En français, en hongrois, en musique : autour de Krisztina Tóth

Krisztina Tóth: Delta (traduction: Guillaume Métayer)

En français, quelques poèmes, ici (traduits par Guillaume Métayer) ou (Le rêve du Minotaure, poèmes traduits du hongrois par Lionel Ray et illustrés par Franyo Aatoth. Eds Caractères, 2009).

En hongrois, en musique, d’autres poèmes. Ici, « Beszélek » [Je parle], par le groupe Magashegyi Underground (avec, en images, Budapest en noir et blanc).

En français, un recueil de prose : Code-barres, traduit du hongrois par Guillaume Métayer, Gallimard, 2014. « Quinze voix, quinze histoires et presque autant d’exemples de la fragilité des jours, entre Budapest, le Japon et Paris. ». Et une contribution aux six Nouvelles de Hongrie, rassemblées dans la collection « Miniatures » de Magellan & Cie (2017), aux côtés d’autres écrivains contemporains : Béla Fehér, Krisztián Grecsó, János Lackfi, Lajos Parti Nagy, et Edina Szvoren.

En hongrois, beaucoup d’autres recueils de prose : Pixel, Akvárium, Pillanatragasztó, Párducpompa, Fehér Farkas (et des pièces de théâtre, des textes pour enfants, des traductions du français (notamment de poésie contemporaine)) (et de nombreux prix prestigieux, de 1990 (prix Radnóti) à 2020 (prix Libri)).

En français, un arrêt à Cognac : en octobre-novembre, pour la résidence littéraire Jean Monnet, avec participation au festival Littératures Européennes Cognac. « Elle y travaillera sur un prochain livre jeunesse pour les enfants de 6 à 11 ans, rassemblant différents contes pour les aider à penser le monde d’aujourd’hui, sous un angle engagé et féministe. »

En hongrois, une femme engagée et menacée : victime d’une campagne de diffamation dans la presse et d’actes d’intimidation, pour avoir suggéré, dans un entretien accordé à une revue littéraire en février 2021, qu’un roman très connu d’un écrivain hongrois très classique (Mór Jókai), n’a plus sa place parmi les lectures scolaires obligatoires d’aujourd’hui, du fait de sa représentation archaïque du rôle des femmes dans la société [ma chronique d’un autre roman très connu en Hongrie de Mór Jókai, avec également un questionnement sur sa construction des personnages féminins : Les Baradlay ou Les Trois Fils de Cœur-de-Pierre].

Déclaration de Krisztina Tóth. Traduction: Guillaume Métayer

En français : son traducteur Guillaume Métayer a présenté Krisztina Tóth, et la polémique et son contexte, dans cet article et à la radio. Krisztina Tóth s’est aussi exprimée au micro de France Culture.

Tout cela pour dire : en français, en hongrois, et/ou en musique, faites connaissance avec l’œuvre de Krisztina Tóth !

 


En avril, vous reprendrez bien quelques livres ?

Le récapitulatif mensuel des nouvelles publications fait maintenant partie des bonnes habitudes du blog. Il faut parfois souvent beaucoup de patience pour passer les nouvelles publications au tamis centre-est européen, mais ce mois-ci en vaut encore une fois la peine. Au programme, des traductions du polonais, du serbe et du croate, ainsi que du russe et du finnois.

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1500kms à la ronde : retour sur un mois de mars presque complètement hongrois

En me repenchant, fin décembre dernier, sur l’année écoulée, je m’étais rendu compte que, sur 34 chroniques d’œuvres de fiction d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans, seules deux étaient traduites du hongrois. Un comble, pour un blog basé à Budapest et bénéficiant d’une grande facilité d’accès à la littérature traduite du hongrois (l’absence relative de nouvelles traductions ces derniers temps, par comparaison avec d’autres langues de la région telles que le roumain et le croate, a certainement joué).

Pourtant, il y a tout simplement beaucoup de littérature hongroise à découvrir, avec des œuvres bien plus riches et variées qu’on ne pourrait croire en se basant sur les auteurs les plus connus en France (c’est-à-dire, probablement, Sándor Márai et Imre Kertész). En 2014, j’avais déjà réalisé un « petit guide de la Hongrie en douze chapitres », présentant douze romans couvrant un très long XXe siècle, de 1869 à 2001. Au total, alors que je m’achemine doucement vers le dixième anniversaire de ce blog, je comptais au 1er mars une cinquantaine de titres traduits du hongrois ou étroitement liés à la Hongrie présentés ici.

A quelques rares exceptions près, ce sont des titres du XXe siècle, mais ils sont tellement variés en termes de sujets, de forme et de style que je ne vais pas m’aventurer à chercher les points communs entre ces cinquante et quelques titres.

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Ádám Bodor – La visite de l’Archevêque

La visite de l’archevêque est un livre magistral. Par la voix d’un narrateur de l’ombre, Ádám Bodor y établit une atmosphère d’étrangeté, d’irréel et surtout de malaise et de menace permanente. L’histoire, les personnages, les lieux sont une grande allégorie dont l’auteur place les clés autant dans l’imagination des lecteurs que dans le cauchemar du XXe siècle est-européen dans lequel il a grandi.

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Théâtre : János Háy – Le veilleur de pierres et Béla Pintér – Saleté

Dans ma précédente chronique, sur Tout est loin de Sándor Tar, les quatre ouvriers protagonistes du roman vivaient une vie tellement circonscrite (chambre, bistrot, chantier) que nous, lecteurs, ne savions finalement rien de leur cadre de vie. Peut-être ville, peut-être bourgade : on sait juste qu’il y a une gare à proximité, car c’est de là qu’ils sont partis en train, pour Budapest puis pour l’étranger.

