Actualité du mercredi : un coup d’œil chez nos voisins

Le mercredi, je vous apporte une actualité concernant la littérature d’Europe centrale et orientale.

L’année dernière au Festival International du Livre de Budapest, j’avais découvert l’existence du Prix de littérature de l’Union européenne : inauguré en 2009 et financé par le programme Europe Créative de la Commission européenne, il vise à montrer la diversité de la création littéraire contemporaine en Europe, en récompensant des auteurs plutôt en début de carrière, et en encourageant les traductions. Bref, plutôt une bonne choses à mes yeux.

Le principe est simple : parmi les 36 pays participants (membres de l’Union européenne + Islande, Norvège, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Géorgie, Moldavie, Ukraine, Tunisie, Arménie et Kosovo), 12 pays sont sélectionnés par rotation chaque année. Pour chaque pays, un jury national prépare une présélection avant d’annoncer le ou la lauréat.e de leur pays. Les pays participants cette année sont : l’Autriche, la Finlande, la France, la Géorgie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l’Ukraine et le Royaume-Uni.

Le résultat : chaque année, douze auteur.e.s sont mis en avant au niveau européen et deviennent un peu mieux connus en dehors de leurs frontières grâce aux traductions. En tout cas, c’est l’objectif, mais je ne suis pas sûre que les résultats en termes de visibilité soient encore tout à fait à la hauteur des espérances.

Plutôt que de détailler la liste des livres et auteurs présélectionnés cette année (la liste a été annoncée jeudi dernier et est consultable en suivant ce lien), je me suis dit que je vous ferais une autre liste, celle des auteurs d’Europe centrale et des Balkans lauréats du prix depuis 2009 et pour lesquels il existe des traductions en français. Les voilà, aussi tentants les uns que les autres:

De Macédoine : La Liste de Freud, de Goce Smilevski (Belfond, 2013, traduit par Harita Wybrands) revient sur un épisode méconnu de la vie de Sigmund Freud – son départ pour l’Angleterre en 1938 et la liste qu’il dressa alors des personnes qui l’accompagneraient, ou non. (Lauréat 2010).

De Pologne : Pension de famille, de Piotr Paziński (Gallimard, 2016, traduit par Jean-Yves Erhel), « élégie d’un monde englouti » et « puissant témoignage de la troisième génération après la Shoah, et un livre bouleversant sur la transmission d’une mémoire » (Lauréat 2012).

Et aussi : Le Magicien, de Magdalena Parys (Agullo Editions, 2019, traduit par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez) : « Opérations secrètes, chantage et vengeance personnelle s’entrelacent dans ce roman à mi-chemin entre “noir” et roman historique, qui entremêle habilement réalité et fiction. » (Lauréate 2015).

De Roumanie : La vie commence vendredi, d’Ioana Pârvulescu (Seuil, 2016, traduit par Marily Le Nir), voyage dans le temps mêlant historique, fantastique et policier dans Bucarest de la fin XIXe siècle (Lauréate 2013).

Et aussi: Théodose le Petit, de Răzvan Rădulescu (Zulma, 2016, traduit par Philippe Loubière), « satire très sérieusement loufoque du pouvoir et de ses aléas » (Lauréat 2010).

Du Monténégro : La tête pleine de joies, d’Ognjen Spahić (Gaïa, 2016, traduit par Alain Cappon), recueil de nouvelles dans lesquelles « l’écrivain commente le processus de création littéraire, à deux pas de la folie » (Lauréat 2014).

De Lettonie : Metal, de Jānis Joņevs (Gaïa, 2016, traduit par Nicolas Auzonneau), suit le destin de Janis et de sa bande : « Dans une Lettonie en transition après l’effondrement de l’Union soviétique, une jeunesse aventureuse s’enflamme pour la culture alternative et le rock metal » (Lauréat 2014).

De Slovaquie : Scènes de la vie de M., de Svetlana Žuchová (Le Ver à Soie, 2019, traduit par Diana Jamborova Lemay) : roman de la perte et du deuil, et de la reconstruction de soi, entre Vienne et Bratislava (Lauréate 2015).

Et aussi : Cafe Hyène, de Jana Beňová (Le Ver à Soie, 2015, traduit par Diana Jamborova Lemay), « mosaique atypique d’observations, de perceptions, de réflexions et de souvenirs » autour d’Elza, de son amie Rebeka et de leurs deux compagnons, Ian et premierseptembre_0Elfman. (Lauréate 2012).

Et aussi : C’est arrivé un premier septembre, de Pavol Rankov (Gaïa Editions, 2019, traduit par Michel Chasteau) : à partir du 1er septembre 1938, « l’histoire intime [de] trois jeunes garçons, puis [de] trois hommes, incarne les remous de la grande Histoire jusqu’en 1968 » (Lauréat 2009).

D’Autriche : Un jour j’ai dû marcher dans l’herbe tendre, de Carolina Schutti (Le Ver à Soie, 2018, traduit par Jacques Duvernet) : « Un village dans l’ombre et une tante qui ne parle pas du passé : c’est dans ce monde que, du jour au lendemain, Maïa se retrouve plongée. Avec la mort prématurée de sa mère biélorussienne, c’est aussi sa langue qui se perd. » (Lauréate 2015).

