Et voilà octobre avec son lot de livres

Voyager rime avec feuilleter mais pas avec lire : c’est une évidence qui s’est avérée pour moi au cours de ce mois de septembre passé par monts et par vaux, après un mois d’août passé par monts et par vaux et avant un mois de septembre par monts et par vaux.

Ainsi, hormis Moon Palace et Gibier, je n’ai vraiment pas lu grand-chose ce mois-ci.

Pendant ce temps, le programme des nouvelles publications d’octobre en provenance « de l’Est » ou le concernant s’est bien étoffé. Avant de parler de quelques-unes de ces nouvelles publications, un mot sur Gibier, et une annonce de lecture commune.


De Gibier, et de son auteur Clément Caliari, je ne savais rien avant de tomber nez à nez avec lui sur l’étagère des nouveautés en français alors que j’attendais qu’on exhume des tréfonds de ma bibliothèque préférée un exemplaire antique de Moon Palace. Comment (me suis-je dit) avais-je pu ne pas me rendre compte de l’existence de ce roman récent (Gallimard, 2013) sur une paysanne hongroise de la puszta au XXe siècle ? Aussitôt vu, aussitôt emprunté et lu… avec curiosité mais sans plus.

Ce n’est pas tous les jours (dans notre monde post-communiste) qu’on lit des œuvres de fiction avec pour héroïne une femme qui s’extirpe de sa misère en devenant un pilier de l’ordre communiste local. Le seul autre titre, avec une héroïne travaillant pour le nouveau pouvoir communiste, qui me vienne à l’esprit est En montant plus haut, d’Andrea Salajova, également titre publié d’abord en français chez Gallimard (Andrea Salajova est d’origine slovaque).

Dans Gibier, la misère paysanne, les relations entre voisins et classes sociales, l’impact sur la vie à la campagne des guerres et évolutions politiques… tout cela est abordé par le biais de cette femme et de son village. J’ai terminé le livre en me demandant où l’auteur voulait vraiment en venir.


Et pour la lecture commune, elle sera autour de Svetlana Alexievitch, dans le cadre de mon année Nobel. Une année Nobel finalement bien plus poussive que prévu de mon côté, faute de temps, alors je remercie Nathalie du coup de pouce qui nous a permis de fixer la date au 1er décembre. Les livres d’Alexievitch font partie de ces biens dont tout le monde peut profiter sans priver les autres du droit d’en profiter également, alors n’hésitez pas à lire vous aussi un livre de Svetlana Alexievitch en novembre et à en parler le 1er décembre – ses livres sont toujours d’actualité, à plus forte raison ces jours-ci.  


Voici donc les nouvelles publications :

Le 6 octobre, aux Editions Noir sur Blanc, un titre – malheureusement – encore et toujours d’actualité : L’internat, de Serhiy Jadan. « Dans le Donbass en guerre, en janvier 2015, un jeune prof décide d’aller chercher son neveu de 13 ans dans l’internat où il étudie, à l’autre bout de la ville. (…) Serhiy Jadan décrit avec talent comment un lieu familier se transforme en un territoire étranger et inquiétant. Ses personnages sont décidés à lutter de toutes leurs forces contre la peur et la destruction. Dans L’Internat, la réflexion de Jadan sur la guerre dans le Donbass atteint son apogée. »

Une traduction de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn. Toutes les informations sur le site de léditeur.

(Pendant ce temps à Kharkiv, un festival littéraire autour de Serhiy Jadan vient de se terminer).


Également le 6 octobre, Noir sur Blanc ajoutent un titre de Hanna Krall à leur collection traduite (du polonais) par Margot Carlier: Les synapses de Maria H., suivi de Plumes d’autruche roses.

« Ce petit livre traite de la mémoire et de l’oubli. « Il s’inspire de centaines, voire de milliers de lettres que j’ai reçu au cours des années de Maria Twardokęs-Hrabowska, ainsi que des souvenirs de Maria Hrabowska, sa belle-mère », précise Hanna Hrall en préambule. Maria, une dissidente polonaise, emprisonnée en 1981 pour avoir soutenu la grève générale, a émigré aux États-Unis où elle doit affronter un présent difficile, ayant à élever un fils atteint d’autisme. Autre personnage important, autre voix : Maria Hrabowska, sa belle-mère, qui a survécu à la Shoah et à l’attaque terroriste contre les tours du WTC. »

Toutes les informations sur le site de l’éditeur.


