Actualité du mercredi : rattrapage aux accents tchèques

Voici deux très courts textes à très petit prix, publiés l’année dernière par deux très petites maisons d’éditions, concernant deux pas très petits auteurs tchèques portant tous deux le prénom Karel (entre autres particularités).

De l’un d’entre eux, j’avais lu et apprécié le court mais néanmoins excellent Passage (Cambourakis, 2013) : il s’agit de Karel Pečka (1928-1997), dont je regrettais qu’il soit si peu traduit en français. Or les éditions alidades ont publié l’année dernière un court récit, Les yeux de Sacha, « récit fortement autobiographique » d’un auteur qui, dissident politique longtemps interdit de publication dans sa Tchécoslovaquie natale, « a parfois été considéré comme le Soljénitsyne tchèque ».

Un Karel à ne pas confondre avec Karel Čapek (1890-1938), dont les Lettres d’Angleterre (1924, en français chez La Baconnière en 2017) ne sont que l’un des assez nombreux textes disponibles en français. L’écrivain figure désormais dans la collection Double noir de l’association Nèfle noir, dont le but est de coupler « deux textes courts, bien noirs et bien serrés », l’un écrit par un classique et l’autre par un auteur qui ne l’est pas encore. Ici, La bonne aventure de Čapek est présenté avec Grizzly, d’Yvon Coquil. Quelques mots sur La bonne aventure :

« Soupçonnant qu’une vieille dame très comme il faut n’est peut-être pas aussi présentable qu’il n’y paraît, un inspecteur du Yard veut savoir ce que cachent ses prétendues séances de cartomancie. Il demande à son épouse de se faire passer pour une cliente occasionnelle. La voyante n’ayant pas vu venir le piège, elle va se retrouver devant un juge qui a toutes les cartes en main. »


Actualité du mercredi : une manière détournée de se constituer une liste de lecture

Je garde toujours un œil sur les nouvelles traductions dans le monde anglo-saxon, car je trouve intéressant de voir quels livres sont découverts, traduits et publiés chez nos voisins et de comparer avec les auteurs et autrices que le monde de l’édition francophone traduit (ou non, ou pas encore) en français.

J’ai vu en début d’année plusieurs compilations alléchantes des nouvelles traductions prévues en 2020, qui incluent de nombreux titres d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Comme certains existent déjà en français, c’est une bonne raison pour me (nous) les remettre à l’esprit et de s’amuser à comparer titres et couvertures. Je vous présente donc aujourd’hui une sélection d’une de ces compilations, celle du New York Times (à retrouver en entier ici). Lire la suite »


Actualité du mercredi : quelques livres en librairie ce mois-ci

Bonne année à toutes et à tous ! J’ai vu ici et là des blogueurs et blogueuses (se) promettre de vider leurs propres étagères avant d’acheter (ou d’emprunter) de nouveaux livres. Désolée si ces trois suggestions de nouvelles parutions font vaciller certaines bonnes résolutions.

Avec Au nom de l’enquête, Actes Sud publie « le premier volume d’un cycle de romans policiers rétro », dans lequel l’écrivain Marcin Wroński et le commissaire Zyga Maciejewski de Lublin unissent leurs forces pour tenter de résoudre des affaires de meurtre sur fond d’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale (traduit du polonais par Kamil Barbarski).

Le cadre temporel est presque le même pour A l’ombre des loups, qui se déroule cependant encore un peu plus à l’Est, alors que « femmes et enfants allemands (…) exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale » cherchent à gagner refuge en Lituanie. « Dans ce roman bouleversant, Alvydas Šlepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes. » (traduit du lituanien par Marija-Elena Baceviciute).

Terminons avec un livre roumain, Terre du salut, d’Ioan Popa, publié aux éditions Non Lieu : « Grande fresque historique, qui fait la part belle aux sentiments des hommes, aux amours passionnés d’Alexandru et de la belle Ecaterina, qui met en scène une multitude de personnages souvent hauts en couleurs, Terre du Salut raconte un monde qui avait ses grandeurs et ses faiblesses, qui se délite peu à peu et qui s’achève avec la chute de Ceauşescu. »


Olga Tokarczuk – Dieu, le temps, les hommes et les anges

Dans son discours prononcé à l’Académie suédoise samedi dernier 7 décembre, Olga Tokarczuk, lauréate 2018 du prix Nobel de littérature, décrivait l’esprit de l’écrivain comme « un esprit synthétique, qui ramasse avec obstination tous les petits morceaux pour tenter de les recoller ensemble et créer un tout universel. » Près de 25 ans auparavant, en écrivant Prawiek i inne czasy, c’était déjà à cette tâche qu’elle s’attelait, poussée – comme elle l’écrivait dans la préface de l’édition polonaise – par l’envie d’écrire « l’histoire d’un monde qui, comme toutes les choses vivantes, naît, se développe, puis meurt. »

