abyme), est accompagnée d’un appareil critique qui remet en contexte et révèle la véritable démesure d’une œuvre trop longtemps méconnue », le travail de traduction (de l’allemand) et de présentation ayant été réalisé par Erika Abrams.

Dernier livre de Péter Esterházy, Journal intime du pancréas (Gallimard, 13 novembre) est peut-être aussi le dernier à paraitre de sa principale traductrice vers le français, Ágnes Járfás. « Au printemps 2015, l’écrivain hongrois Péter Esterházy apprend qu’il est atteint d’un cancer du pancréas et doit suivre un traitement contre cette maladie particulièrement agressive. Il entame alors un journal : entre les nuits passées à l’hôpital, la mise en place de la chimiothérapie et les conversations avec ses proches, il fait surgir un narrateur à la fois révolté et amusé… Ultime livre d’un écrivain considéré comme l’un des plus talentueux du XXᵉ siècle, Journal intime du pancréas nous offre une chronique pleine de panache sur le sens de l’existence, dans laquelle résonnent une dernière fois l’humour et l’intelligence de Péter Esterházy » (source et présentation complète). J’ai relu pour l’occasion ma chronique de son énorme Harmonia Cælestis, qui me fait culpabiliser de ne pas avoir sorti d’autre Esterházy de mes étagères depuis 2013.

Pour terminer ce tout petit récapitulatif, deux titres de Cătălin Mihuleac traduits, eux, du roumain : le premier est une réédition poche, chez Libretto de Les Oxenberg et les Bernstein (dont bizarrement la couverture coupe au niveau des épaules le corps habillé, et donc étêté, d’une femme, contrairement à l’édition originale Noir sur Blanc qui montrait, elle, une tête de femme vue uniquement de dos); le second est une nouvelle traduction (par Marily Le Nir, pour Noir sur Blanc): « Avec Les Demoiselles de Fontaine, Cătălin Mihuleac a écrit le grand roman de la fraternité franco-roumaine, une histoire aussi poignante qu’irrésistiblement drôle. Il y retrace l’amitié entre un jeune officier français, Marcel Fontaine, et un étudiant roumain, Petru Negru, qui est amoureux de la culture populaire de son pays… et de la fille du consul de France à Iaşi. À travers le destin de ces deux hommes de passion, c’est toute l’histoire de la Roumanie au XXe siècle qui nous apparaît avec ses couleurs les plus sombres, mais aussi la magie des cœurs simples et l’humour des jeteurs de sorts » (source et présentation complète).   


Quatre auteurs donc, et quatre traductrices, ce qui m’amène à la première de mes deux actualités, celle qui voit décerné à Laure Hinckel le Grand Prix de Traduction de la Ville d’Arles 2025 (ville qui accueille depuis des décennies les Assises de la traduction littéraire). De manière générale, le prix « récompense la traduction d’une œuvre de fiction contemporaine remarquable par sa qualité et les difficultés qu’elle a su surmonter » et, de manière spécifique cette année :

« Le Grand Prix salue le tour de force que représente la traduction de Théodoros, vaste fresque constellée de références rares et d’archaïsmes d’essences multiples, combinaison virtuose de registres et de styles, aux phrases longues et sinueuses mais parfaitement maîtrisées. Laure Hinckel a fait siennes la poésie, l’insolence, la fantaisie et l’ironie souveraine d’un récit qui emporte le lecteur à travers les siècles et les continents, de la Valachie à l’Ethiopie en passant par la Grèce et la Californie ».

Félicitation à elle ! Théodoros, c’est bien sûr le dernier roman de Mircea Cărtărescu.


La deuxième actualité ne concerne pour le moment que son auteur, mais finira peut-être – qui sait, étant donné la stature dudit auteur – par concerner sa traductrice française : c’est la parution hongroise du dernier Krasznahorkai, A magyar nemzet bisztonsága [La sécurité de la nation hongroise], pas plus tard qu’hier après-midi. Pour vous donner – ou pas – une petite idée des préoccupations du livre, les participants à la présentation publique qui se tiendra à Budapest, demain 13 novembre, sont, sous la houlette de l’éditeur János Szegő, Beáta Oborny et András Szilágyi, tous deux chercheurs en biologie évolutive.


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