Même date, même éditeur, une réédition d’un texte sorti de l’ancien catalogue L’Âge d’homme : Les chevaux de feu, de Mykhaïlo Kotsioubynsky. « Ivan et Maritchka, enfants de deux familles ennemies, s’aiment d’un amour interdit par la société traditionnelle des Houtsoules des Carpates. (…) Les Chevaux de feu, récit mêlant l’ethnographie au symbolisme, mais aussi l’un des premiers romans modernes ukrainiens, a inspiré le célèbre film de Sergueï Paradjanov. »

Houtsoules + Paradjanov (cinéaste et artiste fantasque et merveilleux issu du Caucase soviétique) = grande curiosité et intérêt chez Passage à l’Est !

Une traduction de l’ukrainien par Jean-Claude Marcadé. Présentation sur le site de l’éditeur.


Le 7 octobre, chez Tropisme éditions (nouvelle incarnation de Belleville Editions), Par petits bouts, de Weronika Gogola. « Les meilleures histoires sont celles que l’on raconte par petits bouts, un menu morceau à la fois. C’est comme se poser avec un ami et engager une conversation sur soi, sur son enfance, maman, et surtout papa, les tantes, les cousins… Dans ces moments-là, il s’agit d’expliquer ce qu’il y a de plus simple, sans prétention (…) Un texte chargé d’émotions et d’humour sur la perte du père et de l’enfance, sur la difficulté et la joie de grandir, pour une petite fille, au cœur de la campagne polonaise des Carpates. »

Une traduction signée Monika Grimaldi, et une présentation un peu plus complète sur Leslibraires.fr


Le 11 octobre, aux éditions La Peuplade (mieux connues chez nos amis québécois que dans l’Hexagone, sans doute), Iochka, de Cristian Fulaş.

Ses traducteurs, Florica et Jean-Louis Courriol, avaient tout de suite suscité mon intérêt en me parlant de cette « histoire d’hommes durs » qui se passe en grande partie « dans les Carpathes », dans la deuxième moitié du XXe siècle. Le personnage principal, Iochka, est simple et taiseux, mais le principal souvenir qui m’est resté de ma lecture de ce roman est celui d’une histoire inattendue d’amour et d’amitié, et d’une écriture tourbillonnante et presque haletante par moments.

Une chronique à venir et, en attendant, la description du livre sur le site de l’éditeur.


Le 14 octobre, aux Editions Nevicata (collection Âme des peuples) : Ukraine, Héros malgré eux. Voici ce qu’écrit son auteur, le journaliste Sébastien Gobert, de cette commande passée fin 2021 pour un court texte et trois entretiens sur « cette Ukraine fascinante » qu’il a appris à connaitre au fil des ans : « Le 24 février et son cortège d’horreur ont tout compliqué. Malgré la douleur, je me suis efforcé de me détacher de l’actualité et d’ancrer mon récit dans les profondeurs de « l’âme du peuple ». Une fois encore, les Ukrainiens m’ont aidé dans mon processus d’écriture par leur résistance, leur détermination, leur créativité et leur légendaire sens de l’humour. Dans ce texte très subjectif (…), j’ai puisé dans ma propre vision de l’Ukraine pour répondre, entre autres, à la question : pourquoi les Ukrainiens sont-ils tant déterminés à résister ? » L’intégralité de sa présentation sur son compte Twitter.


La couverture croate, en attendant la française

Le 20 octobre, aux éditions Bleu et Jaune, La guitare de palissandre, de Kristina Gavran.

Un titre joli et un brin énigmatique, pour un roman contemporain (2018) traduit du croate par l’excellente traductrice qu’est Chloé Billon.

« Écrit comme une pièce musicale, le livre se compose de trois mouvements, Glissando, Pizzicato et Vibrato, chaque mouvement étant lui-même composé de cinq thèmes, cinq destins de femme liés au bois de palissandre et à la guitare. Dans une écriture ciselée, Kristina Gavran reprend les codes du conte pour évoquer l’émancipation féminine et le rapport à l’art et la nature, avec tendresse et délicatesse. »

Une présentation plus complète sur Leslibraires.fr


Également le 20 octobre, un nouvel opus d’Andreï Kourkov : L’oreille de Kiev, roman dont la rédaction était en cours lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en février. L’auteur ukrainien, d’expression russe et président du PEN ukrainien, s’y tourne vers le passé pour évoquer la guerre civile ukrainienne en 1919. « Des armes à foison, de l’ordre nulle part, des bandits et des voleurs cent fois plus nombreux. (…) Samson, jeune étudiant, se retrouve du jour au lendemain à devoir se débrouiller seul, après avoir perdu son père et son oreille droite sous le sabre d’un cosaque. Dès lors tout se précipite. Enrôlé presque par hasard dans la milice, Samson va bientôt se lancer dans une enquête où son oreille jouera un rôle quelque peu inattendu… » Présentation complète sur ce lien de ce livre publié chez Liana Levi, dans la traduction de Paul Lequesne. Andrei Kourkov est également l’auteur d’un « Journal d’une invasion » dont la parution en français est attendue pour la fin de l’année.