Ce monde, c’est celui d’Antan, qui donne son cadre au roman Dieu, le temps, les hommes et les anges (titre en français du livre paru chez Robert Laffont en 1998 dans la traduction de Christophe Glogowski) : un monde suffisamment petit pour que, comme une boule à neige, il puisse se lover dans le creux de la main et que, en approchant son œil de sa sphère transparente, le lecteur puisse avoir l’illusion de le voir dans sa totalité. Pourtant, le monde que représente Antan, que ce soit lorsque Tokarczuk y introduit ses personnages en 1914 ou lorsqu’elle referme la porte sur eux quelques décennies plus tard, est infiniment plus grand que celui d’un simple hameau « qui ne différait en rien des autres hameaux » polonais avec son église, son moulin, sa rivière, avec son curé, son meunier et son châtelain. Ou plutôt, le propos de Tokarczuk dépasse de beaucoup le simple récit familial sur fond de fragment d’histoire de Pologne, même si c’est bien sur des histoires transmises par sa grand-mère qu’elle s’est appuyée pour composer ce qui allait devenir son troisième roman. Lire la suite »


Et les enfants dans tout ça ? « L’éclaircie est une faveur qu’ils nous font »

Voici pour terminer cette série d’albums pour enfants une très jolie création mi-suisse, mi-bulgare.

Les nuages

Présentation de l’éditeur :

Une balade mais aussi une ballade au cœur des nuages.

Guidé par la poésie de Francine Bouchet et par les images fines, tendres, drôles et parfaitement maitrisées à l’aquarelle et au papier déchiré de Yassen Grigorov, le lecteur entre dans l’intimité de cet élément mystérieux et insaisissable qui voyage au-dessus de nos têtes. Dans le vent, la pluie, au-dessus de la mer, malgré les intrus, les nuages de ce livre ont leur propre réalité ; la poésie le permet : « Dans la symphonie du silence, chaque nuage joue d’un instrument inconnu ». Yassen Grigorov en propose une interprétation décalée avec grand talent.

Ecrit par Francine Bouchet, illustré par Yassen Grigorov. La joie de lire, 2011. A partir de 6 ans.


Et les enfants dans tout ça ? La nature en Lituanie

Mon troisième et dernier arrêt dans les pays baltes, pour ma série consacrée aux albums pour enfants venant d’Europe du centre et de l’Est, est en Lituanie. Et encore, peut-on parler d’arrêt, quand l’un des deux albums que je vais présenter aujourd’hui est réalisé par une suédoise établie en Lituanie, et l’autre par une lituanienne établie en France ? Voici donc Qu’est-ce qu’un fleuve ?, et Neige.

Qu’est-ce qu’un fleuve ?

Présentation de l’éditeur :

Mais qu’est-ce qu’un fleuve ?
Combien y en a-t-il sur la planète ?
D’où viennent-ils, quel âge ont-ils et pourquoi sont-ils si précieux ? Sources de vie, d’exploration et même d’énergie, les fleuves fascinent les hommes, qu’ils soient explorateurs, historiens, artistes, chercheurs ou simples promeneurs.
En effet, que ferait-on sans eux ?

Ecrit et illustré par Monika Vaicenavičienė, traduit du suédois par Catherine Renaud. Editions Cambourakis, 2019. A partir de 5-6 ans.

Une présentation aussi sur France Bleu à écouter ici.

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Neige

Présentation de l’éditeur :

Quelques taches de lumière scintillent sur les collines enneigées. La tempête a effacé mes pas… Comment retrouver mon terrier ?
La neige craque. De petits museaux apparaissent ça et là. Et puis, plus un bruit. La forêt semble endormie.

Album pop-up réalisé par Elena Selena. Gallimard jeunesse, 2019. A partir de 4 ans.


Et les enfants dans tout ça ? De drôles de voisins estoniens

Je continue mon voyage dans les albums pour enfants venant des pays baltes et traduits en français en continuant, après la Lettonie, en Estonie. J’avais presque baissé les bras à force de ne rien trouver pour ce pays, mais je suis tombée, via le site estonianworld.com, sur les Editions du Rouergue, et là tout est rentré dans l’ordre !

Cette maison d’édition a en effet publié, depuis 2013 et jusqu’à l’année dernière, neuf des plus de quarante livres de l’auteur-illustratrice estonienne Piret Raud. J’ai choisi celui que je présente ici, pas seulement parce que la simplicité et l’humour du graphisme me plaisent, mais aussi parce que j’aime bien l’idée que l’album est traduit par Jean Pascal Ollivry, l’un des principaux traducteurs de fiction estonienne en français (Indrek Hargla, Tiit Aleksejev, A.H. Tammsaare pour ne citer que quelques uns des auteurs concernés).

Voisins zinzins et autres histoires de mon immeuble

Présentation de l’éditeur :

Dans l’immeuble où habitent Taavi et sa maman, les habitants sont plus farfelus les uns que les autres… Et vous allez tous les rencontrer ! La voisine championne de bulles de chewing-gum, le crocodile malheureux en amour ou madame Inger au nez surpuissant. Le nouveau recueil d’histoires illustrées de Piret Raud ressemble à une fête des voisins un peu spéciale, tendre et totalement incroyable.

Ecrit et illustré par Piret Raud, traduit de l’estonien par Jean Pascal Ollivry. Editions du Rouergue, 2015. A partir de 6 ans.