EUPL 2019: Cinq romans roumains et une lauréate, Tatiana Ţîbuleac

Contrairement aux lauréates d’Ukraine, de Hongrie et de Lituanie du Prix de Littérature de l’Union européenne (EUPL) 2019 que j’ai présentées ces derniers jours, la lauréate du prix dans sa déclinaison roumaine peut déjà être découverte en français puisqu’il s’agit de Tatiana Ţîbuleac. Son roman L’été où maman a eu les yeux verts a été traduit par Philippe Loubiere et est paru aux Editions des Syrtes l’année dernière : je l’avais présenté ici.

Grădina de Sticlă (« Jardin de verre ») est le deuxième roman de cette auteure née en République de Moldavie et dorénavant établie à Paris après une carrière dans le journalisme audiovisuel en Roumanie. Rédactrice, aussi, à partir de 1995 pour la rubrique « Histoires vraies » du quotidien Flux, elle débute dans la fiction en 2014 avec une collection de nouvelles « Fables Modernes ».

Son deuxième roman, publié aux Editions Cartier à Chişinău en 2018, était l’un de cinq romans présentés au jury avec Așa să crească iarba pe noi de Augustin Cupșa (Bucarest : Humanitas, 2017), Porci de Tudor Ganea (Iași : Polirom, 2018), Sindromul Stavroghin d’Alina Pavelescu (Bucarest : Humanitas, 2019) et Copilăria lui Kaspar Hauser de Bogdan Alexandru Stănescu (Iași : Polirom, 2017).

Ioana Pârvulescu, présidente du jury pour la Roumanie et elle-même auteure d’un roman lauréat du prix en 2013 (Viaţa încipe vinari, traduit en français au Seuil en 2016 sous le titre La vie commence vendredi), a répondu à mes questions.

***

Qu’est-ce que les livres présélectionnés pour le prix nous révèlent de la scène littéraire roumaine d’aujourd’hui ?

Tout d’abord que c’est une littérature libre qui a retrouvé, enfin, un ton normal, légitime. Pendant presqu’un demi-siècle totalitaire, la censure et, comme corollaire, l’autocensure, ont gouverné la création artistique en Roumanie. On ne pouvait pas aborder certains thèmes et il y avait des mots interdits. Après 1990, la littérature, surtout le roman, a parfois amplifié, sans que cela soit vraiment nécessaire, certains accents, par exemple la violence (y compris et surtout celle du langage), inimaginables auparavant. Maintenant, enfin, la diversité organique, naturelle, libre de la prose (thèmes et style) est visible dans tous les romans choisis par le jury.

Qu’est-ce qui vous a finalement déterminer à choisir Tatiana Ţîbuleac comme lauréate du prix ?

Le roman a une voix propre, très forte, dure et convaincante, sans perdre, pourtant, les accents poétiques. Le sujet est actuel et en même temps, toujours valable (la mère, la maternité), il est lié à la grande histoire et à la petite histoire de chacun d’entre nous. Le livre de Tatiana Țibuleac a la capacité d’émouvoir le lecteur sans devenir mélodramatique.

Quel type de visibilité le Prix de Littérature de l’Union européenne donne-t-il à ses lauréats (roumains et non-roumains) dans la scène littéraire roumaine ?

Depuis 2009 quand ce prix – que je considère une invention à la fois très intelligente et opportune pour la littérature européenne – a été inventé, le EUPL n’a fait qu’accroître son importance et sa visibilité, en Roumanie tout comme dans les autres pays européens. Je compte sur la continuité de ce processus. Bien sûr les écrivains n’auront jamais la visibilité des footballeurs, des stars de cinéma, des hommes politiques. Mais, en revanche, leur rayonnement, leur influence est plus durable.

Cette série continue demain. Destination : la Pologne.


6 commentaires on “EUPL 2019: Cinq romans roumains et une lauréate, Tatiana Ţîbuleac”

  1. Ingannmic dit :

    L’été où maman a eu les yeux verts est un des titres qui a rejoint ma PAL suite à tes conseils ! Et je viens de commencer La croisade des enfants, dont l’entame est surpenante, voire un peu abrupte..

    • J’en suis bien contente! Penses-tu le sortir de ta PAL cet été? Pour La croisade des enfants, j’en suis à peu près au tiers, et j’aime beaucoup comment elle passe d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, sans discontinuer. Je suis curieuse de voir où elle va nous mener et si ce sera le même style dans la deuxième partie aussi.

      • Ingannmic dit :

        Pour le Tibuleac, je le lirai sans doute plus tard, l’été étant la période des « pavés », et son roman étant très court… je le garderai peut-être pour le prochain Mois de l’Est.
        J’apprécie moi aussi ma lecture du Ilis, après un assez court temps d’adaptation. Il est en tout cas intrigant, on se demande quel est le lien entre tous les pans de l’histoire..

  2. […] EUPL 2019: Cinq romans roumains et une lauréate, Tatiana Ţîbuleac → […]

  3. […] de l’Union européenne (EUPL) depuis ses débuts et, comme la Hongrie, la Lituanie, la Roumanie et la Pologne, c’est donc son quatrième lauréat qui a été annoncé cette année. Comme pour […]

  4. […] Haska Shyyan (Ukraine), Réka Mán-Várhegyi (Hongrie), Daina Opolskaitė (Lituanie), Tatiana Ţîbuleac (Roumanie), Marta Dzido (Pologne), et Ivana Dobrokovová (Slovaquie). Parmi celles-ci, Tatiana […]


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