Toujours le 20 octobre, Les cinq, de Vladimir Jabotinsky. « Les Cinq dépeint le monde perdu des Juifs d’Odessa du début du XXe siècle, dans toute sa couleur et sa vitalité, sa vulnérabilité historique et son éternel optimisme. (…) Rarement l’amour d’une ville et le présage de sa fin ne se sont mariés de manière aussi poignante que dans ce merveilleux roman, dont certaines pages comptent parmi les plus belles de la littérature russe. La langue savoureuse et subtile, aux tournures baroques et empruntant au yiddish, au polonais ou à l’ukrainien, rattache Jabotinsky aux grands écrivains odessites. »

Aaaah, Odessa. Voilà un titre qui m’intéresse d’emblée et je sais que je ne suis pas la seule. Une traduction du russe par Jacques Imbert. Présentation complète sur le site des Editions des Syrtes

  • Odessa sera la ville à l’honneur du prochain festival Un week-end à l’Est – Le festival des cultures est-ouest, à Paris du 23 au 28 novembre.

Encore, le 20 octobre chez Noir sur Blanc, un titre dont la couverture et le titre me laissent songeuse. L’archipel du goulache. Aventures culinaires dans le bloc de l’Est, de Florian Pinel et Jean Valnoir Simoulin, « est à fois un livre de recettes et un livre de voyage à travers l’ancien bloc de l’Est. Des neiges de l’Arctique aux confins de l’Asie centrale, en passant par les républiques d’Abkhazie ou de Transnistrie, Florian Pinel puise ses idées gourmandes dans les décombres fumants des utopies socialistes. » L’occasion aussi de découvrir un sympathique blog d’ « aventures culinaires », foodperestroika.com. Présentation complète sur le site des éditions Noir sur Blanc.


Et pour terminer, le 21 octobre, Enfin libre. Grandir quand tout s’écroule, de Lea Ypi. « Dans une passionnante autobiographie politique, écrite à hauteur d’enfant, l’autrice [née en Albanie, aujourd’hui professeur de théorie politique à la London School of Economics] décrit son amour des pionniers et du leader Enver Hoxha, sa fascination pour les réclames sur la télé italienne captée clandestinement, les files d’attente devant les magasins, les premières cannettes de Coca et la relation pleine de complicité avec sa grand-mère, fille de pacha de Thessalonique qui lui enseigne le français. En 1990, tout bascule. » (Un livre dont les versions anglaise et albanaise ont été aussi louées que critiquées pour le flou qu’il entretient entre mémoire subjective et faits historiques). Traduit de l’anglais par Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson. Présentation complète sur le site de l’éditeur.


Je note tout de même également une réédition en poche, le 5 octobre chez Cambourakis, de Les Oiseaux de Verhovina, d’Ádám Bodor. « Oscillant en permanence entre policier et fantastique, Ádám Bodor, un des maîtres de la littérature hongroise, crée une atmosphère unique, inquiétante et intemporelle. Tandis que se resserre un étrange étau, l’enfermement s’avère inextricable, laissant poindre l’ombre d’un passé dictatorial. »

Une traduction par Sophie Aude d’un titre d’Ádám Bodor que j’ai envie de lire depuis longtemps après mes lectures enthousiastes de La visite de l’archevêque et de La vallée de la Sinistra.


Peut-être demain, peut-être plus tard, quelques publications d’août-septembre qui m’avaient échappé.

Et vous, aviez-vous déjà noté quelques-uns de ces titres ?

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14 commentaires on “Et voilà octobre avec son lot de livres”

  1. STEPHAN dit :

    Formidable actualité ukrainienne, avec la réédition des Cinq (« Пятеро » lu il y a bien longtemps) et des Chevaux de Feu (péniblement déchiffré de la version originale, il y a une éternité là aussi). Le début de la nouvelle m’est resté en mémoire (Ivan était le 19ème enfant de la famille….). Deux facettes d’une Ukraine quasi-disparues (les Juifs ne sont plus guère présents à Odessa, quant à la culture Hutsul je me demande ce qu’il en est advenu).