Les deux pièces de théâtre que je chronique aujourd’hui se situent dans une dimension encore différente de la Hongrie (de la Hongrie ouvrière et/ou rurale) : c’est une Hongrie où le car et la bicyclette sont davantage présents que le train (ou la voiture).

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Agota Kristof – Hier

C’est dans un français fait de phrases simples et factuelles qu’est écrit le dernier livre de ma série sur la Hongrie et l’exil : Hier, d’Agota Kristof, un livre qui a plus à voir avec l’expérience humaine et la relation à la langue qu’avec un pays en particulier. Il ne mentionne d’ailleurs jamais de pays, ni de dates, même si quelques noms de personnes le rattachent immédiatement à la Hongrie, et même si l’on sait que l’œuvre d’Agota Kristof (née en Hongrie, établie en Suisse, francophone d’adoption) est marquée par son expérience de l’exil.

Line couche l’enfant dans son petit lit, ensuite elle et son mari se couchent dans le grand lit et ils éteignent la lumière.

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Sándor Tar – Tout est loin

Un ami me disait récemment, à propos de Sándor Tar, qu’il l’appréciait parce que c’est un auteur qui parlait d’un pan de la société hongroise qui est très peu représentée dans la littérature hongroise, notamment parce que peu d’écrivains en sont issus. Né dans une famille de paysans pauvres de l’Est de la Hongrie en 1941, ouvrier puis contremaître d’usine, chômeur, décédé en 2005 à l’Est de la Hongrie en 2005, Sándor Tar était aussi l’auteur de nombreux romans et nouvelles. Parmi ceux-ci, deux courts romans et un recueil de nouvelles ont été traduits en français à la fin des années 1990 et au début des années 2000 : Tout est loin, Choucas et autres nouvelles, et Notre rue.

Juste une année sépare la publication hongroise de Tout est loin, son premier roman, de la parution de la traduction française, en 1996. C’est un roman très resserré, une centaine de pages livrées d’une traite, qui lèvent un coin de rideau sur la vie de quatre hommes. Laboda, Vári, Madari et Barna travaillent tous au même endroit – ils sont ouvriers sur un chantier – et vivent tous au même endroit – une « tanière d’hommes nauséabonde et désordonnée » avec chambre, cuisine et salle de bain, en sous-location chez la vieille Adél. Lorsqu’ils ne travaillent pas et ne dorment pas, ils sont au bistrot, ou à la discothèque, ou à la recherche d’une aventure d’un soir. Lire la suite »


Giorgio et Nicola Pressburger – Histoires du Huitième District

Mercredi dernier, avec L’Enfant du Danube, nous étions dans le « Faubourg des Anges » (Angyalföld), qui constitue une partie du 13e district de Budapest. Pour continuer ma série de livres hongrois ou marqués par une relation à distance avec la Hongrie, je vous propose de me suivre dans un autre quartier de Budapest qui a beaucoup changé au fil des décennies, avec cette lecture des Histoires du Huitième District, de Giorgio et Nicola Pressburger.

Le touriste qui s’apprête à visiter Budapest, capitale d’un empire disparu depuis plus d’un demi-siècle, mais encore célèbre pour la joyeuse vie qu’y menait la haute société et pour la multitude des peuples qu’il rassemblait, ne peut se retrouver que par erreur dans le Huitième District.

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János Székely – L’enfant du Danube

Je poursuis, avec L’enfant du Danube, ma série hongroise autour du thème de l’exil, entamée samedi dernier avec La rue du chat-qui-pêche. Ces deux romans se ressemblent par certains côtés – ce sont tous deux de gros livres dont les pages se tournent d’elles-mêmes – et diffèrent par d’autres. L’enfant du Danube a été écrit principalement à l’étranger et raconte l’histoire d’un Hongrois en Hongrie, alors que La rue du chat-qui-pêche a été écrit en Hongrie et raconte l’histoire de Hongrois en France. Mais les deux livres présentent deux facettes d’une même réalité : la dureté de la vie en Hongrie pour une grande partie de la population dans l’entre-deux-guerres.

La famille Barabas, héroïne de La rue du chat-qui-pêche, a quitté la Hongrie parce qu’au début des années 1920 le père, ouvrier qualifié, ne trouvait pas de travail dans ce pays vaincu, ruiné et amputé. Béla, le héros de L’enfant du Danube, a débuté dans la vie sous une encore plus mauvaise étoile : c’est l’année 1912, et il est le fils illégitime d’une jeune paysanne sans le sou. Son rêve, depuis qu’à l’adolescence il a entendu parler de l’Amérique, est de quitter la Hongrie. Il lui faudra toute la durée du roman pour se trouver (par hasard et par chance) en position de donner vie à ce rêve. Lire la suite »


Yolande Foldes (Földes Jolán) – La rue du chat-qui-pêche

Pour la suite de ce « mois de l’Europe de l’Est », j’ai choisi de revenir vers la littérature hongroise, que j’ai un peu négligée l’année dernière. Je vais donc présenter quelques livres pas toujours très connus, éparpillés sur plusieurs décennies du XXe siècle. Il y aura deux fils communs entre plusieurs d’entre eux : le fait qu’ils parlent d’exil, et aussi le fait qu’ils ont été écrits dans des circonstances liées à l’exil.

Pour commencer ces chroniques, voici un très exemple de ce que je viens d’écrire : publié (je crois) en 1936, La rue du chat-qui-pêche (A halászó macska uccája) est un sympathique roman qui se déroule presque entièrement à Paris, et qui a été écrit par une femme hongroise qui a vécu à Paris puis Londres. C’est un livre sur la vie et sur l’exil, sur la vie des exilés, et un livre qui se laisse avaler si rapidement et si agréablement que ce n’est qu’après qu’on s’aperçoit de ses petites faiblesses. Lire la suite »