Zsuzsa Bánk – Le Nageur

le nageurAbsence. Chaque chapitre du livre a beau porter le nom d’un de ses protagonistes, c’est pourtant bien d’une absence et de vies vécues à la marge de ce vide qu’il est question dans Le Nageur.

Kálmán, son fils Isti, et sa fille Kata, sillonnent la Hongrie de la fin des années 1950, chacun portant à sa manière les souvenirs de l’absente et l’illusion de la revoir un jour. Car Katalin, épouse, mère et employée d’usine d’une petite ville de l’ouest de la Hongrie, est montée dans un train un jour de 1956, sans bagages et sans crier gare, laissant derrière elle famille, maison et un pays en pleine ébullition, direction Vienne et le monde libre.

Tel un déraciné, Kálmán fuit avec enfants et valises, lui aussi par train mais cette fois vers l’est: Budapest et ses murs gris, Szerencs et ses fermes sur fond de pays plat, Debrecen à la frontière ukrainienne, Balaton et son lac bordé de vignes, au cours de longues étapes chez l’un ou l’autre de ses parents. Il travaille ici ou là, mais, le plus souvent, se renferme dans ses souvenirs, plongé dans la contemplation de vieilles photographies de sa femme, enroulé dans la fumée d’une cigarette perpétuellement allumée.

Trimballés au travers du pays au gré des humeurs de leur père, obsédés par le départ de leur mère, Isti et Kata trouvent au bord du lac Balaton où leur père leur apprend à nager durant un été ensoleillé, un certain répit. Surtout Isti, le plus jeune et le plus vulnérable, dont le livre raconte la lente plongée dans un monde qui n’appartient qu’à lui, où la frontière entre invention et réalité devient floue, où bois, cheveux ou neige lui disent des choses que personne d’autre ne peut entendre, et auquel il finira par succomber.

Kata, sœur complice et empreinte d’une grande tendresse envers un frère qu’elle n’a de cesse de protéger, se fait la porte-parole de cette famille qui ne peut pas se remettre de n’être qu’un moignon d’elle même. Sans pathos et sans donner de leçons, comme se racontant à elle-même le cours de sa vie et de celle de ses parents, Kata nous décrit les petits et grands malheurs et bonheurs de deux enfants perdus dans un monde d’adultes qu’ils ne comprennent qu’à moitié, au fil d’un récit ponctué de petits détails, de touches de soleil et d’humour calme et involontaire.

Crédit photo: Walter Breitlinger

Crédit photo: Walter Breitlinger

Née en Allemagne en 1965, de parents réfugiés de Hongrie, Zsuzsa Bánk est d’abord journaliste. Le Nageur (2002) est son premier roman, suivi de L’Été de plus chaud (2005) et Die Hellen Tage (2011), qui semble n’avoir pas encore été traduit.

Zsuzsa Bánk, Le Nageur (Der Schwimmer, 2002), trad. de l’allemand par Olivier Mannoni. Christian Bourgois Éditeur, 2004.

Ca se passe en Hongrie, l’auteur porte un nom on ne peut plus hongrois, mais c’est traduit de l’allemand donc je l’inscris dans la catégorie Allemagne du tour d’horizon européen « Voisins Voisines » chez Anne.

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3 commentaires on “Zsuzsa Bánk – Le Nageur”

  1. anne7500 dit :

    La couverture de ce livre est très attirante !

  2. […] Le Nageur, de Zsuzsa Bank : lu par Passage à l’Est […]


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