Milan Füst – L’histoire d’une solitude

Que se passe -t’il dans l’Histoire d’une solitude? Pas grand chose. C’est du moins bien l’impression que le style du narrateur, s’adressant au lecteur de manière détachée, m’a laissé en fermant le livre.

Dans la préface, Péter Eszterházy, écrivain hongrois et récipient en 1983 du prix Milan Füst, rapporte l’origine de cette nouvelle. Celle-ci, basée sur une histoire vraie mais étoffée et romancée, avait presque aussitôt fait son apparition dans la revue Csillag de janvier 1956. La date de parution semble anecdotique, liée seulement à un incident dans la vie de l’auteur peu avant Noël 1955. Début janvier 1956, Füst écrit à un ami pour lui faire part de la visite d’une jeune femme prétendant être la nièce de cet ami, et qui avait emprunté à Füst une somme assez conséquente. La somme n’avait jamais été remboursée, et l’ami n’avait pas de nièce; c’est là le germe de l’Histoire d’une solitude.

Ici, cependant, l’histoire est transposée dans une période, « bien avant la Première Guerre », et un monde social qui pourraient être ceux de la jeunesse de Milan Füst à la fin du 19è siècle. C’est un monde en entre-deux, partagé entre l’héritage germanique (représenté par la mère du narrateur, sévère et étouffante), et celui, hongrois, du père causeur, joueur et décédé. C’est aussi le monde, à cheval entre deux marches, de l’aristocratie désargentée mais qui tente cependant de tenir son rang.

Le narrateur, qui se décrit comme un « château hanté de mauvais souvenirs », tombe brièvement amoureux d’une jeune fille mystérieuse venue emprunter de l’argent, puis l’oublie, se plonge dans les études à défaut de pouvoir s’entourer d’une famille ou d’amis. Cette « solitude sans partage » continue alors qu’il devient officier de réserve dans l’armée austro-hongroise au début de la guerre, et qu’à la suite d’une querelle il se retrouve à la prison militaire, puis à l’hôpital. C’est là que, surprise!, il retrouve la jeune fille mystérieuse. « Et c’est en fait là que commence véritablement mon roman », alors qu’il en tombe à nouveau amoureux, cette fois pour de bon, et qu’ils commencent leur vie commune. Sous l’oeil désapprobateur de la mère, la désillusion s’installe, et la jeune femme, toujours aussi mystérieuse, finit par disparaître, sans pour autant cesser de hanter l’imaginaire du narrateur. Un chien est adopté pour combler l’absence, mais celui-ci aussi déplaît à la mère et finit par être donné à un cirque canin.

Bien que le tout soit condensé en 130 pages, ceci n’est pas une pièce destinée aux amateurs d’intrigues bien rythmées! Le style, un long monologue d’auto-analyse entrecoupé d’interpellations du narrateur à lui même, crée une distance certaine entre l’homme et les évènements de sa vie et, de ce fait, met aussi à distance le lecteur. Le regard que le narrateur porte sur lui même est d’une grande désinvolture – « je suis un homme paresseux, nonchalant et distrait, et je ne suis fait que pour des travaux qui deviennent en moi comme une contraine démente », et instruit aussi son attitude par rapport aux méandres de la vie – « tant pis, – me dis-je – et trois fois tant pis. La vie est orageuse, il faudra bien en passer par là aussi ». Il ne s’agit cependant certainement pas d’un témoignage apitoyé, mais plutôt de la description dans un contexte particulier d’un mal qui peut être universel, celui de la solitude humaine.

Milan Füst (1888-1967) fit partie de l’avant-garde hongroise des premières décennies du 20è siècle auprès de personalités littéraires plus généralement connues telles que Dezső Kosztolányi ou Ferenc Karinthy.

Milan Füst, L’histoire d’une solitude (Egy magány története, 1956), trad. du hongrois par Sophie Aude. Les éditions Cambourakis, 2007.


Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s