Du Monténégro : Arcueil, d’Aleksandar Becanovic (éditions Do, 2019, traduit par Alain Cappon), relecture sous plusieurs perspectives du scandale de « l’affaire Arcueil », impliquant un certain marquis de Sade (Lauréat 2017).

D’Estonie : Le pèlerinage, de Tiit Aleksejev (éditions Intervalles, 2018, traduit par Jean Pascal Ollivry). « Le vieux jardinier d’un couvent du sud de la France évoque sa jeunesse passée puis son départ pour Jérusalem au sein de la première croisade. » (Lauréat 2010)

De République tchèque : Nami, de Bianca Bellova (Mirobole, 2018, traduit par Christine Laferrière), « l’histoire d’un jeune garçon qui grandit sur les rives d’un lac en train de s’assécher, quelque part au bout du monde… » (Lauréate 2017).

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16 commentaires on “Actualité du mercredi : un coup d’œil chez nos voisins”

  1. Ingannmic dit :

    J’avais déjà noté Nami, ayant lu beaucoup d’avis positifs à son sujet. J’aurais bien noté aussile titre macédonien, pour la prochaine édition du Mois de l’Est, mais le sujet ne m’attire pas vraiment..

  2. Olivier Desmettre dit :

    Bonjour, preuve que ce prix n’a sans doute pas la notoriété souhaitée (mais il est une source d’informations précieuses pour les éditeurs européennes qui ont envie de faire découvrir des textes de « jeunes » auteurs de pays moins souvent fréquentés par le monde de l’édition), vous avez oublié (et j’en oublie aussi sans doute…) :

    Un jour j’ai dû marcher dans l’herbe tendre, de Carolina Schutti, traduit de l’allemand (Autriche) par Jacques Duvernet. Prix de littérature de l’Union européenne 2015, paru aux éditions Le Ver à soie.

    Scènes de la vie de M., de Svetlana Žuchová, traduit du slovaque par Diana Jamborova Lemay
    Prix de littérature de l’Union européenne 2015, paru aux éditions Le Ver à soie.

    Arcueil, d’Aleksandar Bečanović, traduit du monténégrin par Alain Cappon. Prix de littérature de l’Union européenne 2017, paru aux éditions do.

    amicalement
    les éditions do

    • Bonjour,
      Merci de votre commentaire, c’est intéressant d’avoir aussi votre point de vue d’éditeur sur l’utilité de ce prix pour identifier de nouveaux livres. Merci aussi de m’avoir signalé ces trois titres, tous très récents en plus (c’est pourquoi ils ne figuraient pas sur le document sur lequel je me suis appuyée pour faire ma liste) et que je rajoute donc à l’article. En général je n’inclus pas l’Autriche car il faut bien que je m’arrête quelque part, mais étant donné le sujet de son livre je vais faire une exception cette fois-ci. J’avais d’ailleurs apprécié sa présentation du livre à Budapest l’année dernière!

  3. les deux premiers titres de cette liste font plus que me tenter
    effectivement il y a des progrès à faire quant à la visibilité de ce prix, c’est une initiative passionnante car on a la chance en France de traduire beaucoup et je trouve que c’est un cadeau du ciel

    • je suppose que c’est un relativement jeune prix et qu’il en existe beaucoup d’autres, d’envergure nationale, qui sont mieux établis et médiatisés, mais en effet c’est une chance qu’il y ait tant de livres traduits, et que ce prix permette de faire un premier défrichage parmi les jeunes auteurs des différents pays européens.

  4. ah je viens de trouver les deux d’occasion chez Gibert top du top

  5. Eva dit :

    Merci pour cet article – je vais revenir pour noter plusieurs titres !
    J’ai un livre de Bellová (Mrtvy muz), il faut que je le lise…

  6. […] par exemple listé les différents romans d’Europe centrale et orientale lauréats du prix et traduits en français ; je vous avais présenté Edina Szvoren, lauréate hongroise en 2015 ; et j’étais revenue sur […]

  7. […] aujourd’hui ma série sur les romans lauréats du Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL) avec l’Ukraine, qui faisait pour la première fois cette année partie des pays participant à […]

  8. […] lauréates d’Ukraine, de Hongrie et de Lituanie du Prix de Littérature de l’Union européenne (EUPL) 2019 que j’ai présentées ces derniers jours, la lauréate du prix dans sa déclinaison […]

  9. […] « de l’Est » ayant participé cette année au Prix de Littérature de l’Union européenne (EUPL) dont les résultats ont été annoncés le 22 mai. La Pologne faisait partie de ces pays, tout […]

  10. […] Slovaquie participe au Prix de Littérature de l’Union européenne (EUPL) depuis ses débuts et, comme la Hongrie, la Lituanie, la Roumanie et la Pologne, c’est donc son […]

  11. […] jurys nationaux du Prix de littérature de l’Union européenne m’ont aussi (à leur insu) prêté leur concours puisque, dans six des sept pays d’Europe de […]


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