    • Visiblement, il est temps de faire une lecture, que ce soit en VO ou en traduction. 19 enfants… il me faudra le lire pour savoir s’il y en a eu d’autres ensuite.
      Pour le culture houtsoule, c’est vraiment une bonne question et j’imagine que c’est quelque chose qui ressort plutôt du patrimoine et des musées folkloriques mais je serai heureuse d’apprendre le contraire. Je ne commente pas sur la culture juive car, hélas, Odessa n’est pas le seul endroit où elle a disparu.

  2. nathalie dit :

    Ah la la la, le moment où faire son choix (et où éviter absolument la fréquentation des librairies).
    L’Archipel du goulache m’intrigue dans la mesure où il me rappelle La cuisine totalitaire de Vladimir Kaminer (pas lu, mais je l’ai offert, je me demande s’il est intéressant) et Le Festin sauvage de Boris Fishman (bon ce n’est pas du tout la même ère géographique) (mais à chaque fois que je le vois j’ai très envie de l’acheter). Enfin, moi, je prends le livre de cuisine !
    Sinon je vais sans douter noter les livres de Bodor, de Ypi (suite à ma lecture de La Traversée de Statovci, cette période l’Albanie m’intéresse un peu) et de Jabotinsky bien sûr (je me sens visée par l’allusion).

    • Mais tu as le droit, pour le livre de cuisine. Fais-nous simplement un billet sur tes expérimentations culinaires, s’il te plait. IL me semble que tu le faisait auparavant. Pour le Jabotinsky, il y a entre autres toi, et il y a Miriam également – elle se promenait pas mal autour d’Odessa ces derniers temps. Contente de savoir que tu as encore pleeeeiiiin de place sur tes étagères. (Il y aura un autre billet tentateur jeudi).

      • nathalie dit :

        Je lis toujours des livres de cuisine, je te rassure. C’est vrai que je n’en parle pas trop sur le blog mais ils sont bien là, bien encombrants, et ouverts régulièrement pour faire de bons petits plats.

  3. […] Et voilà octobre avec son lot de livres → […]

  4. flyingelectra dit :

    encore plein de merveilles, j’ai déjà la premier (en anglais), et j’avais déjà repéré Ypi. Je suis de retour après un mois d’absence (vacances aux States) et je n’ai presque pas lu, là je lis (un roman et une autobiographie) et les deux me plaisent. Avec toi, je ne fais que rajouter des livres à mon longue liste ! mais c’est bien !! Les éditions Bleu et Jaune, Allugo – ah oui, je veux lire le roman traduit du croate ! et me remettre au croate d’ailleurs. On y croit !

    • Je suis encore intriguée par le fait que le titre anglais est « L’orphelinat ». Il faudra que je le lise pour comprendre ces deux titres similaires mais différents. Je suis contente de savoir que ta liste se rallonge – je suis d’accord, c’est une bonne chose! Et je suis bien intriguée par cette guitare de Palissandre (pour moi, une traduction par Chloé Billon est gage de qualité) mais il faut d’abord que je publie mes chroniques des deux romans Bleu et Jaune qui attendent sagement… Oui, se remettre au croate, c’est une bonne idée. Tu pourrais lire l’original et la traduction en parallèle, par exemple (et nous faire une étude comparative)

      • flyingelectra dit :

        oui pareil, quand j’ai vu la traduction française, je me suis posée la même question. J’attends donc tes chroniques avec impatience ! Je suis en train de terminer le roman de Sara Nović True Biz. Le premier parlait de la guerre mais pas celui-ci, mais j’aime beaucoup. Oui, il faut que je me remette sérieusement au croate !

      • Sara Nović, je ne connaissais pas mais ça l’air intéressant en effet.

  5. Patrice dit :

    Eh bien quelle sélection, notamment sur l’Ukraine. J’aime beaucoup la collection « L’âme des peuples » des éditions Nevicata et je note assurément ce titre (mais pas que celui-là !). Je suis partant pour la lecture commune le 1er septembre, c’est une excellente idée et ça me donnera l’occasion de replonger dans l’univers de Svetlana Alexiévitch.

  6. […] même quand on se limite aux traductions françaises. J’avais déjà proposé un premier billet sur les nouvelles publications d’octobre, puis un billet de rattrapage, et voilà que j’ai déjà matière à proposer un deuxième billet […]

  7. […] inclut les deux-trois titres qui s’étaient cachés derrière les étagères lorsque j’ai fait mon dernier article (et le premier rattrapage) (et le deuxième rattrapage) sur les publications […]


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